ORDRE SOCIAL et SPIRITUALITÉ
Lc 3/11-14
Il leur dit : »Que celui qui a deux tuniques partage avec celui qui n’en a pas, et que celui qui a de quoi manger fasse de même. » (Lc 03/11 = P 017)
Des taxateurs aussi viennent se faire baptiser et lui disent : » Maître-enseignant-didaskalos, que nous faut-il faire ? » (Lc 03/12 = P 017)
Il leur dit : »N’exigez rien au-delà de ce qu’il vous a été ordonné d’exiger « (Lc 03/13 = P 017)
Des soldats le questionnent : «Que ferons nous ? » Il leur dit : « Ne molestez personne ; ne calomniez-pas-et-n’extorquez-pas-d’argent-sukophantein ; contentez vous de vos soldes. » (Lc 03/14 = P 017)
Théorie :
La quadri répartition sociale indo-européenne et plus
1 Il leur dit : »Que celui qui a deux tuniques partage avec celui qui n’en a pas, et que celui qui a de quoi manger fasse de même » (Lc 03/11 = P 017). La péricope 15 a présenté Jean le Baptiste et l’essentiel de sa fonction, qui est la conversion-métonia spirituelle. La 16 présente la rencontre de Jean avec les Sadducéens-justes, prêtres gardiens du Temple de Jérusalem et les Pharisiens-séparés, rigoristes de la Loi de Moïse. Dans cette péricope 17 nous abordons les fonctionnaires des impôts, les soldats, et les travailleurs du peuple.
2 Il est bien connu des historiens, que la civilisation hindoue (Bhagavad Gita 04/13 et BG 18/41-44) et la civilisation occidentale de la Chrétienté présentent la même structure de caste-varna. En voici les correspondances : Brahmanes-Clergé, Kshatryas-Noblesse, Vaïshyas-Tiers-État, Shudra-Serviteurs. En réalité, ce modèle est quasiment universel et non seulement indoeuropéen. Le grec et le sanskrit, bien qu’éloignés géographiquement, ont la même structure grammaticale et les mêmes racines fondamentales ; par la langue autant que par la structure sociale, la Chrétienté et l’Inde ont sans doute des origines communes. Il en va tout autrement de la famille de civilisations sémites (juive et musulmane), dont la langue diffère des langues indo-européennes (alors que l’hébreu et l’arabe sont en parenté).
3 Là se situe un des paradoxes de la Chrétienté, civilisation générée par le Christianisme ; elle est indo-européenne, donc aryenne (BG 02/07), par sa langue et sa structure sociale, alors qu’elle est juive, et donc sémite, par son origine spirituelle, puisque la Loi de Moïse s’y applique toujours et surtout parce que Jésus, humainement, est juif.
4 Cependant, nous observons dans les péricopes 16 et 17, illustrant les rapports du prophète Jean le Baptiste avec les différentes couches populaires, que la quadripartition sociale indo-européenne s’y retrouve. Les Pharisiens et les Sadducéens correspondent à la caste-varna des Brahmanes. Les soldats (armée) et les taxateurs (impôts, administration) emplissent deux des fonctions des Khsatryas (il manque la fonction de justice et de gouvernement qui, à l’époque, était remplie en partie par le clergé juif, en partie par les Romains occupants). Le peuple que l’on rencontre dans le présent verset recouvre à la fois les Vaïshyas (agriculteurs, éleveurs, artisans, commerçants) et les Shudras (Serviteurs).
5 Ces passages, et bien d’autres de l’Évangile, comme nous le verrons (P 227 les talents et les mines par exemple, ainsi que l’ensemble des paraboles) montrent à quel point le concept d’une ‘démocratie chrétienne’ égalitariste est non seulement opposé à la structure de la Chrétienté traditionnelle, mais surtout à celle de l’Évangile porteur de la Révélation chrétienne.
Hospitalité et solidarité populaire traditionnelle
Que celui qui a deux tuniques partage avec celui qui n’en a pas, et que celui qui a de quoi manger fasse de même ». Certains pourraient interpréter ce passage comme un concept d’égalitarisme prêché par Jean le Baptiste. Il s’agit plus précisément de communautarisme, de solidarité et d’hospitalité ; qui forment trois concepts fondamentaux de la culture biblique. En somme, selon la Loi de Moïse : tu aimeras ton prochain comme toi-même (Mt 05/43 = P 065).
