Les ŒUVRES SALISSANTES
Les œuvres ne me souillent pas.
En moi nul désir de leur fruit.
Celui qui me reconnaît tel n’est pas lié par son karma
(BG 04/14)
Théorie :
1 Les œuvres ne me souillent pas. Un lecteur occidental ne peut être qu’interloqué par cette affirmation. Pour lui, il y a les œuvres bonnes et les mauvaises. Les mauvaises souillent leur auteur, comme on dit d’un criminel qu’il a ‘du sang sur les mains’. Arjuna, alors qu’il refuse de faire la guerre, pourtant juste, que lui ordonne son maître Krishna, au prétexte que certains de ses maitres se trouvent dans l’armée adverse, déclare : Leur mort souillerait de sang notre victoire (BG 02/05). Cela est clair, par contre l’Occidental ne peut comprendre comment une œuvre bonne pourrait souiller un homme. Il n’a que bénéfice à en attendre, soit terrestre, par la reconnaissance humaine, soit céleste par le salut, et même souvent par les deux.
2 Le Christianisme, sauf rares exceptions comme dans l’enseignement de Maître Eckart (au XII° siècle), est une religion dualiste qui attribue à Dieu l’inspiration des bonnes actions et au diable celle des mauvaises. En spiritualité pure les choses sont différentes. Jamais l’Être Suprême ne peut être tenu pour responsable des actes, vertueux ou coupables, de quiconque. Le Seigneur ne prend ni la faute ni le mérite de quiconque. La Connaissance est enveloppée d’ignorance, et c’est pourquoi les êtres sont égarés (BG 05/15). Tout attachement à une œuvre terrestre attache à la terre et prédispose à replonger dans le cycle des réincarnations, que cette œuvre soit positive ou non. Là se situe le point qu’il faut comprendre. La chose est aussi sûre que d’affirmer que pour qu’un navire quitte le port, il faut larguer les amarres. Les apprentis spirituels sont toujours dans cette situation pathétique de ramer pour s’éloigner du rivage sans avoir détaché la barque de la bite d’amarrage qui la retient.
3 En moi nul désir de leur fruit. Le désir des fruits d’une œuvre attache son auteur à cette œuvre et au monde dans lequel elle se développe. Le non-désir, accompagné de l’exécution parfaite de l’œuvre à accomplir, est la clé de la libération spirituelle.
1 Une objection de poids surgit en milieu chrétien : « Comment se fait-il alors que la religion promette le salut et le ciel à ceux qui font de bonnes œuvres sans jamais leur demander de s’en détacher, mais seulement de se détacher des mauvaises œuvres ? »
2 La réponse est qu’en général l’exotérisme religieux ne distingue pas entre les trois formes de salut que propose Jésus. La plus élémentaire est destinée au ‘bon larron’, un criminel, exécuté avec Jésus et qui se repent in extremis. Il demande au Christ : « Jésus, souviens-toi de moi, lorsque tu viendras avec ton royaume. » (Lc 23/41-42 = P 295). Il envisage que Jésus vienne, avec son royaume, sur la terre, et non pas que lui quitte le monde terrestre pour accéder à des états supérieurs de l’Être. Cette perspective ne fait pas partie de ses connaissances. Jésus lui répond : En vérité, je te le dis, aujourd’hui tu seras avec moi dans le Paradis. Il s’agit du paradis terrestre, comme le confirme le fait que Jésus lui dise aujourd’hui. Le temps n’existe que dans le monde humain que nous connaissons ; il en est même une des grandes caractéristiques. Dans chaque état d’existence il y a un paradis, qui n’est autre que le centre de cet état. Le paradis terrestre tel que décrit dans la Genèse biblique (Gn 02) n’existe que sur la terre, au début d’un cycle d’humanité.
3 La deuxième sorte de salut consiste à quitter l’état humain d’existence, et donc le monde des réincarnations, pour les états supérieurs de l’Être. Dans la péricope de la ‘Femme aux sept maris’ Jésus déclare : Lorsqu’on ressuscite d’entre les morts, on ne prend ni femme ni mari… on se trouve donc dans un état supra sexuel, parce que supra humain, …mais on est comme des anges dans les cieux (Mc 12/25 = P 241), par conséquent dans un état supérieur de l’Être. Mais attention : La reconnaissance des fautes passées et la prière de demande suffirent au ‘bon larron’ pour obtenir le paradis terrestre. Il faut plus pour le royaume des cieux. C’est là qu’intervient le non-désir des fruits terrestres : Ne vous amassez point de trésors sur la terre, où la mite et le ver consument, où les voleurs percent et cambriolent. Et alors seulement : Mais amassez-vous des trésors dans le ciel : là, point de mite ni de ver qui consument, point de voleurs qui perforent et cambriolent (P 177 = Mt 06/19-20).
