S’INSCRIRE dans la LIGNÉE des SAGES
Sachant donc que d’antiques sages, désireux de la délivrance,
ont accompli leur œuvre,
toi aussi accomplis l’œuvre que ces sages ont accomplie autrefois
(BG 04/15)
Théorie :
La sagesse à la mode antique
1 Sachant donc que d’antiques sages, désireux de la délivrance… « Pourquoi Krishna fait-il référence aux sages antiques et non simplement à la sagesse ? » Parce qu’il semble que la notion de sagesse évolue avec le temps. Au Moyen-âge, même si tout le monde ne s’occupait pas à cela, on ne choquait personne en disant : ‘Le but de la vie est de faire son salut’. Aujourd’hui, la notion de salut est obsolète dans le meilleur des cas, inconnue le plus souvent ; la sagesse n’est plus qu’une affaire d’harmonieux comportement dans la vie terrestre. Quant à la délivrance, au sens de la Gita, elle n’est connue que des Occidentaux engagés dans la spiritualité orientale (c’est-à-dire non-dualiste). Pour le vrai sage antique, la sagesse ne se limitait pas à une affaire humaine, ni même religieuse (le salut), elle consistait à sortir du samsara, pour accéder à l’état inconditionné (la libération-moksha).
La ‘musique classique’ de Krishna
1 antiques sages… autrefois…La voie indiquée par Krishna serait-elle ‘vieux jeu’, passéiste, démodée ? Les Chrétiens se plaisent à se prétendre progressistes, en évoquant le ‘Nouveau Testament’, ou la ‘Bonne Nouvelle’. En réalité, l’expression évangélique grecque signifie ‘bonne annonce’, sans prétendre à une nouveauté quelconque. Jésus n’est pas venu ‘faire du nouveau’, ce qui l’aurait enfermé dans le temps mortel, mais il est venu restaurer l’Éternel dans la conscience humaine, ce qui est libérateur. Rien n’est nouveau sous le soleil dit l’Ecclésiaste (01/09).
2 Krishna insiste précisément sur le fait que la vie profane décentre de l’immuable, par l’attrait du nouveau. Les hommes tamasiques (inférieurs) sont décrits comme …la proie de l’illusion, fascinés par l’éphémère… (BG 16/10). C’est d’ailleurs le sens du mot ‘classique’. La ‘musique classique’ n’est pas la musique ancienne ; c’est celle qui ne dépend pas de l’époque où elle fut écrite, ni de l’époque où elle est jouée. Elle évoque le supra temporel dans le langage temporel des rythmes et des mélodies.
Le mystère du fils de l’humain et du fils de Dieu
1 Krishna invite son disciple Arjuna à s’inscrire dans une lignée de sages antiques. Il est remarquable que l’Évangile de Thomas évoque aussi ce point. Les fils de l’humain céleste sont plus nombreux que ceux de l’humain terrestre. Si les fils d’Adam sont nombreux, ils sont mortels. Les fils de l’humain accomplis, eux, ne meurent jamais… (Ph 28). En théologie chrétienne classique l’expression fils de l’humain (c’est l’expression grecque ; les théologiens disent plutôt fils de l’homme) ne concerne que Jésus, qui se désigne ainsi. Ésotériquement, ce qu’est le maître constitue le devenir du disciple.
3 Dans l’expression christique fils de l’humain, il ne s’agit pas seulement de l’état humain d’existence, sinon l’expression ne voudrait rien dire, puisque tout homme est évidemment fils de l’humain. « Pourquoi donc Jésus a-t-il employé, pour se désigner, une expression aussi incompréhensible dans sa banalité ? » Les théologiens ont coutume de répondre que « Jésus ne voulait pas se prétendre Messie, pour ne pas exacerber les jalousies ; il s’est donc désigné comme fils de l’humain ». Cette réponse est insuffisante, parce que fils de l’humain, au sens ésotérique, est beaucoup plus que Messie. Jésus, qui cachait déjà qu’il était le Messie (Mc 09/09 = P 126), à plus forte raison ne pouvait pas se présenter comme réalisé-moksha. Ceci d’autant plus que la notion même de réalisé-moksha était inconnue dans la religion des Hébreux.
