La PARABOLE du FILET
« Le règne des cieux est encore semblable à un filet-sagênê jeté en mer, qui en rassemble de toutes races-genos. Quand il est rempli, ils le font monter-anabibazein sur le rivage, ils s’assoient, et recueillent les beaux-et-bons-kalos dans des paniers, quant aux pourris-sapros, ils les jettent dehors-exô. Ainsi en sera-t-il à l’achèvement de l’ère-aiôn : les anges viendront vers l’extérieur-exerkhesthai, ils mettront à part les mauvais, du milieu des justes et ils les jetteront dans la fournaise de feu ; là seront les pleurs et les grincements de dents. Avez-vous compris-suniênai tout cela ? » Ils lui disent : « Oui. »
(Mt 13/47-51 = P 095)
Théorie :
La distinction du psychisme et du spirituel
1 Le règne des cieux est encore semblable à un filet jeté en mer…Dans cette parabole les humains sont comparés à des poissons, dont certains sont comestibles (sauvés) et d’autres non comestibles (damnés). Les poissons qui seront mangés par les hommes symbolisent les humains qui seront ‘mangés’ par Dieu, c’est-à-dire réintégrés en Dieu.
2 Le grec Ichtus, poisson, était, en tant qu’acronyme, le symbole le plus utilisé par les premiers chrétiens pour se désigner eux-mêmes. En effet, en grec, ses lettres forment les initiales de ‘Jésus-Christ, Fils de Dieu, Sauveur’, un résumé du Credo avant la lettre. Le signe de la croix n’est venu que plus tard comme symbole chrétien.
3 Si la matière solide symbolise le corps (grec : soma), l’eau qui constitue la mer représente le psychisme (psuchè), et le souffle du vent (pneuma) l’Esprit. Extraire les poissons de la mer pour les maintenir à l’air libre revient à opérer un passage du psychique au spirituel. En jargon contemporain, on pourrait dire ‘de la psychanalyse à la religion révélée’. Dans la Bhagavad Gita l’océan (qui remplace la mer, à cause de la géographie de l’Inde différente de celle de la Palestine) désigne le samsara, la ronde des naissances et des morts : l’illusion fait que l’homme choit à nouveau dans l’océan de l’existence matérielle (BG 02/63). Si bien que cette parabole, lue par un Hindou… ou un ‘spirituel orienté’, traite de la libération du samsara.
4 Cela ne saurait se produire sans une force extérieure, les pêcheurs-anges, qui symbolisent précisément la Révélation et sa puissance d’élévation. Un des thèmes majeurs de cette parabole est donc la nécessaire distinction du psychique et du spirituel. Or il se trouve que la mentalité religieuse confond souvent les deux, comme l’atteste le fait que les croyants confondent les mots ‘religieux’ et ‘spirituel’. À proprement penser, le ‘religieux’ relie deux choses par nature séparées ; alors que le spirituel, au sens de pneuma, est la trace unitive de Dieu dans l’homme.
5 Lorsque Jésus déclare Le règne des cieux est encore semblable à un filet, la chose n’est pas à prendre à la lettre, car un filet sert à capturer tandis que le royaume des cieux est un espace (ou un état) de liberté. Le filet est l’outil qui libère de la prison du psychisme (de la mer), encore faut-il sortir du filet pour accéder au règne des cieux. Aussi, on ne s’étonnera pas de rencontrer le même symbole du filet employé en sens inverse dans la Bhagavad Gita : Confondus par des angoisses multiples, pris dans les filets de l’illusion et asservis par la dépendance de leurs désirs, ils tombent dans un enfer sordide (BG 16/16).
6 L’Évangile gnostique de Thomas évoque cette parabole, avec quelques variantes : L’homme est semblable à un pêcheur plein de sagesse, qui jette son filet dans la mer. Ici l’homme remplace le royaume des cieux de Matthieu. Or l’Évangile de Myriam, gnostique lui aussi, déclare : C’est à l’intérieur de vous qu’est le fils de l’humain (Ma p8/15-22), dans le passage parallèle à Luc qui dit : le royaume de Dieu est en vous (Lc 17/21 = P 206). Éxotériquement, le royaume des cieux est présenté comme un lieu, ésotériquement, comme un état de conscience intérieur à l’humain. Dans Luc, le filet semble agir tout seul, on ne sait pas qui le manie (le Christ du second avènement probablement) ; dans Thomas, le disciple opère, avec la grâce de Dieu, un travail spirituel sur lui-même.
Le ‘racisme spirituel’
1 …un filet…qui en rassemble de toutes races-genos. De même que les hommes pêchent les poissons au filet, le filet divin pêche les humains. On retrouve dans la Gita le thème du filet, mais uniquement au sens négatif : Celui qui…perçoit le Soi en lui comme étant le Soi en tous les êtres, celui-là, bien qu’il agisse, ne tombe pas dans les filets du karma (BG 05/07).
2 Au sens littéral, il existe diverses races de poissons. Les Hébreux ne classifiaient pas les animaux comme nos zoologistes. Dans les produits de la mer, il y avait les comestibles, soit ceux nantis d’écailles et de nageoires (Lv 11/10-11) et les non-comestibles, soit tous les autres. Les ‘fruits de mer’ n’étaient pas au menu.
