Le NON-AGIR
Qu’est-ce donc que l’agir ? Et qu’est-ce que le non-agir ? À cet égard, les sages eux-mêmes sont restés perplexes. Je t’enseignerai donc ce qu’est (vraiment) l’agir, de telle sorte qu’après l’avoir connu tu seras délivré du mal (le samsâra, le cycle des naissances et des morts)
Vraiment, la nature de l’action juste doit être connue, ainsi que celle de l’action répréhensible et celle de l’inaction. La voie de l’Action est difficile à comprendre.
Celui qui discerne le non-agir au sein même de l’agir, et l’agir au sein même du non-agir, celui-là est sage parmi les hommes. Il est un yogi (en état d’Union), quelque œuvre qu’il fasse par ailleurs.
(BG 04/16-18)
Théorie :
L’action ne sert à rien
1 Un moderne sera fort amusé de lire : À cet égard, les sages eux-mêmes sont restés perplexes. Il se dira : « Ces sages sont bien ignorants de ne pas savoir ce que c’est qu’agir. De fait, l’homme contemporain agit. Il ne fait que cela. Sa civilisation est aussi peu contemplative que possible. Quand l’homme moderne n’est pas actif, il regarde un film, c’est-à-dire se laisse hypnotiser par l’action des autres. Agissant par besoin pulsionnel, il ne se questionne pas sur la sagesse ou la folie de l’action. Or une action est toujours l’œuvre d’un mortel sur la matière mortelle du monde humain, par conséquent, à terme, son résultat est mortel. Le sage vise l’immortalité ; il sait donc qu’il ne pourra l’obtenir par l’action. Voilà le grand message de l’Orient à l’Occident.
2 Pourtant Jésus a dit : C’est l’esprit qui vivifie, la chair-sarx ne sert de rien. Les paroles que je vous ai dites sont esprit et vie (Jn 06/63 = P 110). Parole de l’Évangile souvent oubliée ; trop orientale sans doute. Si la chair ne sert à rien, l’action de la chair non plus.
L’action animale et le non-agir spirituel
1 Les sages avaient bien raison d’être perplexes à propos de l’action : Qu’est-ce donc que l’agir ? Mais l’Orient fait mieux, il se pose la question inverse, dont l’Occident n’a pas le concept : Et qu’est-ce que le non-agir ? Krishna a déjà enseigné précédemment : L’homme n’atteint pas l’état du ‘non-agir’, la libération des chaînes du karma, en s’abstenant d’agir. Le simple renoncement (aux actes) ne mène pas à la perfection (BG 03/04). Ce sutra révèle l’utilité spirituelle du non-agir : la libération des chaînes du karma, soit le moyen ultime de la spiritualité. Mais il ne dit pas ce qu’est le non-agir ; il précise seulement qu’il n’est pas l’abstention d’agir.
2 Cherchons alors pourquoi le non-agir libère des chaînes du karma ? Karma signifie action et sa conséquence ; dans le non-agir, littéralement parlant, il n’y a pas d’action, donc pas de conséquences et pas de chaînes. Nous arrivons alors à une contradiction. D’une part, le non-agir n’est pas l’abstention d’agir et d’autre part il faut ne pas agir pour obtenir la libération des chaînes attachant à la vie terrestre. La solution du problème est d’agir sans attachement. Mais ceci est à contre courant de la nature animale, qui est aussi nôtre : Il y a beaucoup d’animaux dans le monde qui ont une apparence humaine…(Évangile selon Philippe 119). L’animal, et la plupart des humains qui lui ressemblent fort, n’agit que par intérêt personnel ou collectif, donc avec attachement. La solution du problème revient à une domination de la nature animale dans l’homme.
Le mystère du non-agir
1 On pourrait objecter : « Tout cela est un faux problème, car l’expression non-agir est trompeuse, puisqu’en fait le non-agir n’exclut pas l’action et la prétend même inévitable et indispensable. » En réalité Krishna ne trompe pas en évoquant le non-agir, car l’expression ne précise pas quel est le sujet de l’action ou du non-agir. Tout est là.
2 Le corps-mental ne peut pas ne pas agir, c’est pourquoi Krishna déclare : personne, pas même un instant, n’est réellement et intérieurement sans agir ; chacun, qu’il le veuille ou non, est contraint d’agir sous l’empire des gunas (les attributs) constitutifs de la prakriti (la Nature) (BG 03/05). Mais celui qui agit est le corps-mental, soit la partie humaine de l’être. Alors que celui qui demeure dans le non-agir est le Soi, l’atman, le pôle spirituel qui, lui, n’a aucun intérêt à l’action bonne ou mauvaise, car l’action attache au mortel dont il veut s’affranchir.