4 Que signifie alors fils de l’humain’ dans la bouche de Jésus ? Les exégètes cherchent généralement l’emploi de l’expression dans le premier Testament, ce qui ne donne aucune clé d’interprétation vraiment satisfaisante, puisque la notion y est inconnue, au moins au niveau de lecture littérale du texte (dans le très complexe ésotérisme kabbalistique, il se peut qu’il en aille autrement). Fils de l’humain signifie celui qui, partant comme Jésus de l’état humain d’existence, a réalisé la plénitude des états de l’Être et est devenu ainsi pleinement fils de Dieu. L’être, alors, est fils de Dieu, issu d’humains. On peut dire que l’expression de Jésus est un résumé de ‘fils de l’humain devenu pleinement fils de Dieu’.
5 Dans un passage, l’Évangile de Jean emploie les deux expressions à la suite : l’heure vient – et c’est maintenant – où les morts entendront la voix du fils de Dieu…(Jn 05/25 = P 112). Le père a donné autorité au fils de faire le jugement parce qu’il est fils-huios d’humain-anthrôpos (Jn 05/27 = P 112). Ici le Christ est présenté comme juge de l’humanité. Il faut pour cela remplir deux conditions : être né humain et avoir obtenu la réalisation de fils de Dieu. C’est le cas de Jésus, né d’un père et d’une mère humains (en compréhension ésotérique) et ayant pleinement réalisé sa dimension divine.
6 Dans l’Évangile de Thomas, Philippe dit de Jésus : Tu ressembles à un sage philosophe (Tho 013) ; c’est exactement un antique sage, désireux de la délivrance de notre sutra. Revenons à la précédente citation : Les fils de l’humain céleste sont plus nombreux que ceux de l’humain terrestre. Si les fils d’Adam sont nombreux, ils sont mortels. Les fils de l’humain accomplis, eux, ne meurent jamais… (Ph 28). L’humain accompli atteint le paradis terrestre, puis synthétise les états multiples de l’Être. Il accède à l’immortalité. Les fils d’Adam sont les hommes mortels que l’on peut dénombrer sur terre. Très peu d’entre eux deviennent humains accomplis, mais, comme ils sont immortels, ils se cumulent à tous ceux qui ont parcouru ce chemin depuis des cycles de manifestation innombrables. C’est ainsi que, bien que rares sur terre, ils sont plus nombreux que lesfils d’Adam. Semblablement Krishna déclare : nombreux sont venus se fondre en moi (BG 04/10).
La libération par le détachement
1 …d’antiques sages, désireux de la délivrance, ont accompli leur œuvre…L’œuvre dont il s’agit est le sva-dharma, le devoir propre à chacun, selon la caste-varna à laquelle il appartient, du fait de sa nature spécifique (BG 04/13), comme vient de l’expliquer Krishna. Accomplir son œuvre avec attachement à ses fruits attache à la terre. Ne pas accomplir d’œuvre et donc plonger dans la paresse (tendance du guna tamas) attache aussi à la terre ou même à un état d’existence encore inférieur à la terre (Les tamasiques, les hommes de ténèbres, choient vers les mondes infernaux : BG 14/18). La ‘voie du milieu’ consiste à accomplir l’œuvre parfaitement, sans attachement.
2 … toi aussi accomplis l’œuvre que ces sages ont accomplie autrefois. En se faisant quelque peu l’avocat du diable, on pourrait objecter : « Accomplir une œuvre pour s’en détacher ensuite, ne serait-ce pas absurde comme de travailler tout le jour, recevoir le salaire en billet de banque et brûler le billet ? » On pourrait répondre symboliquement : « Parfaitement : le billet est matière, la flamme est lumière ; on s’élève ainsi d’un monde à l’autre. » En effet, les œuvres visent à changer le monde, transitoirement ; le détachement a pour but de transmuer l’humain, définitivement. Ainsi, tu seras libéré des liens des œuvres, que leurs fruits soient bons ou mauvais. Le mental unifié dans le yoga, libéré (de la naissance et de la mort) par ce principe de renoncement, tu viendras à moi (BG 09/28).
Pratique :
Pratique I : La ‘sagesse à la mode antique’ et orientale étant fort différente et souvent inverse de la conception que peut s’en faire un homme actuel, le sutra suivant s’applique ici : Ce qui est ténèbres pour les êtres est, pour le sage maître de ses sens, le temps de l’éveil. Ce à quoi tous les êtres sont éveillés n’est que ténèbres pour l’être lumineux (BG 02/69). Discrétion et habileté conviennent donc pour celui qui poursuit la sagesse libératrice du mortel, lorsqu’il vit au milieu de personnes qui ne peuvent rien concevoir en dehors du mortel. Dans les rapports humains, il convient parfois de voiler la profondeur sous le manteau de la futilité.
