L’AMBIVALENCE de MAYA
Les êtres malfaisants, les ignorants-mudhah, les êtres vils ne me cherchent pas. À cause de cette illusion mystérieuse (maya), ils sont privés de connaissance et prennent les voies diaboliques des asuras (anti-dieux, démons). (BG 07/15)
Théorie :
I°) Les quatre sortes de malfaisants
1 Les êtres malfaisants, les ignorants-mudhah, les êtres vils ne me cherchent pas (BG 07/15). Dans les exotérismes religieux, la Loi de Moïse par exemple, Dieu impose une Loi par l’intermédiaire de son prophète et l’obéissance ou la désobéissance à cette Loi détermine le bien et le mal, la vertu et la faute, d’où résultent, une fois pour toutes après la mort, le salut paradisiaque ou la damnation infernale. L’on se situe alors dans le domaine de l’action et de la volonté. La perspective est ici différente. Krishna s’en prend aux malfaisants, non pas seulement en tant que tels, mais en tant qu’ignorants. Pourquoi sont-ils ignorants ? Parce qu’ils ne me cherchent pas. La connaissance importe ici et non seulement l’action qui n’en est qu’une résultante.
2 Les malfaisants sont de quatre sortes. Premièrement, les mudhas, dont le symbole est l’âne. Ce sont des hommes inintelligents qui travaillent sans cesse à satisfaire les besoins artificiels qu’ils se sont créés, esclaves de ce que la Bible appelle Mammon. Ils n’ont pas le temps d’entendre parler de Dieu, de leur âme ou de leur intellect, encore moins de leur atman. Jésus les décrit bien dans l’Évangile selon Philippe : Un âne qui tourne autour d’une meule peut faire cent miles, quand on le détache, il est toujours au même endroit… (Ph 52).
3 Deuxièmement, les naradhamas, de ‘nara’ homme et ‘adhama’ le plus bas, soit ‘les plus déchus des hommes’. Ce sont les non civilisés, au sens où dans toutes les civilisations (sauf le monde moderne qui précisément n’est pas une civilisation). Cette notion correspond à trois choses : des principes de vie sociale, politique et religieuse. Or, dans la conception moderne, le dernier point est inexistant en pratique puisque l’orientation de la collectivité humaine se produit sans aucune référence à une Révélation. La plus grande partie des humains actuels appartient à cette catégorie, ce qui constitue, selon le mot de Jésus, un ‘signe des temps’ de ce que nous sommes en fin de cycle de l’actuelle humanité.
4 Troisièmement, les mayayapahrta-jnanas. Comme le mot ‘jnana’, connaissance, le suggère, ce sont des savants, philosophes, écrivains, scientifiques, politiciens, théologiens, mais dont la science consiste à réduire le supérieur à l’inférieur. En philosophie, cela donne les ‘existentialistes’ qui placent la mouvance mortelle de l’existence comme supérieure à l’Être de l’immortalité. En psychologie, Freud qui explique la naissance des religions par des pulsions de morts ou la libido. En politique, tous les chantres de la démocratie (démoncratie) qui ne considèrent comme légitime que les décisions provenant du grand nombre, sans aucun critère qualitatif. En science biologique, le darwinisme expliquant le progrès des espèces par la lutte pour la vie et l’amélioration de la capacité prédatrice. En science physique, les découvreurs de la désintégration atomique, produisant la capacité humaine à s’autodétruire.
5 Quatrièmement, les asuram bhavam ashritas délibérément athées et démoniaques. Chez eux, le refus de Dieu est le cœur de leur existence et de leur action. Ils n’ignorent pas Dieu, comme les précédents, ils le détestent. On y trouve des tueurs en série, que ce soit par usage ou vente d’armes à feu ou par vente de drogues diverses et variées, certains fondateurs de sectes suicidaires ou criminelles, certains groupes historiques qui ont incité au massacre de tous les croyants de telle ou telle religion. Soutenant cette vue, ces âmes dépravées, qui ont ruiné leur propre Soi, rapetissant leur intelligence, se livrent à des actions criminelles, et sont les ennemis du genre humain et du monde, qu’ils visent à détruire (BG 16/09).