3 Au sens humain il existe aussi des races, bien que la modernité se plaît à le nier au nom de son obsession égalitaire. Au sens spirituel, Jésus distingue des races : Les pharisiens sortent, et commencent à chercher (des noises) avec lui ; ils cherchent de lui un signe du ciel, pour l’éprouver. Jésus soupire en son esprit, et dit : « Pourquoi cette race-genea cherche-t-elle un signe ? (Mc 08/11 = P 118). Du point de vue de Jésus, il y a clairement des races spirituelles. Ce sont d’ailleurs ces dernières qui génèrent les races physiques, car les croyances et les pratiques d’une Loi religieuse particulière façonnent les psychismes et les corps au fil des siècles. La Thora fait l’Hébreu, l’Évangile le Chrétien. L’homme est fait de sa foi. Ce qu’est l’objet de sa foi, il le devient aussi (BG 17/03).
4 Les idéologies antiracistes -qui tiennent aujourd’hui le haut du pavé en Occident- se couvrent du voile de la bienveillance envers tous (ce qui est un principe spirituel : BG 09/29 et 14/25), mais détruisent insidieusement le ‘discernement des esprits’, point fondamental de la spiritualité, que la Gita cultive sous le nom de discrimination (BG 15/11). Le français contemporain, en faisant du mot ‘racisme’ un mot péjoratif fausse les choses. A proprement parler, le racisme est le fait de distinguer des différences entre les races, l’appréciation pouvant être élogieuse ou critique selon les cas. Si bien que l’homme médiatisé d’aujourd’hui a le choix entre l’anti-racisme qui nie ‘le discernement des esprits’ et le racisme, qui déteste les uns ou les autres en fonction de leur couleur de peau ; soit entre deux idioties.
5 … qui en rassemble de toutes races-genos. Dans la mer, les poissons ne sont pas à ce point rassemblés, entassés. Inversant les proportions anciennes, la modernité compte 80% d’urbains, de plus en plus indistinctement mélangés, ce qui rend difficile l’art de vivre propre à chaque culture. Les frictions se multiplient et le racisme, au sens stupidement moderne, en découle. Jeanne d’Arc, à qui on reprochait de faire la mystique tout en luttant contre les Anglais, répondait : ‘J’aime les Anglais… chez eux’. Tout comme on ne mélange pas la mayonnaise et la crème au chocolat, les deux présentant pourtant des vertus gastronomiques, il convient de laisser à chaque race culturelle et spirituelle un espace d’expansion spécifique, ce qui n’empêche aucunement d’apprécier l’un après l’autre.
6 Dans la version gnostique que Thomas donne de cette parabole, il n’y a pas des poissons mauvais ou bons, mais petits ou grands. On ne se situe pas dans le dualisme moral, et le texte laisse presque entendre que les petits sont susceptibles de devenir des grands.
La vérité foudroyante du jugement
1 Quand il est rempli (le filet), ils le font monter sur le rivage…Le propos de Matthieu ne brille pas par sa clarté : il désigne le filet et ils les pêcheurs. Monter sur le rivage illustre le fait évident que le rivage est plus haut que le niveau de la mer. Pourtant, entendue symboliquement, la chose est curieuse. Le rivage = la terre = le corps est hiérarchiquement inférieur à l’eau = le psychisme, dans les trois constituants, ‘corps, âme, esprit’, de la nature humaine. Les possibilités psychiques sont immensément plus grandes que les matérielles ; l’homme peut imaginer et rêver des milliards de choses en mode subtil qu’il ne pourra jamais réaliser objectivement. Donc, en lecture symbolique, faire passer les poissons de l’eau à la terre, représente plutôt une descente qu’une montée. Cependant, le passage du psychique au matériel, du rêve imaginaire à l’action objective, est bien un progrès, car on s’illusionne moins sur les faits que sur les imaginations. On a ‘les pieds sur terre’ comme dit le bon sens populaire.
2 Quand le filet est rempli, ils le font monter sur le rivage… signifie alors qu’à la fin des temps (ou à la mort d’un homme, qui correspond pour lui à la fin des temps) l’évidence de la vérité s’abat inévitablement sur l’humain, le confrontant brutalement à l’immensité de ses mauvais choix, de ses illusions. Il voit se briser ses idoles.
3 Quand il est rempli présente aussi un sens symbolique, illustrant un moment décisif, et déclencheur d’une rupture de l’histoire, quelque chose comme ‘l’accomplissement des temps’. Dans un filet rempli, et que les pêcheurs commencent à tracter, les poissons sont à touche-touche. Dans la vie ordinaire, ils peuvent garder leurs distances et s’ignorer. Dans le monde moderne, où le commerce mondialisé permet à un homme d’en exploiter un autre aux antipodes, la bonne conscience peut dormir tranquille. Tous serrés dans le filet, ils ne peuvent plus fuir leur prochain. Donc monter sur le rivage et quand le filet est rempli participent du jugement final qui foudroie les mensonges de la conscience égotique.