Pratique II : Ce qui fut dit sur le fils de l’humain, qui n’est jamais qu’un mortel en sursis s’il ne tend pas vers le fils de Dieu, précise l’objectif de la sagesse yogique : l’immortalité. Nous sommes là aux antipodes de ‘l’immortalité biologique’ supposée ‘par la science’. Pour autant, le but n’est pas le même que le ‘corps de résurrection’ promis par la théologie chrétienne, où il ne s’agit pas de quitter l’état humain d’existence. Cela serait plus en rapport avec ce que le Christ nomme ‘le royaume des cieux’. Ultimement, le but est l’union en Dieu, qui implique la fin totale de l’illusion individuelle (nirvana : BG 05/24).
Pratique III : Le moyen en est l’accomplissement de l’œuvre, par un ‘perfectionnisme détaché’. Autrement dit, accomplir aussi parfaitement que possible l’œuvre que l’on reconnaît comme nôtre, mais sans aucun attachement aux bénéfices de l’œuvre, qu’ils soient matériels ou psychologiques. Précisons la motivation, car il n’y a pas d’action sans motivation ; le non-attachement n’est pas l’indifférence. Premièrement : le goût humain du travail bien fait. Deuxièmement : comme un navire, dès qu’il largue les amarres, commence à se sentir libre, l’homme détaché commence à planer dans le vent de l’Esprit.
Pratique IV : Toute cette méthode repose sur un point délicat : la claire conscience de sa propre vocation. La plupart des modernes connaissent leur gagne-pain et leurs loisirs, mais pas leur vocation et souvent n’en ont pas même le concept. Horizontalement : vois ce pourquoi tu es doué et quels sont les besoins correspondants dans la société. Verticalement : ne te pense pas comme un corps-mental, mais comme un esprit qui chemine vers son Principe. Rien, dans la vie, ne peut empêcher ce dernier point, qui est l’essentiel.
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Sachant donc que d’antiques sages, désireux de la délivrance,
ont accompli leur œuvre,
toi aussi accomplis l’œuvre que ces sages ont accomplie autrefois
(BG 04/15)
Théorie :
La sagesse à la mode antique
1 Sachant donc que d’antiques sages, désireux de la délivrance… « Pourquoi Krishna fait-il référence aux sages antiques et non simplement à la sagesse ? » Parce qu’il semble que la notion de sagesse évolue avec le temps. Au Moyen-âge, même si tout le monde ne s’occupait pas à cela, on ne choquait personne en disant : ‘Le but de la vie est de faire son salut’. Aujourd’hui, la notion de salut est obsolète dans le meilleur des cas, inconnue le plus souvent ; la sagesse n’est plus qu’une affaire d’harmonieux comportement dans la vie terrestre. Quant à la délivrance, au sens de la Gita, elle n’est connue que des Occidentaux engagés dans la spiritualité orientale (c’est-à-dire non-dualiste). Pour le vrai sage antique, la sagesse ne se limitait pas à une affaire humaine, ni même religieuse (le salut), elle consistait à sortir du samsara, pour accéder à l’état inconditionné (la libération-moksha).
La ‘musique classique’ de Krishna
1 antiques sages… autrefois…La voie indiquée par Krishna serait-elle ‘vieux jeu’, passéiste, démodée ? Les Chrétiens se plaisent à se prétendre progressistes, en évoquant le ‘Nouveau Testament’, ou la ‘Bonne Nouvelle’. En réalité, l’expression évangélique grecque signifie ‘bonne annonce’, sans prétendre à une nouveauté quelconque. Jésus n’est pas venu ‘faire du nouveau’, ce qui l’aurait enfermé dans le temps mortel, mais il est venu restaurer l’Éternel dans la conscience humaine, ce qui est libérateur. Rien n’est nouveau sous le soleil dit l’Ecclésiaste (01/09).
