La PERLE et le TRÉSOR
Le règne des cieux est semblable à un trésor qui a été caché dans un champ et qu’un homme a trouvé. Il le recache, dans la joie il s’en va vendre tout ce qu’il possède et achète ce champ (Mt 13/44 = P 094)
Le règne des cieux est encore semblable à un marchand en quête de perles fines : en ayant trouvé une de grand prix, il s’en va vendre tout ce qu’il possède et il l’achète (Mt 13/45-46 = P 094)
Théorie :
1 Le règne des cieux…Les nombreuses paraboles de Jésus sont des ‘paraboles du règne des cieux’. Elles suggèrent, sous divers angles, ce mystère qu’est le royaume des cieux. Le mot grec basileia signifie à la fois règne et royaume. Comme vu déjà, en langage métaphysique, le royaume des cieux correspond à la hiérarchie des états multiples de l’Être, en ne prenant en considération que les états souhaitables pour nous, soit supérieurs à l’humain (les cieux). Comprendre les paraboles, c’est pénétrer dans l’intuition de ce que sera notre vie immortelle lorsque, libérés des pesanteurs du corps mortel, nous accéderons au royaume des cieux, et c’est déjà en faire spirituellement l’expérience.
2 Notre étude de l’Évangile en parallèle à la Bhagavad Gita, dans l’esprit de ‘l’unité transcendante des religions’ (cf : Frithjof Schuon), nous conduit à souvent évoquer moksha, la libération spirituelle. Il convient de distinguer les deux destinations que sont le royaume des cieux et moksha. Le royaume des cieux ne fait pas sortir du samsara (la ronde des naissances et des morts), mais il donne accès à une vie immensément plus spirituelle que la vie humaine. Quant à moksha, malgré la fréquence de la notion dans la Bhagavad Gita et sa rareté dans l’Évangile, elle n’en est pas absente : Je leur ai donné la gloire que tu m’as donnée, pour qu’ils soient un comme nous sommes un : moi en eux et toi en moi, afin qu’ils soient parfaits dans l’unité (Jn 17/22-23 = P 267). Sauf cas exceptionnel d’un homme qui obtient directement moksha, la plupart des sauvés, au sens chrétien du terme, accèdent à l’un ou l’autre des étages du royaume des cieux. Il leur restera ensuite, mais dans des conditions plus confortables et plus éclairées, à réaliser moksha, s’ils veulent sortir du samsara et atteindre le but ultime.
Quel est le trésor promis par le Maître ?
1 Le règne des cieux est semblable à un trésor qui a été caché dans un champ. Il fut question du champ dans les précédentes paraboles relatives au thème des semailles. Comme dans la Bhagavad Gita (BG 13/02) le champ désigne le monde matériel et en particulier le corps humain.
2 Pourquoi les conquérants veulent-ils s’emparer des trésors des riches voisins ? Pour pouvoir vivre ensuite de leurs richesses, sans subir l’esclavage d’un pénible travail. Le trésor symbolise l’accès à quelque paradis d’une vie facile et agréable. Le Christ incite ses disciples à la quête du trésor : Ne vous amassez point de trésors sur la terre, où la mite et le ver consument, où les voleurs percent et cambriolent. Mais amassez-vous des trésors dans le ciel : là, point de mites ni de vers qui consument, point de voleurs qui perforent et cambriolent. Car où est ton trésor, là sera aussi ton cœur (P 177 = Mt 06/19-21). Si ton cœur se fixe sur le mortel, tu te réincarneras dans le mortel.
3 Krishna se définit lui-même : Je suis…le trésor…(BG 09/18). Son disciple, Arjuna, est qualifié de conquérant des trésors (BG 12/09), déjà au sens matériel, puisque c’est un chevalier engagé dans une guerre pour récupérer les trésors volés par un usurpateur, et surtout parce qu’il est doublé d’un spirituel en quête du trésor absolu.
4 Dans son enseignement à Pierre, Myriam de Magdala déclare : Là où est le noûs, là est le trésor (Évangile de Myriam 16-25). Le noûs se situe entre psychè, le psychisme (ou âme d’après le latin) et pneuma, qui est la trace de l’Esprit divin dans l’humain. C’est dans le noûs que Myriam de Magdala a eu la vision du Christ ressuscité -et non en ‘chair et en os’- c’est pourquoi il lui a dit ne me touche pas (Jn 20/17 = P 311), la chose étant évidemment impossible dans ce monde extrêmement subtil. Le trésor, alors, c’est que Myriam, tout en se situant encore corporellement dans le monde mortel, fait déjà l’expérience de la rencontre du ressuscité et passe ainsi de l’espérance religieuse à l’expérience intérieure de la réalisation du Christ… qui l’attend et la fréquente dès lors dans ce monde.
5 Luther et Calvin ont vitupéré contre le goût des papes pour les trésors de ce monde. Il est vrai que Rome regorge de palais de dignitaires religieux dont l’espérance semble avoir été assez peu désincarnée. Jésus a précédé les Réformateurs en regardant les riches jeter de la monnaie dans le trésor du temple (P 245 = Mc 12/41).
