L’HOMME ENCHAÎNÉ à L’ŒUVRE
Ce monde nous enchaîne par les œuvres.
Hormis l’œuvre sainte, qui est le sacrifice (yajna : faire le sacré),
n’agis donc qu’en te dépouillant de tout attachement.
(BG 03/09)
Théorie :
1 Selon la théorie des états multiples de l’Être (voir René Guénon, titre éponyme), le monde humain, qui comprend tout ce que l’homme perçoit (minéraux, végétaux, animaux, humains) n’est pas le seul. D’autres mondes existent, non perceptibles par nos sens, plus évolués et symboliquement au-dessus, ou moins évolués et symboliquement au-dessous de l’état humain d’existence (BG 11/20 et 43). Lorsque Krishna parle de ce monde, il s’agit précisément du monde humain. Il présente ce monde comme un être vivant qui enchaîne les hommes et veut les garder, les empêcher d’accéder aux états supérieurs de l’Être.
2 Remarquablement, la Genèse biblique dit la même chose : Tu peux manger les fruits de tous les arbres du jardin ; mais l’arbre de la connaissance du bien et du mal, tu n’en mangeras pas ; car, le jour où tu en mangeras, tu mourras (Gn 02/16-17). Le centre d’un état d’existence donne accès à l’état supérieur et le texte est ambigu en disant : il y a l’arbre de vie au milieu du jardin, et l’arbre de la connaissance du bien et du mal (Gn 02/09). On ne sait donc pas si ces deux arbres sont au même endroit ou non, s’ils sont interdits tous les deux ou non.
3 Jésus reprend cet enseignement. Si vous apparteniez au monde, le monde aimerait ce qui est à lui. Mais vous n’appartenez pas au monde, puisque je vous ai choisis en vous tirant du monde (Jn 15/19 = P 265). Jésus, comme Krishna, propose à ses disciples de se détacher du monde par le haut. Comme son ancêtre Jacob a mérité le titre d’Israël (‘fort contre dieu’ en hébreu) (Gn 37), Jésus déclare : J’ai vaincu le monde (Jn 16/33) et aussi : il vient, le Prince de ce monde, mais sur moi il n’a aucun pouvoir (Jn 14/30 = P 263).
4 L’ange nocturne de Jacob-Israël, le prince de ce monde de Jésus, le monde qui enchaîne de Krishna désignent tous trois les forces structurantes mais aussi incarcérantes du monde humain. Qui voudrait passer dans les états supérieurs de l’Être (BG 14/18 et Mc 12/25 = P 241), et à plus forte raison quitter le samsara, la ronde des naissances et des morts, doit les vaincre. Comment enchaîne-t-il les humains ? En leur faisant désirer le fruit des œuvres et en les plongeant frénétiquement dans l’action quel qu’inutile et folle qu’elle soit (BG 14/12).
5 N’agis donc qu’en te dépouillant de tout attachement : c’est ainsi que la libération peut être obtenue. Mais comme l’humain, possédant un corps et un cerveau, ne peut pas ne pas agir (BG 03/05 et 08), il doit se consacrer à l’action sainte, la seule qui n’enchaîne pas. Pourquoi l’action sainte, qui est le sacrifice n’enchaîne-t-elle pas ? Parce qu’elle n’est pas décidée par le désir de l’ego (BG 18/02), mais uniquement pour le maintien de l’ordre universel (BG 03/20), selon le dharma, la loi révélée. Le sacrifice n’est pas ce qui tue ou ce qui fait souffrir, c’est ce qui va dans le sens du sacré.
6 L’occidental matérialiste est habitué à penser que le monde est une chose, et même une chose exploitable à volonté. Toutes les civilisations spirituelles (pléonasme) considèrent le monde comme un être vivant, conscient, réagissant. Cet être est bienveillant avec l’homme tant qu’il lui est soumis (BG 03/11), malveillant s’il manque de reconnaissance (BG 03/12) et en opposition lorsque l’homme spirituel veut lui échapper (tentations au désert de Jésus : Mt 04/01-11= P 021). Le monde est une prison, plus ou moins dorée (la vie est belle) ou cruelle (le corps est mortel) à laquelle nous sommes enchaînés par l’attachement aux œuvres et à leurs fruits.
Pratique :
1 L’homme qui ne conçoit rien de mieux que la vie mortelle n’est pas concerné par cet enseignement. Qu’il jouisse en paix, sans oublier de rendre grâce. Krishna s’adresse ici, et souvent, à celui pour qui la transcendance (BG 16/01) et son accessibilité par la présence immanente (dans l’humain : Jn 16/09 = P 266) est une évidence. Alors il se détachera progressivement des œuvres à finalité mortelle, pour privilégier les œuvres libératrice du monde samsarique.
2 Sa vie deviendra plus sacrée et sacrificielle, mais non moins heureuse. L’homme qui s’achète un billet de loterie le fait avec joie, rêvant à la fortune probablement proche. Le spirituel qui se détache progressivement des passions terrestres est infiniment plus joyeux, et le probable est pour lui certain (BG 06/40, 09/32). C’est ici que l’on retrouve, en version yogique-évangélique, le pari de Blaise Pascal.