2 Krishna insiste précisément sur le fait que la vie profane décentre de l’immuable, par l’attrait du nouveau. Les hommes tamasiques (inférieurs) sont décrits comme …la proie de l’illusion, fascinés par l’éphémère… (BG 16/10). C’est d’ailleurs le sens du mot ‘classique’. La ‘musique classique’ n’est pas la musique ancienne ; c’est celle qui ne dépend pas de l’époque où elle fut écrite, ni de l’époque où elle est jouée. Elle évoque le supra temporel dans le langage temporel des rythmes et des mélodies.
Le mystère du fils de l’humain et du fils de Dieu
1 Krishna invite son disciple Arjuna à s’inscrire dans une lignée de sages antiques. Il est remarquable que l’Évangile de Thomas évoque aussi ce point. Les fils de l’humain céleste sont plus nombreux que ceux de l’humain terrestre. Si les fils d’Adam sont nombreux, ils sont mortels. Les fils de l’humain accomplis, eux, ne meurent jamais… (Ph 28). En théologie chrétienne classique l’expression fils de l’humain (c’est l’expression grecque ; les théologiens disent plutôt fils de l’homme) ne concerne que Jésus, qui se désigne ainsi. Ésotériquement, ce qu’est le maître constitue le devenir du disciple.
3 Dans l’expression christique fils de l’humain, il ne s’agit pas seulement de l’état humain d’existence, sinon l’expression ne voudrait rien dire, puisque tout homme est évidemment fils de l’humain. « Pourquoi donc Jésus a-t-il employé, pour se désigner, une expression aussi incompréhensible dans sa banalité ? » Les théologiens ont coutume de répondre que « Jésus ne voulait pas se prétendre Messie, pour ne pas exacerber les jalousies ; il s’est donc désigné comme fils de l’humain ». Cette réponse est insuffisante, parce que fils de l’humain, au sens ésotérique, est beaucoup plus que Messie. Jésus, qui cachait déjà qu’il était le Messie (Mc 09/09 = P 126), à plus forte raison ne pouvait pas se présenter comme réalisé-moksha. Ceci d’autant plus que la notion même de réalisé-moksha était inconnue dans la religion des Hébreux.
4 Que signifie alors fils de l’humain’ dans la bouche de Jésus ? Les exégètes cherchent généralement l’emploi de l’expression dans le premier Testament, ce qui ne donne aucune clé d’interprétation vraiment satisfaisante, puisque la notion y est inconnue, au moins au niveau de lecture littérale du texte (dans le très complexe ésotérisme kabbalistique, il se peut qu’il en aille autrement). Fils de l’humain signifie celui qui, partant comme Jésus de l’état humain d’existence, a réalisé la plénitude des états de l’Être et est devenu ainsi pleinement fils de Dieu. L’être, alors, est fils de Dieu, issu d’humains. On peut dire que l’expression de Jésus est un résumé de ‘fils de l’humain devenu pleinement fils de Dieu’.
5 Dans un passage, l’Évangile de Jean emploie les deux expressions à la suite : l’heure vient – et c’est maintenant – où les morts entendront la voix du fils de Dieu…(Jn 05/25 = P 112). Le père a donné autorité au fils de faire le jugement parce qu’il est fils-huios d’humain-anthrôpos (Jn 05/27 = P 112). Ici le Christ est présenté comme juge de l’humanité. Il faut pour cela remplir deux conditions : être né humain et avoir obtenu la réalisation de fils de Dieu. C’est le cas de Jésus, né d’un père et d’une mère humains (en compréhension ésotérique) et ayant pleinement réalisé sa dimension divine.
6 Dans l’Évangile de Thomas, Philippe dit de Jésus : Tu ressembles à un sage philosophe (Tho 013) ; c’est exactement un antique sage, désireux de la délivrance de notre sutra. Revenons à la précédente citation : Les fils de l’humain céleste sont plus nombreux que ceux de l’humain terrestre. Si les fils d’Adam sont nombreux, ils sont mortels. Les fils de l’humain accomplis, eux, ne meurent jamais… (Ph 28). L’humain accompli atteint le paradis terrestre, puis synthétise les états multiples de l’Être. Il accède à l’immortalité. Les fils d’Adam sont les hommes mortels que l’on peut dénombrer sur terre. Très peu d’entre eux deviennent humains accomplis, mais, comme ils sont immortels, ils se cumulent à tous ceux qui ont parcouru ce chemin depuis des cycles de manifestation innombrables. C’est ainsi que, bien que rares sur terre, ils sont plus nombreux que lesfils d’Adam. Semblablement Krishna déclare : nombreux sont venus se fondre en moi (BG 04/10).
