La TRANSMISSION de la SAGESSE
Quand la lignée est détruite, les lois immémoriales (kula-dharma) qui la régissent périssent à leur tour. Une fois les lois disparues, le désordre se propage dans les varnas (BG 01/40)
Sous l’empire du désordre les femmes de la lignée se corrompent et la corruption des femmes accentue la confusion des varnas (BG 01/41)
Cette confusion signifie l’errance existentielle pour les destructeurs de la lignée et pour la lignée elle-même, car les ancêtres y tombent à leur tour, privés qu’ils sont d’offrandes et de libations (BG 01/42)
Ces destructeurs de la lignée sont responsables de la destruction des varnas (BG 01/43)
Et, quand les humains ne connaissent plus les lois de la lignée, ils sont voués à l’errance existentielle ; tel est l’enseignement qui nous fut transmis (BG 01/44)
Théorie :
Rupture de la transmission de sagesse
1 Quand la lignée est détruite, les lois immémoriales (kula-dharma) qui la régissent périssent à leur tour. La Bhagavad Gita insiste sur la continuité de la transmission spirituelle. Un médecin peut guérir un malade, il ne peut pas ressusciter un mort. Un spirituel, si grand soit-il, peut parfois redresser une tradition dont la doctrine et la pratique commencent à dévier, mais il ne pourra jamais ressusciter une tradition morte. L’histoire connait des dizaines de traditions mortes, comme l’égyptienne, la celtique et plusieurs traditions d’Amérique centrale et du sud. De nombreux bricoleurs pseudo-spirituels prétendent aujourd’hui faire revivre ces traditions à partir des quelques éléments archéologiques et des récits anciens dont ils disposent. La chose est très commode, personne n’étant là pour les contester. Leur point commun, c’est que de nombreuses superstitions des idéologies modernes s’y retrouvent, enveloppées d’un manteau exotique ; les acheteurs du produit cherchent certes le dépaysement, mais étant tout de même bien de leur temps et il convient de leur complaire sans les remettre en cause.
2 La Gita insiste : C’est grâce à cette tradition ininterrompue, de maître à disciple, que les sages royaux (les Rishis) ont connu cette sagesse éternelle (BG 04/02). Arjuna constate une évidence : si la lignée est détruite, la transmission de maître à disciple n’aura plus lieu, les lois immémoriales n’ayant plus de gardien seront donc oubliées. Dans l’Occident moderne cela se manifeste à trois niveaux. Premièrement, les familles se dispersent, divorcent, délaissent leurs vieux. Les anciens ne sont plus respectés, encore moins écoutés ; l’expérience ne se transmet plus familialement. Deuxièmement, la culture historique et philosophique tombe en désuétude, au profit de la technologie et de l’informatique ; ainsi l’expérience des humains qui nous ont précédés, mais que nous n’avons pas connus physiquement, ne nous parvient plus. Et le monde retombe perpétuellement dans les mêmes erreurs. Troisièmement, la sagesse transmise par les écrits sacrés est systématiquement éliminée par le principe de laïcité, qui revient de fait à détruire le lien entre le ciel et l’humain. Voici donc trois domaines où chaque lecteur peut intervenir à ce propos.
Reconnues ou pas, il n’est pas d’ordre sans varnas-castes
Une fois les lois disparues, le désordre se propage dans les varnas. Arjuna part du principe que les varnas-castes sont indispensables à l’harmonie d’une société. Nous en avons traité et n’y revenons pas ici. Mais un point demeure à signaler : c’est une erreur de croire qu’il y a des sociétés avec castes et d’autres sans. Il y a seulement des sociétés qui reconnaissent la nécessité des castes et une autre, la société démocratique, égalitaire, qui prétend pouvoir s’en passer. Mais, en réalité, toute société a besoin de bons et honnêtes savants, gouvernants, artisans et serviteurs. Sans cela, une société périclite ; or cela n’est pas autre chose que le système des varnas-castes. Car il est bien évident que les qualités pour être honnêtement artisan, gouvernant et savant ne sont pas les mêmes.