II°) L’inconnaissance (ignorance) : faute suprême
1 On pourrait dire que Dieu joue à cache-cache et qu’il a fait le monde pour être cherché. Les êtres vils sont ceux qui l’ignorent. Contrairement à ce que beaucoup pensent, les athées militants, les enragés du blasphème ne sont pas les pires. Leur dynamique même prouve qu’ils cherchent, certes à contresens de la lumière, mais on peut toujours espérer qu’ils fassent de temps en temps le bilan de leur recherche. L’indifférence de ceux qui ne Le cherchent pas est pire que la haine.
2 L’histoire française eut des périodes de haine anti spirituelle et anti religieuse, pendant la Terreur révolutionnaire, où il fallait urgemment tuer Dieu et ses partisans. En 1905, quand l’État s’empara des biens du clergé, la haine anti cléricale connut aussi ses heures de gloire. Pire ensuite avec le principe de laïcité enveloppé du manteau de la tolérance vis-à-vis des religions. En somme : ‘Croyez ce que vous voudrez et priez le dieu que vous voulez, du moment que le monde soit nôtre, en mode profane intégral’. Un point essentiel de la prière de Jésus (le Notre Père) a été ainsi éradiqué en douceur : que ton Règne vienne, que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel (Mt 06/10 = P 160). Les croyants peuvent toujours prier Dieu, mais en demeurant quasi obligés de lui désobéir. Auquel cas ils se heurtent au reproche : Ce n’est pas en me disant : « Seigneur, Seigneur », qu’on entrera dans le Royaume des Cieux, mais c’est en faisant la volonté de mon Père qui est dans les cieux (Mt 07/22 = P 074). Voilà pourquoi le Christ de l’Apocalypse déclare : Je vomis les tièdes (Ap 03/16).
3 L’intelligence a été donnée à l’homme pour deux choses. Une secondaire : participer à la création en la gérant, ce qui suppose de la connaître. L’homme moderne prétend percer les secrets de l’atome, mais il détruit la nature ; ce n’est pas connaître, c’est violer. L’autre raison de l’intelligence humaine est essentielle : chercher Dieu. Et Dieu est lui-même la récompense de ceux qui excellent dans cette recherche.
1 À cause de cette illusion mystérieuse (maya), ils sont privés de connaissance et prennent les voies diaboliques des asuras (anti-dieux, démons) (BG 07/15). De même que, physiologiquement, un organe non utilisé s’étiole, de même la fonction cognitive spirituelle disparaît par mépris de ce qu’elle pourrait offrir. C’est pourquoi les humains qui ne cherchent pas Dieu perdent leur plein statut d’humain au fil de leur transmigration. Naissance après naissance, ils tombent dans un état encore plus bas (BG 16/20). Cela se fait progressivement, par une descente dans les compétences humaines, d’une naissance masculine à une naissance féminine par exemple, ou d’une descente dans l’ordre des varnas-castes (BG 18/41-44). Cependant, et c’est la grande différence d’avec la théologie des religions abrahamiques, il n’y a point ‘d’enfer éternel’ : Ceux qui prennent refuge en moi, fussent-ils de basse extraction, une femme, un vaïshyas (3° caste), ou un shudras (serviteur, 4° caste), atteignent le but suprême (BG 09/32).
2 Comme déjà vu, au continuum humain succède un continuum animal, selon les capacités cognitives des différents animaux ; et la frontière entre animal et humain est aussi un continuum. L’Évangile gnostique de Philippe envisage frontalement la question : Il y a beaucoup d’animaux dans le monde qui ont une apparence humaine (Philipe 119). Les Évangiles canoniques ne disent pas autre chose mais l’expriment symboliquement : Allez dire à ce renard d’Hérode (Lc 13/32 = P 187) ; Voici que je vous envoie équipés comme des brebis au milieu des loups ; montrez-vous donc avisés comme les serpents et sans mélange comme les colombes (Mt 10/16 = P 101).