Une administration anti-corruption
1 Des taxateurs aussi viennent se faire baptiser et lui disent : » Maître-enseignant-didaskalos, que nous faut-il faire ? » (Lc 03/12 = P 017)
Il leur dit : »N’exigez rien au-delà de ce qu’il vous a été ordonné d’exiger « (Lc 03/13 = P 017). Il est remarquable que les taxateurs appartiennent à une autre caste-varna, que le peuple précédemment envisagé par le texte. Ils sont plus polis et certainement mieux connaisseurs de la nature et de la fonction du Baptiste ; c’est ainsi qu’ils le qualifient de Maître-enseignant-didaskalos. Ce faisant, ils se placent en position de disciple vis-à-vis de lui, ce qui est à la fois plus précis et plus engageant pour eux.
2 N’exigez rien au-delà de ce qu’il vous a été ordonné d’exiger. Ce que Jean leur conseille, c’est de renoncer à la corruption, qui est la lèpre de toute civilisation organisée. Autrement dit d’exercer ses droits sans oublier ses devoirs. Il est notable à ce propos que l’Occident moderne invoque les Droits de l’Homme et oublie les devoirs qui, seuls, peuvent fonder ces droits. L’apôtre Matthieu, dont l’Évangile relate le recrutement par Jésus (Mt 09/09 = P 049), était lui-même l’un de ces taxateurs.
La tentation des fonctionnaires
1 Des soldats le questionnent : «Que ferons nous ? » Il leur dit : « Ne molestez personne ; ne calomniez-pas-et-n’extorquez-pas-d’argent-sukophantein ; contentez vous de vos soldes » (Lc 03/14 = P 017). Les soldats représentent assurément une très inférieure sous-caste de chevalerie des Kshatryas, mais ils en font partie et la symbolisent ici.
2 Habitués à obéir aux ordres, ils demandent quels sont les ordres du prophète. En disant Ne molestez personne, Jean ne fait qu’appliquer à leur cas particulier le principe de non-corruption. L’usage de la force constituant leur apanage social, l’excès, pour eux, consiste assez naturellement à abuser de la force. Ne calomniez-pas-et-n’extorquez-pas-d’argent-sukophantein : il semble qu’outre la force, un moyen d’extorquer de l’argent du peuple, consistait, pour les soldats, à les menacer de calomnie pour se faire acheter leur silence. Les moyens de la perversion sociale sont universels. Contentez vous de vos soldes conclut Jean, mettant le doigt sur la difficulté ressentie par tout fonctionnaire ou militaire. Il est humain de chercher à progresser toujours, le Brahmane par la connaissance et la culture, le Kshatrya par la conquête (des territoires, de la richesse, des femmes), le Vaïshya par l’enrichissement commercial. Face à cela le fonctionnaire et le soldat se sentent bornés : leurs revenus sont fixes. Deux perversions se présentent alors à eux, s’ils veulent avoir l’impression d’améliorer leur sort. La première consiste à en faire le moins possible pour un salaire de toute façon fixe, ce qui augmente le rapport travail-salaire. Le cultivateur ou le commerçant n’ont pas cette tentation, en général, quand ils travaillent plus, ils gagnent plus. L’autre perversion consiste à voler le peuple qu’ils sont censés protéger et maintenir en ordre. Le fonctionnaire administratif et militaire doit comprendre qu’il bénéficie d’un privilège : il n’est pas exposé aux fluctuations des marchés comme le commerçant ni à celle de la météo comme l’agriculteur et l’éleveur, cela est compensé par la fixité de ses revenus.
L’ordre social et la transcendance spirituelle
1 Cette péricope montre clairement la fonction de Jean Baptiste comme préparateur du terrain social pour Jésus. Qui peut le plus peut le moins, mais qui ne peut pas le moins comment pourra-t-il le plus ? Celui qui ne conçoit pas une structure sociale réaliste et cohérente, comment pourra-t-il concevoir la puissance spirituelle qui fait exister le monde ? Être égalitariste, comme dans le communisme (biens communs) et la démocratie (pouvoir décisionnel égal) est antithétique avec la notion de Révélation (le plus informe le moins, le divin l’humain). Jésus reprendra cette logique : Si vous ne croyez pas quand je vous dis les choses de la terre, comment croirez-vous quand je vous dirai les choses du ciel ? (Jn 03/12 = P 030). Sans conception civilisatrice juste, il ne saurait y avoir de doctrine religieuse ou spirituelle vraie. Voilà pourquoi Jean remet en ordre la société avant que Jésus ne vienne enseigner la transcendance.
