L’UNITÉ TRANSCENDANTE des RELIGIONS (BG 04/11)

L’UNITÉ TRANSCENDANTE des RELIGIONS (BG 04/11)

BG 04/11 Commentaire Théorique et Méditation Opérative

L’UNITÉ TRANSCENDANTE des RELIGIONS (BG 04/11)

L’UNITÉ TRANSCENDANTE des RELIGIONS

De la manière même dont ils se tournent vers moi, Je me communique à eux. Les hommes suivent ma voie de multiples façons (BG 04/11).

Théorie :

Le cœur yogique de l’hindouisme est universel

1        Les hommes suivent ma voie de multiples façons. Le Bouddhisme, l’Islam et le Christianisme sont des religions prosélytes. L’Hindouisme et le Judaïsme ne le sont pas en principe, mais sont réservés aux natifs juifs ou hindous. Le Judaïsme se pense comme la religion vraie et bibliquement en lutte contre les autres ; le Christianisme a longtemps hérité de ce trait, qui est aujourd’hui caché plutôt que disparu. Au contraire, l’Hindouisme considère que chaque civilisation a sa religion et que les différents dieux sont autant de costumes de l’Unique. Cette singularité provient de la forte présence d’un cœur métaphysique et supra religieux dans le yoga hindou. Les incarnations divines (avataras) de la religion hindoue ne sont pas toutes nées en Inde. Les Hindous actuels reconnaissent Bouddha et Jésus comme incarnations divines.

2        C’est pourquoi, bien qu’un non hindou ne puisse se convertir à l’Hindouisme, l’enseignement de ce dernier, en particulier par la Bhagavad Gita et les maîtres védantins, constitue aujourd’hui un chemin privilégié vers ‘l’unité transcendante des religions’. Cette dernière expression a fait l’objet d’un maître livre de Frithjof Schuon. Aussi l’esprit de Schuon, de son maître René Guénon et du texte sacré de la Bhagavad Gita constitue aujourd’hui un chemin privilégié pour accéder à une spiritualité supra religieuse, mais non antireligieuse, ni areligieuse,  puisque fondée sur les grands textes révélés tels que l’Évangile et la Bhagavad Gita.

3        Comme aucune autre tradition vivante ne possède l’équivalent conceptuel et sémantique de la métaphysique et de la cosmologie hindoue, la spiritualité  contemporaine utilise un certain nombre de concepts et de mots sanskrits, comme Brahman (l’absolu), avatara (incarnation divine), yoga (union avec l’absolu), moksha (libération spirituelle), nirvana (extinction de l’illusion du moi), karma (action et ses conséquences), atman (l’être immortel qui transmigre), samsara (transmigration), varna (caste en rapport avec les qualités spirituelles de chacun), dharma (loi universelle, propre à la nature des choses), sva-dharma (loi propre à chaque individu). Il convient de les garder tels, car toute traduction en réduit la portée.

4        Seule la métaphysique (doctrine de la non-dualité) traite de la spiritualité pure. Les religions habillent et voilent cet enseignement dans un manteau cultuel tributaire de l’époque, du lieu, de la race de ceux qui l’ont forgé. C’est pourquoi les religions ont un début (-2000 Judaïsme, -500 Bouddhisme, 0 Christianisme, 622 Islam), y compris l’Hindouisme, bien que son début se perde dans la nuit des temps, et auront donc une fin. On connait d’ailleurs de nombreuses religions mortes (grecque, romaine, celte, égyptienne, toltèque, maya, aztèque etc).

5        Les hommes suivent ma voie de multiples façons. De là deux erreurs classiques. Première : prétendre que notre façon (religion) est la seule. Deuxième : prétendre accéder au divin sans façon, sans forme, sans religion, sans méthode, sans doctrine. Dans ce cas, le plus souvent, ce n’est pas l’ego qui se fond en Dieu, mais l’égo qui se prend pour Dieu.