6 L’Évangile présente aussi le souci des grands prêtres, quant à savoir si l’argent rejeté par Judas et qu’il avait reçu pour sa trahison, devait être mis au trésor du temple. Tel était leur problème, alors qu’ils livraient leur messie au supplice ! Pourtant, Jésus ne rejette pas le principe d’une certaine splendeur et donc richesse de la religion. Ainsi, lorsqu’il parle de ces choses-rhêma dans le trésor, en enseignant dans le lieu-sacré, personne ne se saisit de lui (Jn 08/20 = P 145). Il savait utiliser les trésors mondains comme symboles des trésors spirituels. Lorsqu’il propose au Jeune homme riche beaucoup plus que le paradis terrestre, il lui dit : va, ce que tu as, vends-le et donne-le aux pauvres, et tu auras un trésor dans le ciel. L’évangile gnostique de Thomas reprend synthétiquement ce thème : Jésus dit : « Celui qui a trouvé le monde et s’est fait riche, qu’il renonce au monde » (Tho 110). Ainsi se hiérarchisent justement les trésors mondains et le trésor céleste.
Pourquoi le Créateur a-t-il caché le trésor ?
…un trésor qui a été caché dans un champ… « Qui a caché ce trésor, et pourquoi ? » C’est le créateur et il ne l’a pas caché par malice, mais par la contrainte obligée de la manifestation. Dès que le Créateur se déploie en des êtres multiples, il semble s’en séparer et la non-dualité fondamentale des êtres s’en trouve occultée. Une part de moi devient jiva (l’âme individuelle), dans le monde des vivants, elle est immortelle, et réside en prakriti (la Nature) (BG 15/07). Indivisible, Brahman paraît se répartir entre les êtres (BG 13/16). Mais il faut surmonter cette apparente dualité, causée par maya, l’illusion cosmique : Tu es l’Indivisible, l’être suprême, qu’il faut réaliser (BG 11/18). En toute spiritualité, telle est l’épreuve initiatique fondamentale. L’homme qui a trouvéle trésor caché dans un champ se situe au seuil de la voie initiatique.
Une histoire scandaleuse
Prise à la lettre, cette histoire est scandaleuse. L’homme qui a trouvé le trésor n’est pas propriétaire du champ, puisqu’il devra l’acheter ensuite. Il trouve un trésor dans un champ qui ne lui appartient pas, et le trésor non plus. Au lieu de prévenir courtoisement le propriétaire, qui ne manquera pas de lui en donner une partie, il manœuvre de façon à s’approprier le bien d’autrui. Jésus nous donne en exemple un voleur. Et ce n’est pas la seule fois : le maître loue cet intendant malhonnête d’avoir agi de façon avisée. Car les fils de ce monde-ci sont plus avisés envers leurs propres congénères que les fils de la lumière (Lc 16/08 = P 198). Jésus aurait-il oublié sa propre parole : si quelqu’un doit scandaliser l’un de ces petits qui croient, il serait mieux pour lui de se voir passer autour du cou une de ces meules que tournent les ânes et d’être jeté à la mer (Mc 09/42 = P 131) ? Pourquoi Jésus raconte-t-il des histoires immorales ? Pour imposer que, soit il est lui-même immoral, ce qui est manifestement faux, soit il faut aller au-delà du sens littéral. Il est une parole fleurie, dont se prévalent les hommes qui manquent de sagesse. Ils sont attachés à la lettre du Vêda. Ils prétendent : « Il n’y a rien au-delà » (BG 02/42).
Sans les qualités d’un voleur, pas de royaume des cieux
1 Mais il convient d’aller plus loin : « Y a-t-il une raison ésotérique, qui rapproche le voleur de l’initié ? » Il en est une. Par le biais de ce qu’on appelle ‘le sens inverse de l’analogie’ : comme les tours d’un château se reflètent inversées dans les douves de l’édifice. Et cela ramène à la thématique, déjà envisagée, du serpent de la Genèse (Gn 03), du diable éprouvant Jésus au désert (Mc 01/13 = P 021), et du prince de ce monde (Jn 12/31 = P 230). Métaphysiquement, nous avons dit que le créateur a caché le trésor par la nécessité dualiste de toute création. Mais, du point de vue exotérique (religieux), c’est le diable qui cache le trésor, le prince de ce monde. Il est le prince de tous les êtres qui naissent dans son domaine humain. Il les récompense, s’ils se bornent à son domaine, humain et mortel ; il lutte contre ceux qui tentent de s’échapper par le haut en aspirant au royaume des cieux. Voilà pourquoi l’ange de la nuit lutte contre Jacob-Israël (Gn 32), après qu’il ait entrevu l’échelle de Jacob (Gn 28) et non avant.
2 La Bhagavad Gita révèle la même chose autrement : À cause des dualités trompeuses, nées du désir et de l’aversion, tous les êtres sont soumis à la confusion, à l’instant même où ils font leur entrée dans le monde (BG 07/27). C’est ce que symbolise, soit dit en passant, le fait que, dans la position normale de la femme, le bébé chute la tête la première dans le monde humain.