3 Ainsi les êtres qui se sont eux-mêmes privés de connaissance spirituelle prennent les voies diaboliques des asuras (anti-dieux, démons) ; c’est-à-dire quelque chose d’encore inférieur aux animaux, certes stupides, mais relativement innocents. Ceux qui méprisent mon enseignement et ne le mettent pas en pratique, ces insensés à qui toute connaissance échappe, sache-le, ils courent à leur perte (BG 03/32). Ce qui consonne parfaitement avec le dire de Jésus : Quiconque entend ces paroles que je viens de dire et ne les met pas en pratique, peut se comparer à un homme insensé qui a- bâti sa maison sur le sable (Mt 07/26 = P 075). Et même : Pour eux se remplit complètement la prophétie d’Esaïe-(sauveur) disant : « Par l’oreille vous écouterez, et vous n’entendrez pas ; ayant la vue vous regarderez et vous ne verrez pas ; pour qu’ils ne se convertissent-pas, et qu’il ne leur soit pas pardonné (P 085)
4 À noter cependant qu’À cause de cette illusion mystérieuse (maya), ils sont privés de connaissance ne vaut que pour ceux qui ne me cherchent pas. Car la Gita déclare expressément que Lorsque sattva-vérité est dans sa maturité, dans ce corps, la lumière de la connaissance pénètre, par toutes les portes (des sens) (BG 14/11). L’homme sattvique est précisément celui qui cherche Dieu ; pour lui quelque chose de l’instinct animal fonctionne au niveau même de ses sens, jusqu’à lui offrir des ‘sensations de Dieu’.
IV°) Maya : la fonction occultatrice ou révélatrice du symbole
1 Une question impertinente d’apparence et pourtant nécessaire se pose alors : « Pourquoi le créateur précipite-t-il les humains dans cette illusion de maya ? » La Gita confirme le fait : tous les êtres sont soumis à la confusion, à l’instant même où ils font leur entrée dans le monde (BG 07/27). Et pourquoi ce jeu divin, qui pourrait sembler sadique vis-à-vis des humains ? À cause des dualités trompeuses, nées du désir et de l’aversion (BG 07/27).
2 Maya désigne l’illusion cosmique. Comme vu récemment, ma-ya signifie littéralement (non)-ma (ce qui est)-ya. Autrement dit ‘les choses ne sont pas ce qu’elles vous semblent être’. Le monde matériel, qui vous semble réel parce que tangible, n’est qu’une illusion, un mirage, que le sommeil suffit à effacer totalement et la mort plus encore. Même dans l’état de veille, vous ne cessez de voir les choses disparaitre : les montagnes s’effondrent (avalanches), les mers se dessèchent (mer d’Aral), les proches meurent, les amitiés se délitent, les corps vieillissent. Si vous vous accrochez à la matière comme étant réelle, vous fabriquez votre propre prison : L’attachement aux gunas (qui est attachement à la vie mortelle) est la cause de la naissance en de bonnes ou en de mauvaises matrices (BG 13/21).
3 Reprenons la question : « Pourquoi le Créateur précipite-t-il les humains dans cette illusion de maya ? » Non par sadisme, comme certains pourraient le croire, mais pas offrande de liberté. Car maya présente une double face : illusion et symbole. Dans les deux cas elle est quelque chose d’éphémère et souvent d’attrayant. Mais comme illusion, mirage, elle promet et ne tient pas ; comme symbole, elle révèle, à qui s’en fait l’herméneute, l’au-delà divin du monde mortel. Celui qui se fera herméneute de ces paroles ne goutera plus la mort. Celui qui cherche… quand il aura trouvé… il règnera sur le Tout (Évangile gnostique de Thomas).
4 Pour l’homme spirituel, maya est à la fois la nature et l’Écriture. La nature illustre la splendeur, la puissance et l’intelligence de Dieu. Elle est une voie de connaissance spirituelle à ce titre. L’Écriture est Révélation, donc voie de connaissance. Cependant les deux sont maya, donc ambivalentes suivant l’usage que l’homme en fait. La nature, c’est évident, puisqu’elle est séductrice et mortelle. L’Écriture, quand on creuse un peu, comme font les critiques athées ou au contraire les spirituels ésotéristes, est aussi trompeuse en ce que la Révélation qu’elle transmet est exprimée dans un langage humain par des hommes qui ne sont pas tous des réalisés et qui par conséquent ne transmettent que ce qu’ils ont compris du message divin. La Gita le dit clairement : Lorsque ton intellect, rendu perplexe par ce que tu auras entendu (les Védas), se fixera, inébranlable et ferme, dans la contemplation, alors tu atteindras la réalisation spirituelle (BG 02/53) et aussi : Il est une parole fleurie, dont se prévalent les hommes qui manquent de sagesse. Ils sont attachés à la lettre du Vêda. Ils prétendent : « Il n’y a rien au-delà » (BG 02/42). Les deux messages divins de la nature et de l’Écriture, qui sont les ‘deux livres’ de la Révélation, nécessitent de recourir à une vraie science de l’interprétation débordant immensément la simple foi religieuse.