Enfermés dans l’extériorité de Dieu
1 … ils s’assoient…Prenez un homme moderne de sexe masculin, asseyez-le au sol, le plus souvent il est très malheureux, car sa raideur de hanches et de genoux l’empêche de se bien tenir. C’est qu’à notre époque on ne s’assoit plus jambes repliées, on bouge, on évolue, on progresse et surtout on ne médite jamais. Jésus s’assoit quand il enseigne ; la doctrine de l’Éternel ne se découvre pas à la va-vite.
2 … et recueillent les beaux-et-bons-kalos dans des paniers…L’intraduisible kalos rappelle que, dans un monde normal, la beauté exprime la vertu et la laideur le vice. Quand, en fin de cycle, le mensonge domine, le vice se pare souvent d’une apparence de beauté et la vertu paraît ridicule. Mais les pêcheurs-anges ne perçoivent pas les poissons comme eux-mêmes se perçoivent ; la vue des pêcheurs est aérienne, non aquatique, spirituelle, non psychique.
3 Quand on se déplace, on met la nourriture dans des paniers ; ces derniers sont en quelque sorte pour les poissons-hommes un ascenseur vers le royaume des cieux.
4 … quant aux pourris-sapros, ils les jettent dehors-exô… En lecture littérale de la parabole, ce dehors est incompressible. Le milieu normal des poissons est l’eau ; une fois le filet tiré, ils sont déjà en dehors de l’eau. On ne peut pas comprendre que les pêcheurs les jettent en dehors des paniers, car les poissons sont dans le filet. Quant à les saisir en dehors du filet, c’est aussi vrai pour les bons. Ce exô, non défini, que l’on retrouve dans exo-térique signifie ‘dans la dualité’, en dehors de l’unité avec le divin. En traduction hindoue, cela donne ‘dans le samsara’, dans ‘la ronde des naissances et des morts’. Les êtres dénués de foi en ce dharma (le Soi divin) retournent à la voie de la transmigration et de la mort sans m’atteindre (BG 09/03).
L’éradication théologique de la cyclologie et le temps moderne
1 …Ainsi en sera-t-il à l’achèvement de l’ère-aiôn…La notion cylique d’aiôn, ou aiônios au pluriel, est si fréquente dans le grec évangélique. Il a fallu une véritable volonté d’occultation de la Révélation, pour partir de l’Évangile et arriver à une théologie a-cyclique et même progressiste, à la fois à contre Écriture, et à contre-expérience, car tout est mortel dans notre monde. Jésus évoque clairement le début du monde (dès l’origine de la création Il les fit homme et femme : Mc 10/06 = P 214) et aussi la fin du monde (Dis-nous quel sera le signe de ton avènement et de la fin du monde : Mt 24/03 = P 246), mais il n’a jamais dit qu’il n’y avait qu’un monde. Au contraire, il évoque très fréquemment la notion cyclique d’aiôn. Les traductions bibliques sont remplies de ‘vie éternelle’, catastrophique expression pour rendre zôê aiônios (Jn 17/02), qui signifie littéralement ‘la vie pour les ères’. Cela correspond très bien à la notion hindoue de yuga (à ne pas confondre avec yoga), cycle cosmique (Les hommes savent, bien entendu, ce qu’est un jour et ce qu’est une nuit, mais qui sait qu’un jour de Brahma dure un millier de yuga (âges) et de même une nuit de Brahma ? : BG 08/17).
2 En tout temps et en tout lieux, les civilisations et les religions ont su qu’elles étaient mortelles. Elles concevaient le divin comme produisant des mondes cycliquement et indéfiniment (Cette même multiplicité d’êtres naît encore et encore et se dissout dans le non-manifesté inéluctablement, quand vient la nuit cosmique et surgit de nouveau au lever du jour cosmique : BG 08/19). Or le Christianisme, comme son nom l’indique, n’est pas centré sur Dieu, mais sur le Christ en tant qu’homme-Dieu. Sa conception du temps, comme le révèle sa façon de compter les années, part de la naissance de Jésus et compte jusqu’à son retour attendu à la fin du monde (le second avènement). Comme Jésus passera de l’abomination de la croix à la gloire de son retour (verra le Fils de l’homme venant sur les nuées du ciel avec puissance et grande gloire : P 247 = Mt 24/30) le temps chrétien devient une ligne droite ascendante. Le monde moderne retiendra ce schéma, sous le nom de Progrès, en plaçant la technologie et la supposée évolution sociétale à la place du Christ. C’est ainsi que la modernité, issue du Christianisme, est la seule civilisation prétendant vivre dans un temps non cyclique, linéaire et progressiste.
Une religion extériorisante
1 … les anges viendront vers l’extérieur-exerkhesthai…Comme pour les poissons jetés dehors, la question se pose pour les anges de savoir ‘L’extérieur de quoi ? ». Anges, correspond au grec angelos, qui signifie messagers. Cela désigne des êtres, non imaginables en forme humaine puisque non humains, émanés de Dieu et intervenant dans sa création. Or, selon la conception judéo-chrétienne, le monde est hors de Dieu (creatio ex nihilo) ; intervenant dans la création, ces êtres se trouvent donc à l’extérieur… de Dieu. Ce passage nous semble confus sur le plan de la clarté littéraire, mais il était certainement clair pour la conception rigidement dualiste du public juif de Jésus.
