La PARABOLE du LEVAIN
Il leur dit une autre parabole : « Le règne des cieux est semblable à du levain qu’une femme prend et cache-enkruptein dans trois mesures de farine, jusqu’à ce que tout ait levé. »
(Mt 13/33 = P 091) parallèle : (Lc 13/20-21 = P 091)
Théorie :
L’art de paraboliser
1 Il leur dit une autre parabole : Comme vu, le symbolisme est un moyen d’expression imparfait et cependant indispensable à la transmission spirituelle. D’où la nécessité d’utiliser une belle quantité de symboles et d’histoires symboliques (les paraboles) pour compenser l’imperfection d’une image par la spécificité d’une autre.
2 « Les Évangiles canoniques (officiels) donnent-ils toutes les paraboles de Jésus ? » Assurément non. D’une part, quasiment toutes les paraboles se trouvent chez un évangéliste canonique et pas chez tous les autres. Or, au début du christianisme, chaque communauté avait son évangile et ignorait plus ou moins les autres. D’autre part, les évangiles gnostiques, miraculeusement retrouvés au XX° siècle, donnent quelques paraboles inconnues des canoniques. L’enseignement officiel n’est donc pas complet. Le monde étant indéfini et le Principe inexprimable, comment pourrait-il l’être ? Cet enseignement est lui-même une poignée de graines, semée dans le cœur du disciple et qui doit produire trente, soixante ou cent pour un. Un disciple doit savoir paraboliser avec les matériaux culturels du monde dans lequel il vit.
Les femmes et les paraboles féminines
1 Le règne des cieux est semblable à du levain qu’une femme prend…Désormais que, non seulement les pays de l’ancienne chrétienté, mais aussi la papauté, sont devenus égalitaristes, on ignore que la civilisation occidentale, quand elle existait encore et qu’elle était donc guidée par une religion, la chrétienne, avait la même structure sociale que l’Inde traditionnelle. Les castes-varnas (BG 04/13 et 18/41-46) correspondant exactement aux ‘Etats sociaux’ de l’Ancien Régime.
2 Cette ignorance empêche de voir que les paraboles de Jésus sont distribuées dans toutes les castes et dans les deux genres masculin et féminin. La quatrième caste, Shudra ou serviteurs, est représentée par l’économe infidèle (Lc 16/01 = P 198). La troisième, Vaïshya ou agents de l’économie, par le semeur (Mc 04/03 = P 084), le berger (Mt 18/12 = P 195), le maçon et l’architecte (Mt 07/24 = P 075), la cuisinière (ici-même). La deuxième, les Kshatryas ou les Nobles, par la parabole de la guerre et de la tour (Lc 14/31 = P 193). La première, les brahmanes ou le clergé, par le bon Samaritain (Lc 10/30-37 = P 158). Jésus n’improvisait pas ses paraboles. Son enseignement se révèle structuré, total, et longuement réfléchi avant semailles dans le peuple.
3 Le règne des cieux est semblable à du levain qu’une femme prend… Les femmes ont donc accès au royaume des cieux. Ce point n’est pas évident pour tous les juifs, ni pour tous les musulmans et ne le fut pas pour tous les chrétiens. On pourrait ironiser : ‘Aujourd’hui le royaume des cieux semble réservé aux femmes’ tant la prédication chrétienne est devenue féminoïde ; les hommes d’église passant rapidement de l’erreur machiste à l’erreur égalitariste.
4 Sur 56 paraboles évangéliques, 4 seulement ont pour héroïne une femme : Le levain, la drachme perdue (Lc 15/08 = P 196), la veuve importune (Lc 18/01 = P 212), les dix vierges (Mt 25/01 = P 251). C’est très loin d’une égalité ; mais elles existent assurément. Est-ce seulement pour signifier que le salut est aussi ouvert aux femmes ou ont-elles également quelque chose de spécifiquement féminin ?