3 Pour gagner une guerre, on ne peut pas faire moins rusé et moins violent que l’adversaire ; le machiavélique ‘La fin justifie les moyens’ est ici approprié. Le prince de ce monde est légitime en tant qu’archange du monde humain, et même en tant qu’éprouveur (L’éprouveur-peirazein s’approche et lui dit : « Si tu es fils de Dieu… » : Mt 04/03 = P 021), mais il est illégitime en tant qu’il s’oppose à ceux qui veulent accéder au royaume des cieux. Il convient donc d’être plus rusé que lui : Voici que je vous envoie comme des brebis au milieu des loups ; montrez-vous donc avisés comme les serpents (Mt 10/16 = P 101).
Rien à perdre que l’on ne perdra de toute façon
1 Il le recache. Dans la logique du voleur, on comprend qu’il le recache pour ne pas le faire savoir au propriétaire du champ. Cela présente-t-il un sens ésotérique ? Oui, et revenons à la gestation. Un enfant prématuré est exposé à mourir. Au moins au début, le disciple doit cacher sa quête du royaume des cieux, non seulement vis-à-vis du monde profane, mais même vis-à-vis du monde religieux n’aspirant qu’au paradis terrestre. Il doit attendre que l’enfant spirituel soit assez puissant en lui pour l’engager au combat.
2 …dans la joie il s’en va vendre tout ce qu’il possède et achète ce champ…Au sens littéral, rien ne dit que le champ soit à vendre. Normalement, c’est le vendeur qui se déclare comme tel pour chercher acquéreur. Pourtant, spirituellement, l’histoire tient debout. La Gita dit pourquoi : ce corps est appelé le Champ…Sache que dans tous les Champs (tous les corps), je suis le Connaisseur du Champ (BG 13/02), donc Dieu, qui est le propriétaire du champ, et qui est bon, sera toujours d’accord pour offrir le trésor du royaume des cieux en échange de la richesse matérielle du disciple.
3 … tout ce qu’il possède…tel est le prix du royaume des cieux : tout le mortel ne saurait valoir l’immortel ; Dieu fait encore un cadeau en acceptant un tel prix pour son trésor. On ne peut pas acheter à moitié le royaume des cieux, ou garder à moitié le monde mortel en l’achetant. Et pourtant on hésite à le faire, malgré qu’on n’ait presque rien à perdre et tout à gagner : À ceux qui m’adorent de façon exclusive, ne pensant à rien d’autre, maîtres d’eux, j’apporte ce qu’ils n’ont pas encore (l’union à Dieu), et préserve pour eux ce qu’ils possèdent déjà (BG 09/22).
4 … dans la joie…Celui qui a compris qu’il n’a quasi rien à perdre -et nous sommes là assez proches du ‘pari de Pascal’- ne peut qu’éprouver de la joie. L’absence de cette joie est le signe d’une inintelligence spirituelle.
La perle : la logique de la qualité
Le règne des cieux est encore semblable à un marchand en quête de perles fines. Le pari de Pascal soutient que les biens terrestres étant mortels, et donc perdus à terme, il est irrationnel de refuser de les sacrifier pour la vie immortelle, même si celle-ci, au regard d’une faible foi, peut sembler douteuse. Certains affectent de mépriser ces sordides calculs d’intérêt ; pourtant Jésus donne un marchand en exemple. Les vertus calculatrices de ce métier ne sont pas inutiles en spiritualité. Jésus dit d’ailleurs clairement à ses disciples : c’est votre intérêt que je parte ; car si je ne pars pas, le Paraclet (l’Esprit Saint) ne viendra pas vers vous ; mais si je pars, je vous l’enverrai (Jn 16/07 = P 266). Le monde n’est-il pas fait par Dieu, pourquoi la logique du monde matériel, si on l’entend vraiment, serait-elle opposée à la logique spirituelle ? N’y a-t-il pas qu’une logique (Nyaya, premier point de la sagesse chez les Hindous) ? On l’applique sur des données plus ou moins partielles, c’est ce qui fait la différence entre un raisonnement faux et un vrai.