2 Alors se pose la question : « Jésus était-il dualiste, ou faisait-il semblant de l’être dans son langage exotérique ? » L’Évangile de Jean (Jn 17) ne laisse aucun doute sur le fait que Jésus transmettait une conception non-dualiste du monde telle qu’on la trouve dans la Bhagavad Gita (sans parler des évangiles gnostiques apocryphes).
3 Autres questions alors : « Matthieu, et les autres évangélistes synoptiques (Mc et Lc) avaient-il accès à cet enseignement métaphysique présent dans Jean ? » Il est difficile d’y répondre à 2000 ans de distance, mais leurs écrits invitent souvent à une réponse négative.
Quand le cœur est pourri, le temps est venu
… Les anges… mettront à part les mauvais, du milieu des justes…Le symbolisme du milieu est fréquent dans la bouche de Jésus (le précipitant au milieu, le démon sort de lui sans lui faire aucun mal : Lc 04/35 = P 042) (entendant cela, ils s’en vont un à un, à commencer par les plus vieux ; et il est laissé seul, avec la femme toujours là au milieu : Jn 08/09 = P 144). Le jugement final, symbolisé par la parabole du filet, se produit au moment où les mauvais, sont au milieu des justes. Ce signe des temps se retrouve dans la Gita : Chaque fois qu’il y a un déclin de la justice et que le désordre prévaut, j’interviens (BG 04/07),
L’enfer igné ou liquide
1 … et les anges les jetteront dans la fournaise de feu ; là seront les pleurs et les grincements de dents…L’enfer biblique est symbolisé par la précipitation dans un cratère volcanique, ce qui n’a rien d’étonnant quand on vit si près des volcans de Sicile. D’autant que certains rituels barbares ont semble-t-il pratiqué cela pour apaiser les dieux. On note cependant une contradiction : jetés dans une fournaise de feu, les humains n’ont sans doute guère le temps de pleurer ou de grincer des dents. Il convient d’adoucir un peu l’horreur du symbole. Curieusement, l’équivalent oriental de la fournaise de feu est l’océan. Certes, il y a des lieux, comme Bali ou le Vésuve où une éruption volcanique peut se prolonger dans la mer, et d’autres, comme au milieu de l’Atlantique ou du Pacifique, où elle peut se produire directement dans la mer. Le symbolisme évangélique met l’accent sur la souffrance des damnés et l’Orient sur leur dissolution dans l’égarement psychique (l’océan de l’existence matérielle : BG 02/63). Mais aussi les Juifs et les Chrétiens conçoivent l’enfer hors du monde humain (la fournaise de feu), alors que les Orientaux savent que la vie mortelle est un enfer.
2 Dans la version que donne Thomas, l’homme rejette les petits poissons dans la mer. Cela fait preuve d’un meilleur réalisme de la part d’un pêcheur, qui n’a pas intérêt à détruire les alevins s’il veut manger plus tard… et l’on retrouve alors le symbole oriental, ce qui n’est pas dû au hasard.
La compréhension douteuse des apôtres
… Avez-vous compris-suniênai tout cela ? » Ils lui disent : « Oui. »…Si Jésus a posé la question, c’est qu’il y a quelque chose de peu évident à comprendre. Doit-on croire la réponse affirmative des disciples ? Quand on voit Jésus dire à Pierre : Passe derrière moi, Satan ! car tes pensées ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes ! » (Mc 08/33 = P 122) ou à Philippe, et cela au dernier jour de sa vie : Voilà si longtemps que je suis avec vous, et tu ne me connais pas, Philippe ? (Jn 14/09 = P 263), on peut se poser la question. L’exotérisme a la prétention de comprendre ce qui peut l’être, le reste étant classé comme mystère et donc incompréhensible à l’humain. L’ésotérisme cultive une conception plus élevée des capacités de l’intellect humain éclairé par la Révélation. Dans un cas, le centre est la foi, dans l’autre, la connaissance ; ce qui est différent, bien que non exclusif.
Pratique :
Pratique I : Le poisson qui aspire au panier, donc au règne des cieux (soit les états d’existence supérieurs à l’humain), plutôt qu’au dehors, (soit au retour au monde humain et son ignorance si générale de Dieu), doit discriminer le psychique et le spirituel. Le psychique est changeant, toujours relatif à l’ego, borné à l’humain. Le spirituel est immuable, universel, supra individuel, et s’appuie sur la Révélation.
Pratique II : Jésus aborde ici le sujet des races, dans leur dimension spirituelle évidemment. Le disciple devra trouver le juste milieu entre le racisme au sens moderne, qui est mépris de l’autre a priori, et le prétendu antiracisme, qui est refus de distinguer la riche diversité du créé et même, à terme, refus du discernement des esprits.
Pratique III : Le disciple est conscient de la finitude de la vie, de l’incontournabilité du jugement terminal. Autrement dit, du karma (en tant que conséquence) qui accompagne tout acte (karma en tant qu’action). Seuls les actes qui ne sont pas décidés par l’ego et pour lui, mais qui résultent de la vocation spirituelle attribuée à chacun par sa nature échappent au jugement (BG 18/12). Celui-là a compris qu’est comestible, pour Dieu, l’homme qui vit pour Dieu.