La femme comme ‘premier guru’
1 Sous l’empire du désordre les femmes de la lignée se corrompent et la corruption des femmes accentue la confusion des varnas. Les sociétés occidentales sont désormais imbibées des idéologies égalitaires, et même au-delà féministes (c’est-à-dire de domination de la mentalité féminine). L’affirmation précédente ne peut donc que scandaliser. Or l’émotion et le scandale sont les meilleurs moyens de distordre le réel et de fausser le jugement. Pourquoi les femmes se corrompent-t-elles sous l’empire du désordre ? Parce qu’elles sont naturellement plus faibles physiquement, psychologiquement et mentalement que les hommes vrais. Elles ont donc besoin de protection. Dans une situation désordonnée, elles ne pourront trouver protection qu’auprès d’hommes peu recommandables. Pour se faire aimer d’eux, elles imiteront donc leurs travers au point de les adopter tout à fait.
2 Maintenant pourquoi la corruption des femmes accentue la confusion des varnas ? Parce qu’elles portent les enfants et les influencent avant même leur naissance et plus encore pendant la petite enfance où elles exercent la fonction essentielle de ‘premier guru’ reconnu dans toutes les sociétés spirituelles. La chaîne de transmission de maître à disciple commence donc, pour tout humain, par le rôle de sa mère.
3 Il est un autre aspect important de la corruption des femmes et de son effet sur les varnas-castes : il s’agit de la gestion de l’hérédité. Les démocrates ‘de gauche’ ont tendance à considérer que tout vient de l’acquis, de l’éducation et que l’on peut façonner de bons citoyens à volonté. Les démocrates ‘de droite’, et plus encore ceux des aristocrates qui croient les castes héréditaires ont tendance à penser que tout repose sur l’hérédité : ‘Bon sang ne saurait mentir’. Les deux ont tort évidemment. Reste la proportion des deux sources indispensables qui font un humain de qualité : l’hérédité et l’éducation. On peut arroser une pierre, elle ne donnera pas du blé. Un grain de maïs non plus ne donnera pas du blé. L’éducation ne donnera donc aucun effet s’il n’y a pas préalablement le potentiel de l’hérédité.
4 C’est pourquoi, dans toutes les civilisations spirituelles, on distingue bien le plaisir sexuel, qui n’a rien à voir avec les castes, l’amour sentimental romantique, qui lui non plus est sans rapport, et le mariage reproducteur. Pour ce dernier, l’examen de l’hérédité familiale des conjoints, de leur harmonie astrologique, de la possible fusion de leurs spiritualités et de leurs cultures doit intervenir. Les femmes modernes, même souvent très diplômées, sont fréquemment d’une irresponsabilité sidérante quant au choix de l’homme avec qui elle vont faire des enfants. Les femelles animales, au moins, bénéficient d’une sélection naturelle par le combat des mâles. Les femmes modernes n’ont souvent aucun critère quant au choix du géniteur de leurs enfants, comme si l’appétence sexuelle était en elle-même suffisante à tout niveau. Sinon, pourquoi y aurait-il divorce dans plus de la moitié des unions ?
5 Quant au pathos larmoyant de ceux qui accusent la Gita et les anciens mondes de misogynie, qu’ils lisent ceci : Ceux qui prennent refuge en moi, fussent-ils de basse extraction, une femme, un vaïshyas (3° caste), ou un shudras (serviteur, 4° caste), atteignent le but suprême (BG 09/32). En général, ils ne retiennent que basse extraction, mais ils oublient ils atteignent le but suprême. Comme dit Jésus : Guides aveugles, vous arrêtez au filtre le moustique et engloutissez le chameau (Mt 23/24 = P 243).
Le culte aux ancêtres
1 Cette confusion signifie l’errance existentielle pour les destructeurs de la lignée. Pourquoi cette affirmation ? En raison de la loi des actions et réactions concordantes : celui qui détruit la lignée verra son destin personnel détruit. Sauf si les éléments qu’il détruit sont eux-mêmes destructeurs ; auquel cas il rétablit l’équilibre.