L’erreur de la parabole de la brebis perdue
Le marchand choisi par Jésus n’est pas un grossiste de supermarché ; il est en quête de perles fines. D’où l’aspect clairement aristocratique de la quête spirituelle, même si elle n’est pas entreprise par un aristocrate socialement reconnu comme tel. Ce point nous permet de lever l’absurdité de la parabole de la brebis perdue telle que rapportée dans les évangiles canoniques : Lequel d’entre vous, s’il a cent brebis et vient à en perdre une, n’abandonne les quatre-vingt-dix-neuf autres dans le désert pour s’en aller après celle qui est perdue, jusqu’à ce qu’il l’ait retrouvée ?… (Lc 15/03-07 = P 195). Il est en effet insensé, de la part du berger, d’abandonner 99 brebis dans le désert, exposées aux prédateurs, pour en sauver une seule qu’il n’est pas sûr de retrouver. La conclusion aussi est absurde : C’est ainsi, je vous le dis, qu’il y aura plus de joie dans le ciel pour un seul pécheur qui se repent que pour quatre-vingt-dix-neuf justes, qui n’ont pas besoin de repentir. Il est assurément bien que l’on se réjouisse pour un pécheur repentant, mais au point de le mettre au-dessus d’un seul juste, voilà qui est anormal, et encore plus pour 99. À croire que ces justes devraient se mettre à pécher, pour ensuite se repentir, afin d’être reconnus eux aussi comme dignes de réjouissances ! Cette même parabole de la brebis perdue se trouve dans l’évangile gnostique de Thomas (Tho 107) avec cette précision : L’une d’entre elles disparut. C’est la plus belle…Alors se comprend la conclusion, lorsque le berger dit à la brebis retrouvée : Je t’aime plus que les quatre-vingt-dix-neuf autres. Ici, Thomas corrige l’erreur de la version Matthieu et Luc… mais l’évangile de Thomas est rejeté par l’Église exotérique. Cependant le marchand chercheur de perles fines lui aussi suffit à corriger l’erreur de la version Matthieu et Luc de la brebis perdue.
La faillibilité de la Révélation écrite
La question, se pose alors : « Jésus donne-t-il des paraboles fausses, ou fausses à certains et justes à d’autres ? Ou arrive-t-il aux évangélistes de rapporter une erreur de leur compréhension ? » Un Chrétien Réformé, adepte du principe ‘Scriptura Sola’ (‘L’Écriture seule’… source de vérité) sera scandalisé de notre hypothèse. Mais pas un Hindou : Lorsque ton intellect, rendu perplexe par ce que tu auras entendu (dans les Védas), se fixera, inébranlable et ferme, dans la contemplation, alors tu atteindras la réalisation spirituelle (BG 02/53). C’est qu’en ésotérisme, l’argument d’autorité ne vaut pas, même quand il s’agit de l’Écriture, qui est pourtant la source la plus sûrement inspirée de toutes les transmissions humaines. Le Soi parfait habite le cœur de tout chercheur de vérité (BG 10/20). La Révélation, sous quelque forme qu’elle se transmette, doit être recoupée, pour validation, dans le cœur du méditant, par son propre Soi. L’Écriture est l’interface entre la Révélation pure et sa compréhension et son expression humaine, elle est donc humano-divine et non purement divine. Seule la plongée au cœur de l’être individuel permet d’atteindre l’Être pur. Ceci dit, l’infaillibilité papale (reconnue par les seuls Catholiques) est assurément plus sujette à caution que celle de l’Écriture, car cette dernière a traversé l’épreuve des millénaires, ce qui n’est pas rien.
…en ayant trouvé une de grand prix, il s’en va vendre tout ce qu’il possède et il l’achète. Toutes les questions posées par ce passage ont été envisagées dans la parabole jumelle du trésor caché.
Pratique :
Pratique I : Si le champ est le corps, selon la Bhagavad Gita (BG 13/02), c’est dans sa vie intérieure que l’homme trouvera le trésor. La BG le dit on ne peut plus explicitement : Quels que soient les fruits des mérites attachés à l’étude des Védas, à l’accomplissement des sacrifices, à l’ascèse et à la charité, le yogi qui sait cela (distinguer la voie de moksha et celle de la transmigration) les transcende tous et atteint le Suprême, l’Essence primordiale (BG 08/28). Bien que de façon moins nette, l’Évangile ne l’enseigne-t-il pas en opposant Marthe, l’active, et Myriam, la contemplative ? (C’est Myriam qui a choisi la meilleure part ; elle ne lui sera pas enlevée : Lc 10/42 = P 159).
Pratique II : Le passage délicat se situe après la découverte du trésor, alors que l’homme est encore plongé dans un monde profane et que tout son entourage le croit profane. Il doit recacher sa découverte et travailler méthodiquement et discrètement à se désencombrer de tout ce qu’il possède de biens inutiles et de savoirs douteux, afin de pouvoir acheter le champ. C’est comme s’il rachetait l’esclave qu’il a été, pour en faire un homme spirituellement libre.
Pratique III : La parabole de la perle fine invite à mettre l’accent en tout sur la qualité : dans l’alimentation, les activités, les fréquentations, les lectures. Voilà qui s’oppose frontalement au consumérisme de masse de l’inculture ambiante de nos supposés ‘progrès sociétaux’.
Pratique IV : La digression faite à propos de la parabole de la brebis perdue doit inciter le pratiquant des Écritures (pratique indispensable en vérité) à les scruter et les interroger sans concession ; rien n’est pire que de croire sans comprendre, c’est une parodie de la foi. La BG éclaire aussi la chose : je t’ai révélé la connaissance, qui est le plus grand de tous les secrets. Médite-la sous tous ses aspects, puis agis comme tu l’entends (BG 18/63). Jésus aussi en donne l’exemple par l’utilisation, parfois très critique, qu’il fait des Écritures (Vous avez entendu qu’il a été dit aux ancêtres… Moi je vous dis… : Mt 05/21 = P 059).