4 La troisième sorte de salut proposée par Jésus correspond à moksha, la fusion en Dieu. Jésus demande à Dieu, pour ses disciples : Moi en eux et toi en moi, afin qu’ils soient parfaits dans l’unité (Jn 17/23 = P 267). « Quelle différence y a-t-il entre le deuxième salut et le troisième ? » Dans le deuxième le désir des fruits existe toujours, mais il est transposé au ciel : amassez-vous des trésors dans le ciel. Alors que dans la perfection unitive, il n’y a plus d’individu pour souhaiter posséder un trésor dans le ciel, il n’y a plus que la tension fusionnelle vers Dieu, jusqu’à l’oubli total de soi. Si quelqu’un veut venir à ma suite, qu’il se renie lui-même, qu’il se charge de sa croix, et qu’il me suive (Mt 16/24 = P 123). Équivalent dans la Bhagavad Gita : Par ce culte, il me connaît en essence, ce que je suis et qui je suis ; et, me connaissant de la sorte, il entre en moi et ne se distingue plus (BG 18/55).
5 L’homme profane désire le mortel ; l’homme religieux le céleste ; l’homme spirituel ne désire que Dieu. Son unique désir est le désir de l’Unique. C’est au ‘Jeune homme riche’, qui malheureusement ne suivra pas son conseil, que Jésus propose cette voie de l’Unique : Pourquoi m’appelles-tu bon ? Nul n’est bon que Dieu l’Unique (Mc 10/18 = P 216).
Nulle connaissance sans amour
1 Celui qui me reconnaît tel n’est pas lié par son karma. Cette affirmation aussi, comme la première de ce sutra, est de nature à interloquer l’Occidental. « Suffit-il de connaître la qualité d’une personne pour posséder cette qualité soi-même ? » L’Évangile gnostique de Philippe envisage la question : La Vérité ne se réalise pas comme dans le monde, celui qui voit le soleil ne devient pas le soleil… Mais si tu connais le Souffle (pneuma) tu es le Souffle, si tu perçois le Christ tu deviens le Christ (Ph 44). Philippe explique plus loin la clé du mystère de cette transformation par une sorte de mimétisme : Les humains s’unissent aux humains, les chevaux aux chevaux, les ânes aux ânes, chaque espèce s’unit à son semblable, chaque clarté cherche sa lumière… deviens plus spirituel et l’Esprit, le Souffle saint s’unira à toi. Deviens plus intelligent et c’est le logos qui s’unira à toi… Toutes ces réalités (Logos, Esprit etc.) ne peuvent se reposer en toi si tu ne leur deviens semblable par amour (Ph 113).
2 L’admiration aimante d’une vertu en assure l’assimilation. Celui qui reconnaît la pureté de Krishna, résultant de son non-désir des choses mortelles, et qui aime Krishna comme un vrai disciple se doit d’aimer son maître (BG 04/34), celui-là connait au sens biblique du terme, c’est-à-dire possède et non seulement conçoit mentalement.
Pratique :
Pratique I : Un premier point consiste à comprendre les trois saluts proposés par Jésus et aussi bien Krishna : paradis terrestre, royaume des cieux, fusion en Dieu.
Pratique II : Un deuxième point, qui ne vient pas automatiquement dès que le premier est acquis, consiste à estimer avec justesse sa carrure spirituelle. En voici les critères de discernement.
Il est des hommes de bien dépourvus de religion et dont le destin post-mortem s’améliorera : Heureux les affamés et assoiffés de la justice, car ils seront rassasiés. Heureux les miséricordieux, car ils obtiendront miséricorde (Mt 05/06-07 = P 057). Ce n’est pas encore de la religion, mais c’est déjà de la bonne humanité. En termes de la Gita, cela leur assurera une meilleure incarnation.
Celui qui se sent une âme religieuse, qui se sent enfermé dans la matière mortelle, que la nature, dans toute sa splendeur, ne détourne pas d’une aspiration vers un au-delà, celui-là est taillé pour le ciel. Il comprend l’injonction de Jésus rapportée par l’Évangile gnostique de Thomas : Jésus disait : « Celui qui a trouvé le monde et s’est fait riche, qu’il renonce au monde » (Tho 110).