La libération par le détachement
1 …d’antiques sages, désireux de la délivrance, ont accompli leur œuvre…L’œuvre dont il s’agit est le sva-dharma, le devoir propre à chacun, selon la caste-varna à laquelle il appartient, du fait de sa nature spécifique (BG 04/13), comme vient de l’expliquer Krishna. Accomplir son œuvre avec attachement à ses fruits attache à la terre. Ne pas accomplir d’œuvre et donc plonger dans la paresse (tendance du guna tamas) attache aussi à la terre ou même à un état d’existence encore inférieur à la terre (Les tamasiques, les hommes de ténèbres, choient vers les mondes infernaux : BG 14/18). La ‘voie du milieu’ consiste à accomplir l’œuvre parfaitement, sans attachement.
2 … toi aussi accomplis l’œuvre que ces sages ont accomplie autrefois. En se faisant quelque peu l’avocat du diable, on pourrait objecter : « Accomplir une œuvre pour s’en détacher ensuite, ne serait-ce pas absurde comme de travailler tout le jour, recevoir le salaire en billet de banque et brûler le billet ? » On pourrait répondre symboliquement : « Parfaitement : le billet est matière, la flamme est lumière ; on s’élève ainsi d’un monde à l’autre. » En effet, les œuvres visent à changer le monde, transitoirement ; le détachement a pour but de transmuer l’humain, définitivement. Ainsi, tu seras libéré des liens des œuvres, que leurs fruits soient bons ou mauvais. Le mental unifié dans le yoga, libéré (de la naissance et de la mort) par ce principe de renoncement, tu viendras à moi (BG 09/28).
Pratique :
Pratique I : La ‘sagesse à la mode antique’ et orientale étant fort différente et souvent inverse de la conception que peut s’en faire un homme actuel, le sutra suivant s’applique ici : Ce qui est ténèbres pour les êtres est, pour le sage maître de ses sens, le temps de l’éveil. Ce à quoi tous les êtres sont éveillés n’est que ténèbres pour l’être lumineux (BG 02/69). Discrétion et habileté conviennent donc pour celui qui poursuit la sagesse libératrice du mortel, lorsqu’il vit au milieu de personnes qui ne peuvent rien concevoir en dehors du mortel. Dans les rapports humains, il convient parfois de voiler la profondeur sous le manteau de la futilité.
Pratique II : Ce qui fut dit sur le fils de l’humain, qui n’est jamais qu’un mortel en sursis s’il ne tend pas vers le fils de Dieu, précise l’objectif de la sagesse yogique : l’immortalité. Nous sommes là aux antipodes de ‘l’immortalité biologique’ supposée ‘par la science’. Pour autant, le but n’est pas le même que le ‘corps de résurrection’ promis par la théologie chrétienne, où il ne s’agit pas de quitter l’état humain d’existence. Cela serait plus en rapport avec ce que le Christ nomme ‘le royaume des cieux’. Ultimement, le but est l’union en Dieu, qui implique la fin totale de l’illusion individuelle (nirvana : BG 05/24).
Pratique III : Le moyen en est l’accomplissement de l’œuvre, par un ‘perfectionnisme détaché’. Autrement dit, accomplir aussi parfaitement que possible l’œuvre que l’on reconnaît comme nôtre, mais sans aucun attachement aux bénéfices de l’œuvre, qu’ils soient matériels ou psychologiques. Précisons la motivation, car il n’y a pas d’action sans motivation ; le non-attachement n’est pas l’indifférence. Premièrement : le goût humain du travail bien fait. Deuxièmement : comme un navire, dès qu’il largue les amarres, commence à se sentir libre, l’homme détaché commence à planer dans le vent de l’Esprit.
Pratique IV : Toute cette méthode repose sur un point délicat : la claire conscience de sa propre vocation. La plupart des modernes connaissent leur gagne-pain et leurs loisirs, mais pas leur vocation et souvent n’en ont pas même le concept. Horizontalement : vois ce pourquoi tu es doué et quels sont les besoins correspondants dans la société. Verticalement : ne te pense pas comme un corps-mental, mais comme un esprit qui chemine vers son Principe. Rien, dans la vie, ne peut empêcher ce dernier point, qui est l’essentiel.
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