La PERLE et le TRÉSOR
La PERLE et le TRÉSOR
La PERLE et le TRÉSOR
Le règne des cieux est semblable à un trésor qui a été caché dans un champ et qu’un homme a trouvé. Il le recache, dans la joie il s’en va vendre tout ce qu’il possède et achète ce champ (Mt 13/44 = P 094)
Le règne des cieux est encore semblable à un marchand en quête de perles fines : en ayant trouvé une de grand prix, il s’en va vendre tout ce qu’il possède et il l’achète (Mt 13/45-46 = P 094)
Théorie :
Sens métaphysique du règne des cieux
1 Le règne des cieux…Les nombreuses paraboles de Jésus sont des ‘paraboles du règne des cieux’. Elles suggèrent, sous divers angles, ce mystère qu’est le royaume des cieux. Le mot grec basileia signifie à la fois règne et royaume. Comme vu déjà, en langage métaphysique, le royaume des cieux correspond à la hiérarchie des états multiples de l’Être, en ne prenant en considération que les états souhaitables pour nous, soit supérieurs à l’humain (les cieux). Comprendre les paraboles, c’est pénétrer dans l’intuition de ce que sera notre vie immortelle lorsque, libérés des pesanteurs du corps mortel, nous accéderons au royaume des cieux, et c’est déjà en faire spirituellement l’expérience.
2 Notre étude de l’Évangile en parallèle à la Bhagavad Gita, dans l’esprit de ‘l’unité transcendante des religions’ (cf : Frithjof Schuon), nous conduit à souvent évoquer moksha, la libération spirituelle. Il convient de distinguer les deux destinations que sont le royaume des cieux et moksha. Le royaume des cieux ne fait pas sortir du samsara (la ronde des naissances et des morts), mais il donne accès à une vie immensément plus spirituelle que la vie humaine. Quant à moksha, malgré la fréquence de la notion dans la Bhagavad Gita et sa rareté dans l’Évangile, elle n’en est pas absente : Je leur ai donné la gloire que tu m’as donnée, pour qu’ils soient un comme nous sommes un : moi en eux et toi en moi, afin qu’ils soient parfaits dans l’unité (Jn 17/22-23 = P 267). Sauf cas exceptionnel d’un homme qui obtient directement moksha, la plupart des sauvés, au sens chrétien du terme, accèdent à l’un ou l’autre des étages du royaume des cieux. Il leur restera ensuite, mais dans des conditions plus confortables et plus éclairées, à réaliser moksha, s’ils veulent sortir du samsara et atteindre le but ultime.
Quel est le trésor promis par le Maître ?
1 Le règne des cieux est semblable à un trésor qui a été caché dans un champ. Il fut question du champ dans les précédentes paraboles relatives au thème des semailles. Comme dans la Bhagavad Gita (BG 13/02) le champ désigne le monde matériel et en particulier le corps humain.
2 Pourquoi les conquérants veulent-ils s’emparer des trésors des riches voisins ? Pour pouvoir vivre ensuite de leurs richesses, sans subir l’esclavage d’un pénible travail. Le trésor symbolise l’accès à quelque paradis d’une vie facile et agréable. Le Christ incite ses disciples à la quête du trésor : Ne vous amassez point de trésors sur la terre, où la mite et le ver consument, où les voleurs percent et cambriolent. Mais amassez-vous des trésors dans le ciel : là, point de mites ni de vers qui consument, point de voleurs qui perforent et cambriolent. Car où est ton trésor, là sera aussi ton cœur (P 177 = Mt 06/19-21). Si ton cœur se fixe sur le mortel, tu te réincarneras dans le mortel.
3 Krishna se définit lui-même : Je suis…le trésor…(BG 09/18). Son disciple, Arjuna, est qualifié de conquérant des trésors (BG 12/09), déjà au sens matériel, puisque c’est un chevalier engagé dans une guerre pour récupérer les trésors volés par un usurpateur, et surtout parce qu’il est doublé d’un spirituel en quête du trésor absolu.
4 Dans son enseignement à Pierre, Myriam de Magdala déclare : Là où est le noûs, là est le trésor (Évangile de Myriam 16-25). Le noûs se situe entre psychè, le psychisme (ou âme d’après le latin) et pneuma, qui est la trace de l’Esprit divin dans l’humain. C’est dans le noûs que Myriam de Magdala a eu la vision du Christ ressuscité -et non en ‘chair et en os’- c’est pourquoi il lui a dit ne me touche pas (Jn 20/17 = P 311), la chose étant évidemment impossible dans ce monde extrêmement subtil. Le trésor, alors, c’est que Myriam, tout en se situant encore corporellement dans le monde mortel, fait déjà l’expérience de la rencontre du ressuscité et passe ainsi de l’espérance religieuse à l’expérience intérieure de la réalisation du Christ… qui l’attend et la fréquente dès lors dans ce monde.
5 Luther et Calvin ont vitupéré contre le goût des papes pour les trésors de ce monde. Il est vrai que Rome regorge de palais de dignitaires religieux dont l’espérance semble avoir été assez peu désincarnée. Jésus a précédé les Réformateurs en regardant les riches jeter de la monnaie dans le trésor du temple (P 245 = Mc 12/41).