5 Chez les négateurs de la nature humaine et de ses variantes, il est de bon ton, aujourd’hui, de nier qu’existent des tâches féminines et des tâches masculines. C’est à peine si on laisse aux femmes la spécificité de l’enfantement, en attendant le bébé-bocal tant espéré par les théoriciens du ‘meilleur des mondes’. Pourtant, Le levain présente une femme dans une tâche universellement féminine : la préparation de la nourriture familiale. Certes, un boulanger peut aussi faire du pain, mais seule la femme allaite. Elle est, pour tout humain, dispensatrice de nourriture et nourriture elle-même au début de la vie. Il faut un solide refus des faits pour nier la vocation nourricière de la femme. La drachme perdue montre aussi une femme comme maîtresse de maison et gérante de l’économie domestique.
6 De façon quasiment espiègle, Jésus présente, avec la veuve importune, un défaut typiquement féminin comme une qualité religieuse. Et il leur dit une parabole sur ce qu’il leur faut prier sans cesse et ne pas se décourager (Lc 18/01 = P 212). Cette femme, victime d’un juge injuste, le harcèle tellement qu’il finit pas céder pour se débarrasser d’elle. Or il est bien connu que les femmes, sous-équipées en force physique et quelque peu en puissance logique d’argumentation, compensent par leur capacité d’insistance et de remuement émotionnel. D’où le proverbe ‘Femme veut, Dieu veut’ qui ne fait pas allusion qu’à la séduction. Dans la parabole des vierges, aussi nommée les vierges sages et les vierges folles, Jésus transpose la fidélité ou l’infidélité féminine au niveau religieux. Il apparaît donc que les paraboles ‘féminines’ le sont bien, par leur nature et non seulement par leur héroïne.
L’aspect féminin de l’influence spirituelle
1 En ce qui concerne le levain il y a plus encore. Observons déjà ce qu’est le levain : « Pour faire « lever » une pâte à pain, on ajoute aux ingrédients une petite quantité d’organismes vivants microscopiques (levures et/ou bactéries) qui, en se nourrissant des glucides présents dans la farine, produisent des bulles de gaz (CO2) qui assurent le gonflement du pain avant cuisson. Le levain naturel est quant à lui obtenu par fermentation « spontanée » d’un mélange d’eau et de farine (parfois additionné d’un peu de sucre), les ferments étant alors des micro-organismes naturellement présents dans les matières premières et l’environnement.»
2 Le symbole repose sur le fait que les organismes vivants actifs dans le levain sont en petite quantité (par rapport à la farine) et qu’ils sont vivants. Or, dans toute société à base religieuse, la voix et l’action de la femme n’interviennent que très minoritairement dans les affaires officielles. Il suffit pourtant de connaître l’histoire pour constater que les femmes n’ont pas attendu le droit de vote pour influer grandement sur son cours. Mais leur influence se produit dans l’ombre, dans le secret de l’alcôve, des sentiments, de la maison, des conseils, par leur influence sur les enfants. Et, comme il n’est pas de bon pain sans levain, il n’est pas de société sans cette action en profondeur du génie féminin. Jésus le dit lui-même à propos de la femme qu’il a préférée. Après l’onction de Béthanie opérée par Marie-Madeleine, Jésus déclare aux apôtres qui s’y opposaient : En vérité, je vous le dis, partout où sera proclamé l’Évangile, dans le monde entier, on redira aussi, à sa mémoire, ce qu’elle vient de faire (Mc 14/09 = P 228).
3 On pourrait même pousser plus loin le symbolisme : « La levure donne une fermentation alcoolique rapide tandis que le levain une fermentation lactique plus lente et plus digeste ». Assurément il y a différents types de femmes quant à leur influence secrète sur leur homme, la famille et la société.