Celui qui sent toute altérité comme réductrice de perfection, qui, tout en aimant le dialogue, préfère le pur message du silence, qui sent à quel point l’amour d’un autre est toujours déçu et que l’Amour, avec un grand A, ne peut s’adresser qu’à l’Un ou à la contemplation de l’Un à travers l’éphéméréité de l’autre, celui-là est fait pour la fusion. Il voit le Soi résidant dans tous les êtres et tous les êtres dans le Soi. Il voit de toutes parts l’identité (BG 06/29).
Pratique III : Le paragraphe ‘Nulle connaissance sans amour’ a exposé la vraie fonction de l’amour. De ce point de vue, le Christianisme exotérique, surtout dans son aspect actuel, comporte un vrai danger spirituel. En idolâtrant l’amour, il en fait le but alors que l’amour n’est que le moyen. Dans le deuxième Testament, une lettre de Jean déclare ‘Dieu est amour’ (1 Jn 04/08), ce que l’Évangile ne dit pas. Par contre Jésus déclare à la Samaritaine Dieu est Esprit (Jn 04/24 = P 036). L’amour est la meilleure relation duelle entre l’aimant et l’aimé ; mais il faut être deux pour l’amour. La religion basée sur l’amour considère Dieu comme autre que l’humain (D’autres encore m’adorent par le sacrifice de la connaissance, me considérant comme l’Unique, ou comme différent, ou comme multiple : BG 09/15). Les religions abrahamiques considèrent Dieu comme différent, du fait de la conception de la creatio ex nihilo. Le terme de l’amour, c’est l’union ; et, dans l’union, la dualité disparaît. Alors nous ne sommes plus dans la dualité, mais dans l’unité (Évangile de Philippe 74).
Dans la voie terrestre il suffit d’aimer ce qui est bon. Dans la voie religieuse il suffit simplement d’aimer sans idolâtrer l’aimé. Dans la voie ésotérique et métaphysique, dont le but est la non-dualité, il convient d’aimer, assurément, mais sans idolâtrer l’amour.
Les ŒUVRES SALISSANTES
Les ŒUVRES SALISSANTES
Les ŒUVRES SALISSANTES
Les œuvres ne me souillent pas.
En moi nul désir de leur fruit.
Celui qui me reconnaît tel n’est pas lié par son karma
(BG 04/14)
Théorie :
Comment le bien pourrait-il souiller un homme ?
1 Les œuvres ne me souillent pas. Un lecteur occidental ne peut être qu’interloqué par cette affirmation. Pour lui, il y a les œuvres bonnes et les mauvaises. Les mauvaises souillent leur auteur, comme on dit d’un criminel qu’il a ‘du sang sur les mains’. Arjuna, alors qu’il refuse de faire la guerre, pourtant juste, que lui ordonne son maître Krishna, au prétexte que certains de ses maitres se trouvent dans l’armée adverse, déclare : Leur mort souillerait de sang notre victoire (BG 02/05). Cela est clair, par contre l’Occidental ne peut comprendre comment une œuvre bonne pourrait souiller un homme. Il n’a que bénéfice à en attendre, soit terrestre, par la reconnaissance humaine, soit céleste par le salut, et même souvent par les deux.
2 Le Christianisme, sauf rares exceptions comme dans l’enseignement de Maître Eckart (au XII° siècle), est une religion dualiste qui attribue à Dieu l’inspiration des bonnes actions et au diable celle des mauvaises. En spiritualité pure les choses sont différentes. Jamais l’Être Suprême ne peut être tenu pour responsable des actes, vertueux ou coupables, de quiconque. Le Seigneur ne prend ni la faute ni le mérite de quiconque. La Connaissance est enveloppée d’ignorance, et c’est pourquoi les êtres sont égarés (BG 05/15). Tout attachement à une œuvre terrestre attache à la terre et prédispose à replonger dans le cycle des réincarnations, que cette œuvre soit positive ou non. Là se situe le point qu’il faut comprendre. La chose est aussi sûre que d’affirmer que pour qu’un navire quitte le port, il faut larguer les amarres. Les apprentis spirituels sont toujours dans cette situation pathétique de ramer pour s’éloigner du rivage sans avoir détaché la barque de la bite d’amarrage qui la retient.
3 En moi nul désir de leur fruit. Le désir des fruits d’une œuvre attache son auteur à cette œuvre et au monde dans lequel elle se développe. Le non-désir, accompagné de l’exécution parfaite de l’œuvre à accomplir, est la clé de la libération spirituelle.