6 L’Évangile présente aussi le souci des grands prêtres, quant à savoir si l’argent rejeté par Judas et qu’il avait reçu pour sa trahison, devait être mis au trésor du temple. Tel était leur problème, alors qu’ils livraient leur messie au supplice ! Pourtant, Jésus ne rejette pas le principe d’une certaine splendeur et donc richesse de la religion. Ainsi, lorsqu’il parle de ces choses-rhêma dans le trésor, en enseignant dans le lieu-sacré, personne ne se saisit de lui (Jn 08/20 = P 145). Il savait utiliser les trésors mondains comme symboles des trésors spirituels. Lorsqu’il propose au Jeune homme riche beaucoup plus que le paradis terrestre, il lui dit : va, ce que tu as, vends-le et donne-le aux pauvres, et tu auras un trésor dans le ciel. L’évangile gnostique de Thomas reprend synthétiquement ce thème : Jésus dit : « Celui qui a trouvé le monde et s’est fait riche, qu’il renonce au monde » (Tho 110). Ainsi se hiérarchisent justement les trésors mondains et le trésor céleste.
Pourquoi le Créateur a-t-il caché le trésor ?
…un trésor qui a été caché dans un champ… « Qui a caché ce trésor, et pourquoi ? » C’est le créateur et il ne l’a pas caché par malice, mais par la contrainte obligée de la manifestation. Dès que le Créateur se déploie en des êtres multiples, il semble s’en séparer et la non-dualité fondamentale des êtres s’en trouve occultée. Une part de moi devient jiva (l’âme individuelle), dans le monde des vivants, elle est immortelle, et réside en prakriti (la Nature) (BG 15/07). Indivisible, Brahman paraît se répartir entre les êtres (BG 13/16). Mais il faut surmonter cette apparente dualité, causée par maya, l’illusion cosmique : Tu es l’Indivisible, l’être suprême, qu’il faut réaliser (BG 11/18). En toute spiritualité, telle est l’épreuve initiatique fondamentale. L’homme qui a trouvéle trésor caché dans un champ se situe au seuil de la voie initiatique.
Une histoire scandaleuse
Prise à la lettre, cette histoire est scandaleuse. L’homme qui a trouvé le trésor n’est pas propriétaire du champ, puisqu’il devra l’acheter ensuite. Il trouve un trésor dans un champ qui ne lui appartient pas, et le trésor non plus. Au lieu de prévenir courtoisement le propriétaire, qui ne manquera pas de lui en donner une partie, il manœuvre de façon à s’approprier le bien d’autrui. Jésus nous donne en exemple un voleur. Et ce n’est pas la seule fois : le maître loue cet intendant malhonnête d’avoir agi de façon avisée. Car les fils de ce monde-ci sont plus avisés envers leurs propres congénères que les fils de la lumière (Lc 16/08 = P 198). Jésus aurait-il oublié sa propre parole : si quelqu’un doit scandaliser l’un de ces petits qui croient, il serait mieux pour lui de se voir passer autour du cou une de ces meules que tournent les ânes et d’être jeté à la mer (Mc 09/42 = P 131) ? Pourquoi Jésus raconte-t-il des histoires immorales ? Pour imposer que, soit il est lui-même immoral, ce qui est manifestement faux, soit il faut aller au-delà du sens littéral. Il est une parole fleurie, dont se prévalent les hommes qui manquent de sagesse. Ils sont attachés à la lettre du Vêda. Ils prétendent : « Il n’y a rien au-delà » (BG 02/42).
Sans les qualités d’un voleur, pas de royaume des cieux
1 Mais il convient d’aller plus loin : « Y a-t-il une raison ésotérique, qui rapproche le voleur de l’initié ? » Il en est une. Par le biais de ce qu’on appelle ‘le sens inverse de l’analogie’ : comme les tours d’un château se reflètent inversées dans les douves de l’édifice. Et cela ramène à la thématique, déjà envisagée, du serpent de la Genèse (Gn 03), du diable éprouvant Jésus au désert (Mc 01/13 = P 021), et du prince de ce monde (Jn 12/31 = P 230). Métaphysiquement, nous avons dit que le créateur a caché le trésor par la nécessité dualiste de toute création. Mais, du point de vue exotérique (religieux), c’est le diable qui cache le trésor, le prince de ce monde. Il est le prince de tous les êtres qui naissent dans son domaine humain. Il les récompense, s’ils se bornent à son domaine, humain et mortel ; il lutte contre ceux qui tentent de s’échapper par le haut en aspirant au royaume des cieux. Voilà pourquoi l’ange de la nuit lutte contre Jacob-Israël (Gn 32), après qu’il ait entrevu l’échelle de Jacob (Gn 28) et non avant.
2 La Bhagavad Gita révèle la même chose autrement : À cause des dualités trompeuses, nées du désir et de l’aversion, tous les êtres sont soumis à la confusion, à l’instant même où ils font leur entrée dans le monde (BG 07/27). C’est ce que symbolise, soit dit en passant, le fait que, dans la position normale de la femme, le bébé chute la tête la première dans le monde humain.