4 …et le cache-enkruptein dans trois mesures de farine…Jésus ne dit pas que la femme enfouit ou mélange le levain dans la farine, mais qu’elle le cache-enkruptein. Le mot grec évoque le secret. De ce point de vue, la femme figure l’Église, qui fait ‘lever’ spirituellement la civilisation vers Dieu. Sauf dans le monde moderne, qui est à la fois une anti et une contre civilisation, toute civilisation repose sur une royauté de droit divin (le mandat du ciel oriental). Le roi de France, par exemple, avait le statut d’évêque (‘l’évêque du dehors’) et sa fonction théorique était de gouverner ses sujets de telle façon qu’ils puissent faire leur salut dans les meilleurs conditions possibles. Le clergé, tant en Orient qu’en Occident, était responsable de l’éducation, de l’enseignement et de la culture. Il constituait le levain dans la pâte. Les paraboles elles-mêmes, par l’enseignement secret qu’elles véhiculent, constituent un levain dans la pâte de la religion.
Le troisième jour, il se relèvera
1 …dans trois mesures de farine…On retrouve fréquemment le symbolisme du nombre trois (et non pas du chiffre trois) dans l’Évangile : Or, le troisième jour, il y a une noce, à Cana… (Jn 02/01 = P 026). Une des premières mentions se trouve dans l’Exode : Adonaï descend sur le mon Sinaï vers Moïsele troisième jour de son ascension (Ex 19). Ce symbolisme repose sur le fait qu’en arithmétique sacrée le un, principe d’unité, est le créateur, l’Unique ; le deux, principe de dualité, sépare et distingue les êtres différents dans la manifestation-création. Le trois, premier nombre impair de la série indéfinie, symbolise le retour possible à l’unité, avec qui il partage un certain degré de non-dualité. C’est pourquoi la recette spirituelle du pain ne fonctionnerait pas si bien avec deux ou quatre mesures de farine !
2 Certains exégètes (Jérémias) disent que « trois mesures de farine, permettent de faire du pain pour cent personnes », ce qui rend cette femme et l’occasion de sa cuisine assez exceptionnelles. De plus, dans la Bible, il n’est qu’une femme qui ait pétri une telle quantité : Sarah, épouse d’Abraham, lorsqu’ils reçurent la visite des trois ‘anges’ qui lui annoncèrent la naissance tant attendue d’Isaac (Gn 18). Dans les deux scènes, la disproportion est évidente. Or le parallèle de cette femme anonyme avec Sarah et Abraham est explicite. De même qu’Abraham, bédouin perdu dans son désert, a changé la face du monde en ‘inventant’ le monothéisme, de même la parole christique, perdue dans l’immense empire romain, va façonner une nouvelle civilisation. Il y a/ là quelque chose d’utopique mais, à l’échelle de l’influence du christianisme sur l’empire romain décadent, la comparaison historique est valable.
La patience spirituelle
1 …jusqu’à ce que tout ait levé… « Levures et levains sont composés de cellules vivantes et ne doivent donc pas être confondus avec la ‘levure’ chimique (ou poudre levante), mélange de bicarbonate de sodium et d’acide tartrique qui produit du dioxyde de carbone lors de la cuisson des préparations dans lesquelles il a été ajouté ». La levure chimique agit plus rapidement ; ‘time is money’ donc le boulanger gagne plus d’argent. Le moderne se caractérise par le fait que le critère financier a tendance à phagocyter tous les autres. C’est pourquoi les changements sont si rapides qu’ils deviennent irréversibles avant qu’on ait réalisé que telle décision politique ou telle technologie présente une collection d’effets pervers. Or la patience est une vertu féminine : Parmi les vertus féminines, je suis…la constance et la patience (BG 10/34). La femme attend que son levain (non chimique, mais vivant) ait fait tout lever. Elle est l’éducatrice première des enfants, comme l’Église et la religion en général est l’éducatrice des peuples. Ce n’est pas pour rien que l’acte révolutionnaire entraîne toujours le détournement de l’éducation et de l’enseignement au service de l’idéologie au pouvoir.
