Le PARLER en PARABOLES
C’est par un grand nombre de paraboles de ce genre qu’il leur annonce la parole selon qu’ils peuvent l’entendre. Il ne leur parle pas sans paraboles, mais, en particulier, il explique tout à ses disciples (Mc 04/33-34 = P 092).
Tout cela, Jésus le dit aux foules en paraboles, et il ne leur dit rien sans parabole ; pour que s’accomplisse le dit du prophète : J’ouvrirai la bouche pour dire des paraboles, je clamerai des choses cachées depuis la fondation du monde (Mt 13/34-35 = P 092).
Théorie :
Paraboles et ésotérisme
1 C’est par un grand nombre de paraboles de ce genre…Marc confirme ici le fait que les paraboles connues dans les Écritures ne sont qu’un échantillon de l’enseignement de Jésus.
2 …qu’il leur annonce la parole selon qu’ils peuvent l’entendre. Comme pour la hiérarchie sociale, on observe ici une graduation des niveaux d’enseignement. Tout transmetteur doit suivre un chemin de crête entre le danger d’informer qui en ferait mauvais usage (Ne donnez pas aux chiens ce qui est sacré : Mt 07/06 = P 071) et celui de ne pas transmettre à qui le mériterait (La moisson est abondante, mais les ouvriers peu nombreux : Mt 09/00 = P 101). Une fois encore le principe égalitaire se révèle antiévangélique.
3 Tout cela, Jésus le dit aux foules en paraboles, et il ne leur dit rien sans parabole. Matthieu sait que la compréhension est chose individuelle, l’enseignement aux foules ne peut donc se faire qu’en paraboles. Alors la sélection s’opère non au niveau de la chose dite, mais à celui de la compréhension de la chose dite. Croire que les paraboles, parce qu’elles sont un langage adressé aux foules, est une forme simple et limitée à la morale est une erreur très commune en christianisme.
4 mais, en particulier, il explique tout à ses disciples. Marc révèle ici frontalement l’existence d’un ésotérisme chrétien. La distinction clergé-laïcs, habituelle dans le christianisme actuel, n’a rien à voir avec cet autre croyant-disciple ; la première est institutionnelle et administrative, la seconde cognitive. La dernière implique la complémentarité exotérisme-ésotérisme et aussi celle de foi-connaissance. Comme l’explication des paraboles, signalée dans l’Évangile, ne se trouve pas dans l’Évangile, la conclusion s’impose : les Évangiles, du moins ceux des évangélistes synoptiques (Mc, Mt, Lc) reflètent l’enseignement aux foules et plus rarement l’ésotérisme chrétien. En ce qui concerne le texte de Jean, les traces d’ésotérisme, bien que difficiles à manier car souvent mélangées à de l’exotérisme, sont indubitables.
Prédestination et liberté
1 …pour que s’accomplisse le dit du prophète…Thème récurrent et typiquement juif de l’Évangile : ‘Les événements ont lieu pour que se réalisent les prophéties’… ‘Le monde est créé parce que Dieu a dit : que cela soit’. Il n’est pas étonnant que la doctrine de la prédestination ait rencontré un grand succès dans le christianisme. Dès lors que le prophète, et Dieu plus encore, connait l’avenir, ce dernier semble écrit. Alors la liberté humaine se réduit à celle d’un train sur ses rails, dans un système sans aiguillage. Et, s’il n’y a plus de liberté pour les humains, leur responsabilité ne saurait être engagée. Dès lors, la Loi n’a plus de sens, car il est inutile d’interdire l’évasion à un homme enchaîné. Tout cela provient de la conception anthropomorphique, et donc non métaphysique, de la divinité dans le monde biblique. Dire que ‘l’Éternel se souvient du passé et connaît d’avance le futur’ n’a pas de sens, car il n’y a ni passé, ni futur, ni oubli, ni prévision dans l’absolue simultanéité du divin.
2 On peut aussi considérer que ce refrain quelque peu obsédant est la façon anthropomorphique d’exprimer que fondamentalement la liberté humaine fait partie de maya, l’illusion cosmique. En effet : Du non-manifesté, indifférencié, émerge le manifesté, les êtres différenciés, au lever du jour cosmique. À la tombée de la nuit cosmique, tout se dissout dans le non-manifesté. Cette même multiplicité d’êtres naît encore et encore et se dissout dans le non-manifesté inéluctablement, quand vient la nuit cosmique… (BG 08/18-19). Vue à cette échelle la manifestation semble ne contenir aucune liberté pour les êtres individuels. En fait, ésotériquement, une ultime liberté de choix demeure : celle de se considérer comme un être individuel, un ego (La terre, l’eau, le feu, l’air, l’éther, le sens interne (mental), l’intellect, l’ego, composent mon octuple nature inférieure : BG 07/04), ou celle de considérer que cette nature inférieure n’est que l’ombre de notre vraie nature, en prenant pleinement conscience de notre identité spirituelle (BG 02/55). Mais alors on ne parle plus de la supposée liberté humaine, mais de la liberté de Dieu en laquelle on se fond.