3 Pour gagner une guerre, on ne peut pas faire moins rusé et moins violent que l’adversaire ; le machiavélique ‘La fin justifie les moyens’ est ici approprié. Le prince de ce monde est légitime en tant qu’archange du monde humain, et même en tant qu’éprouveur (L’éprouveur-peirazein s’approche et lui dit : « Si tu es fils de Dieu… » : Mt 04/03 = P 021), mais il est illégitime en tant qu’il s’oppose à ceux qui veulent accéder au royaume des cieux. Il convient donc d’être plus rusé que lui : Voici que je vous envoie comme des brebis au milieu des loups ; montrez-vous donc avisés comme les serpents (Mt 10/16 = P 101).
Rien à perdre que l’on ne perdra de toute façon
1 Il le recache. Dans la logique du voleur, on comprend qu’il le recache pour ne pas le faire savoir au propriétaire du champ. Cela présente-t-il un sens ésotérique ? Oui, et revenons à la gestation. Un enfant prématuré est exposé à mourir. Au moins au début, le disciple doit cacher sa quête du royaume des cieux, non seulement vis-à-vis du monde profane, mais même vis-à-vis du monde religieux n’aspirant qu’au paradis terrestre. Il doit attendre que l’enfant spirituel soit assez puissant en lui pour l’engager au combat.
2 …dans la joie il s’en va vendre tout ce qu’il possède et achète ce champ…Au sens littéral, rien ne dit que le champ soit à vendre. Normalement, c’est le vendeur qui se déclare comme tel pour chercher acquéreur. Pourtant, spirituellement, l’histoire tient debout. La Gita dit pourquoi : ce corps est appelé le Champ…Sache que dans tous les Champs (tous les corps), je suis le Connaisseur du Champ (BG 13/02), donc Dieu, qui est le propriétaire du champ, et qui est bon, sera toujours d’accord pour offrir le trésor du royaume des cieux en échange de la richesse matérielle du disciple.
3 … tout ce qu’il possède…tel est le prix du royaume des cieux : tout le mortel ne saurait valoir l’immortel ; Dieu fait encore un cadeau en acceptant un tel prix pour son trésor. On ne peut pas acheter à moitié le royaume des cieux, ou garder à moitié le monde mortel en l’achetant. Et pourtant on hésite à le faire, malgré qu’on n’ait presque rien à perdre et tout à gagner : À ceux qui m’adorent de façon exclusive, ne pensant à rien d’autre, maîtres d’eux, j’apporte ce qu’ils n’ont pas encore (l’union à Dieu), et préserve pour eux ce qu’ils possèdent déjà (BG 09/22).
4 … dans la joie…Celui qui a compris qu’il n’a quasi rien à perdre -et nous sommes là assez proches du ‘pari de Pascal’- ne peut qu’éprouver de la joie. L’absence de cette joie est le signe d’une inintelligence spirituelle.
La perle : la logique de la qualité
Le règne des cieux est encore semblable à un marchand en quête de perles fines. Le pari de Pascal soutient que les biens terrestres étant mortels, et donc perdus à terme, il est irrationnel de refuser de les sacrifier pour la vie immortelle, même si celle-ci, au regard d’une faible foi, peut sembler douteuse. Certains affectent de mépriser ces sordides calculs d’intérêt ; pourtant Jésus donne un marchand en exemple. Les vertus calculatrices de ce métier ne sont pas inutiles en spiritualité. Jésus dit d’ailleurs clairement à ses disciples : c’est votre intérêt que je parte ; car si je ne pars pas, le Paraclet (l’Esprit Saint) ne viendra pas vers vous ; mais si je pars, je vous l’enverrai (Jn 16/07 = P 266). Le monde n’est-il pas fait par Dieu, pourquoi la logique du monde matériel, si on l’entend vraiment, serait-elle opposée à la logique spirituelle ? N’y a-t-il pas qu’une logique (Nyaya, premier point de la sagesse chez les Hindous) ? On l’applique sur des données plus ou moins partielles, c’est ce qui fait la différence entre un raisonnement faux et un vrai.