La PARABOLE du FILET
La PARABOLE du FILET
La PARABOLE du FILET
« Le règne des cieux est encore semblable à un filet-sagênê jeté en mer, qui en rassemble de toutes races-genos. Quand il est rempli, ils le font monter-anabibazein sur le rivage, ils s’assoient, et recueillent les beaux-et-bons-kalos dans des paniers, quant aux pourris-sapros, ils les jettent dehors-exô. Ainsi en sera-t-il à l’achèvement de l’ère-aiôn : les anges viendront vers l’extérieur-exerkhesthai, ils mettront à part les mauvais, du milieu des justes et ils les jetteront dans la fournaise de feu ; là seront les pleurs et les grincements de dents. Avez-vous compris-suniênai tout cela ? » Ils lui disent : « Oui. »
(Mt 13/47-51 = P 095)
Théorie :
La distinction du psychisme et du spirituel
1 Le règne des cieux est encore semblable à un filet jeté en mer…Dans cette parabole les humains sont comparés à des poissons, dont certains sont comestibles (sauvés) et d’autres non comestibles (damnés). Les poissons qui seront mangés par les hommes symbolisent les humains qui seront ‘mangés’ par Dieu, c’est-à-dire réintégrés en Dieu.
2 Le grec Ichtus, poisson, était, en tant qu’acronyme, le symbole le plus utilisé par les premiers chrétiens pour se désigner eux-mêmes. En effet, en grec, ses lettres forment les initiales de ‘Jésus-Christ, Fils de Dieu, Sauveur’, un résumé du Credo avant la lettre. Le signe de la croix n’est venu que plus tard comme symbole chrétien.
3 Si la matière solide symbolise le corps (grec : soma), l’eau qui constitue la mer représente le psychisme (psuchè), et le souffle du vent (pneuma) l’Esprit. Extraire les poissons de la mer pour les maintenir à l’air libre revient à opérer un passage du psychique au spirituel. En jargon contemporain, on pourrait dire ‘de la psychanalyse à la religion révélée’. Dans la Bhagavad Gita l’océan (qui remplace la mer, à cause de la géographie de l’Inde différente de celle de la Palestine) désigne le samsara, la ronde des naissances et des morts : l’illusion fait que l’homme choit à nouveau dans l’océan de l’existence matérielle (BG 02/63). Si bien que cette parabole, lue par un Hindou… ou un ‘spirituel orienté’, traite de la libération du samsara.
4 Cela ne saurait se produire sans une force extérieure, les pêcheurs-anges, qui symbolisent précisément la Révélation et sa puissance d’élévation. Un des thèmes majeurs de cette parabole est donc la nécessaire distinction du psychique et du spirituel. Or il se trouve que la mentalité religieuse confond souvent les deux, comme l’atteste le fait que les croyants confondent les mots ‘religieux’ et ‘spirituel’. À proprement penser, le ‘religieux’ relie deux choses par nature séparées ; alors que le spirituel, au sens de pneuma, est la trace unitive de Dieu dans l’homme.
5 Lorsque Jésus déclare Le règne des cieux est encore semblable à un filet, la chose n’est pas à prendre à la lettre, car un filet sert à capturer tandis que le royaume des cieux est un espace (ou un état) de liberté. Le filet est l’outil qui libère de la prison du psychisme (de la mer), encore faut-il sortir du filet pour accéder au règne des cieux. Aussi, on ne s’étonnera pas de rencontrer le même symbole du filet employé en sens inverse dans la Bhagavad Gita : Confondus par des angoisses multiples, pris dans les filets de l’illusion et asservis par la dépendance de leurs désirs, ils tombent dans un enfer sordide (BG 16/16).
6 L’Évangile gnostique de Thomas évoque cette parabole, avec quelques variantes : L’homme est semblable à un pêcheur plein de sagesse, qui jette son filet dans la mer. Ici l’homme remplace le royaume des cieux de Matthieu. Or l’Évangile de Myriam, gnostique lui aussi, déclare : C’est à l’intérieur de vous qu’est le fils de l’humain (Ma p8/15-22), dans le passage parallèle à Luc qui dit : le royaume de Dieu est en vous (Lc 17/21 = P 206). Éxotériquement, le royaume des cieux est présenté comme un lieu, ésotériquement, comme un état de conscience intérieur à l’humain. Dans Luc, le filet semble agir tout seul, on ne sait pas qui le manie (le Christ du second avènement probablement) ; dans Thomas, le disciple opère, avec la grâce de Dieu, un travail spirituel sur lui-même.
Le ‘racisme spirituel’
1 …un filet…qui en rassemble de toutes races-genos. De même que les hommes pêchent les poissons au filet, le filet divin pêche les humains. On retrouve dans la Gita le thème du filet, mais uniquement au sens négatif : Celui qui…perçoit le Soi en lui comme étant le Soi en tous les êtres, celui-là, bien qu’il agisse, ne tombe pas dans les filets du karma (BG 05/07).
2 Au sens littéral, il existe diverses races de poissons. Les Hébreux ne classifiaient pas les animaux comme nos zoologistes. Dans les produits de la mer, il y avait les comestibles, soit ceux nantis d’écailles et de nageoires (Lv 11/10-11) et les non-comestibles, soit tous les autres. Les ‘fruits de mer’ n’étaient pas au menu.