3 Le non-agir désigne l’art d’exiger du corps-mental ce qui correspond à sa vocation humaine (sva-dharma) et non de le laisser dominé par le plaisir. Tout en maintenant le lien avec le Soi, dont l’unique désir est de s’intégrer à l’Unique. Un pianiste débutant, lorsqu’il se concentre sur la main gauche, ne sait plus quoi jouer de la droite et réciproquement. Un apprenti disciple, lorsqu’il agit avec le corps-mental, oublie le Soi et, lorsqu’il se concentre sur le Soi, oublie le corps. Le non-agir est l’art de réaliser les deux en même temps. Le sujet de l’action selon le Dharma est le moi (aussi appelé ‘petit soi’) et celui du non-agir est le Soi et les deux cheminent ensemble, comme cheval et cavalier.
4 Cette apparente équivoque du non-agir dans la bouche de Krishna est inhérente à l’enseignement spirituel. La preuve en est que l’on rencontre la même problème chez Jésus lorsqu’il parle de la vie. Je suis la voie, la vérité et la vie (Jn 14/06 = P 263). La vie dont il parle n’est aucunement celle du corps. Pour Jésus, la vie mortelle est déjà la mort. Pour Krishna, l’action mortelle ne sert à rien, celui qui fait son devoir en n’espérant que Brahman n’agit pas. Tout dépend où, au cours de l’action, se situe la conscience : dans le moi seulement ou aussi dans le Soi ?
Le mal et le bien dans le Bien
1 Je t’enseignerai donc ce qu’est (vraiment) l’agir, de telle sorte qu’après l’avoir connu tu seras délivré du mal (le samsâra, le cycle des naissances et des morts). En 03/04 (le ‘non-agir’ est la libération des chaînes du karma) Krishna disait que le non-agir libère spirituellement. Ici (04/16), il dit que l’agir délivre du mal des renaissances. En lecture littérale, on se perd : tantôt c’est le non-agir qui libère, tantôt c’est l’action. Sauf que l’action dont parle Krishna est celle qu’il vient de définir en disant : C’est moi qui ai créé les quatre varnas-castes… avec pour chacun son svadharma (ses devoirs propres). Ce n’est pas la simple action animale déterminée par l’égoïsme individuel ou collectif. C’est l’action qui construit un monde dont on puisse se libérer ; donc une civilisation qui insère une signification spirituelle dans tout acte humain. Rien n’est profane dans la vie spirituelle.
2 Lorsque Krishna termine l’annonce de ce qu’il est l’auteur des castes-varnas, en disant : Sache que tout en étant l’auteur, je demeure immuable, au-delà de l’agir (BG 04/13), il ne fait qu’indiquer ce vers quoi tend le spirituel en action. Accomplir l’action en se maintenant au-delà de l’agir, tel est le non-agir.
3 Autre point notable de ce sutra : tu seras délivré du mal et Krishna entend par là le samsâra, le cycle des naissances et des morts. Ce mal là n’a rien à voir avec le mal (la haine d’autrui) qui s’oppose au bien (l’amour d’autrui). Tout ce qui se dissout dans la mort est le mal. On pourrait objecter : « Mais alors, autant refuser de vivre, puisque toutes les actions de la vie se dissolvent dans la mort ! » Non pas, car une action, un fait matériel, peut valoir par sa signification, et même ne peut valoir qu’en tant que symbole d’une idée impérissable. Autrement dit, une action sans symbolisme spirituel est nulle. La chair ne sert à rien en elle-même, sinon par son éventuelle signification spirituelle.
4 Il y a donc le mal et le bien, qui sont des choses relatives au regard de la vie mortelle, et il y a le Bien absolu, qui est Brahman, l’Unique. Jésus ne dit pas autre chose au ‘Jeune homme riche’ : Nul n’est bon que Dieu l’Unique (Mc 10/18 = P 216). Jésus lui-même, en tant qu’il est humain et donc mortel, ne s’estime pas purement et simplement bon. Autrement dit : Au regard du but ultime qu’est Brahman (BG 13/12), la manifestation-création est le mal.
5 Question : « Puisqu’il y a un Bien absolu, y a-t-il un Mal absolu ? ». Évidemment non, car il ne saurait y avoir deux absolus. Le problème du dualisme religieux, dépourvu de métaphysique, c’est de penser le bien et le mal, en oubliant le Bien absolu. Cela revient à absolutiser le mal, à faire du diable l’égal de Dieu (manichéisme). En spiritualité métaphysique, le mal existe assurément, mais il n’est que l’ombre portée du Bien dans la dualité de la manifestation.
L’intellectualité du karma yoga
1 Vraiment, la nature de l’action juste doit être connue…pour la raison qu’elle est celle qui permet de se libérer du monde mortel de l’action, et donc du samsara. « En quoi l’action est-elle liée au mortel ? » On agit toujours pour obtenir quelque chose qui manque, ou pour faire cesser quelque chose qui nuit. Seule la conscience de l’imperfection suscite l’action (BG 03/22). L’homme parfaitement heureux n’agit plus (BG 03/17-18). L’homme qui agit est toujours un peu malheureux.