L’HOMME ENCHAÎNÉ à L’ŒUVRE
L’HOMME ENCHAÎNÉ à L’ŒUVRE
L’HOMME ENCHAÎNÉ à L’ŒUVRE
Ce monde nous enchaîne par les œuvres.
Hormis l’œuvre sainte, qui est le sacrifice (yajna : faire le sacré),
n’agis donc qu’en te dépouillant de tout attachement.
(BG 03/09)
Théorie :
1 Selon la théorie des états multiples de l’Être (voir René Guénon, titre éponyme), le monde humain, qui comprend tout ce que l’homme perçoit (minéraux, végétaux, animaux, humains) n’est pas le seul. D’autres mondes existent, non perceptibles par nos sens, plus évolués et symboliquement au-dessus, ou moins évolués et symboliquement au-dessous de l’état humain d’existence (BG 11/20 et 43). Lorsque Krishna parle de ce monde, il s’agit précisément du monde humain. Il présente ce monde comme un être vivant qui enchaîne les hommes et veut les garder, les empêcher d’accéder aux états supérieurs de l’Être.
2 Remarquablement, la Genèse biblique dit la même chose : Tu peux manger les fruits de tous les arbres du jardin ; mais l’arbre de la connaissance du bien et du mal, tu n’en mangeras pas ; car, le jour où tu en mangeras, tu mourras (Gn 02/16-17). Le centre d’un état d’existence donne accès à l’état supérieur et le texte est ambigu en disant : il y a l’arbre de vie au milieu du jardin, et l’arbre de la connaissance du bien et du mal (Gn 02/09). On ne sait donc pas si ces deux arbres sont au même endroit ou non, s’ils sont interdits tous les deux ou non.
3 Jésus reprend cet enseignement. Si vous apparteniez au monde, le monde aimerait ce qui est à lui. Mais vous n’appartenez pas au monde, puisque je vous ai choisis en vous tirant du monde (Jn 15/19 = P 265). Jésus, comme Krishna, propose à ses disciples de se détacher du monde par le haut. Comme son ancêtre Jacob a mérité le titre d’Israël (‘fort contre dieu’ en hébreu) (Gn 37), Jésus déclare : J’ai vaincu le monde (Jn 16/33) et aussi : il vient, le Prince de ce monde, mais sur moi il n’a aucun pouvoir (Jn 14/30 = P 263).
4 L’ange nocturne de Jacob-Israël, le prince de ce monde de Jésus, le monde qui enchaîne de Krishna désignent tous trois les forces structurantes mais aussi incarcérantes du monde humain. Qui voudrait passer dans les états supérieurs de l’Être (BG 14/18 et Mc 12/25 = P 241), et à plus forte raison quitter le samsara, la ronde des naissances et des morts, doit les vaincre. Comment enchaîne-t-il les humains ? En leur faisant désirer le fruit des œuvres et en les plongeant frénétiquement dans l’action quel qu’inutile et folle qu’elle soit (BG 14/12).
5 N’agis donc qu’en te dépouillant de tout attachement : c’est ainsi que la libération peut être obtenue. Mais comme l’humain, possédant un corps et un cerveau, ne peut pas ne pas agir (BG 03/05 et 08), il doit se consacrer à l’action sainte, la seule qui n’enchaîne pas. Pourquoi l’action sainte, qui est le sacrifice n’enchaîne-t-elle pas ? Parce qu’elle n’est pas décidée par le désir de l’ego (BG 18/02), mais uniquement pour le maintien de l’ordre universel (BG 03/20), selon le dharma, la loi révélée. Le sacrifice n’est pas ce qui tue ou ce qui fait souffrir, c’est ce qui va dans le sens du sacré.
6 L’occidental matérialiste est habitué à penser que le monde est une chose, et même une chose exploitable à volonté. Toutes les civilisations spirituelles (pléonasme) considèrent le monde comme un être vivant, conscient, réagissant. Cet être est bienveillant avec l’homme tant qu’il lui est soumis (BG 03/11), malveillant s’il manque de reconnaissance (BG 03/12) et en opposition lorsque l’homme spirituel veut lui échapper (tentations au désert de Jésus : Mt 04/01-11= P 021). Le monde est une prison, plus ou moins dorée (la vie est belle) ou cruelle (le corps est mortel) à laquelle nous sommes enchaînés par l’attachement aux œuvres et à leurs fruits.
Pratique :
1 L’homme qui ne conçoit rien de mieux que la vie mortelle n’est pas concerné par cet enseignement. Qu’il jouisse en paix, sans oublier de rendre grâce. Krishna s’adresse ici, et souvent, à celui pour qui la transcendance (BG 16/01) et son accessibilité par la présence immanente (dans l’humain : Jn 16/09 = P 266) est une évidence. Alors il se détachera progressivement des œuvres à finalité mortelle, pour privilégier les œuvres libératrice du monde samsarique.
2 Sa vie deviendra plus sacrée et sacrificielle, mais non moins heureuse. L’homme qui s’achète un billet de loterie le fait avec joie, rêvant à la fortune probablement proche. Le spirituel qui se détache progressivement des passions terrestres est infiniment plus joyeux, et le probable est pour lui certain (BG 06/40, 09/32). C’est ici que l’on retrouve, en version yogique-évangélique, le pari de Blaise Pascal.
L’HOMME ENCHAÎNÉ à L’ŒUVRE