Jésus le non-né
1 …J’ouvrirai la bouche pour dire des paraboles, je clamerai des choses cachées depuis la fondation du monde. Voilà un démenti pour ceux qui n’envisagent les paraboles que comme des fables populaires. Certains théologiens pensent que la prophétie en question serait tirée du psaume 78. En fait, la référence s’avère des plus vagues. D’autres disent que la fondation du monde désigne seulement le début de l’histoire des hébreux avec Abraham. Mais l’expression grecque katabolê kosmos montre clairement qu’il s’agit du monde au sens cosmique et non tribal.
2 Les choses en question ne concernent pas le monde mais son principe. Matthieu présente ici un court parallèle avec l’évangile de Jean : afin qu’ils contemplent ma gloire, que tu m’as donnée parce que tu m’as aimé avant la fondation du monde (Jn 17/24 = P 267). Jésus se pose, ici, comme extérieur à la manifestation et donc comme ayant réalisé le divin. En jargon évangélique, ceci est une expression de moksha, l’identité suprême de la conscience individuelle en Dieu. Exotériquement on interprète ce genre de parole en disant : « Jésus est Dieu » ; ésotériquement en disant « Jésus a sacrifié son ego dans le Soi, il est devenu réceptacle de l’Esprit divin ».
L’histoire biblique de l’humanité est tronquée
1 Cette parole ne révèle pas seulement l’identité de Jésus mais elle affirme que la révélation opérée par Jésus dépasse ce que ses auditeurs entendaient par révélation. Du temps de Jésus, l’Écriture sacrée n’était pas l’Évangile, mais la Thora (l’Ancien Testament des chrétiens). Or cette parole invite à s’interroger sur le relation de la Thora avec la fondation du monde. Chaque tradition prétend posséder, dans son Écriture, une histoire complète du monde. Or il convient d’observer le très gros livre qu’est la Bible. Dès le quatrième chapitre du premier livre de la Bible (la Genèse), qui en contient 65 autres, on tombe sur le meurtre d’Abel par son frère Caïen. Au chapitre 6, la destruction quasi-totale de l’humanité par le déluge est exposée comme conséquences de ses fautes. Il en résulte à l’évidence que la Bible ne retrace pas l’histoire de l’humanité depuis son début, mais l’histoire très récente (deux mille ans avant l’ère chrétienne) du peuple hébreu avec, en introduction, une courte et très mythique évocation des temps primordiaux. La partie de l’histoire de l’humanité avant la Bible est gigantesque et, selon l’évidence que les choses de notre monde commencent parfaites pour dégénérer ensuite, il est clair que d’innombrables choses cachéesdepuis la fondation du monde et jusqu’au départ de l’histoire biblique (Abraham : Gn 11) restent à être révélées.
2 Cela aussi justifie l’approche que nous avons en opérant une étude parallèle de l’Évangile (dans son contexte biblique) et de la Bhagavad Gita (qui synthétise les Védas), car il ne fait guère de doute que la tradition hindoue culminait dans les hautes sphères de la spiritualité métaphysique alors que le monde biblique balbutiait encore avec les intuitions monothéistes d’Abraham. Donc une double révélation : celle de Jésus avant la fondation du monde (Jn) et celle de l’immense domaine ignoré de la Bible depuis la fondation du monde (Mt).
Pratique :
Ce passage invite à franchir le pas du croyant vers le disciple, de l’exotérisme religieux vers l’ésotérisme spirituel, de la théologie vers la métaphysique non dualiste. Bien des mystères sont révélés par la religion et cachés par le monde profane, surtout moderne. Mais encore plus de mystères sont cachés par la religion et révélés par l’ésotérisme. D’où la question : « Où se trouve-t-il, cet ésotérisme ? » Si on s’en tient aux mots, partout sur Internet. En réalité, dans une étude approfondie et longuement méditée des Écritures et de leurs commentaires par les plus grands sages.