2 … doit être connue aussi l’action répréhensible…Pour l’éviter et ne pas replonger dans le samsara. …et celle de l’inaction car, on l’a vu, l’inaction n’est qu’une mauvaise compréhension du non-agir.
3 La voie de l’Action est difficile à comprendre : Voilà une affirmation qui, maintenant, apparaît évidente. Une remarque à ce propos. Il y a trois grands yogas : karma (action), bakti (dévotion), jnana (gnose, connaissance). Le premier s’exerce dans l’action, le deuxième dans le sentiment dévotionnel, le troisième dans l’intellection spirituelle. On aurait donc facilement tendance à penser que le karma-yoga ne nécessite qu’une faible intelligence : Krishna affirme le contraire. Tous les yogas, parce qu’ils sont des voies vers l’Unique, nécessitent un sens métaphysique, un intellect éveillé. Tout ce que l’on peut dire cependant, c’est que le jnana yoga, dès lors qu’il s’agit d’en exposer l’enseignement, nécessite une cérébralité bien structurée, ce qui est moins nécessaire pour le karma yoga et encore moins pour le bakti yoga.
Qu’est-ce que le non-agir au sein de l’agir ?
1 Celui qui discerne le non-agir au sein même de l’agir…C’est précisément celui qui, au cœur de l’action, ne laisse pas sa conscience se faire incarcérer par les pensées du mental ou les sensations du corps. Discerner le non agir c’est demeurer ancré dans le Soi, ne pas oublier la dimension spirituelle de l’être dans le feu de l’action. Il y a là quelque chose de réellement difficile. Lorsque Krishna conseille : Par conséquent, en toutes circonstances, souviens-toi de moi et combats, le mental et l’intellect absorbés en moi. Alors, sans aucun doute, c’est à moi que tu viendras (BG 08/07), on pourrait se prendre à rire. Comment, en pleine bataille, alors qu’il s’agit de sauver sa peau, de tenter de vaincre un adversaire expert au combat et déterminé, pourrait-on avoir le mental et l’intellect absorbés en Dieu ?
2 Cela n’est pas sans évoquer le ‘combat de Jacob avec l’ange de la nuit’, combat qui lui fit mériter le titre d’Israël, signifiant ‘fort contre dieu’ (Gn 32/24). Il faut percevoir Dieu dans l’homme adverse au combat et concevoir le combat comme une épreuve initiatique, pour rester en présence de Dieu sans manquer à l’attention sans partage que nécessite le combat.
Qu’est-ce que l’agir au sein du non-agir ?
1 Celui qui discerne…l’agir au sein même du non-agir…Comme vu, l’homme agit sur le monde pour le changer, le perfectionner si possible, après que le monde a été faussé par la dégénérescence cyclique. L’homme profane a tendance à croire que deux choses seulement agissent sur la vie du monde : l’une étant la dynamique propre de la vie sur terre, l’autre étant l’action de l’homme. Dans ce cas, il ne peut comprendre l’agir au sein même du non-agir.
2 Quand on représente la manifestation cyclique (ou création cyclique), on voit, comme pour la vie d’un homme, le premier âge, paradisiaque de jeunesse et de surabondance de vie, puis la maturité, qui déjà plafonne voire décline par certains aspects, puis la vieillesse qui collectionne les limitations, et enfin l’agonie et la mort qui courent vers la désintégration. La création par Dieu apparaît comme un moment précis, suivi par une sorte d’autonomie involutive du monde. Ce schéma est juste, mais seulement pédagogique.
3 En réalité, l’acte créateur est permanent. Prenant appui sur ma substance (Prakriti), je ne cesse de faire jaillir la foule entière des êtres… (BG 09/08). C’est la théorie de la ‘création perpétuelle’. Si, fut-ce un instant, le principe divin coupait sa relation avec le monde, ce dernier cesserait d’exister, comme un film quand on coupe l’alimentation du projecteur. Il y a donc trois forces qui agissent sur le monde : Dieu, l’autonomie du monde lui-même, et l’éventuelle action de l’homme. Le yogi en méditation se maintient en contact avec son Soi divin, et participe par là à l’action du principe divin. Il agit donc sur le monde, sans faire intervenir les moyens humains, musculaires, verbaux ou mentaux, de l’action ordinaire.
4 Dans de multiples traditions, on rencontre des histoires de chamans qui s’enferment dans une hutte pour une longue méditation, afin de rétablir les équilibres d’une nature devenue hostile. Ainsi, de nombreux saints chrétiens fraternisent avec les animaux sauvages, oubien Jésus apaise la tempête.