Pratique :
Pratique I : I°) Les quatre sortes de malfaisants Les êtres malfaisants, les ignorants-mudhah, les êtres vils ne me cherchent pas (BG 07/15). Dans les exotérismes religieux, la Loi de Moïse par exemple, Dieu impose une Loi par l’intermédiaire de son prophète et l’obéissance ou la désobéissance à cette Loi détermine le bien et le mal, la vertu et la faute, d’où résultent, une fois pour toutes après la mort, le salut paradisiaque ou la damnation infernale. L’on se situe alors dans le domaine de l’action et de la volonté. La perspective est ici différente. Krishna s’en prend aux malfaisants, non pas seulement en tant que tels, mais en tant qu’ignorants. Pourquoi sont-ils ignorants ? Parce qu’ils ne me cherchent pas. La connaissance importe ici et non seulement l’action qui n’en est qu’une résultante. La pratique spirituelle n’est pas autre chose qu’une recherche permanente de Dieu dans la contemplation ou dans la vie active.
Pratique II : III°) Le mépris du spirituel entraîne la chute et comment remonter À cause de cette illusion mystérieuse (maya), ils sont privés de connaissance et prennent les voies diaboliques des asuras (anti-dieux, démons) (BG 07/15). De même que, physiologiquement, un organe non utilisé s’étiole, de même la fonction cognitive spirituelle disparaît par mépris de ce qu’elle pourrait offrir. C’est pourquoi les humains qui ne cherchent pas Dieu perdent leur plein statut d’humain au fil de leur transmigration. À noter cependant qu’À cause de cette illusion mystérieuse (maya), ils sont privés de connaissance ne vaut que pour ceux qui ne me cherchent pas. Car la Gita déclare expressément que Lorsque sattva-vérité est dans sa maturité, dans ce corps, la lumière de la connaissance pénètre, par toutes les portes (des sens) (BG 14/11). L’homme sattvique est précisément celui qui cherche Dieu ; pour lui quelque chose de l’instinct animal fonctionne au niveau même de ses sens, jusqu’à lui offrir des ‘sensations de Dieu’.
Pratique III : IV°) Maya : la fonction occultatrice ou révélatrice du symbole Une question impertinente d’apparence et pourtant nécessaire se pose alors : « Pourquoi le créateur précipite-t-il les humains dans cette illusion de maya ? » Maya désigne l’illusion cosmique : ‘les choses ne sont pas ce qu’elles vous semblent être’. Le monde matériel, qui vous semble réel parce que tangible, n’est qu’une illusion, un mirage, que le sommeil suffit à effacer totalement et la mort plus encore. Même dans l’état de veille, vous ne cessez de voir les choses disparaitre : les montagnes s’effondrent (avalanches), les mers se dessèchent (mer d’Aral), les proches meurent, les amitiés se délitent, les corps vieillissent. Si vous vous accrochez à la matière comme étant réelle, vous fabriquez votre propre prison. Maya présente une double face : illusion et symbole. Dans les deux cas elle est quelque chose d’éphémère et souvent d’attrayant. Mais comme illusion, mirage, elle promet et ne tient pas ; comme symbole, elle révèle, à qui s’en fait l’herméneute, l’au-delà divin du monde mortel. Les touristes savent admirer la nature, le spirituel doit apprendre à l’interpréter, à la lire, à la décrypter. Loin de n’être qu’un spectacle, la nature est surtout un langage.