3 Au sens humain il existe aussi des races, bien que la modernité se plaît à le nier au nom de son obsession égalitaire. Au sens spirituel, Jésus distingue des races : Les pharisiens sortent, et commencent à chercher (des noises) avec lui ; ils cherchent de lui un signe du ciel, pour l’éprouver. Jésus soupire en son esprit, et dit : « Pourquoi cette race-genea cherche-t-elle un signe ? (Mc 08/11 = P 118). Du point de vue de Jésus, il y a clairement des races spirituelles. Ce sont d’ailleurs ces dernières qui génèrent les races physiques, car les croyances et les pratiques d’une Loi religieuse particulière façonnent les psychismes et les corps au fil des siècles. La Thora fait l’Hébreu, l’Évangile le Chrétien. L’homme est fait de sa foi. Ce qu’est l’objet de sa foi, il le devient aussi (BG 17/03).
4 Les idéologies antiracistes -qui tiennent aujourd’hui le haut du pavé en Occident- se couvrent du voile de la bienveillance envers tous (ce qui est un principe spirituel : BG 09/29 et 14/25), mais détruisent insidieusement le ‘discernement des esprits’, point fondamental de la spiritualité, que la Gita cultive sous le nom de discrimination (BG 15/11). Le français contemporain, en faisant du mot ‘racisme’ un mot péjoratif fausse les choses. A proprement parler, le racisme est le fait de distinguer des différences entre les races, l’appréciation pouvant être élogieuse ou critique selon les cas. Si bien que l’homme médiatisé d’aujourd’hui a le choix entre l’anti-racisme qui nie ‘le discernement des esprits’ et le racisme, qui déteste les uns ou les autres en fonction de leur couleur de peau ; soit entre deux idioties.
5 … qui en rassemble de toutes races-genos. Dans la mer, les poissons ne sont pas à ce point rassemblés, entassés. Inversant les proportions anciennes, la modernité compte 80% d’urbains, de plus en plus indistinctement mélangés, ce qui rend difficile l’art de vivre propre à chaque culture. Les frictions se multiplient et le racisme, au sens stupidement moderne, en découle. Jeanne d’Arc, à qui on reprochait de faire la mystique tout en luttant contre les Anglais, répondait : ‘J’aime les Anglais… chez eux’. Tout comme on ne mélange pas la mayonnaise et la crème au chocolat, les deux présentant pourtant des vertus gastronomiques, il convient de laisser à chaque race culturelle et spirituelle un espace d’expansion spécifique, ce qui n’empêche aucunement d’apprécier l’un après l’autre.
6 Dans la version gnostique que Thomas donne de cette parabole, il n’y a pas des poissons mauvais ou bons, mais petits ou grands. On ne se situe pas dans le dualisme moral, et le texte laisse presque entendre que les petits sont susceptibles de devenir des grands.
La vérité foudroyante du jugement
1 Quand il est rempli (le filet), ils le font monter sur le rivage…Le propos de Matthieu ne brille pas par sa clarté : il désigne le filet et ils les pêcheurs. Monter sur le rivage illustre le fait évident que le rivage est plus haut que le niveau de la mer. Pourtant, entendue symboliquement, la chose est curieuse. Le rivage = la terre = le corps est hiérarchiquement inférieur à l’eau = le psychisme, dans les trois constituants, ‘corps, âme, esprit’, de la nature humaine. Les possibilités psychiques sont immensément plus grandes que les matérielles ; l’homme peut imaginer et rêver des milliards de choses en mode subtil qu’il ne pourra jamais réaliser objectivement. Donc, en lecture symbolique, faire passer les poissons de l’eau à la terre, représente plutôt une descente qu’une montée. Cependant, le passage du psychique au matériel, du rêve imaginaire à l’action objective, est bien un progrès, car on s’illusionne moins sur les faits que sur les imaginations. On a ‘les pieds sur terre’ comme dit le bon sens populaire.
2 Quand le filet est rempli, ils le font monter sur le rivage… signifie alors qu’à la fin des temps (ou à la mort d’un homme, qui correspond pour lui à la fin des temps) l’évidence de la vérité s’abat inévitablement sur l’humain, le confrontant brutalement à l’immensité de ses mauvais choix, de ses illusions. Il voit se briser ses idoles.
3 Quand il est rempli présente aussi un sens symbolique, illustrant un moment décisif, et déclencheur d’une rupture de l’histoire, quelque chose comme ‘l’accomplissement des temps’. Dans un filet rempli, et que les pêcheurs commencent à tracter, les poissons sont à touche-touche. Dans la vie ordinaire, ils peuvent garder leurs distances et s’ignorer. Dans le monde moderne, où le commerce mondialisé permet à un homme d’en exploiter un autre aux antipodes, la bonne conscience peut dormir tranquille. Tous serrés dans le filet, ils ne peuvent plus fuir leur prochain. Donc monter sur le rivage et quand le filet est rempli participent du jugement final qui foudroie les mensonges de la conscience égotique.