2 …et pour la lignée elle-même, car les ancêtres y tombent à leur tour, privés qu’ils sont d’offrandes et de libations. Une des différences essentielles entre les animaux et les humains réside, non pas dans l’utilisation d’outils ou de machines, comme on le croit aujourd’hui, mais dans le culte des morts. Ces cultes supposent la croyance en la perduration de l’être au-delà de la mort corporelle. Et cela-même suppose que la conception de l’être humain ne se limite pas au corps-mental. Autrement dit, la différence est spirituelle. Non que nous pensions les animaux, les plantes et même ce que nous nommons les minéraux, dépourvus de conscience et de dimension spirituelle. Mais leur spiritualité est considérablement moins individualisée que celle des humains, et donc moins autonome, moins consciente. Selon le principe de la transmigration (samsara), les êtres qui s’aiment ou qui se haïssent, et qui donc ont un lien fort, se retrouvent au-delà de la mort : quel que soit l’être auquel un homme pense au moment de la mort, il atteint cet être-là, sa pensée s’y étant constamment absorbée (BG 08/06). Cela ne signifie pas que ces êtres se rencontreront dans la même configuration existentielle. Un frère et une sœur ne seront pas nécessairement frère et sœur dans un autre cycle existentiel. La façon dont ils ont mené leur relation dans le cycle actuel déterminera la relation qu’ils auront dans le cycle suivant.
3 Par conséquent, dans toutes les civilisations spirituelles, on honore les morts qui nous sont chers par une sépulture et on influe positivement sur leur destin post-mortem par des prières et des rites funéraires. Telles sont les offrandes et les libations. Comme les règles de traitement des défunts font partie des lois immémoriales (kula-dharma) et que celles-ci disparaissent, les défunts sont abandonnés à leurs propre dynamique et ne sont plus aidés dans leur cheminement par ceux qui furent leurs proches. C’est en cela que les ancêtres y tombent à leur tour.
4 Dans le monde moderne, il est de bon ton de penser qu’il n’y a rien avant la naissance et rien après la mort. La vie est conçue comme un inexplicable et éphémère hasard entre deux néants. On supprime les cimetières. La mort est un sujet tabou, même si le moindre film d’action collectionne des dizaines de cadavres en moins de deux heures. Quand vient l’heure de la fin, on parle médecine et on évoque le passé. C’est ainsi que les hommes modernes se préparent un destin de transmigration quasi animal ; errance existentielle.
5 Notons que les offrandes et les libations aux ancêtres sont une obligation pour tous les hommes, sauf pour les yogis. Non que les yogis n’aient pas à respecter leurs ancêtres mais, du fait qu’ils rendent un culte perpétuel à l’Unique, ils sont comme celui qui touche le centre de la roue et par là influe sur tous les rayons à la fois. Les grandes âmes (mahatmas) participent de ma divine nature, m’adorent avec un amour exclusif, me reconnaissant comme le principe immuable de tous les êtres (BG 09/13). Le simple souhait de connaître le yoga permet au yogi de transcender déjà tous les rites scripturaires des Védas (BG 06/44). Par conséquent, l’homme plongé dans l’anti-civilisation moderne, qui ignore les ancêtres et préparent aux descendants une planète blessée, peut compenser cette misère en concentrant son culte sur l’Unique, mais à condition de ne pas se faire illusion, car c’est tous les jours et à toute heure du jour.
La responsabilité des hommes et des femmes
Ces destructeurs de la lignée sont responsables de la destruction des varnas. Certains féministes pouvaient être tentés de se scandaliser lorsque, deux sutras plus haut Krishna envisageait la responsabilité des femmes : Sous l’empire du désordre les femmes de la lignée se corrompent et la corruption des femmes accentue la confusion des varnas. Il note ici quels sont les responsables : les destructeurs de la lignée. Or ce ne sont que des hommes, présentement sur le champ de bataille. Il est donc clair que la responsabilité des femmes, qui existe elle aussi et méritait d’être envisagée, n’est que seconde par rapport à celle des hommes. De plus cette responsabilité des femmes est en partie excusable du fait qu’elles ont besoin d’une protection masculine, ce qui suppose souvent quelques compromis. On pourrait, certes, arguer : « Nombre de femmes modernes se passent complètement de l’assistance d’un homme. » La chose est vraie, mais à quel prix ? Cela n’est possible que dans un monde encombré de machines, dont on sait l’effet naturicide. De plus, ces femmes sans homme font des enfants sans père, ou pas d’enfants du tout. Elles sont le moyen même d’une civilisation qui s’auto-condamne à terme.