L’AMBIVALENCE de MAYA (BG 07/15)
L’AMBIVALENCE de MAYA (BG 07/15)
L’AMBIVALENCE de MAYA
Les êtres malfaisants, les ignorants-mudhah, les êtres vils ne me cherchent pas. À cause de cette illusion mystérieuse (maya), ils sont privés de connaissance et prennent les voies diaboliques des asuras (anti-dieux, démons). (BG 07/15)
Théorie :
I°) Les quatre sortes de malfaisants
1 Les êtres malfaisants, les ignorants-mudhah, les êtres vils ne me cherchent pas (BG 07/15). Dans les exotérismes religieux, la Loi de Moïse par exemple, Dieu impose une Loi par l’intermédiaire de son prophète et l’obéissance ou la désobéissance à cette Loi détermine le bien et le mal, la vertu et la faute, d’où résultent, une fois pour toutes après la mort, le salut paradisiaque ou la damnation infernale. L’on se situe alors dans le domaine de l’action et de la volonté. La perspective est ici différente. Krishna s’en prend aux malfaisants, non pas seulement en tant que tels, mais en tant qu’ignorants. Pourquoi sont-ils ignorants ? Parce qu’ils ne me cherchent pas. La connaissance importe ici et non seulement l’action qui n’en est qu’une résultante.
2 Les malfaisants sont de quatre sortes. Premièrement, les mudhas, dont le symbole est l’âne. Ce sont des hommes inintelligents qui travaillent sans cesse à satisfaire les besoins artificiels qu’ils se sont créés, esclaves de ce que la Bible appelle Mammon. Ils n’ont pas le temps d’entendre parler de Dieu, de leur âme ou de leur intellect, encore moins de leur atman. Jésus les décrit bien dans l’Évangile selon Philippe : Un âne qui tourne autour d’une meule peut faire cent miles, quand on le détache, il est toujours au même endroit… (Ph 52).
3 Deuxièmement, les naradhamas, de ‘nara’ homme et ‘adhama’ le plus bas, soit ‘les plus déchus des hommes’. Ce sont les non civilisés, au sens où dans toutes les civilisations (sauf le monde moderne qui précisément n’est pas une civilisation). Cette notion correspond à trois choses : des principes de vie sociale, politique et religieuse. Or, dans la conception moderne, le dernier point est inexistant en pratique puisque l’orientation de la collectivité humaine se produit sans aucune référence à une Révélation. La plus grande partie des humains actuels appartient à cette catégorie, ce qui constitue, selon le mot de Jésus, un ‘signe des temps’ de ce que nous sommes en fin de cycle de l’actuelle humanité.
4 Troisièmement, les mayayapahrta-jnanas. Comme le mot ‘jnana’, connaissance, le suggère, ce sont des savants, philosophes, écrivains, scientifiques, politiciens, théologiens, mais dont la science consiste à réduire le supérieur à l’inférieur. En philosophie, cela donne les ‘existentialistes’ qui placent la mouvance mortelle de l’existence comme supérieure à l’Être de l’immortalité. En psychologie, Freud qui explique la naissance des religions par des pulsions de morts ou la libido. En politique, tous les chantres de la démocratie (démoncratie) qui ne considèrent comme légitime que les décisions provenant du grand nombre, sans aucun critère qualitatif. En science biologique, le darwinisme expliquant le progrès des espèces par la lutte pour la vie et l’amélioration de la capacité prédatrice. En science physique, les découvreurs de la désintégration atomique, produisant la capacité humaine à s’autodétruire.
5 Quatrièmement, les asuram bhavam ashritas délibérément athées et démoniaques. Chez eux, le refus de Dieu est le cœur de leur existence et de leur action. Ils n’ignorent pas Dieu, comme les précédents, ils le détestent. On y trouve des tueurs en série, que ce soit par usage ou vente d’armes à feu ou par vente de drogues diverses et variées, certains fondateurs de sectes suicidaires ou criminelles, certains groupes historiques qui ont incité au massacre de tous les croyants de telle ou telle religion. Soutenant cette vue, ces âmes dépravées, qui ont ruiné leur propre Soi, rapetissant leur intelligence, se livrent à des actions criminelles, et sont les ennemis du genre humain et du monde, qu’ils visent à détruire (BG 16/09).