Enfermés dans l’extériorité de Dieu
1 … ils s’assoient…Prenez un homme moderne de sexe masculin, asseyez-le au sol, le plus souvent il est très malheureux, car sa raideur de hanches et de genoux l’empêche de se bien tenir. C’est qu’à notre époque on ne s’assoit plus jambes repliées, on bouge, on évolue, on progresse et surtout on ne médite jamais. Jésus s’assoit quand il enseigne ; la doctrine de l’Éternel ne se découvre pas à la va-vite.
2 … et recueillent les beaux-et-bons-kalos dans des paniers…L’intraduisible kalos rappelle que, dans un monde normal, la beauté exprime la vertu et la laideur le vice. Quand, en fin de cycle, le mensonge domine, le vice se pare souvent d’une apparence de beauté et la vertu paraît ridicule. Mais les pêcheurs-anges ne perçoivent pas les poissons comme eux-mêmes se perçoivent ; la vue des pêcheurs est aérienne, non aquatique, spirituelle, non psychique.
3 Quand on se déplace, on met la nourriture dans des paniers ; ces derniers sont en quelque sorte pour les poissons-hommes un ascenseur vers le royaume des cieux.
4 … quant aux pourris-sapros, ils les jettent dehors-exô… En lecture littérale de la parabole, ce dehors est incompressible. Le milieu normal des poissons est l’eau ; une fois le filet tiré, ils sont déjà en dehors de l’eau. On ne peut pas comprendre que les pêcheurs les jettent en dehors des paniers, car les poissons sont dans le filet. Quant à les saisir en dehors du filet, c’est aussi vrai pour les bons. Ce exô, non défini, que l’on retrouve dans exo-térique signifie ‘dans la dualité’, en dehors de l’unité avec le divin. En traduction hindoue, cela donne ‘dans le samsara’, dans ‘la ronde des naissances et des morts’. Les êtres dénués de foi en ce dharma (le Soi divin) retournent à la voie de la transmigration et de la mort sans m’atteindre (BG 09/03).
L’éradication théologique de la cyclologie et le temps moderne
1 …Ainsi en sera-t-il à l’achèvement de l’ère-aiôn…La notion cylique d’aiôn, ou aiônios au pluriel, est si fréquente dans le grec évangélique. Il a fallu une véritable volonté d’occultation de la Révélation, pour partir de l’Évangile et arriver à une théologie a-cyclique et même progressiste, à la fois à contre Écriture, et à contre-expérience, car tout est mortel dans notre monde. Jésus évoque clairement le début du monde (dès l’origine de la création Il les fit homme et femme : Mc 10/06 = P 214) et aussi la fin du monde (Dis-nous quel sera le signe de ton avènement et de la fin du monde : Mt 24/03 = P 246), mais il n’a jamais dit qu’il n’y avait qu’un monde. Au contraire, il évoque très fréquemment la notion cyclique d’aiôn. Les traductions bibliques sont remplies de ‘vie éternelle’, catastrophique expression pour rendre zôê aiônios (Jn 17/02), qui signifie littéralement ‘la vie pour les ères’. Cela correspond très bien à la notion hindoue de yuga (à ne pas confondre avec yoga), cycle cosmique (Les hommes savent, bien entendu, ce qu’est un jour et ce qu’est une nuit, mais qui sait qu’un jour de Brahma dure un millier de yuga (âges) et de même une nuit de Brahma ? : BG 08/17).
2 En tout temps et en tout lieux, les civilisations et les religions ont su qu’elles étaient mortelles. Elles concevaient le divin comme produisant des mondes cycliquement et indéfiniment (Cette même multiplicité d’êtres naît encore et encore et se dissout dans le non-manifesté inéluctablement, quand vient la nuit cosmique et surgit de nouveau au lever du jour cosmique : BG 08/19). Or le Christianisme, comme son nom l’indique, n’est pas centré sur Dieu, mais sur le Christ en tant qu’homme-Dieu. Sa conception du temps, comme le révèle sa façon de compter les années, part de la naissance de Jésus et compte jusqu’à son retour attendu à la fin du monde (le second avènement). Comme Jésus passera de l’abomination de la croix à la gloire de son retour (verra le Fils de l’homme venant sur les nuées du ciel avec puissance et grande gloire : P 247 = Mt 24/30) le temps chrétien devient une ligne droite ascendante. Le monde moderne retiendra ce schéma, sous le nom de Progrès, en plaçant la technologie et la supposée évolution sociétale à la place du Christ. C’est ainsi que la modernité, issue du Christianisme, est la seule civilisation prétendant vivre dans un temps non cyclique, linéaire et progressiste.
Une religion extériorisante
1 … les anges viendront vers l’extérieur-exerkhesthai…Comme pour les poissons jetés dehors, la question se pose pour les anges de savoir ‘L’extérieur de quoi ? ». Anges, correspond au grec angelos, qui signifie messagers. Cela désigne des êtres, non imaginables en forme humaine puisque non humains, émanés de Dieu et intervenant dans sa création. Or, selon la conception judéo-chrétienne, le monde est hors de Dieu (creatio ex nihilo) ; intervenant dans la création, ces êtres se trouvent donc à l’extérieur… de Dieu. Ce passage nous semble confus sur le plan de la clarté littéraire, mais il était certainement clair pour la conception rigidement dualiste du public juif de Jésus.