Les trois formes de salut selon le Christianisme évangélique
1 Une objection de poids surgit en milieu chrétien : « Comment se fait-il alors que la religion promette le salut et le ciel à ceux qui font de bonnes œuvres sans jamais leur demander de s’en détacher, mais seulement de se détacher des mauvaises œuvres ? »
2 La réponse est qu’en général l’exotérisme religieux ne distingue pas entre les trois formes de salut que propose Jésus. La plus élémentaire est destinée au ‘bon larron’, un criminel, exécuté avec Jésus et qui se repent in extremis. Il demande au Christ : « Jésus, souviens-toi de moi, lorsque tu viendras avec ton royaume. » (Lc 23/41-42 = P 295). Il envisage que Jésus vienne, avec son royaume, sur la terre, et non pas que lui quitte le monde terrestre pour accéder à des états supérieurs de l’Être. Cette perspective ne fait pas partie de ses connaissances. Jésus lui répond : En vérité, je te le dis, aujourd’hui tu seras avec moi dans le Paradis. Il s’agit du paradis terrestre, comme le confirme le fait que Jésus lui dise aujourd’hui. Le temps n’existe que dans le monde humain que nous connaissons ; il en est même une des grandes caractéristiques. Dans chaque état d’existence il y a un paradis, qui n’est autre que le centre de cet état. Le paradis terrestre tel que décrit dans la Genèse biblique (Gn 02) n’existe que sur la terre, au début d’un cycle d’humanité.
3 La deuxième sorte de salut consiste à quitter l’état humain d’existence, et donc le monde des réincarnations, pour les états supérieurs de l’Être. Dans la péricope de la ‘Femme aux sept maris’ Jésus déclare : Lorsqu’on ressuscite d’entre les morts, on ne prend ni femme ni mari… on se trouve donc dans un état supra sexuel, parce que supra humain, …mais on est comme des anges dans les cieux (Mc 12/25 = P 241), par conséquent dans un état supérieur de l’Être. Mais attention : La reconnaissance des fautes passées et la prière de demande suffirent au ‘bon larron’ pour obtenir le paradis terrestre. Il faut plus pour le royaume des cieux. C’est là qu’intervient le non-désir des fruits terrestres : Ne vous amassez point de trésors sur la terre, où la mite et le ver consument, où les voleurs percent et cambriolent. Et alors seulement : Mais amassez-vous des trésors dans le ciel : là, point de mite ni de ver qui consument, point de voleurs qui perforent et cambriolent (P 177 = Mt 06/19-20).
4 La troisième sorte de salut proposée par Jésus correspond à moksha, la fusion en Dieu. Jésus demande à Dieu, pour ses disciples : Moi en eux et toi en moi, afin qu’ils soient parfaits dans l’unité (Jn 17/23 = P 267). « Quelle différence y a-t-il entre le deuxième salut et le troisième ? » Dans le deuxième le désir des fruits existe toujours, mais il est transposé au ciel : amassez-vous des trésors dans le ciel. Alors que dans la perfection unitive, il n’y a plus d’individu pour souhaiter posséder un trésor dans le ciel, il n’y a plus que la tension fusionnelle vers Dieu, jusqu’à l’oubli total de soi. Si quelqu’un veut venir à ma suite, qu’il se renie lui-même, qu’il se charge de sa croix, et qu’il me suive (Mt 16/24 = P 123). Équivalent dans la Bhagavad Gita : Par ce culte, il me connaît en essence, ce que je suis et qui je suis ; et, me connaissant de la sorte, il entre en moi et ne se distingue plus (BG 18/55).
5 L’homme profane désire le mortel ; l’homme religieux le céleste ; l’homme spirituel ne désire que Dieu. Son unique désir est le désir de l’Unique. C’est au ‘Jeune homme riche’, qui malheureusement ne suivra pas son conseil, que Jésus propose cette voie de l’Unique : Pourquoi m’appelles-tu bon ? Nul n’est bon que Dieu l’Unique (Mc 10/18 = P 216).