II°) L’inconnaissance (ignorance) : faute suprême
1 On pourrait dire que Dieu joue à cache-cache et qu’il a fait le monde pour être cherché. Les êtres vils sont ceux qui l’ignorent. Contrairement à ce que beaucoup pensent, les athées militants, les enragés du blasphème ne sont pas les pires. Leur dynamique même prouve qu’ils cherchent, certes à contresens de la lumière, mais on peut toujours espérer qu’ils fassent de temps en temps le bilan de leur recherche. L’indifférence de ceux qui ne Le cherchent pas est pire que la haine.
2 L’histoire française eut des périodes de haine anti spirituelle et anti religieuse, pendant la Terreur révolutionnaire, où il fallait urgemment tuer Dieu et ses partisans. En 1905, quand l’État s’empara des biens du clergé, la haine anti cléricale connut aussi ses heures de gloire. Pire ensuite avec le principe de laïcité enveloppé du manteau de la tolérance vis-à-vis des religions. En somme : ‘Croyez ce que vous voudrez et priez le dieu que vous voulez, du moment que le monde soit nôtre, en mode profane intégral’. Un point essentiel de la prière de Jésus (le Notre Père) a été ainsi éradiqué en douceur : que ton Règne vienne, que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel (Mt 06/10 = P 160). Les croyants peuvent toujours prier Dieu, mais en demeurant quasi obligés de lui désobéir. Auquel cas ils se heurtent au reproche : Ce n’est pas en me disant : « Seigneur, Seigneur », qu’on entrera dans le Royaume des Cieux, mais c’est en faisant la volonté de mon Père qui est dans les cieux (Mt 07/22 = P 074). Voilà pourquoi le Christ de l’Apocalypse déclare : Je vomis les tièdes (Ap 03/16).
3 L’intelligence a été donnée à l’homme pour deux choses. Une secondaire : participer à la création en la gérant, ce qui suppose de la connaître. L’homme moderne prétend percer les secrets de l’atome, mais il détruit la nature ; ce n’est pas connaître, c’est violer. L’autre raison de l’intelligence humaine est essentielle : chercher Dieu. Et Dieu est lui-même la récompense de ceux qui excellent dans cette recherche.
III°) Le mépris du spirituel entraîne la chute et comment remonter
1 À cause de cette illusion mystérieuse (maya), ils sont privés de connaissance et prennent les voies diaboliques des asuras (anti-dieux, démons) (BG 07/15). De même que, physiologiquement, un organe non utilisé s’étiole, de même la fonction cognitive spirituelle disparaît par mépris de ce qu’elle pourrait offrir. C’est pourquoi les humains qui ne cherchent pas Dieu perdent leur plein statut d’humain au fil de leur transmigration. Naissance après naissance, ils tombent dans un état encore plus bas (BG 16/20). Cela se fait progressivement, par une descente dans les compétences humaines, d’une naissance masculine à une naissance féminine par exemple, ou d’une descente dans l’ordre des varnas-castes (BG 18/41-44). Cependant, et c’est la grande différence d’avec la théologie des religions abrahamiques, il n’y a point ‘d’enfer éternel’ : Ceux qui prennent refuge en moi, fussent-ils de basse extraction, une femme, un vaïshyas (3° caste), ou un shudras (serviteur, 4° caste), atteignent le but suprême (BG 09/32).
2 Comme déjà vu, au continuum humain succède un continuum animal, selon les capacités cognitives des différents animaux ; et la frontière entre animal et humain est aussi un continuum. L’Évangile gnostique de Philippe envisage frontalement la question : Il y a beaucoup d’animaux dans le monde qui ont une apparence humaine (Philipe 119). Les Évangiles canoniques ne disent pas autre chose mais l’expriment symboliquement : Allez dire à ce renard d’Hérode (Lc 13/32 = P 187) ; Voici que je vous envoie équipés comme des brebis au milieu des loups ; montrez-vous donc avisés comme les serpents et sans mélange comme les colombes (Mt 10/16 = P 101).
