FAMILLE et SPIRITUALITÉ

FAMILLE et SPIRITUALITÉ

Mc 03/20-21 (Péricope 082 Synopse Lagrange) Commentaire Théorique et Méditation Opérative

FAMILLE et SPIRITUALITÉ

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Jésus vient à la maison et de nouveau la foule se rassemble,

au point qu’ils ne pouvaient pas même prendre leur repas.

A cette nouvelle, les gens de sa parenté partent pour s’emparer de lui,

car ils disent : »Il a perdu la tête-existênai».

(Mc 03/20-21 = P 082)

Théorie :

1        Jésus vient à la maison…En soi, la remarque serait futile, si ce n’était un symbole. La maison désigne un lieu clos, ésotérique, où Jésus enseigne en particulier à ses disciples, par opposition avec le bord de la mer : Il sort de nouveau au bord de la mer et toute la foule vient à lui (Mc 02/13 = P 049). En principe, Jésus sépare ses enseignements : Jésus ne parle pas aux foules sans paraboles, mais, en particulier, il explique tout à ses disciples (Mc 04/33 = P 092). La présente péricope (passage d’Évangile) fait exception : la foule se rassemble… dans la maison. Pratiquement, la chose s’avère quasi impossible, surtout dans les modestes maisons populaires de l’époque.

2        Qu’en conclure ? Que nous sommes, comme le suggère souvent Jésus, proches de la fin du monde (Mt 24/03 = P 246) (à l’échelle des cycles d’humanité évidemment). À cette époque de désordre, rien ni personne n’est à sa place. Inconvénient : beaucoup de dirigeants, tant civils que religieux, sont nuisibles. Avantage : Quelques anonymes de la foule recèlent de grands trésors spirituels.

3        …au point qu’ils ne pouvaient pas même prendre leur repas. Voici en concurrence la santé du corps de Jésus et la soif spirituelle du peuple. Pour les gens de sa parenté sacrifier l’un pour l’autre est folie. Étonnement du lecteur ! La propre famille de Jésus serait-elle matérialiste ? Comme vu plus haut, dans les temps de la fin, il n’y a pas d’organisation dont la pureté globale puisse être garantie (ni familles, ni castes, ni église) ; on ne peut juger que par individus, non par structures sociales. Ce passage nous introduit au rude enseignement de Jésus sur la famille.

4        Socialement, Jésus rappelle : Moïse a dit : Honore ton père et ta mère, et : Que celui qui maudit son père ou sa mère soit puni de mort  (Mc 07/10 = P 114). Le devoir familial est donc sacré ; il n’est pas question de s’en dispenser. Les fonctions remplies anonymement et administrativement par la Sécurité Sociale des pays modernes, l’étaient alors par les principes d’hospitalité et de solidarité familiale. Mais, pour les choses essentielles, il n’y a aucune garantie qu’un membre de sa famille soit plus en affinité spirituelle avec un disciple que n’importe qui d’autre. Ce qui est né de la chair est chair, ce qui est né de l’Esprit est esprit (Jn 03/06 = P 030).

5        Exemple : Un autre des disciples lui dit : « Seigneur, permets-moi en premier de m’éloigner et de rendre les honneurs funèbres à mon père. » Jésus lui dit : « Chemine avec moi, et laisse les cadavres rendre les honneurs funèbres à leurs cadavres » (Mt 08/21-22 = P 151). Et encore : Si quelqu’un vient à moi sans haïr son père, sa mère, sa femme, ses enfants, ses frères, ses sœurs, et jusqu’à sa propre vie, il ne peut être mon disciple (Lc 14/26 = P 192). Il ne s’agit pas de haïr les individus, mais leurs valeurs profanes.

6        Dès son passage dans le monde masculin, à l’âge initiatique de 12 ans, Jésus dit à ses parents qui le cherchent, alors qu’il discute théologie avec les docteurs du Temple : Pourquoi me cherchiez-vous ? Ne le saviez-vous-pas ? Il faut que je sois dans les choses de mon père. Et le texte de préciser : Ils ne comprennent pas la chose dont il leur parle (Lc 02/49 = P 014). Si les parents de Jésus, d’une religiosité vraiment exceptionnelle (même si on n’entend pas à la lettre le mythe de la conception de Jésus), ne comprenaient pas sa vocation spirituelle, que dire des familles ordinaires ?

7        La spiritualité est une : on retrouve, dans la Bhagavad Gita hindoue, ce qui caractérise le spirituel : …le non-attachement, le refus d’être prisonnier de ses enfants, de sa femme, de la maison et des possessions… (BG 13/09). Aussi, ne s’étonne-t-on pas de ce que les gens de sa parenté partent pour s’emparer de lui. Il y a de la camisole dans l’air. Le choc des ‘évidences’ populaires et de la sagesse spirituelle est frontal : Ce qui est ténèbres pour les êtres est, pour le sage maître de ses sens, le temps de l’éveil. Ce à quoi tous les êtres sont éveillés n’est que ténèbres pour l’être lumineux (BG 02/69).

8        Ils disent : « Il a perdu la tête-existênai ». En un sens, ils ont raison : Le yogi a le mental ancré dans le cœur…(BG 08/12). Si la tête n’est faite que pour évoquer le monde mortel, perçu par les sens, alors, oui, il a perdu la tête.

9        Les enseignements de Jésus sur la famille sont difficilement compréhensibles pour un chrétien, car la ‘sainte famille’ a été mythologisée à outrance. Dès lors que le concile de Nicée déclare Jésus ‘divin de naissance’, sa mère et toute sa famille se trouvent entraînés dans le mouvement.

10      Or l’Évangile dit clairement que ses propres frères voulaient l’exposer à se faire tuer. Alors que les chefs de Jérusalem cherchaient à tuer Jésus, ses frères le poussent à y retourner et Jean précise : ses frères ne croient pas en lui (Jn 07/05 = P 137). Jésus ne se fait aucune illusion sur les intentions et l’orientation intérieure de ses frères : Le monde ne peut vous haïr, moi, cependant, il me hait, parce je témoigne que ses œuvres sont mauvaises (Jn 07/07 = P 137).

11      La Genèse, déjà, montre dix des frères de Joseph qui cherchent à le tuer, et finalement abandonnent l’idée… parce qu’il est plus rentable de le vendre en esclavage ! (Gn 37). Le précepte Nul ne peut servir deux maîtres (Mt 06/24 = P 199), vaut aussi pour la famille. Il faut la protéger, la guider, la servir, mais, spirituellement, il n’est pas question de lui donner la priorité sur Dieu.

Pratique :

1     Notre temps est celui des scandales (Malheur au monde à cause des scandales ! Il est fatal, certes, qu’il arrive des scandales, mais malheur à l’homme par qui le scandale arrive !: Mt 18/07 = P 131). Les porteurs de titres sont actuellement des contre-exemples. Mais si la foule peut se rassembler dans la maison, pourquoi pas toi, qui fait partie de la foule des anonymes ? Si Jésus se prive de manger pour répondre à leur quête, c’est qu’il accueille toute recherche spirituelle, d’où qu’elle vienne. N’hésite jamais à te lancer dans la quête. Le membre de la foule n’est pas indigne comme tel. Est indigne celui qui ne se lance pas dans la quête spirituelle.

2        Aime ta famille, sois-en le guide, autant que tu le peux (je suis venu opposer l’homme à son père, la fille à sa mère et la bru à sa belle-mère : Mt 10/35 = P 180). Mais ne choisis pas la famille pour guide. Vous n’avez qu’un maître (Mt 23/08 = P 243), c’est le Christ.

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