La MISÉRICORDE et les SACRIFICES

La MISÉRICORDE et les SACRIFICES

Mt 09/13 (Péricope 049 Synopse Lagrange) Commentaire Théorique et Méditation Opérative

La MISÉRICORDE et les SACRIFICES

La MISÉRICORDE et les SACRIFICES

Allez donc apprendre ce que signifie :

C’est la miséricorde que je veux, et non les sacrifices.

 (Mt 09/13 = P 049)

Théorie :

1        L’exotérisme religieux consiste à concevoir la créature en dehors (exo) du Créateur. Plus la distance conceptuelle est grande entre l’Un et l’autre, plus Dieu apparaît incompréhensible et terrifiant. Les sacrifices, alors, tâchent d’apaiser la colère de Dieu ou des dieux, comme on donnerait à un fauve ce qu’il aime, de la chair fraîche, pour l’apaiser.

2        Une deuxième conception, plus subtile, revient à considérer que l’humain tient tout de Dieu. D’où la reconnaissance, qui s’exprime spontanément par un cadeau ; mais qu’offrir à Celui dont on tient tout ? On choisit alors d’offrir une partie de ce tout, et la meilleure : l’agneau sans tache, le premier fils. Ainsi le sacrifice biblique d’Isaac par son père Abraham (Gn 22), ou des deux fils de Ruben par leur père (Gn 44). Du temps de Jésus, dans le temple de Jérusalem, les sacrifices d’animaux remplissaient cette fonction. Il y a quelque chose de mercantile (donnant-donnant) dans l’aspect sacrificiel de la religion. Le christianisme théologique est officiellement censé avoir supprimé les sacrifices humains et les sacrifices d’animaux.

3        En réalité, il les a remplacés par le sacrifice crucifiant de Jésus. Mais alors se pose un colossal problème : « Le principe de tout sacrifice est que l’inférieur sacrifie au supérieur, le faible au fort. » Or la théologie dit que Jésus est Dieu et qu’il se sacrifie pour les hommes. Il y donc inversion hiérarchique ; sacrifice à l’envers. De plus, Jésus ne se sacrifie pas aux hommes, mais pour les hommes ; alors à qui se sacrifie-t-il, sinon au diable, qui détient les hommes dans son enfer ? Dans certaines religions antiques, il y avait un dieu terrifiant, un peu diabolique, auquel les hommes sacrifiaient pour survivre, et on se retrouve avec un Dieu qui sacrifie au diable pour sauver les hommes. Est-ce si différent ? Est-ce bien cela qu’enseigne Jésus ?

4        Les laïques modernes n’ont pas amélioré la situation, sacrifiant le bonheur des humains à la technologie ou des armées entières à la quête du pétrole. Alors que dit Jésus ? Rien de lui-même, il se fait la bouche de Dieu : C’est la miséricorde que je veux et non les sacrifices. Voilà la hiérarchie rétablie, car seul peut faire acte de miséricorde le créancier qui remet une dette à son débiteur, s’il le voit bien intentionné pour réparer sa faute.

5          L’autre sens du sacrifice, oublié et pourtant essentiel, c’est de ‘faire sacré’. C’est-à-dire d’agir selon le Dharma, la Loi universelle, selon l’Harmonie divine. En somme, d’agir divinement, du haut vers le bas, avec miséricorde. La Bhagavad Gita ne dit pas autre chose : L’homme, même le plus coupable, s’il vient à m’adorer et à tourner vers moi seul tout son culte, doit être considéré comme un juste, car ses intentions sont droites (BG 09/30). Mais elle précise, au-dessus du commerce sacrificiel, et même de l’amour miséricordieux, la notion de connaissance : serais-tu le pire de tous les criminels, le vaisseau du savoir spirituel, te fera traverser l’océan de la souffrance (BG 04/36).

6          Tout enseignement peut être mal compris et même parodié. Le ‘christianisme moderne’ glisse complaisamment sur cette pente. Alors la justice est réputée obsolète et le chrétien est censé pardonner tout à tous. Le salut fait ‘porte ouverte’, devenant un ‘droit de l’homme’. L’enfer est vide, puisque ‘tout le monde il est gentil’. Les nombreuses paroles dures de Jésus démontrent clairement que miséricorde n’est pas aveuglement : Car beaucoup sont appelés, mais peu sont élus.

Pratique :

1        On fait un sacrifice pour en tirer un bénéfice pour soi ou pour un proche très cher. C’est toujours intéressé. Alors que la miséricorde s’exerce vis-à-vis de quelqu’un qui nous fut désagréable, comme un droit sur lui dont on choisit de ne pas profiter. On n’offre pas la miséricorde à Dieu, mais à celui vis-à-vis duquel on est un peu un dieu. Ainsi on se comporte comme Dieu. Et c’est précisément ce que veut Jésus. Ultimement soyez parfait comme le père céleste est parfait.

2        Mais on ne se moque pas de Jésus, car la justice est toujours derrière : La mesure avec laquelle tu jugeras, servira à te mesurer. Dieu ne veut pas qu’on Lui fasse des cadeaux. Il a tout. Il est tout. Il veut qu’on se comporte divinement. Le but ultime ne consiste pas à se concilier Dieu par des sacrifices. Ce n’est pas non plus l’amour du prochain ; qui n’est que le moyen. Comme un fils devient adulte en entrant dans la sagesse de son père, le but de la miséricorde est de réaliser Dieu qui nous habite. Jésus l’a affirmé : J’ai dit, vous êtes des dieux. On ne vise ni l’intérêt de soi comme ego, ni même l’intérêt de l’autre, mais seulement Dieu. Voilà pourquoi, Il veut la miséricorde.  Car le don de Dieu, c’est Dieu.

 

 

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