L’erreur de la parabole de la brebis perdue
Le marchand choisi par Jésus n’est pas un grossiste de supermarché ; il est en quête de perles fines. D’où l’aspect clairement aristocratique de la quête spirituelle, même si elle n’est pas entreprise par un aristocrate socialement reconnu comme tel. Ce point nous permet de lever l’absurdité de la parabole de la brebis perdue telle que rapportée dans les évangiles canoniques : Lequel d’entre vous, s’il a cent brebis et vient à en perdre une, n’abandonne les quatre-vingt-dix-neuf autres dans le désert pour s’en aller après celle qui est perdue, jusqu’à ce qu’il l’ait retrouvée ?… (Lc 15/03-07 = P 195). Il est en effet insensé, de la part du berger, d’abandonner 99 brebis dans le désert, exposées aux prédateurs, pour en sauver une seule qu’il n’est pas sûr de retrouver. La conclusion aussi est absurde : C’est ainsi, je vous le dis, qu’il y aura plus de joie dans le ciel pour un seul pécheur qui se repent que pour quatre-vingt-dix-neuf justes, qui n’ont pas besoin de repentir. Il est assurément bien que l’on se réjouisse pour un pécheur repentant, mais au point de le mettre au-dessus d’un seul juste, voilà qui est anormal, et encore plus pour 99. À croire que ces justes devraient se mettre à pécher, pour ensuite se repentir, afin d’être reconnus eux aussi comme dignes de réjouissances ! Cette même parabole de la brebis perdue se trouve dans l’évangile gnostique de Thomas (Tho 107) avec cette précision : L’une d’entre elles disparut. C’est la plus belle…Alors se comprend la conclusion, lorsque le berger dit à la brebis retrouvée : Je t’aime plus que les quatre-vingt-dix-neuf autres. Ici, Thomas corrige l’erreur de la version Matthieu et Luc… mais l’évangile de Thomas est rejeté par l’Église exotérique. Cependant le marchand chercheur de perles fines lui aussi suffit à corriger l’erreur de la version Matthieu et Luc de la brebis perdue.
La faillibilité de la Révélation écrite
La question, se pose alors : « Jésus donne-t-il des paraboles fausses, ou fausses à certains et justes à d’autres ? Ou arrive-t-il aux évangélistes de rapporter une erreur de leur compréhension ? » Un Chrétien Réformé, adepte du principe ‘Scriptura Sola’ (‘L’Écriture seule’… source de vérité) sera scandalisé de notre hypothèse. Mais pas un Hindou : Lorsque ton intellect, rendu perplexe par ce que tu auras entendu (dans les Védas), se fixera, inébranlable et ferme, dans la contemplation, alors tu atteindras la réalisation spirituelle (BG 02/53). C’est qu’en ésotérisme, l’argument d’autorité ne vaut pas, même quand il s’agit de l’Écriture, qui est pourtant la source la plus sûrement inspirée de toutes les transmissions humaines. Le Soi parfait habite le cœur de tout chercheur de vérité (BG 10/20). La Révélation, sous quelque forme qu’elle se transmette, doit être recoupée, pour validation, dans le cœur du méditant, par son propre Soi. L’Écriture est l’interface entre la Révélation pure et sa compréhension et son expression humaine, elle est donc humano-divine et non purement divine. Seule la plongée au cœur de l’être individuel permet d’atteindre l’Être pur. Ceci dit, l’infaillibilité papale (reconnue par les seuls Catholiques) est assurément plus sujette à caution que celle de l’Écriture, car cette dernière a traversé l’épreuve des millénaires, ce qui n’est pas rien.
…en ayant trouvé une de grand prix, il s’en va vendre tout ce qu’il possède et il l’achète. Toutes les questions posées par ce passage ont été envisagées dans la parabole jumelle du trésor caché.
Pratique :
Pratique I : Si le champ est le corps, selon la Bhagavad Gita (BG 13/02), c’est dans sa vie intérieure que l’homme trouvera le trésor. La BG le dit on ne peut plus explicitement : Quels que soient les fruits des mérites attachés à l’étude des Védas, à l’accomplissement des sacrifices, à l’ascèse et à la charité, le yogi qui sait cela (distinguer la voie de moksha et celle de la transmigration) les transcende tous et atteint le Suprême, l’Essence primordiale (BG 08/28). Bien que de façon moins nette, l’Évangile ne l’enseigne-t-il pas en opposant Marthe, l’active, et Myriam, la contemplative ? (C’est Myriam qui a choisi la meilleure part ; elle ne lui sera pas enlevée : Lc 10/42 = P 159).
Pratique II : Le passage délicat se situe après la découverte du trésor, alors que l’homme est encore plongé dans un monde profane et que tout son entourage le croit profane. Il doit recacher sa découverte et travailler méthodiquement et discrètement à se désencombrer de tout ce qu’il possède de biens inutiles et de savoirs douteux, afin de pouvoir acheter le champ. C’est comme s’il rachetait l’esclave qu’il a été, pour en faire un homme spirituellement libre.
Pratique III : La parabole de la perle fine invite à mettre l’accent en tout sur la qualité : dans l’alimentation, les activités, les fréquentations, les lectures. Voilà qui s’oppose frontalement au consumérisme de masse de l’inculture ambiante de nos supposés ‘progrès sociétaux’.
Pratique IV : La digression faite à propos de la parabole de la brebis perdue doit inciter le pratiquant des Écritures (pratique indispensable en vérité) à les scruter et les interroger sans concession ; rien n’est pire que de croire sans comprendre, c’est une parodie de la foi. La BG éclaire aussi la chose : je t’ai révélé la connaissance, qui est le plus grand de tous les secrets. Médite-la sous tous ses aspects, puis agis comme tu l’entends (BG 18/63). Jésus aussi en donne l’exemple par l’utilisation, parfois très critique, qu’il fait des Écritures (Vous avez entendu qu’il a été dit aux ancêtres… Moi je vous dis… : Mt 05/21 = P 059).
La PERLE et le TRÉSOR