RELATIVITÉ de la LUMIERE et des TÉNEBRES

RELATIVITÉ de la LUMIERE et des TÉNEBRES

BG 02/69 Commentaire Théorique et Méditation Opérative

RELATIVITÉ de la LUMIERE et des TÉNEBRES

RELATIVITÉ de la LUMIERE et des TÉNEBRES

Ce qui est ténèbres pour les êtres est, pour le sage maître de ses sens,

le temps de l’éveil.

Ce à quoi tous les êtres sont éveillés

n’est que ténèbres pour l’être lumineux.

(BG 02/69)

Théorie :

1        Qu’est-ce qui est ténèbres pour les êtres ? La nuit, déjà, qui fait peur aux petits enfants, et même aux adultes modernes ne supportant pas une rue sans réverbères. Dans les ténèbres, pas d’images, donc pas de monde. Or l’homme s’identifiant à son corps : pas de monde, pas de corps : l’angoisse du néant. L’homme peut encore se réfugier dans les fictions mentales de l’imagination ou du rêve. L’homme moderne passe beaucoup de temps devant les écrans et quand il les quitte c’est pour voir du béton et du bitume. Le réel naturel lui échappe largement.

2        L’homme rêve, souvent éveillé, pour se faire un réel à la mesure de sa petitesse. Le sage ne craint ni la nuit, ni de fermer les yeux. L’Esprit se laisse mieux deviner dans le silence et le dépouillement des objets. L’hindouisme regorge de représentations, mais son ésotérisme immobilise le mental dans la méditation-dhyana. Aussi le sage aime-t-il la nuit, non ‘le monde de la nuit’. Peut-être surtout celle d’avant matin : Le matin, bien avant le jour, Jésus se lève, sort et s’en va dans un lieu désert, et là il prie (Mc 01/35 = P 045).

3        Les ténèbres, surtout, représentent le gouffre de la mort, la néantisation apparente des choses. Certaines civilisations, telle l’égyptienne antique, sont obsédées par la mort, au point de ne vivre que pour la préparer. D’autres, telle l’hindoue, incinèrent la mort et n’en laisse point de trace. L’hindou ne croit pas à la mort, mais à la transmigration dans une vie cyclique indéfinie. Il conçoit une évolution, positive ou négative, guidée par l’orientation intérieure de l’être vivant.

4        La modernité n’ayant pas de solution à la mort, elle fait l’autruche. Elle la déclare philosophiquement comme un non-événement puisque tout est censé cesser : « Faites-votre deuil. Pensez à autre chose. La vie continue (de ceux qui ne sont pas encore morts).»  Là, précisément, se situe le temps de l’éveil pour le sage. Pourquoi ? Parce que les ténèbres, dans lesquelles plonge finalement toute vie cosmique, prouvent que cette vie-là manque d’être. Elle a de l’existence, temporelle ; elle n’a point d’être véritable. ‘Exister’, c’est ‘se situer en dehors de l’Être’.

5        Pour le sage, la mort n’est pas un sujet obsédant, ni une pensée effrayante ; mais elle constitue l’interrogation fondamentale, à laquelle il se doit de répondre, faute de ne rien comprendre à ce qui semble être la vie. L’évangile selon Philippe déclare : il y a beaucoup d’animaux qui ressemblent à des humains. Du point de vue gnostique de cet évangile, l’animal se contente d’être mortel, non l’humain. Le sage, lui, possède les concepts d’immortalité et d’éternité. D’où viendraient ces idées, si le sage ne percevait en lui une présence immortelle (l’atman) ?

6        Qu’en est-il du non-sage ? C’est-à-dire du ‘fou’ (parabole des vierges sages et des vierges folles : Mt 25/01 = P 251). Il nie l’immortel en lui ; or il le conçoit, puisqu’il l’évoque ! Mais il le détruit, puisqu’il le nie : ces âmes… ont ruiné leur propre Soi, rapetissant leur intelligence…(BG 16/09). Qu’est-ce qui détermine l’orientation spirituelle des êtres ? C’est la réponse qu’ils donnent au problème de la mort. Du point de vue spirituel, les centres d’intérêt des profanes sont ténèbres pour l’éveillé-illuminé. Il n’empêche que l’éveillé les partage en partie, car, outre l’atman, il a aussi un corps et un psychisme.

Pratique :

1        La maîtrise des sens est une limite volontaire à l’instinct de jouir, naturellement indéfini chez l’humain. En cela, elle est frustrante. Elle distingue l’humain de l’animal qui, lui, ne copule que périodiquement, et ne chasse que quand il a faim. La maîtrise des sens est une prise de conscience volontaire des ténèbres et de la finitude, qui attendent tout mortel. En elle-même, elle est négative, limitative, mais elle constitue la victoire de l’immortel sur le mortel. Limiter les sens, c’est mourir : seul celui qui se sait immortel (atman) peut vivre sereinement cela.

2        La maîtrise des sens développe la conscience de l’immortalité. Jusqu’au point où la lumière d’une telle certitude ne s’éteint plus. Voilà ce que vit l’être lumineux. Pour le sage, alternent la jouissance et la joie. La jouissance de l’éphémère, pendant le jour, mais compris comme symbole transitoire de l’Éternel. La joie d’être l’atman lorsque dominent les ténèbres. On ne se sent jamais autant immortel que face à la mort, quand elle est comprise, intégrée, transcendée. Tel est l’être lumineux.

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