2 …que tout ait levé…présente aussi un autre sens. Chaque cycle d’humanité offre à quelques êtres la possibilité de la libération spirituelle-moksha (réalisation) et, à un plus grand nombre, l’occasion d’accéder, pour un certain temps, dans un état paradisiaque (salut) (BG 09/21). A la fin d’un cycle, le mal domine largement, et les hommes de bien seraient tentés de penser qu’il serait préférable que le cycle s’achève sans délais. Or il peut être nécessaire qu’il dure encore un peu pour que tous les hommes capables de réalisation ou d’accès au salut le puissent avant la fin. Ce thème se retrouve dans la parabole du bon grain et de l’ivraie : Non, dit-il, vous risqueriez, en ramassant l’ivraie, d’arracher en même temps le blé (Mt 13/29 = P 089). La patience compatissante de la femme a sa valeur en spiritualité. D’ailleurs Jésus, lui-même, se compare à un être féminin : Jérusalem… combien de fois ai-je voulu rassembler tes enfants à la manière dont une poule rassemble ses poussins sous ses ailes… (Mt 23/37 = P 243)
Pratique :
Pratique I : Le disciple véritable doit s’entraîner à paraboliser. Il doit, comme Jean de la Fontaine, faire des fables avec la matière première de son vécu, et des fables spirituelles, dans tous les sens du terme, ce qui n’était pas toujours le cas pour La Fontaine. Cela entraîne à l’interprétation des événements, au déchiffrage des signes des temps (Mt 16/03 = P 181). De plus l’homme ou la femme qui entendent agir positivement sur leur entourage seront mieux écoutés en employant un tel langage.
Pratique II : Il y a des millions de discours politiques et de lois qui demeurent sans effets. Alors que bien des prières, des suggestions discrètes, des conseils avisés, prodigués à la bonne personne, au bon moment, au bon endroit agissent secrètement sur le monde. Cette parabole enseigne à ne pas juger d’un moyen selon sa visibilité. Pour les disciples masculins, elle rappelle qu’ils ne sont pas dépourvus de qualités féminines et qu’ils ne les ont pas reçues pour rien.
Pratique III : Le levain montre aussi que toute action qui ne présente pas une dimension spirituelle n’est que biscuit de soldat, pain azyme, qu’on mange à la va-vite (Ex 12) pour fuir l’esclavage égyptien, mais que ce n’est pas la véritable nourriture d’un peuple libre.
La PARABOLE du LEVAIN
La PARABOLE du LEVAIN
La PARABOLE du LEVAIN
Il leur dit une autre parabole : « Le règne des cieux est semblable à du levain qu’une femme prend et cache-enkruptein dans trois mesures de farine, jusqu’à ce que tout ait levé. »
(Mt 13/33 = P 091) parallèle : (Lc 13/20-21 = P 091)
Théorie :
L’art de paraboliser
1 Il leur dit une autre parabole : Comme vu, le symbolisme est un moyen d’expression imparfait et cependant indispensable à la transmission spirituelle. D’où la nécessité d’utiliser une belle quantité de symboles et d’histoires symboliques (les paraboles) pour compenser l’imperfection d’une image par la spécificité d’une autre.
2 « Les Évangiles canoniques (officiels) donnent-ils toutes les paraboles de Jésus ? » Assurément non. D’une part, quasiment toutes les paraboles se trouvent chez un évangéliste canonique et pas chez tous les autres. Or, au début du christianisme, chaque communauté avait son évangile et ignorait plus ou moins les autres. D’autre part, les évangiles gnostiques, miraculeusement retrouvés au XX° siècle, donnent quelques paraboles inconnues des canoniques. L’enseignement officiel n’est donc pas complet. Le monde étant indéfini et le Principe inexprimable, comment pourrait-il l’être ? Cet enseignement est lui-même une poignée de graines, semée dans le cœur du disciple et qui doit produire trente, soixante ou cent pour un. Un disciple doit savoir paraboliser avec les matériaux culturels du monde dans lequel il vit.
Les femmes et les paraboles féminines
1 Le règne des cieux est semblable à du levain qu’une femme prend…Désormais que, non seulement les pays de l’ancienne chrétienté, mais aussi la papauté, sont devenus égalitaristes, on ignore que la civilisation occidentale, quand elle existait encore et qu’elle était donc guidée par une religion, la chrétienne, avait la même structure sociale que l’Inde traditionnelle. Les castes-varnas (BG 04/13 et 18/41-46) correspondant exactement aux ‘Etats sociaux’ de l’Ancien Régime.