Le PARLER en PARABOLES
Le PARLER en PARABOLES
Le PARLER en PARABOLES
C’est par un grand nombre de paraboles de ce genre qu’il leur annonce la parole selon qu’ils peuvent l’entendre. Il ne leur parle pas sans paraboles, mais, en particulier, il explique tout à ses disciples (Mc 04/33-34 = P 092).
Tout cela, Jésus le dit aux foules en paraboles, et il ne leur dit rien sans parabole ; pour que s’accomplisse le dit du prophète : J’ouvrirai la bouche pour dire des paraboles, je clamerai des choses cachées depuis la fondation du monde (Mt 13/34-35 = P 092).
Théorie :
Paraboles et ésotérisme
1 C’est par un grand nombre de paraboles de ce genre…Marc confirme ici le fait que les paraboles connues dans les Écritures ne sont qu’un échantillon de l’enseignement de Jésus.
2 …qu’il leur annonce la parole selon qu’ils peuvent l’entendre. Comme pour la hiérarchie sociale, on observe ici une graduation des niveaux d’enseignement. Tout transmetteur doit suivre un chemin de crête entre le danger d’informer qui en ferait mauvais usage (Ne donnez pas aux chiens ce qui est sacré : Mt 07/06 = P 071) et celui de ne pas transmettre à qui le mériterait (La moisson est abondante, mais les ouvriers peu nombreux : Mt 09/00 = P 101). Une fois encore le principe égalitaire se révèle antiévangélique.
3 Tout cela, Jésus le dit aux foules en paraboles, et il ne leur dit rien sans parabole. Matthieu sait que la compréhension est chose individuelle, l’enseignement aux foules ne peut donc se faire qu’en paraboles. Alors la sélection s’opère non au niveau de la chose dite, mais à celui de la compréhension de la chose dite. Croire que les paraboles, parce qu’elles sont un langage adressé aux foules, est une forme simple et limitée à la morale est une erreur très commune en christianisme.
4 mais, en particulier, il explique tout à ses disciples. Marc révèle ici frontalement l’existence d’un ésotérisme chrétien. La distinction clergé-laïcs, habituelle dans le christianisme actuel, n’a rien à voir avec cet autre croyant-disciple ; la première est institutionnelle et administrative, la seconde cognitive. La dernière implique la complémentarité exotérisme-ésotérisme et aussi celle de foi-connaissance. Comme l’explication des paraboles, signalée dans l’Évangile, ne se trouve pas dans l’Évangile, la conclusion s’impose : les Évangiles, du moins ceux des évangélistes synoptiques (Mc, Mt, Lc) reflètent l’enseignement aux foules et plus rarement l’ésotérisme chrétien. En ce qui concerne le texte de Jean, les traces d’ésotérisme, bien que difficiles à manier car souvent mélangées à de l’exotérisme, sont indubitables.
Prédestination et liberté
1 …pour que s’accomplisse le dit du prophète…Thème récurrent et typiquement juif de l’Évangile : ‘Les événements ont lieu pour que se réalisent les prophéties’… ‘Le monde est créé parce que Dieu a dit : que cela soit’. Il n’est pas étonnant que la doctrine de la prédestination ait rencontré un grand succès dans le christianisme. Dès lors que le prophète, et Dieu plus encore, connait l’avenir, ce dernier semble écrit. Alors la liberté humaine se réduit à celle d’un train sur ses rails, dans un système sans aiguillage. Et, s’il n’y a plus de liberté pour les humains, leur responsabilité ne saurait être engagée. Dès lors, la Loi n’a plus de sens, car il est inutile d’interdire l’évasion à un homme enchaîné. Tout cela provient de la conception anthropomorphique, et donc non métaphysique, de la divinité dans le monde biblique. Dire que ‘l’Éternel se souvient du passé et connaît d’avance le futur’ n’a pas de sens, car il n’y a ni passé, ni futur, ni oubli, ni prévision dans l’absolue simultanéité du divin.
2 On peut aussi considérer que ce refrain quelque peu obsédant est la façon anthropomorphique d’exprimer que fondamentalement la liberté humaine fait partie de maya, l’illusion cosmique. En effet : Du non-manifesté, indifférencié, émerge le manifesté, les êtres différenciés, au lever du jour cosmique. À la tombée de la nuit cosmique, tout se dissout dans le non-manifesté. Cette même multiplicité d’êtres naît encore et encore et se dissout dans le non-manifesté inéluctablement, quand vient la nuit cosmique… (BG 08/18-19). Vue à cette échelle la manifestation semble ne contenir aucune liberté pour les êtres individuels. En fait, ésotériquement, une ultime liberté de choix demeure : celle de se considérer comme un être individuel, un ego (La terre, l’eau, le feu, l’air, l’éther, le sens interne (mental), l’intellect, l’ego, composent mon octuple nature inférieure : BG 07/04), ou celle de considérer que cette nature inférieure n’est que l’ombre de notre vraie nature, en prenant pleinement conscience de notre identité spirituelle (BG 02/55). Mais alors on ne parle plus de la supposée liberté humaine, mais de la liberté de Dieu en laquelle on se fond.