2 Bien que ce ne soit pas sa fonction propre, il arrivera à Jésus de veiller à l’ordre social : Gardez-vous des scribes…qui dévorent les biens des veuves, et affectent de faire de longues prières. Ils subiront, ceux-là, une condamnation plus sévère (Mc 12/40 = P 243).
3 Cependant, s’il faut un ordre social, comme condition sine qua non de la voie spirituelle, celui-ci ne saurait primer sur la spiritualité. C’est pourquoi Jésus, parfois, semble mépriser l’ordre social, pour mieux faire ressortir l’urgence de la spiritualité. Quelqu’un de la foule lui dit : »Maître, dis à mon frère de partager avec moi notre héritage», lui répond : « Homme, qui m’a établit juge, ou partageur sur vous ? » (Lc 12/13-14 = P 175) et l’Évangile gnostique de Thomas rajoute à ce dialogue : Et, se tournant vers les disciples, il leur dit : « Qui suis-je pour partager ? » (Tho 072). Jésus n’est pas venu partager le quantitatif, le mortel, il est venu offrir le tout, l’Un.
4 C’est pourquoi la justice sociale est une condition sine qua non de l’avancement spirituel d’un individu donné, mais ce n’est pas une condition sine qua non d’une vie spirituelle dans une collectivité. Même dans un monde injuste, le croyant n’est pas dispensé de travailler spirituellement à son salut, sous prétexte que l’action politique serait plus urgente. La civilisation intérieure à chacun doit être en ordre pour que l’on puisse parler de spiritualité mais, sur la civilisation globale, chacun n’a à intervenir qu’en fonction de sa caste-varna. C’est premier pour un kshatrya, non pour les autres castes.
Pratique :
Pratique I : Il leur dit : »Que celui qui a deux tuniques partage avec celui qui n’en a pas, et que celui qui a de quoi manger fasse de même » Dans La quadri répartition sociale indo-européenne et plus fut exposé que la Chrétienté présente les mêmes états sociaux que les castes-varnas de l’Inde : Brahmanes-Clergé, Kshatryas-Noblesse, Vaïshyas-Tiers-État, Shudra-Serviteurs. La précédente péricope et celle-ci présentent les castes de la société de Jésus : Les Pharisiens et les Sadducéens correspondent à la caste-varna des Brahmanes. Les soldats (armée) et les taxateurs (impôts, administration) emplissent deux des fonctions des Khsatryas (il manque la fonction de justice et de gouvernement qui, à l’époque, était remplie en partie par le clergé juif, en partie par les Romains occupants). Le peuple que l’on rencontre dans le présent verset recouvre à la fois les Vaïshyas (agriculteurs, éleveurs, artisans, commerçants) et les Shudras (Serviteurs). Cela montre à quel point le concept d’une ‘démocratie chrétienne’ égalitariste est non seulement opposé à la structure de la Chrétienté traditionnelle, mais surtout à celle de l’Évangile porteur de la Révélation chrétienne.
Pratique II : Que celui qui a deux tuniques partage avec celui qui n’en a pas, et que celui qui a de quoi manger fasse de même. Dans Hospitalité et solidarité populaire traditionnelle fut précisé que l’interprétation égalitariste de ce passage est erronée. Il s’agit en fait de communauté, de solidarité et d’hospitalité qui forment trois concepts fondamentaux de la culture biblique. En somme, selon la Loi de Moïse : tu aimeras ton prochain comme toi-même (Mt 05/43 = P 065).
Pratique III : Aux taxateurs : N’exigez rien au-delà de ce qu’il vous a été ordonné d’exiger. Dans Une administration anti-corruption nous avons vu que Jean leur conseille, de renoncer à la corruption, qui est la lèpre de toute civilisation organisée. Autrement dit d’exercer ses droits sans oublier ses devoirs. Il est notable à ce propos que l’Occident moderne invoque les Droits de l’Homme et oublie les devoirs qui, seuls, peuvent fonder ces droits.