2 Cette ignorance empêche de voir que les paraboles de Jésus sont distribuées dans toutes les castes et dans les deux genres masculin et féminin. La quatrième caste, Shudra ou serviteurs, est représentée par l’économe infidèle (Lc 16/01 = P 198). La troisième, Vaïshya ou agents de l’économie, par le semeur (Mc 04/03 = P 084), le berger (Mt 18/12 = P 195), le maçon et l’architecte (Mt 07/24 = P 075), la cuisinière (ici-même). La deuxième, les Kshatryas ou les Nobles, par la parabole de la guerre et de la tour (Lc 14/31 = P 193). La première, les brahmanes ou le clergé, par le bon Samaritain (Lc 10/30-37 = P 158). Jésus n’improvisait pas ses paraboles. Son enseignement se révèle structuré, total, et longuement réfléchi avant semailles dans le peuple.
3 Le règne des cieux est semblable à du levain qu’une femme prend… Les femmes ont donc accès au royaume des cieux. Ce point n’est pas évident pour tous les juifs, ni pour tous les musulmans et ne le fut pas pour tous les chrétiens. On pourrait ironiser : ‘Aujourd’hui le royaume des cieux semble réservé aux femmes’ tant la prédication chrétienne est devenue féminoïde ; les hommes d’église passant rapidement de l’erreur machiste à l’erreur égalitariste.
4 Sur 56 paraboles évangéliques, 4 seulement ont pour héroïne une femme : Le levain, la drachme perdue (Lc 15/08 = P 196), la veuve importune (Lc 18/01 = P 212), les dix vierges (Mt 25/01 = P 251). C’est très loin d’une égalité ; mais elles existent assurément. Est-ce seulement pour signifier que le salut est aussi ouvert aux femmes ou ont-elles également quelque chose de spécifiquement féminin ?
5 Chez les négateurs de la nature humaine et de ses variantes, il est de bon ton, aujourd’hui, de nier qu’existent des tâches féminines et des tâches masculines. C’est à peine si on laisse aux femmes la spécificité de l’enfantement, en attendant le bébé-bocal tant espéré par les théoriciens du ‘meilleur des mondes’. Pourtant, Le levain présente une femme dans une tâche universellement féminine : la préparation de la nourriture familiale. Certes, un boulanger peut aussi faire du pain, mais seule la femme allaite. Elle est, pour tout humain, dispensatrice de nourriture et nourriture elle-même au début de la vie. Il faut un solide refus des faits pour nier la vocation nourricière de la femme. La drachme perdue montre aussi une femme comme maîtresse de maison et gérante de l’économie domestique.
6 De façon quasiment espiègle, Jésus présente, avec la veuve importune, un défaut typiquement féminin comme une qualité religieuse. Et il leur dit une parabole sur ce qu’il leur faut prier sans cesse et ne pas se décourager (Lc 18/01 = P 212). Cette femme, victime d’un juge injuste, le harcèle tellement qu’il finit pas céder pour se débarrasser d’elle. Or il est bien connu que les femmes, sous-équipées en force physique et quelque peu en puissance logique d’argumentation, compensent par leur capacité d’insistance et de remuement émotionnel. D’où le proverbe ‘Femme veut, Dieu veut’ qui ne fait pas allusion qu’à la séduction. Dans la parabole des vierges, aussi nommée les vierges sages et les vierges folles, Jésus transpose la fidélité ou l’infidélité féminine au niveau religieux. Il apparaît donc que les paraboles ‘féminines’ le sont bien, par leur nature et non seulement par leur héroïne.
L’aspect féminin de l’influence spirituelle
1 En ce qui concerne le levain il y a plus encore. Observons déjà ce qu’est le levain : « Pour faire « lever » une pâte à pain, on ajoute aux ingrédients une petite quantité d’organismes vivants microscopiques (levures et/ou bactéries) qui, en se nourrissant des glucides présents dans la farine, produisent des bulles de gaz (CO2) qui assurent le gonflement du pain avant cuisson. Le levain naturel est quant à lui obtenu par fermentation « spontanée » d’un mélange d’eau et de farine (parfois additionné d’un peu de sucre), les ferments étant alors des micro-organismes naturellement présents dans les matières premières et l’environnement.»