Il y a Yoga et yoga
…celui-là est sage parmi les hommes. Après avoir défini la sagesse comme la maîtrise des sens (BG 02/61) Krishna la présente désormais comme une participation à l’influence du ciel sur les événements de la nature terrestre. Il est un yogi (en état d’Union). Yoga signifie ‘union’, avec le sous-entendu de la conscience humaine avec la Conscience divine. Dans les innombrables cours de yoga d’Occident, qui tâchent de compenser la fermeture des églises, on définit toujours le yoga comme ‘l’union du corps et de l’esprit’. Mais pour les Occidentaux, et souvent leur professeur lui-même, l’esprit en question ne se distingue pas du mental. La dimension métaphysique est totalement oubliée et le prétendu yoga n’est plus que du ‘développement personnel’ alors qu’il doit être du dépassement de l’individu. Le yoga est un état de conscience. ‘Faire du yoga’ n’a pas de sens, puisque le yoga consiste à maintenir la conscience individuelle dans le non-agir, que l’on fasse quelque chose ou rien du tout. De même pour ‘faire de la méditation’.
La voie d’amour et la voie non-dualiste
Il est un yogi (en état d’Union), quelque œuvre qu’il fasse par ailleurs. Ce sutra évoque irrésistiblement la belle parole de saint Augustin : « Aime et fais ce que tu veux. » Et il est vrai que, si l’on traite autrui avec amour, on ne voit guère comment cela pourrait nuire à quiconque. Mais la similitude des deux préceptes illustre parfaitement la nature du christianisme par rapport au yoga de la Gita. Dans un cas ‘Dieu est amour’, dans l’autre ‘Dieu est Un’. En christianisme on aime l’autre, comme une autre créature de Dieu. En yoga on perçoit l’autre comme symbole vivant de l’Unique ; non plus comme un autre, mais comme une autre forme de l’unique. La Gita précisera ce point : Le yogi, établi dans l’unité, qui Me vénère comme demeurant dans tous les êtres, vit en Moi, quel que soit sa façon de vivre (BG 06/31).
Pratique :
Pratique I : Jésus reproche aux chefs religieux de son temps : Vous jugez selon la chair (Jn 08/15 = P 145). On comprend que, vu que la chair ne sert à rien (spirituellement) un tel jugement n’ait au mieux qu’une valeur mortelle. Voici un exercice spirituel à faire chaque fois que se profile un jugement de valeur sur quoi que ce soit : ‘Selon la chair, qu’en est-il ? Et selon l’Esprit, qu’en est-il ?’ Il est rare que les deux jugements soient identiques et fréquent qu’ils soient inversés.
Pratique II : Le mental guide les paroles et le mental guide les gestes. L’action physique, comme verbale, implique une activité mentale ; la qualité de celle-ci détermine totalement celles-là. Ceci dit l’homme profane n’investit sa conscience que dans le mental. La femme profane l’investit dans le mental et beaucoup dans le sentiment. L’homme ou la femme spirituel l’investit aussi et continument dans l’Esprit. Avec un minimum d’entraînement, le ‘partage’ apparent de la conscience entre le mental et l’Esprit, entre le petit-soi-égo et le Soi-atman, n’est pas vécu comme une dualité. Le pianiste débutant a deux mains qu’il a bien du mal à faire jouer ensemble, mais le pianiste entraîné ne ressent plus cette dualité. Les points de vue du soi et du Soi sur l’action en cours s’harmonisent parfaitement. Comme si l’on voyait danser une personne devant soi, tantôt de face, tantôt de profil, sans jamais douter qu’il s’agit de la même.
Pratique III : Le passage ‘Le mal et le bien dans le Bien’ a introduit à la relativité du bien et du mal humain. Il n’y a pas de mal absolu, donc ne pas diaboliser ses ennemis. Mais il y a un Bien absolu, qui est Brahman, et dans lequel même le pire mal humain se résorbe (BG 04/36 et 09/30). Dans la quête du disciple, la vie mortelle, même la meilleure, est le mal en ce qu’elle empêche de fusionner avec l’absolu. Le religieux lutte pour le bien, le spirituel pour le Bien.
Pratique IV : Percevoir l’agir au sein du non-agir fera l’objet d’une pratique permanente du yogi. Quelque soit l’action menée, la chose la plus importante est de la mener sous le regard de Dieu et pour Lui, donc avec Lui. À la limite, mieux vaudrait une action mauvaise menée en conscience de Dieu, qu’une bonne menée dans l’oubli de Lui. Le fruit de toute action est mortel, seul subsiste la conscience qui l’a accompagnée.
Pratique V : « Je n’ai pas le temps de méditer, j’ai trop à faire » prétextent les ignorants. Mais, quand on médite, on agit avec Dieu, qui reconfigure notre monde de telle sorte que l’on ait moins à faire. Voilà le secret de l’agir au sein du non-agir.