3 Ainsi les êtres qui se sont eux-mêmes privés de connaissance spirituelle prennent les voies diaboliques des asuras (anti-dieux, démons) ; c’est-à-dire quelque chose d’encore inférieur aux animaux, certes stupides, mais relativement innocents. Ceux qui méprisent mon enseignement et ne le mettent pas en pratique, ces insensés à qui toute connaissance échappe, sache-le, ils courent à leur perte (BG 03/32). Ce qui consonne parfaitement avec le dire de Jésus : Quiconque entend ces paroles que je viens de dire et ne les met pas en pratique, peut se comparer à un homme insensé qui a- bâti sa maison sur le sable (Mt 07/26 = P 075). Et même : Pour eux se remplit complètement la prophétie d’Esaïe-(sauveur) disant : « Par l’oreille vous écouterez, et vous n’entendrez pas ; ayant la vue vous regarderez et vous ne verrez pas ; pour qu’ils ne se convertissent-pas, et qu’il ne leur soit pas pardonné (P 085)
4 À noter cependant qu’À cause de cette illusion mystérieuse (maya), ils sont privés de connaissance ne vaut que pour ceux qui ne me cherchent pas. Car la Gita déclare expressément que Lorsque sattva-vérité est dans sa maturité, dans ce corps, la lumière de la connaissance pénètre, par toutes les portes (des sens) (BG 14/11). L’homme sattvique est précisément celui qui cherche Dieu ; pour lui quelque chose de l’instinct animal fonctionne au niveau même de ses sens, jusqu’à lui offrir des ‘sensations de Dieu’.
IV°) Maya : la fonction occultatrice ou révélatrice du symbole
1 Une question impertinente d’apparence et pourtant nécessaire se pose alors : « Pourquoi le créateur précipite-t-il les humains dans cette illusion de maya ? » La Gita confirme le fait : tous les êtres sont soumis à la confusion, à l’instant même où ils font leur entrée dans le monde (BG 07/27). Et pourquoi ce jeu divin, qui pourrait sembler sadique vis-à-vis des humains ? À cause des dualités trompeuses, nées du désir et de l’aversion (BG 07/27).
2 Maya désigne l’illusion cosmique. Comme vu récemment, ma-ya signifie littéralement (non)-ma (ce qui est)-ya. Autrement dit ‘les choses ne sont pas ce qu’elles vous semblent être’. Le monde matériel, qui vous semble réel parce que tangible, n’est qu’une illusion, un mirage, que le sommeil suffit à effacer totalement et la mort plus encore. Même dans l’état de veille, vous ne cessez de voir les choses disparaitre : les montagnes s’effondrent (avalanches), les mers se dessèchent (mer d’Aral), les proches meurent, les amitiés se délitent, les corps vieillissent. Si vous vous accrochez à la matière comme étant réelle, vous fabriquez votre propre prison : L’attachement aux gunas (qui est attachement à la vie mortelle) est la cause de la naissance en de bonnes ou en de mauvaises matrices (BG 13/21).
3 Reprenons la question : « Pourquoi le Créateur précipite-t-il les humains dans cette illusion de maya ? » Non par sadisme, comme certains pourraient le croire, mais pas offrande de liberté. Car maya présente une double face : illusion et symbole. Dans les deux cas elle est quelque chose d’éphémère et souvent d’attrayant. Mais comme illusion, mirage, elle promet et ne tient pas ; comme symbole, elle révèle, à qui s’en fait l’herméneute, l’au-delà divin du monde mortel. Celui qui se fera herméneute de ces paroles ne goutera plus la mort. Celui qui cherche… quand il aura trouvé… il règnera sur le Tout (Évangile gnostique de Thomas).