6        suivent ma voie. Cela suppose qu’il y a une voie (au singulier, même si prend forme de multiples façons) et que l’homme ne l’invente pas. En ce sens Jésus déclare : Je suis la voie, la vérité et la vie. Nul ne vient au Père que par moi. (Jn 14/06 = P 263). Les exotéristes en concluent : « Donc la religion chrétienne, fondée par Jésus est la seule vraie », les ésotéristes : « Jésus, dépassant sa et toutes les religions, représente le chemin de spiritualité pure qui conduit au Père divin. »

La voie des hommes et la voie des femmes

1        Les hommes suivent ma voie. Sans se laisser intimider par les danses de sorcières des féministes de tous sexes, il convient de se demander si les hommes (manushyah ici en sanskrit) désignent seulement les hommes ou tous les humains. Bien des maîtres, tel Swami Mukumdananda, perçoivent l’emploi de ce mot, employé deux fois dans la BG, comme étant ici masculin.

2        Krishna dit nettement : refus d’être prisonnier de ses enfants, de sa femme, de la maison et des possessions, la constante égalité d’âme dans les événements, favorables ou défavorables… (BG 13/09), telles sont les caractéristiques de l’homme spirituel. L’Islam et le Judaïsme, bien qu’accordant une place religieuse et même spirituelle aux femmes, la présente subordonnée à celle de l’homme. Jésus n’est pas en reste lorsqu’il reprend la femme qui lui dit : Heureuses les entrailles qui t’ont porté et les seins que tu as sucés ! » et qu’il répond peu courtoisement : « Heureux plutôt ceux qui écoutent la parole de Dieu et l’observent ! » (Lc 11/27 = P 168). Sans compter ses remarques du même genre à sa propre mère (à douze ans au Temple : Lc 02/49 = P 014 ; aux noces de Cana où il rappelle sa mère à son statut de femme : Que me veux-tu, femme ? : Jn 02/04 = P 026). Certes le Christianisme, surtout Catholique, s’est laissé pénétrer par la modernité et son idéologie égalitaire, mais cette tendance, comme bien d’autres, se situe manifestement à contre évangile : reniements (Pierre) et trahison (Judas) ne sont-ils pas au programme des apôtres ? Nous y sommes.

3        C’est ainsi qu’on ne connaît pas d’avatara féminin. La raison de tout cela fut une évidence pendant des temps immémoriaux, mais en notre fin de kali-yuga, les humains n’ont plus d’évidences spirituelles. Il faut démontrer à un aveugle qu’il fait jour à midi. Les femmes sont configurées biologiquement et psychologiquement pour transmettre la vie mortelle, il leur est donc plus difficile de vouloir s’en affranchir. En mode profane : L’homme fait la guerre, la femme fait les enfants. En mode sacré : L’homme suit une quête spirituelle, la femme une voie religieuse. En mode moderne, donc inversé : L’homme fait des affaires, la femme de la psychologie.

4        Ces multiples voies sont aussi des voies intérieures à chaque humain. Le cheminement s’opère en passant de la voie égotique nourrisson, à la familiale, puis religieuse, puis spirituelle. En notre kali-yuga tout dégénérant, les hommes laissent dominer le féminin, le terrestre en eux et acceptent le principe d’égalité, puisqu’ils ne savent plus en quoi ils sont spirituellement des hommes. Et les femmes revendiquent cette même égalité, car, malheureusement avec raison, elles ne perçoivent pas en quoi les hommes vrais leur sont spirituellement supérieurs ; elles ne perçoivent même pas en quoi consiste le spirituel par rapport au religieux ou au psychologique.

5        On peut donc aussi prendre le mot manushyah au sens d’humain, et non seulement d’homme masculin. Pourquoi ? Parce que, tout comme l’homme peut régresser en femme, en s’attachant au mortel (les mythes hindous présentent des cas d’hommes transformés en femmes, par châtiment d’un dieu), de même une femme peut éveiller la petite part de masculin qui l’habite nécessairement, jusqu’à la faire dominer dans sa vie intérieure. C’est ce que Jésus explique à Pierre à propos de Myriam de Magdala dans l’évangile selon Thomas : Je vais la guider afin de la faire mâle, en sorte qu’elle devienne elle aussi un esprit vivant semblable à vous les mâles, car toute femme qui se fera mâle entrera dans le Royaume des cieux (Tho 114).