Nulle connaissance sans amour
1 Celui qui me reconnaît tel n’est pas lié par son karma. Cette affirmation aussi, comme la première de ce sutra, est de nature à interloquer l’Occidental. « Suffit-il de connaître la qualité d’une personne pour posséder cette qualité soi-même ? » L’Évangile gnostique de Philippe envisage la question : La Vérité ne se réalise pas comme dans le monde, celui qui voit le soleil ne devient pas le soleil… Mais si tu connais le Souffle (pneuma) tu es le Souffle, si tu perçois le Christ tu deviens le Christ (Ph 44). Philippe explique plus loin la clé du mystère de cette transformation par une sorte de mimétisme : Les humains s’unissent aux humains, les chevaux aux chevaux, les ânes aux ânes, chaque espèce s’unit à son semblable, chaque clarté cherche sa lumière… deviens plus spirituel et l’Esprit, le Souffle saint s’unira à toi. Deviens plus intelligent et c’est le logos qui s’unira à toi… Toutes ces réalités (Logos, Esprit etc.) ne peuvent se reposer en toi si tu ne leur deviens semblable par amour (Ph 113).
2 L’admiration aimante d’une vertu en assure l’assimilation. Celui qui reconnaît la pureté de Krishna, résultant de son non-désir des choses mortelles, et qui aime Krishna comme un vrai disciple se doit d’aimer son maître (BG 04/34), celui-là connait au sens biblique du terme, c’est-à-dire possède et non seulement conçoit mentalement.
Pratique :
Pratique I : Un premier point consiste à comprendre les trois saluts proposés par Jésus et aussi bien Krishna : paradis terrestre, royaume des cieux, fusion en Dieu.
Pratique II : Un deuxième point, qui ne vient pas automatiquement dès que le premier est acquis, consiste à estimer avec justesse sa carrure spirituelle. En voici les critères de discernement.
Il est des hommes de bien dépourvus de religion et dont le destin post-mortem s’améliorera : Heureux les affamés et assoiffés de la justice, car ils seront rassasiés. Heureux les miséricordieux, car ils obtiendront miséricorde (Mt 05/06-07 = P 057). Ce n’est pas encore de la religion, mais c’est déjà de la bonne humanité. En termes de la Gita, cela leur assurera une meilleure incarnation.
Celui qui se sent une âme religieuse, qui se sent enfermé dans la matière mortelle, que la nature, dans toute sa splendeur, ne détourne pas d’une aspiration vers un au-delà, celui-là est taillé pour le ciel. Il comprend l’injonction de Jésus rapportée par l’Évangile gnostique de Thomas : Jésus disait : « Celui qui a trouvé le monde et s’est fait riche, qu’il renonce au monde » (Tho 110).
Celui qui sent toute altérité comme réductrice de perfection, qui, tout en aimant le dialogue, préfère le pur message du silence, qui sent à quel point l’amour d’un autre est toujours déçu et que l’Amour, avec un grand A, ne peut s’adresser qu’à l’Un ou à la contemplation de l’Un à travers l’éphéméréité de l’autre, celui-là est fait pour la fusion. Il voit le Soi résidant dans tous les êtres et tous les êtres dans le Soi. Il voit de toutes parts l’identité (BG 06/29).
Pratique III : Le paragraphe ‘Nulle connaissance sans amour’ a exposé la vraie fonction de l’amour. De ce point de vue, le Christianisme exotérique, surtout dans son aspect actuel, comporte un vrai danger spirituel. En idolâtrant l’amour, il en fait le but alors que l’amour n’est que le moyen. Dans le deuxième Testament, une lettre de Jean déclare ‘Dieu est amour’ (1 Jn 04/08), ce que l’Évangile ne dit pas. Par contre Jésus déclare à la Samaritaine Dieu est Esprit (Jn 04/24 = P 036). L’amour est la meilleure relation duelle entre l’aimant et l’aimé ; mais il faut être deux pour l’amour. La religion basée sur l’amour considère Dieu comme autre que l’humain (D’autres encore m’adorent par le sacrifice de la connaissance, me considérant comme l’Unique, ou comme différent, ou comme multiple : BG 09/15). Les religions abrahamiques considèrent Dieu comme différent, du fait de la conception de la creatio ex nihilo. Le terme de l’amour, c’est l’union ; et, dans l’union, la dualité disparaît. Alors nous ne sommes plus dans la dualité, mais dans l’unité (Évangile de Philippe 74).
Dans la voie terrestre il suffit d’aimer ce qui est bon. Dans la voie religieuse il suffit simplement d’aimer sans idolâtrer l’aimé. Dans la voie ésotérique et métaphysique, dont le but est la non-dualité, il convient d’aimer, assurément, mais sans idolâtrer l’amour.
Les ŒUVRES SALISSANTES