Pratique IV : Des soldats le questionnent : «Que ferons nous ? » Il leur dit : « Ne molestez personne ; ne calomniez-pas-et-n’extorquez-pas-d’argent-sukophantein ; contentez vous de vos soldes » Dans La tentation des fonctionnaires Jean ne fait qu’appliquer à leur cas particulier le principe de non-corruption. Les moyens de la perversion sociale sont universels. Contentez vous de vos soldes conclut Jean, mettant le doigt sur la difficulté ressentie par tout fonctionnaire ou militaire. Il est humain de chercher à progresser toujours, le Brahmane par la connaissance et la culture, le Kshatrya par la conquête (des territoires, de la richesse, des femmes), le Vaïshya par l’enrichissement commercial. Face à cela le fonctionnaire et le soldat se sentent bornés : leurs revenus étant fixes. Ils cherchent donc à en faire le moins possible pour un salaire de toute façon donné, ou à voler le peuple pour arrondir les fins de mois.
Pratique V : Dans L’ordre social et la transcendance spirituelle fut exposé que qui peut le plus peut le moins, mais qui ne peut pas le moins comment pourra-t-il le plus ? Celui qui ne conçoit pas une structure sociale réaliste et cohérente, comment pourra-t-il concevoir la puissance spirituelle qui fait exister le monde ? Être égalitariste, comme dans le communisme (biens communs) et la démocratie (pouvoir décisionnel égal) est antithétique avec la notion de Révélation (le plus informe le moins, le divin l’humain). Jésus dira : Si vous ne croyez pas quand je vous dis les choses de la terre, comment croirez-vous quand je vous dirai les choses du ciel ? (Jn 03/12 = P 030). A celui qui lui demande de faire justice pour une affaire d’héritage Jésus répond : « Homme, qui m’a établit juge, ou partageur sur vous ? » Et, se tournant vers les disciples, il leur dit : « Qui suis-je pour partager ? » Jésus n’est pas venu partager le quantitatif, le mortel, il est venu offrir le tout, l’Un. La civilisation intérieure à chacun doit être en ordre pour que l’on puisse parler de spiritualité mais, sur la civilisation globale, chacun n’a à intervenir qu’en fonction de sa caste-varna. C’est premier pour un kshatrya, non pour les autres castes.
ORDRE SOCIAL et SPIRITUALITÉ (Lc 03/11-14)
ORDRE SOCIAL et SPIRITUALITÉ (Lc 03/11-14)
ORDRE SOCIAL et SPIRITUALITÉ
Lc 3/11-14
Il leur dit : »Que celui qui a deux tuniques partage avec celui qui n’en a pas, et que celui qui a de quoi manger fasse de même. » (Lc 03/11 = P 017)
Des taxateurs aussi viennent se faire baptiser et lui disent : » Maître-enseignant-didaskalos, que nous faut-il faire ? » (Lc 03/12 = P 017)
Il leur dit : »N’exigez rien au-delà de ce qu’il vous a été ordonné d’exiger « (Lc 03/13 = P 017)
Des soldats le questionnent : «Que ferons nous ? » Il leur dit : « Ne molestez personne ; ne calomniez-pas-et-n’extorquez-pas-d’argent-sukophantein ; contentez vous de vos soldes. » (Lc 03/14 = P 017)
Théorie :
La quadri répartition sociale indo-européenne et plus
1 Il leur dit : »Que celui qui a deux tuniques partage avec celui qui n’en a pas, et que celui qui a de quoi manger fasse de même » (Lc 03/11 = P 017). La péricope 15 a présenté Jean le Baptiste et l’essentiel de sa fonction, qui est la conversion-métonia spirituelle. La 16 présente la rencontre de Jean avec les Sadducéens-justes, prêtres gardiens du Temple de Jérusalem et les Pharisiens-séparés, rigoristes de la Loi de Moïse. Dans cette péricope 17 nous abordons les fonctionnaires des impôts, les soldats, et les travailleurs du peuple.
2 Il est bien connu des historiens, que la civilisation hindoue (Bhagavad Gita 04/13 et BG 18/41-44) et la civilisation occidentale de la Chrétienté présentent la même structure de caste-varna. En voici les correspondances : Brahmanes-Clergé, Kshatryas-Noblesse, Vaïshyas-Tiers-État, Shudra-Serviteurs. En réalité, ce modèle est quasiment universel et non seulement indoeuropéen. Le grec et le sanskrit, bien qu’éloignés géographiquement, ont la même structure grammaticale et les mêmes racines fondamentales ; par la langue autant que par la structure sociale, la Chrétienté et l’Inde ont sans doute des origines communes. Il en va tout autrement de la famille de civilisations sémites (juive et musulmane), dont la langue diffère des langues indo-européennes (alors que l’hébreu et l’arabe sont en parenté).