Jésus le non-né
1 …J’ouvrirai la bouche pour dire des paraboles, je clamerai des choses cachées depuis la fondation du monde. Voilà un démenti pour ceux qui n’envisagent les paraboles que comme des fables populaires. Certains théologiens pensent que la prophétie en question serait tirée du psaume 78. En fait, la référence s’avère des plus vagues. D’autres disent que la fondation du monde désigne seulement le début de l’histoire des hébreux avec Abraham. Mais l’expression grecque katabolê kosmos montre clairement qu’il s’agit du monde au sens cosmique et non tribal.
2 Les choses en question ne concernent pas le monde mais son principe. Matthieu présente ici un court parallèle avec l’évangile de Jean : afin qu’ils contemplent ma gloire, que tu m’as donnée parce que tu m’as aimé avant la fondation du monde (Jn 17/24 = P 267). Jésus se pose, ici, comme extérieur à la manifestation et donc comme ayant réalisé le divin. En jargon évangélique, ceci est une expression de moksha, l’identité suprême de la conscience individuelle en Dieu. Exotériquement on interprète ce genre de parole en disant : « Jésus est Dieu » ; ésotériquement en disant « Jésus a sacrifié son ego dans le Soi, il est devenu réceptacle de l’Esprit divin ».
L’histoire biblique de l’humanité est tronquée
1 Cette parole ne révèle pas seulement l’identité de Jésus mais elle affirme que la révélation opérée par Jésus dépasse ce que ses auditeurs entendaient par révélation. Du temps de Jésus, l’Écriture sacrée n’était pas l’Évangile, mais la Thora (l’Ancien Testament des chrétiens). Or cette parole invite à s’interroger sur le relation de la Thora avec la fondation du monde. Chaque tradition prétend posséder, dans son Écriture, une histoire complète du monde. Or il convient d’observer le très gros livre qu’est la Bible. Dès le quatrième chapitre du premier livre de la Bible (la Genèse), qui en contient 65 autres, on tombe sur le meurtre d’Abel par son frère Caïen. Au chapitre 6, la destruction quasi-totale de l’humanité par le déluge est exposée comme conséquences de ses fautes. Il en résulte à l’évidence que la Bible ne retrace pas l’histoire de l’humanité depuis son début, mais l’histoire très récente (deux mille ans avant l’ère chrétienne) du peuple hébreu avec, en introduction, une courte et très mythique évocation des temps primordiaux. La partie de l’histoire de l’humanité avant la Bible est gigantesque et, selon l’évidence que les choses de notre monde commencent parfaites pour dégénérer ensuite, il est clair que d’innombrables choses cachéesdepuis la fondation du monde et jusqu’au départ de l’histoire biblique (Abraham : Gn 11) restent à être révélées.
2 Cela aussi justifie l’approche que nous avons en opérant une étude parallèle de l’Évangile (dans son contexte biblique) et de la Bhagavad Gita (qui synthétise les Védas), car il ne fait guère de doute que la tradition hindoue culminait dans les hautes sphères de la spiritualité métaphysique alors que le monde biblique balbutiait encore avec les intuitions monothéistes d’Abraham. Donc une double révélation : celle de Jésus avant la fondation du monde (Jn) et celle de l’immense domaine ignoré de la Bible depuis la fondation du monde (Mt).
Pratique :
Ce passage invite à franchir le pas du croyant vers le disciple, de l’exotérisme religieux vers l’ésotérisme spirituel, de la théologie vers la métaphysique non dualiste. Bien des mystères sont révélés par la religion et cachés par le monde profane, surtout moderne. Mais encore plus de mystères sont cachés par la religion et révélés par l’ésotérisme. D’où la question : « Où se trouve-t-il, cet ésotérisme ? » Si on s’en tient aux mots, partout sur Internet. En réalité, dans une étude approfondie et longuement méditée des Écritures et de leurs commentaires par les plus grands sages.
Le PARLER en PARABOLES