6        Tout enseignement spirituel ayant sa parodie (généralement dominante en fin de cycle) la féministe et la virago sont la parodie de la femme spirituelle tout comme l’homosexuel et le transgenre sont la parodie de l’homme spirituel. En mode chrétien, l’homme est le Christ et la femme, à la fois Marie sa mère et Myriam de Magdala son amie intime.

Demande, Il répondra

1        De la manière même dont ils se tournent vers moi, Je me communique à eux. Un enfant, devant écrire à sa grand-mère, se trouvait en panne d’inspiration, son père lui conseilla : « Demande-toi ce qui l’intéresse, dans sa vie à elle et dans sa vie à toi et parle-lui en. » Telle est la méthode de Dieu (Ishvara), puisque Krishna, son interprète, l’affirme. Sauf l’homme qui se suicide par désespoir, tout homme s’intéresse à quelque chose. Quand bien même ce quelque chose peut sembler mauvais aux yeux des âmes puritaines, il fait partie du tout divin. Donc tout homme s’intéresse à Dieu, fut-ce sans le savoir, ou en croyant même pouvoir s’en passer ou le haïr. Tel est le sens de la formule ‘Tous les chemins mènent à Rome’… à condition de pouvoir remplacer Rome par Jérusalem, La Mecque, Bénarès (Varanasi) ou Bodh-Gaya (ville d’Éveil du Bouddha). Jésus dit : qui cherche trouve (Mt 07/07 = P 162) ; quelque soit la ‘mauvaise’ direction choisie, si la recherche est menée à terme, Dieu est au bout.

2        dont ils se tournent vers moi. L’idée de se tourner, de se retourner, de se convertir, est commune à l’Évangile : Convertissez-vous-metanoein (Mt 04/17 = P 038). En conclusion, la recherche peut partir de n’importe où, même d’un sujet apparemment profane, voire immoral (comme dans quelques paraboles de Jésus lui-même), mais il faut la volonté d’aller au bout, de pousser aux extrêmes la logique de la recherche ; il convient que, dans ce domaine quelconque, se trouve une graine d’absolu. Tel est le sens de matanoein, qu’on pourrait traduire par ‘éveillez votre intellect’.

3      Un proverbe déclare : ‘Fais un pas vers Dieu, Il en fera mille vers toi’ ; encore faut-il ce pas en premier. Comme la pécheresse vers Jésus (Lc 07/37 = P 080) ou le ‘bon larron’ juste avant son dernier souffle (Lc 23/41-42 = P 295). De la manière même dont ils se tournent vers moi…Le principe des ‘actions et réactions concordantes’ intervient ici. Mais il est une chose qui n’arrive jamais : que l’homme demande sincèrement et que Dieu ne réponde pas. C’est pourquoi l’homme de Dieu, lui aussi, ne reste jamais sans répondre. Les sages qui voient la réalité t’enseigneront cette connaissance, si tu te prosternes devant eux, les interroges, et te mets à leur service (BG 04/34). Il n’y a pas de spiritualité sans interrogations et volonté de connaître

Pratique :

Pratique I : Il n’y a pas de spiritualité sans distinction du psychique et du religieux, du religieux et du spirituel, autrement dit sans distinction des façons dont la voie se démultiplie.

Pratique II : Un proverbe islamique déclare : ‘Celui qui n’aime pas sa mère n’aimera jamais sa femme.’ Celui qui renie sa religion native, ne découvrira pas les vrais trésors universalistes d’une autre religion.

Pratique III : Dans ce sutra se trouve aussi l’idée que chacun se tourne vers Dieu d’une façon qui lui est propre. Ce n’est pas en baisant toutes les femmes qu’on découvre le mystère de l’amour humain, ni en picorant dans toutes les religions qu’on découvre la spiritualité. Les religions sont comme des croisées d’ogives multiples ; il faut trouver la clé de voûte, qui est unique et commune à toutes (Mt 21/42 = P 238).

Pratique IV : Cela est un travail intérieur, qui implique, entre autres, de repérer l’homme et la femme intérieurs à chacun et de les relier par un amour hiérarchisé et à terme fusionnel.

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