Le NON-AGIR
Le NON-AGIR
Le NON-AGIR
Qu’est-ce donc que l’agir ? Et qu’est-ce que le non-agir ? À cet égard, les sages eux-mêmes sont restés perplexes. Je t’enseignerai donc ce qu’est (vraiment) l’agir, de telle sorte qu’après l’avoir connu tu seras délivré du mal (le samsâra, le cycle des naissances et des morts)
Vraiment, la nature de l’action juste doit être connue, ainsi que celle de l’action répréhensible et celle de l’inaction. La voie de l’Action est difficile à comprendre.
Celui qui discerne le non-agir au sein même de l’agir, et l’agir au sein même du non-agir, celui-là est sage parmi les hommes. Il est un yogi (en état d’Union), quelque œuvre qu’il fasse par ailleurs.
(BG 04/16-18)
Théorie :
L’action ne sert à rien
1 Un moderne sera fort amusé de lire : À cet égard, les sages eux-mêmes sont restés perplexes. Il se dira : « Ces sages sont bien ignorants de ne pas savoir ce que c’est qu’agir. De fait, l’homme contemporain agit. Il ne fait que cela. Sa civilisation est aussi peu contemplative que possible. Quand l’homme moderne n’est pas actif, il regarde un film, c’est-à-dire se laisse hypnotiser par l’action des autres. Agissant par besoin pulsionnel, il ne se questionne pas sur la sagesse ou la folie de l’action. Or une action est toujours l’œuvre d’un mortel sur la matière mortelle du monde humain, par conséquent, à terme, son résultat est mortel. Le sage vise l’immortalité ; il sait donc qu’il ne pourra l’obtenir par l’action. Voilà le grand message de l’Orient à l’Occident.
2 Pourtant Jésus a dit : C’est l’esprit qui vivifie, la chair-sarx ne sert de rien. Les paroles que je vous ai dites sont esprit et vie (Jn 06/63 = P 110). Parole de l’Évangile souvent oubliée ; trop orientale sans doute. Si la chair ne sert à rien, l’action de la chair non plus.
L’action animale et le non-agir spirituel
1 Les sages avaient bien raison d’être perplexes à propos de l’action : Qu’est-ce donc que l’agir ? Mais l’Orient fait mieux, il se pose la question inverse, dont l’Occident n’a pas le concept : Et qu’est-ce que le non-agir ? Krishna a déjà enseigné précédemment : L’homme n’atteint pas l’état du ‘non-agir’, la libération des chaînes du karma, en s’abstenant d’agir. Le simple renoncement (aux actes) ne mène pas à la perfection (BG 03/04). Ce sutra révèle l’utilité spirituelle du non-agir : la libération des chaînes du karma, soit le moyen ultime de la spiritualité. Mais il ne dit pas ce qu’est le non-agir ; il précise seulement qu’il n’est pas l’abstention d’agir.
2 Cherchons alors pourquoi le non-agir libère des chaînes du karma ? Karma signifie action et sa conséquence ; dans le non-agir, littéralement parlant, il n’y a pas d’action, donc pas de conséquences et pas de chaînes. Nous arrivons alors à une contradiction. D’une part, le non-agir n’est pas l’abstention d’agir et d’autre part il faut ne pas agir pour obtenir la libération des chaînes attachant à la vie terrestre. La solution du problème est d’agir sans attachement. Mais ceci est à contre courant de la nature animale, qui est aussi nôtre : Il y a beaucoup d’animaux dans le monde qui ont une apparence humaine…(Évangile selon Philippe 119). L’animal, et la plupart des humains qui lui ressemblent fort, n’agit que par intérêt personnel ou collectif, donc avec attachement. La solution du problème revient à une domination de la nature animale dans l’homme.
Le mystère du non-agir
1 On pourrait objecter : « Tout cela est un faux problème, car l’expression non-agir est trompeuse, puisqu’en fait le non-agir n’exclut pas l’action et la prétend même inévitable et indispensable. » En réalité Krishna ne trompe pas en évoquant le non-agir, car l’expression ne précise pas quel est le sujet de l’action ou du non-agir. Tout est là.
2 Le corps-mental ne peut pas ne pas agir, c’est pourquoi Krishna déclare : personne, pas même un instant, n’est réellement et intérieurement sans agir ; chacun, qu’il le veuille ou non, est contraint d’agir sous l’empire des gunas (les attributs) constitutifs de la prakriti (la Nature) (BG 03/05). Mais celui qui agit est le corps-mental, soit la partie humaine de l’être. Alors que celui qui demeure dans le non-agir est le Soi, l’atman, le pôle spirituel qui, lui, n’a aucun intérêt à l’action bonne ou mauvaise, car l’action attache au mortel dont il veut s’affranchir.