3 Là se situe un des paradoxes de la Chrétienté, civilisation générée par le Christianisme ; elle est indo-européenne, donc aryenne (BG 02/07), par sa langue et sa structure sociale, alors qu’elle est juive, et donc sémite, par son origine spirituelle, puisque la Loi de Moïse s’y applique toujours et surtout parce que Jésus, humainement, est juif.
4 Cependant, nous observons dans les péricopes 16 et 17, illustrant les rapports du prophète Jean le Baptiste avec les différentes couches populaires, que la quadripartition sociale indo-européenne s’y retrouve. Les Pharisiens et les Sadducéens correspondent à la caste-varna des Brahmanes. Les soldats (armée) et les taxateurs (impôts, administration) emplissent deux des fonctions des Khsatryas (il manque la fonction de justice et de gouvernement qui, à l’époque, était remplie en partie par le clergé juif, en partie par les Romains occupants). Le peuple que l’on rencontre dans le présent verset recouvre à la fois les Vaïshyas (agriculteurs, éleveurs, artisans, commerçants) et les Shudras (Serviteurs).
5 Ces passages, et bien d’autres de l’Évangile, comme nous le verrons (P 227 les talents et les mines par exemple, ainsi que l’ensemble des paraboles) montrent à quel point le concept d’une ‘démocratie chrétienne’ égalitariste est non seulement opposé à la structure de la Chrétienté traditionnelle, mais surtout à celle de l’Évangile porteur de la Révélation chrétienne.
Hospitalité et solidarité populaire traditionnelle
Que celui qui a deux tuniques partage avec celui qui n’en a pas, et que celui qui a de quoi manger fasse de même ». Certains pourraient interpréter ce passage comme un concept d’égalitarisme prêché par Jean le Baptiste. Il s’agit plus précisément de communautarisme, de solidarité et d’hospitalité ; qui forment trois concepts fondamentaux de la culture biblique. En somme, selon la Loi de Moïse : tu aimeras ton prochain comme toi-même (Mt 05/43 = P 065).
Une administration anti-corruption
1 Des taxateurs aussi viennent se faire baptiser et lui disent : » Maître-enseignant-didaskalos, que nous faut-il faire ? » (Lc 03/12 = P 017)
Il leur dit : »N’exigez rien au-delà de ce qu’il vous a été ordonné d’exiger « (Lc 03/13 = P 017). Il est remarquable que les taxateurs appartiennent à une autre caste-varna, que le peuple précédemment envisagé par le texte. Ils sont plus polis et certainement mieux connaisseurs de la nature et de la fonction du Baptiste ; c’est ainsi qu’ils le qualifient de Maître-enseignant-didaskalos. Ce faisant, ils se placent en position de disciple vis-à-vis de lui, ce qui est à la fois plus précis et plus engageant pour eux.
2 N’exigez rien au-delà de ce qu’il vous a été ordonné d’exiger. Ce que Jean leur conseille, c’est de renoncer à la corruption, qui est la lèpre de toute civilisation organisée. Autrement dit d’exercer ses droits sans oublier ses devoirs. Il est notable à ce propos que l’Occident moderne invoque les Droits de l’Homme et oublie les devoirs qui, seuls, peuvent fonder ces droits. L’apôtre Matthieu, dont l’Évangile relate le recrutement par Jésus (Mt 09/09 = P 049), était lui-même l’un de ces taxateurs.
La tentation des fonctionnaires
1 Des soldats le questionnent : «Que ferons nous ? » Il leur dit : « Ne molestez personne ; ne calomniez-pas-et-n’extorquez-pas-d’argent-sukophantein ; contentez vous de vos soldes » (Lc 03/14 = P 017). Les soldats représentent assurément une très inférieure sous-caste de chevalerie des Kshatryas, mais ils en font partie et la symbolisent ici.