2 Alors se pose la question : « Jésus était-il dualiste, ou faisait-il semblant de l’être dans son langage exotérique ? » L’Évangile de Jean (Jn 17) ne laisse aucun doute sur le fait que Jésus transmettait une conception non-dualiste du monde telle qu’on la trouve dans la Bhagavad Gita (sans parler des évangiles gnostiques apocryphes).
3 Autres questions alors : « Matthieu, et les autres évangélistes synoptiques (Mc et Lc) avaient-il accès à cet enseignement métaphysique présent dans Jean ? » Il est difficile d’y répondre à 2000 ans de distance, mais leurs écrits invitent souvent à une réponse négative.
Quand le cœur est pourri, le temps est venu
… Les anges… mettront à part les mauvais, du milieu des justes…Le symbolisme du milieu est fréquent dans la bouche de Jésus (le précipitant au milieu, le démon sort de lui sans lui faire aucun mal : Lc 04/35 = P 042) (entendant cela, ils s’en vont un à un, à commencer par les plus vieux ; et il est laissé seul, avec la femme toujours là au milieu : Jn 08/09 = P 144). Le jugement final, symbolisé par la parabole du filet, se produit au moment où les mauvais, sont au milieu des justes. Ce signe des temps se retrouve dans la Gita : Chaque fois qu’il y a un déclin de la justice et que le désordre prévaut, j’interviens (BG 04/07),
L’enfer igné ou liquide
1 … et les anges les jetteront dans la fournaise de feu ; là seront les pleurs et les grincements de dents…L’enfer biblique est symbolisé par la précipitation dans un cratère volcanique, ce qui n’a rien d’étonnant quand on vit si près des volcans de Sicile. D’autant que certains rituels barbares ont semble-t-il pratiqué cela pour apaiser les dieux. On note cependant une contradiction : jetés dans une fournaise de feu, les humains n’ont sans doute guère le temps de pleurer ou de grincer des dents. Il convient d’adoucir un peu l’horreur du symbole. Curieusement, l’équivalent oriental de la fournaise de feu est l’océan. Certes, il y a des lieux, comme Bali ou le Vésuve où une éruption volcanique peut se prolonger dans la mer, et d’autres, comme au milieu de l’Atlantique ou du Pacifique, où elle peut se produire directement dans la mer. Le symbolisme évangélique met l’accent sur la souffrance des damnés et l’Orient sur leur dissolution dans l’égarement psychique (l’océan de l’existence matérielle : BG 02/63). Mais aussi les Juifs et les Chrétiens conçoivent l’enfer hors du monde humain (la fournaise de feu), alors que les Orientaux savent que la vie mortelle est un enfer.
2 Dans la version que donne Thomas, l’homme rejette les petits poissons dans la mer. Cela fait preuve d’un meilleur réalisme de la part d’un pêcheur, qui n’a pas intérêt à détruire les alevins s’il veut manger plus tard… et l’on retrouve alors le symbole oriental, ce qui n’est pas dû au hasard.
La compréhension douteuse des apôtres
… Avez-vous compris-suniênai tout cela ? » Ils lui disent : « Oui. »…Si Jésus a posé la question, c’est qu’il y a quelque chose de peu évident à comprendre. Doit-on croire la réponse affirmative des disciples ? Quand on voit Jésus dire à Pierre : Passe derrière moi, Satan ! car tes pensées ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes ! » (Mc 08/33 = P 122) ou à Philippe, et cela au dernier jour de sa vie : Voilà si longtemps que je suis avec vous, et tu ne me connais pas, Philippe ? (Jn 14/09 = P 263), on peut se poser la question. L’exotérisme a la prétention de comprendre ce qui peut l’être, le reste étant classé comme mystère et donc incompréhensible à l’humain. L’ésotérisme cultive une conception plus élevée des capacités de l’intellect humain éclairé par la Révélation. Dans un cas, le centre est la foi, dans l’autre, la connaissance ; ce qui est différent, bien que non exclusif.
Pratique :
Pratique I : Le poisson qui aspire au panier, donc au règne des cieux (soit les états d’existence supérieurs à l’humain), plutôt qu’au dehors, (soit au retour au monde humain et son ignorance si générale de Dieu), doit discriminer le psychique et le spirituel. Le psychique est changeant, toujours relatif à l’ego, borné à l’humain. Le spirituel est immuable, universel, supra individuel, et s’appuie sur la Révélation.
Pratique II : Jésus aborde ici le sujet des races, dans leur dimension spirituelle évidemment. Le disciple devra trouver le juste milieu entre le racisme au sens moderne, qui est mépris de l’autre a priori, et le prétendu antiracisme, qui est refus de distinguer la riche diversité du créé et même, à terme, refus du discernement des esprits.
Pratique III : Le disciple est conscient de la finitude de la vie, de l’incontournabilité du jugement terminal. Autrement dit, du karma (en tant que conséquence) qui accompagne tout acte (karma en tant qu’action). Seuls les actes qui ne sont pas décidés par l’ego et pour lui, mais qui résultent de la vocation spirituelle attribuée à chacun par sa nature échappent au jugement (BG 18/12). Celui-là a compris qu’est comestible, pour Dieu, l’homme qui vit pour Dieu.
La PARABOLE du FILET