3 Le non-agir désigne l’art d’exiger du corps-mental ce qui correspond à sa vocation humaine (sva-dharma) et non de le laisser dominé par le plaisir. Tout en maintenant le lien avec le Soi, dont l’unique désir est de s’intégrer à l’Unique. Un pianiste débutant, lorsqu’il se concentre sur la main gauche, ne sait plus quoi jouer de la droite et réciproquement. Un apprenti disciple, lorsqu’il agit avec le corps-mental, oublie le Soi et, lorsqu’il se concentre sur le Soi, oublie le corps. Le non-agir est l’art de réaliser les deux en même temps. Le sujet de l’action selon le Dharma est le moi (aussi appelé ‘petit soi’) et celui du non-agir est le Soi et les deux cheminent ensemble, comme cheval et cavalier.
4 Cette apparente équivoque du non-agir dans la bouche de Krishna est inhérente à l’enseignement spirituel. La preuve en est que l’on rencontre la même problème chez Jésus lorsqu’il parle de la vie. Je suis la voie, la vérité et la vie (Jn 14/06 = P 263). La vie dont il parle n’est aucunement celle du corps. Pour Jésus, la vie mortelle est déjà la mort. Pour Krishna, l’action mortelle ne sert à rien, celui qui fait son devoir en n’espérant que Brahman n’agit pas. Tout dépend où, au cours de l’action, se situe la conscience : dans le moi seulement ou aussi dans le Soi ?
Le mal et le bien dans le Bien
1 Je t’enseignerai donc ce qu’est (vraiment) l’agir, de telle sorte qu’après l’avoir connu tu seras délivré du mal (le samsâra, le cycle des naissances et des morts). En 03/04 (le ‘non-agir’ est la libération des chaînes du karma) Krishna disait que le non-agir libère spirituellement. Ici (04/16), il dit que l’agir délivre du mal des renaissances. En lecture littérale, on se perd : tantôt c’est le non-agir qui libère, tantôt c’est l’action. Sauf que l’action dont parle Krishna est celle qu’il vient de définir en disant : C’est moi qui ai créé les quatre varnas-castes… avec pour chacun son svadharma (ses devoirs propres). Ce n’est pas la simple action animale déterminée par l’égoïsme individuel ou collectif. C’est l’action qui construit un monde dont on puisse se libérer ; donc une civilisation qui insère une signification spirituelle dans tout acte humain. Rien n’est profane dans la vie spirituelle.
2 Lorsque Krishna termine l’annonce de ce qu’il est l’auteur des castes-varnas, en disant : Sache que tout en étant l’auteur, je demeure immuable, au-delà de l’agir (BG 04/13), il ne fait qu’indiquer ce vers quoi tend le spirituel en action. Accomplir l’action en se maintenant au-delà de l’agir, tel est le non-agir.
3 Autre point notable de ce sutra : tu seras délivré du mal et Krishna entend par là le samsâra, le cycle des naissances et des morts. Ce mal là n’a rien à voir avec le mal (la haine d’autrui) qui s’oppose au bien (l’amour d’autrui). Tout ce qui se dissout dans la mort est le mal. On pourrait objecter : « Mais alors, autant refuser de vivre, puisque toutes les actions de la vie se dissolvent dans la mort ! » Non pas, car une action, un fait matériel, peut valoir par sa signification, et même ne peut valoir qu’en tant que symbole d’une idée impérissable. Autrement dit, une action sans symbolisme spirituel est nulle. La chair ne sert à rien en elle-même, sinon par son éventuelle signification spirituelle.
4 Il y a donc le mal et le bien, qui sont des choses relatives au regard de la vie mortelle, et il y a le Bien absolu, qui est Brahman, l’Unique. Jésus ne dit pas autre chose au ‘Jeune homme riche’ : Nul n’est bon que Dieu l’Unique (Mc 10/18 = P 216). Jésus lui-même, en tant qu’il est humain et donc mortel, ne s’estime pas purement et simplement bon. Autrement dit : Au regard du but ultime qu’est Brahman (BG 13/12), la manifestation-création est le mal.
5 Question : « Puisqu’il y a un Bien absolu, y a-t-il un Mal absolu ? ». Évidemment non, car il ne saurait y avoir deux absolus. Le problème du dualisme religieux, dépourvu de métaphysique, c’est de penser le bien et le mal, en oubliant le Bien absolu. Cela revient à absolutiser le mal, à faire du diable l’égal de Dieu (manichéisme). En spiritualité métaphysique, le mal existe assurément, mais il n’est que l’ombre portée du Bien dans la dualité de la manifestation.
L’intellectualité du karma yoga
1 Vraiment, la nature de l’action juste doit être connue…pour la raison qu’elle est celle qui permet de se libérer du monde mortel de l’action, et donc du samsara. « En quoi l’action est-elle liée au mortel ? » On agit toujours pour obtenir quelque chose qui manque, ou pour faire cesser quelque chose qui nuit. Seule la conscience de l’imperfection suscite l’action (BG 03/22). L’homme parfaitement heureux n’agit plus (BG 03/17-18). L’homme qui agit est toujours un peu malheureux.