2 Habitués à obéir aux ordres, ils demandent quels sont les ordres du prophète. En disant Ne molestez personne, Jean ne fait qu’appliquer à leur cas particulier le principe de non-corruption. L’usage de la force constituant leur apanage social, l’excès, pour eux, consiste assez naturellement à abuser de la force. Ne calomniez-pas-et-n’extorquez-pas-d’argent-sukophantein : il semble qu’outre la force, un moyen d’extorquer de l’argent du peuple, consistait, pour les soldats, à les menacer de calomnie pour se faire acheter leur silence. Les moyens de la perversion sociale sont universels. Contentez vous de vos soldes conclut Jean, mettant le doigt sur la difficulté ressentie par tout fonctionnaire ou militaire. Il est humain de chercher à progresser toujours, le Brahmane par la connaissance et la culture, le Kshatrya par la conquête (des territoires, de la richesse, des femmes), le Vaïshya par l’enrichissement commercial. Face à cela le fonctionnaire et le soldat se sentent bornés : leurs revenus sont fixes. Deux perversions se présentent alors à eux, s’ils veulent avoir l’impression d’améliorer leur sort. La première consiste à en faire le moins possible pour un salaire de toute façon fixe, ce qui augmente le rapport travail-salaire. Le cultivateur ou le commerçant n’ont pas cette tentation, en général, quand ils travaillent plus, ils gagnent plus. L’autre perversion consiste à voler le peuple qu’ils sont censés protéger et maintenir en ordre. Le fonctionnaire administratif et militaire doit comprendre qu’il bénéficie d’un privilège : il n’est pas exposé aux fluctuations des marchés comme le commerçant ni à celle de la météo comme l’agriculteur et l’éleveur, cela est compensé par la fixité de ses revenus.
L’ordre social et la transcendance spirituelle
1 Cette péricope montre clairement la fonction de Jean Baptiste comme préparateur du terrain social pour Jésus. Qui peut le plus peut le moins, mais qui ne peut pas le moins comment pourra-t-il le plus ? Celui qui ne conçoit pas une structure sociale réaliste et cohérente, comment pourra-t-il concevoir la puissance spirituelle qui fait exister le monde ? Être égalitariste, comme dans le communisme (biens communs) et la démocratie (pouvoir décisionnel égal) est antithétique avec la notion de Révélation (le plus informe le moins, le divin l’humain). Jésus reprendra cette logique : Si vous ne croyez pas quand je vous dis les choses de la terre, comment croirez-vous quand je vous dirai les choses du ciel ? (Jn 03/12 = P 030). Sans conception civilisatrice juste, il ne saurait y avoir de doctrine religieuse ou spirituelle vraie. Voilà pourquoi Jean remet en ordre la société avant que Jésus ne vienne enseigner la transcendance.
2 Bien que ce ne soit pas sa fonction propre, il arrivera à Jésus de veiller à l’ordre social : Gardez-vous des scribes…qui dévorent les biens des veuves, et affectent de faire de longues prières. Ils subiront, ceux-là, une condamnation plus sévère (Mc 12/40 = P 243).
3 Cependant, s’il faut un ordre social, comme condition sine qua non de la voie spirituelle, celui-ci ne saurait primer sur la spiritualité. C’est pourquoi Jésus, parfois, semble mépriser l’ordre social, pour mieux faire ressortir l’urgence de la spiritualité. Quelqu’un de la foule lui dit : »Maître, dis à mon frère de partager avec moi notre héritage», lui répond : « Homme, qui m’a établit juge, ou partageur sur vous ? » (Lc 12/13-14 = P 175) et l’Évangile gnostique de Thomas rajoute à ce dialogue : Et, se tournant vers les disciples, il leur dit : « Qui suis-je pour partager ? » (Tho 072). Jésus n’est pas venu partager le quantitatif, le mortel, il est venu offrir le tout, l’Un.
4 C’est pourquoi la justice sociale est une condition sine qua non de l’avancement spirituel d’un individu donné, mais ce n’est pas une condition sine qua non d’une vie spirituelle dans une collectivité. Même dans un monde injuste, le croyant n’est pas dispensé de travailler spirituellement à son salut, sous prétexte que l’action politique serait plus urgente. La civilisation intérieure à chacun doit être en ordre pour que l’on puisse parler de spiritualité mais, sur la civilisation globale, chacun n’a à intervenir qu’en fonction de sa caste-varna. C’est premier pour un kshatrya, non pour les autres castes.