2 Le symbole repose sur le fait que les organismes vivants actifs dans le levain sont en petite quantité (par rapport à la farine) et qu’ils sont vivants. Or, dans toute société à base religieuse, la voix et l’action de la femme n’interviennent que très minoritairement dans les affaires officielles. Il suffit pourtant de connaître l’histoire pour constater que les femmes n’ont pas attendu le droit de vote pour influer grandement sur son cours. Mais leur influence se produit dans l’ombre, dans le secret de l’alcôve, des sentiments, de la maison, des conseils, par leur influence sur les enfants. Et, comme il n’est pas de bon pain sans levain, il n’est pas de société sans cette action en profondeur du génie féminin. Jésus le dit lui-même à propos de la femme qu’il a préférée. Après l’onction de Béthanie opérée par Marie-Madeleine, Jésus déclare aux apôtres qui s’y opposaient : En vérité, je vous le dis, partout où sera proclamé l’Évangile, dans le monde entier, on redira aussi, à sa mémoire, ce qu’elle vient de faire (Mc 14/09 = P 228).
3 On pourrait même pousser plus loin le symbolisme : « La levure donne une fermentation alcoolique rapide tandis que le levain une fermentation lactique plus lente et plus digeste ». Assurément il y a différents types de femmes quant à leur influence secrète sur leur homme, la famille et la société.
4 …et le cache-enkruptein dans trois mesures de farine…Jésus ne dit pas que la femme enfouit ou mélange le levain dans la farine, mais qu’elle le cache-enkruptein. Le mot grec évoque le secret. De ce point de vue, la femme figure l’Église, qui fait ‘lever’ spirituellement la civilisation vers Dieu. Sauf dans le monde moderne, qui est à la fois une anti et une contre civilisation, toute civilisation repose sur une royauté de droit divin (le mandat du ciel oriental). Le roi de France, par exemple, avait le statut d’évêque (‘l’évêque du dehors’) et sa fonction théorique était de gouverner ses sujets de telle façon qu’ils puissent faire leur salut dans les meilleurs conditions possibles. Le clergé, tant en Orient qu’en Occident, était responsable de l’éducation, de l’enseignement et de la culture. Il constituait le levain dans la pâte. Les paraboles elles-mêmes, par l’enseignement secret qu’elles véhiculent, constituent un levain dans la pâte de la religion.
Le troisième jour, il se relèvera
1 …dans trois mesures de farine…On retrouve fréquemment le symbolisme du nombre trois (et non pas du chiffre trois) dans l’Évangile : Or, le troisième jour, il y a une noce, à Cana… (Jn 02/01 = P 026). Une des premières mentions se trouve dans l’Exode : Adonaï descend sur le mon Sinaï vers Moïsele troisième jour de son ascension (Ex 19). Ce symbolisme repose sur le fait qu’en arithmétique sacrée le un, principe d’unité, est le créateur, l’Unique ; le deux, principe de dualité, sépare et distingue les êtres différents dans la manifestation-création. Le trois, premier nombre impair de la série indéfinie, symbolise le retour possible à l’unité, avec qui il partage un certain degré de non-dualité. C’est pourquoi la recette spirituelle du pain ne fonctionnerait pas si bien avec deux ou quatre mesures de farine !
2 Certains exégètes (Jérémias) disent que « trois mesures de farine, permettent de faire du pain pour cent personnes », ce qui rend cette femme et l’occasion de sa cuisine assez exceptionnelles. De plus, dans la Bible, il n’est qu’une femme qui ait pétri une telle quantité : Sarah, épouse d’Abraham, lorsqu’ils reçurent la visite des trois ‘anges’ qui lui annoncèrent la naissance tant attendue d’Isaac (Gn 18). Dans les deux scènes, la disproportion est évidente. Or le parallèle de cette femme anonyme avec Sarah et Abraham est explicite. De même qu’Abraham, bédouin perdu dans son désert, a changé la face du monde en ‘inventant’ le monothéisme, de même la parole christique, perdue dans l’immense empire romain, va façonner une nouvelle civilisation. Il y a/ là quelque chose d’utopique mais, à l’échelle de l’influence du christianisme sur l’empire romain décadent, la comparaison historique est valable.