2 … doit être connue aussi l’action répréhensible…Pour l’éviter et ne pas replonger dans le samsara. …et celle de l’inaction car, on l’a vu, l’inaction n’est qu’une mauvaise compréhension du non-agir.
3 La voie de l’Action est difficile à comprendre : Voilà une affirmation qui, maintenant, apparaît évidente. Une remarque à ce propos. Il y a trois grands yogas : karma (action), bakti (dévotion), jnana (gnose, connaissance). Le premier s’exerce dans l’action, le deuxième dans le sentiment dévotionnel, le troisième dans l’intellection spirituelle. On aurait donc facilement tendance à penser que le karma-yoga ne nécessite qu’une faible intelligence : Krishna affirme le contraire. Tous les yogas, parce qu’ils sont des voies vers l’Unique, nécessitent un sens métaphysique, un intellect éveillé. Tout ce que l’on peut dire cependant, c’est que le jnana yoga, dès lors qu’il s’agit d’en exposer l’enseignement, nécessite une cérébralité bien structurée, ce qui est moins nécessaire pour le karma yoga et encore moins pour le bakti yoga.
Qu’est-ce que le non-agir au sein de l’agir ?
1 Celui qui discerne le non-agir au sein même de l’agir…C’est précisément celui qui, au cœur de l’action, ne laisse pas sa conscience se faire incarcérer par les pensées du mental ou les sensations du corps. Discerner le non agir c’est demeurer ancré dans le Soi, ne pas oublier la dimension spirituelle de l’être dans le feu de l’action. Il y a là quelque chose de réellement difficile. Lorsque Krishna conseille : Par conséquent, en toutes circonstances, souviens-toi de moi et combats, le mental et l’intellect absorbés en moi. Alors, sans aucun doute, c’est à moi que tu viendras (BG 08/07), on pourrait se prendre à rire. Comment, en pleine bataille, alors qu’il s’agit de sauver sa peau, de tenter de vaincre un adversaire expert au combat et déterminé, pourrait-on avoir le mental et l’intellect absorbés en Dieu ?
2 Cela n’est pas sans évoquer le ‘combat de Jacob avec l’ange de la nuit’, combat qui lui fit mériter le titre d’Israël, signifiant ‘fort contre dieu’ (Gn 32/24). Il faut percevoir Dieu dans l’homme adverse au combat et concevoir le combat comme une épreuve initiatique, pour rester en présence de Dieu sans manquer à l’attention sans partage que nécessite le combat.
Qu’est-ce que l’agir au sein du non-agir ?
1 Celui qui discerne…l’agir au sein même du non-agir…Comme vu, l’homme agit sur le monde pour le changer, le perfectionner si possible, après que le monde a été faussé par la dégénérescence cyclique. L’homme profane a tendance à croire que deux choses seulement agissent sur la vie du monde : l’une étant la dynamique propre de la vie sur terre, l’autre étant l’action de l’homme. Dans ce cas, il ne peut comprendre l’agir au sein même du non-agir.
2 Quand on représente la manifestation cyclique (ou création cyclique), on voit, comme pour la vie d’un homme, le premier âge, paradisiaque de jeunesse et de surabondance de vie, puis la maturité, qui déjà plafonne voire décline par certains aspects, puis la vieillesse qui collectionne les limitations, et enfin l’agonie et la mort qui courent vers la désintégration. La création par Dieu apparaît comme un moment précis, suivi par une sorte d’autonomie involutive du monde. Ce schéma est juste, mais seulement pédagogique.
3 En réalité, l’acte créateur est permanent. Prenant appui sur ma substance (Prakriti), je ne cesse de faire jaillir la foule entière des êtres… (BG 09/08). C’est la théorie de la ‘création perpétuelle’. Si, fut-ce un instant, le principe divin coupait sa relation avec le monde, ce dernier cesserait d’exister, comme un film quand on coupe l’alimentation du projecteur. Il y a donc trois forces qui agissent sur le monde : Dieu, l’autonomie du monde lui-même, et l’éventuelle action de l’homme. Le yogi en méditation se maintient en contact avec son Soi divin, et participe par là à l’action du principe divin. Il agit donc sur le monde, sans faire intervenir les moyens humains, musculaires, verbaux ou mentaux, de l’action ordinaire.
4 Dans de multiples traditions, on rencontre des histoires de chamans qui s’enferment dans une hutte pour une longue méditation, afin de rétablir les équilibres d’une nature devenue hostile. Ainsi, de nombreux saints chrétiens fraternisent avec les animaux sauvages, oubien Jésus apaise la tempête.