4 Pour l’homme spirituel, maya est à la fois la nature et l’Écriture. La nature illustre la splendeur, la puissance et l’intelligence de Dieu. Elle est une voie de connaissance spirituelle à ce titre. L’Écriture est Révélation, donc voie de connaissance. Cependant les deux sont maya, donc ambivalentes suivant l’usage que l’homme en fait. La nature, c’est évident, puisqu’elle est séductrice et mortelle. L’Écriture, quand on creuse un peu, comme font les critiques athées ou au contraire les spirituels ésotéristes, est aussi trompeuse en ce que la Révélation qu’elle transmet est exprimée dans un langage humain par des hommes qui ne sont pas tous des réalisés et qui par conséquent ne transmettent que ce qu’ils ont compris du message divin. La Gita le dit clairement : Lorsque ton intellect, rendu perplexe par ce que tu auras entendu (les Védas), se fixera, inébranlable et ferme, dans la contemplation, alors tu atteindras la réalisation spirituelle (BG 02/53) et aussi : Il est une parole fleurie, dont se prévalent les hommes qui manquent de sagesse. Ils sont attachés à la lettre du Vêda. Ils prétendent : « Il n’y a rien au-delà » (BG 02/42). Les deux messages divins de la nature et de l’Écriture, qui sont les ‘deux livres’ de la Révélation, nécessitent de recourir à une vraie science de l’interprétation débordant immensément la simple foi religieuse.
Pratique :
Pratique I : I°) Les quatre sortes de malfaisants Les êtres malfaisants, les ignorants-mudhah, les êtres vils ne me cherchent pas (BG 07/15). Dans les exotérismes religieux, la Loi de Moïse par exemple, Dieu impose une Loi par l’intermédiaire de son prophète et l’obéissance ou la désobéissance à cette Loi détermine le bien et le mal, la vertu et la faute, d’où résultent, une fois pour toutes après la mort, le salut paradisiaque ou la damnation infernale. L’on se situe alors dans le domaine de l’action et de la volonté. La perspective est ici différente. Krishna s’en prend aux malfaisants, non pas seulement en tant que tels, mais en tant qu’ignorants. Pourquoi sont-ils ignorants ? Parce qu’ils ne me cherchent pas. La connaissance importe ici et non seulement l’action qui n’en est qu’une résultante. La pratique spirituelle n’est pas autre chose qu’une recherche permanente de Dieu dans la contemplation ou dans la vie active.
Pratique II : III°) Le mépris du spirituel entraîne la chute et comment remonter À cause de cette illusion mystérieuse (maya), ils sont privés de connaissance et prennent les voies diaboliques des asuras (anti-dieux, démons) (BG 07/15). De même que, physiologiquement, un organe non utilisé s’étiole, de même la fonction cognitive spirituelle disparaît par mépris de ce qu’elle pourrait offrir. C’est pourquoi les humains qui ne cherchent pas Dieu perdent leur plein statut d’humain au fil de leur transmigration. À noter cependant qu’À cause de cette illusion mystérieuse (maya), ils sont privés de connaissance ne vaut que pour ceux qui ne me cherchent pas. Car la Gita déclare expressément que Lorsque sattva-vérité est dans sa maturité, dans ce corps, la lumière de la connaissance pénètre, par toutes les portes (des sens) (BG 14/11). L’homme sattvique est précisément celui qui cherche Dieu ; pour lui quelque chose de l’instinct animal fonctionne au niveau même de ses sens, jusqu’à lui offrir des ‘sensations de Dieu’.
Pratique III : IV°) Maya : la fonction occultatrice ou révélatrice du symbole Une question impertinente d’apparence et pourtant nécessaire se pose alors : « Pourquoi le créateur précipite-t-il les humains dans cette illusion de maya ? » Maya désigne l’illusion cosmique : ‘les choses ne sont pas ce qu’elles vous semblent être’. Le monde matériel, qui vous semble réel parce que tangible, n’est qu’une illusion, un mirage, que le sommeil suffit à effacer totalement et la mort plus encore. Même dans l’état de veille, vous ne cessez de voir les choses disparaitre : les montagnes s’effondrent (avalanches), les mers se dessèchent (mer d’Aral), les proches meurent, les amitiés se délitent, les corps vieillissent. Si vous vous accrochez à la matière comme étant réelle, vous fabriquez votre propre prison. Maya présente une double face : illusion et symbole. Dans les deux cas elle est quelque chose d’éphémère et souvent d’attrayant. Mais comme illusion, mirage, elle promet et ne tient pas ; comme symbole, elle révèle, à qui s’en fait l’herméneute, l’au-delà divin du monde mortel. Les touristes savent admirer la nature, le spirituel doit apprendre à l’interpréter, à la lire, à la décrypter. Loin de n’être qu’un spectacle, la nature est surtout un langage.
L’AMBIVALENCE de MAYA (BG 07/15)