La patience spirituelle
1 …jusqu’à ce que tout ait levé… « Levures et levains sont composés de cellules vivantes et ne doivent donc pas être confondus avec la ‘levure’ chimique (ou poudre levante), mélange de bicarbonate de sodium et d’acide tartrique qui produit du dioxyde de carbone lors de la cuisson des préparations dans lesquelles il a été ajouté ». La levure chimique agit plus rapidement ; ‘time is money’ donc le boulanger gagne plus d’argent. Le moderne se caractérise par le fait que le critère financier a tendance à phagocyter tous les autres. C’est pourquoi les changements sont si rapides qu’ils deviennent irréversibles avant qu’on ait réalisé que telle décision politique ou telle technologie présente une collection d’effets pervers. Or la patience est une vertu féminine : Parmi les vertus féminines, je suis…la constance et la patience (BG 10/34). La femme attend que son levain (non chimique, mais vivant) ait fait tout lever. Elle est l’éducatrice première des enfants, comme l’Église et la religion en général est l’éducatrice des peuples. Ce n’est pas pour rien que l’acte révolutionnaire entraîne toujours le détournement de l’éducation et de l’enseignement au service de l’idéologie au pouvoir.
2 …que tout ait levé…présente aussi un autre sens. Chaque cycle d’humanité offre à quelques êtres la possibilité de la libération spirituelle-moksha (réalisation) et, à un plus grand nombre, l’occasion d’accéder, pour un certain temps, dans un état paradisiaque (salut) (BG 09/21). A la fin d’un cycle, le mal domine largement, et les hommes de bien seraient tentés de penser qu’il serait préférable que le cycle s’achève sans délais. Or il peut être nécessaire qu’il dure encore un peu pour que tous les hommes capables de réalisation ou d’accès au salut le puissent avant la fin. Ce thème se retrouve dans la parabole du bon grain et de l’ivraie : Non, dit-il, vous risqueriez, en ramassant l’ivraie, d’arracher en même temps le blé (Mt 13/29 = P 089). La patience compatissante de la femme a sa valeur en spiritualité. D’ailleurs Jésus, lui-même, se compare à un être féminin : Jérusalem… combien de fois ai-je voulu rassembler tes enfants à la manière dont une poule rassemble ses poussins sous ses ailes… (Mt 23/37 = P 243)
Pratique :
Pratique I : Le disciple véritable doit s’entraîner à paraboliser. Il doit, comme Jean de la Fontaine, faire des fables avec la matière première de son vécu, et des fables spirituelles, dans tous les sens du terme, ce qui n’était pas toujours le cas pour La Fontaine. Cela entraîne à l’interprétation des événements, au déchiffrage des signes des temps (Mt 16/03 = P 181). De plus l’homme ou la femme qui entendent agir positivement sur leur entourage seront mieux écoutés en employant un tel langage.
Pratique II : Il y a des millions de discours politiques et de lois qui demeurent sans effets. Alors que bien des prières, des suggestions discrètes, des conseils avisés, prodigués à la bonne personne, au bon moment, au bon endroit agissent secrètement sur le monde. Cette parabole enseigne à ne pas juger d’un moyen selon sa visibilité. Pour les disciples masculins, elle rappelle qu’ils ne sont pas dépourvus de qualités féminines et qu’ils ne les ont pas reçues pour rien.
Pratique III : Le levain montre aussi que toute action qui ne présente pas une dimension spirituelle n’est que biscuit de soldat, pain azyme, qu’on mange à la va-vite (Ex 12) pour fuir l’esclavage égyptien, mais que ce n’est pas la véritable nourriture d’un peuple libre.
La PARABOLE du LEVAIN