Pratique :
Pratique I : Il leur dit : »Que celui qui a deux tuniques partage avec celui qui n’en a pas, et que celui qui a de quoi manger fasse de même » Dans La quadri répartition sociale indo-européenne et plus fut exposé que la Chrétienté présente les mêmes états sociaux que les castes-varnas de l’Inde : Brahmanes-Clergé, Kshatryas-Noblesse, Vaïshyas-Tiers-État, Shudra-Serviteurs. La précédente péricope et celle-ci présentent les castes de la société de Jésus : Les Pharisiens et les Sadducéens correspondent à la caste-varna des Brahmanes. Les soldats (armée) et les taxateurs (impôts, administration) emplissent deux des fonctions des Khsatryas (il manque la fonction de justice et de gouvernement qui, à l’époque, était remplie en partie par le clergé juif, en partie par les Romains occupants). Le peuple que l’on rencontre dans le présent verset recouvre à la fois les Vaïshyas (agriculteurs, éleveurs, artisans, commerçants) et les Shudras (Serviteurs). Cela montre à quel point le concept d’une ‘démocratie chrétienne’ égalitariste est non seulement opposé à la structure de la Chrétienté traditionnelle, mais surtout à celle de l’Évangile porteur de la Révélation chrétienne.
Pratique II : Que celui qui a deux tuniques partage avec celui qui n’en a pas, et que celui qui a de quoi manger fasse de même. Dans Hospitalité et solidarité populaire traditionnelle fut précisé que l’interprétation égalitariste de ce passage est erronée. Il s’agit en fait de communauté, de solidarité et d’hospitalité qui forment trois concepts fondamentaux de la culture biblique. En somme, selon la Loi de Moïse : tu aimeras ton prochain comme toi-même (Mt 05/43 = P 065).
Pratique III : Aux taxateurs : N’exigez rien au-delà de ce qu’il vous a été ordonné d’exiger. Dans Une administration anti-corruption nous avons vu que Jean leur conseille, de renoncer à la corruption, qui est la lèpre de toute civilisation organisée. Autrement dit d’exercer ses droits sans oublier ses devoirs. Il est notable à ce propos que l’Occident moderne invoque les Droits de l’Homme et oublie les devoirs qui, seuls, peuvent fonder ces droits.
Pratique IV : Des soldats le questionnent : «Que ferons nous ? » Il leur dit : « Ne molestez personne ; ne calomniez-pas-et-n’extorquez-pas-d’argent-sukophantein ; contentez vous de vos soldes » Dans La tentation des fonctionnaires Jean ne fait qu’appliquer à leur cas particulier le principe de non-corruption. Les moyens de la perversion sociale sont universels. Contentez vous de vos soldes conclut Jean, mettant le doigt sur la difficulté ressentie par tout fonctionnaire ou militaire. Il est humain de chercher à progresser toujours, le Brahmane par la connaissance et la culture, le Kshatrya par la conquête (des territoires, de la richesse, des femmes), le Vaïshya par l’enrichissement commercial. Face à cela le fonctionnaire et le soldat se sentent bornés : leurs revenus étant fixes. Ils cherchent donc à en faire le moins possible pour un salaire de toute façon donné, ou à voler le peuple pour arrondir les fins de mois.
Pratique V : Dans L’ordre social et la transcendance spirituelle fut exposé que qui peut le plus peut le moins, mais qui ne peut pas le moins comment pourra-t-il le plus ? Celui qui ne conçoit pas une structure sociale réaliste et cohérente, comment pourra-t-il concevoir la puissance spirituelle qui fait exister le monde ? Être égalitariste, comme dans le communisme (biens communs) et la démocratie (pouvoir décisionnel égal) est antithétique avec la notion de Révélation (le plus informe le moins, le divin l’humain). Jésus dira : Si vous ne croyez pas quand je vous dis les choses de la terre, comment croirez-vous quand je vous dirai les choses du ciel ? (Jn 03/12 = P 030). A celui qui lui demande de faire justice pour une affaire d’héritage Jésus répond : « Homme, qui m’a établit juge, ou partageur sur vous ? » Et, se tournant vers les disciples, il leur dit : « Qui suis-je pour partager ? » Jésus n’est pas venu partager le quantitatif, le mortel, il est venu offrir le tout, l’Un. La civilisation intérieure à chacun doit être en ordre pour que l’on puisse parler de spiritualité mais, sur la civilisation globale, chacun n’a à intervenir qu’en fonction de sa caste-varna. C’est premier pour un kshatrya, non pour les autres castes.
ORDRE SOCIAL et SPIRITUALITÉ (Lc 03/11-14)