Il y a Yoga et yoga
…celui-là est sage parmi les hommes. Après avoir défini la sagesse comme la maîtrise des sens (BG 02/61) Krishna la présente désormais comme une participation à l’influence du ciel sur les événements de la nature terrestre. Il est un yogi (en état d’Union). Yoga signifie ‘union’, avec le sous-entendu de la conscience humaine avec la Conscience divine. Dans les innombrables cours de yoga d’Occident, qui tâchent de compenser la fermeture des églises, on définit toujours le yoga comme ‘l’union du corps et de l’esprit’. Mais pour les Occidentaux, et souvent leur professeur lui-même, l’esprit en question ne se distingue pas du mental. La dimension métaphysique est totalement oubliée et le prétendu yoga n’est plus que du ‘développement personnel’ alors qu’il doit être du dépassement de l’individu. Le yoga est un état de conscience. ‘Faire du yoga’ n’a pas de sens, puisque le yoga consiste à maintenir la conscience individuelle dans le non-agir, que l’on fasse quelque chose ou rien du tout. De même pour ‘faire de la méditation’.
La voie d’amour et la voie non-dualiste
Il est un yogi (en état d’Union), quelque œuvre qu’il fasse par ailleurs. Ce sutra évoque irrésistiblement la belle parole de saint Augustin : « Aime et fais ce que tu veux. » Et il est vrai que, si l’on traite autrui avec amour, on ne voit guère comment cela pourrait nuire à quiconque. Mais la similitude des deux préceptes illustre parfaitement la nature du christianisme par rapport au yoga de la Gita. Dans un cas ‘Dieu est amour’, dans l’autre ‘Dieu est Un’. En christianisme on aime l’autre, comme une autre créature de Dieu. En yoga on perçoit l’autre comme symbole vivant de l’Unique ; non plus comme un autre, mais comme une autre forme de l’unique. La Gita précisera ce point : Le yogi, établi dans l’unité, qui Me vénère comme demeurant dans tous les êtres, vit en Moi, quel que soit sa façon de vivre (BG 06/31).
Pratique :
Pratique I : Jésus reproche aux chefs religieux de son temps : Vous jugez selon la chair (Jn 08/15 = P 145). On comprend que, vu que la chair ne sert à rien (spirituellement) un tel jugement n’ait au mieux qu’une valeur mortelle. Voici un exercice spirituel à faire chaque fois que se profile un jugement de valeur sur quoi que ce soit : ‘Selon la chair, qu’en est-il ? Et selon l’Esprit, qu’en est-il ?’ Il est rare que les deux jugements soient identiques et fréquent qu’ils soient inversés.
Pratique II : Le mental guide les paroles et le mental guide les gestes. L’action physique, comme verbale, implique une activité mentale ; la qualité de celle-ci détermine totalement celles-là. Ceci dit l’homme profane n’investit sa conscience que dans le mental. La femme profane l’investit dans le mental et beaucoup dans le sentiment. L’homme ou la femme spirituel l’investit aussi et continument dans l’Esprit. Avec un minimum d’entraînement, le ‘partage’ apparent de la conscience entre le mental et l’Esprit, entre le petit-soi-égo et le Soi-atman, n’est pas vécu comme une dualité. Le pianiste débutant a deux mains qu’il a bien du mal à faire jouer ensemble, mais le pianiste entraîné ne ressent plus cette dualité. Les points de vue du soi et du Soi sur l’action en cours s’harmonisent parfaitement. Comme si l’on voyait danser une personne devant soi, tantôt de face, tantôt de profil, sans jamais douter qu’il s’agit de la même.
Pratique III : Le passage ‘Le mal et le bien dans le Bien’ a introduit à la relativité du bien et du mal humain. Il n’y a pas de mal absolu, donc ne pas diaboliser ses ennemis. Mais il y a un Bien absolu, qui est Brahman, et dans lequel même le pire mal humain se résorbe (BG 04/36 et 09/30). Dans la quête du disciple, la vie mortelle, même la meilleure, est le mal en ce qu’elle empêche de fusionner avec l’absolu. Le religieux lutte pour le bien, le spirituel pour le Bien.
Pratique IV : Percevoir l’agir au sein du non-agir fera l’objet d’une pratique permanente du yogi. Quelque soit l’action menée, la chose la plus importante est de la mener sous le regard de Dieu et pour Lui, donc avec Lui. À la limite, mieux vaudrait une action mauvaise menée en conscience de Dieu, qu’une bonne menée dans l’oubli de Lui. Le fruit de toute action est mortel, seul subsiste la conscience qui l’a accompagnée.
Pratique V : « Je n’ai pas le temps de méditer, j’ai trop à faire » prétextent les ignorants. Mais, quand on médite, on agit avec Dieu, qui reconfigure notre monde de telle sorte que l’on ait moins à faire. Voilà le secret de l’agir au sein du non-agir.
Le NON-AGIR