La plaidoirie d’Arjuna : un ‘pont aux ânes’ avant Krishna
1 Et, quand les humains ne connaissent plus les lois de la lignée, ils sont voués à l’errance existentielle ; tel est l’enseignement qui nous fut transmis. La première partie de cette conclusion reprend littéralement ce qui fut dit deux sutras plus haut. Reste qu’Arjuna, avec raison, ne supporte pas l’idée de voir s’éteindre l’enseignement qui lui fut transmis. Arjuna fait un faux calcul en se croyant pris entre deux feux. Il se dit que cette guerre brisera des lignées, ce qui entraînera l’extinction des lois immémoriales (kula-dharma). Ce danger est réel. Mais il s’imagine que ne pas mener cette guerre juste sauverait la transmission des lois immémoriales. Là se situe son erreur : comment les gouvernants usurpateurs, n’étant pas eux-mêmes qualifiés pour un pouvoir juste, pourraient-ils mettre en œuvre le dharma ?
2 Cette fin du chapitre 1 et le tout début du chapitre 2 obligent le disciple à un véritable exercice de discernement, car Arjuna y mélange méthodiquement les fausses vérités, les vrais principes et les erreurs énormes. Ce début de la Bhagavad Gita constitue une sorte de ‘pont aux ânes’ pour déterminer qui sera ensuite capable de comprendre le véritable enseignement de Krishna qui va bientôt débuter. On sait que les ânes, bien qu’endurants et sobres, ont tendance à se buter parfois sans cause évidente. Celui qui ne sait pas faire la part des vérités et des erreurs dans la longue plaidoirie d’Arjuna, n’est probablement pas qualifié pour comprendre ensuite l’enseignement de Krishna.
Pratique :
Pratique I : Dans Rupture de la transmission de sagesse Arjuna craint que la guerre, par ses massacres, entraîne cette rupture. Actuellement cela se manifeste à trois niveaux. Premièrement, les familles se dispersent, divorcent, délaissent leurs vieux ; l’expérience ne se transmet plus familialement. Deuxièmement, la culture historique et philosophique tombe en désuétude, au profit de la technologie et de l’informatique ; ainsi l’expérience des humains qui nous ont précédés, mais que nous n’avons pas connus physiquement, ne nous parvient plus. Troisièmement, la sagesse transmise par les écrits sacrés est systématiquement éliminée par le principe de laïcité, qui revient de fait à couper le lien entre le ciel et l’humain. Voici donc trois domaines où chaque lecteur peut intervenir pour la transmission de sagesse.
Pratique II : Reconnues ou pas, il n’est pas d’ordre sans varnas-castes. Arjuna part du principe que les varnas-castes sont indispensables à l’harmonie d’une société. C’est une erreur de croire qu’il y a des sociétés avec castes et d’autres sans. Il y a seulement des sociétés qui reconnaissent la nécessité des castes et une autre, la société démocratique, égalitaire, qui prétend pouvoir s’en passer. Mais, en réalité, toute société a besoin de bons et honnêtes artisans, de bons et honnêtes gouvernants, de bons et honnêtes savants. Sans cela, une société périclite ; or cela n’est pas autre chose que le système des varnas-castes. Car il est bien évident que les qualités pour être artisan, gouvernant et savant ne sont pas les mêmes, et qu’au-dessus des qualités humaines, il y a l’indispensable honnêteté spirituelle, ce qu’une culture coupée de la verticalité ne saurait enseigner.
Pratique III : La femme comme ‘premier guru’ Quoi qu’en dise la sensiblerie féministe, les femmes sont naturellement plus faibles physiquement, psychologiquement et mentalement que les hommes vrais. Dans une situation désordonnée, elles ne pourront trouver protection qu’auprès d’hommes peu recommandables. Or, la chaîne de transmission de maître à disciple commence, pour tout humain, par l’influence de sa mère. Mais l’éducation ne donnera aucun effet s’il n’y a pas préalablement le potentiel de l’hérédité. Les femmes modernes, même souvent très diplômées, sont fréquemment d’une irresponsabilité sidérante quant au choix de l’homme avec qui elles vont faire des enfants.
Pratique IV : Le culte aux ancêtres Les cultes des morts, propre aux humains supposent la croyance en la perduration de l’être au-delà de la mort corporelle, et donc une conception de l’être humain qui ne se limite pas au corps-mental. L’homme plongé dans l’anti-civilisation moderne, qui ignore les ancêtres et préparent aux descendants une planète blessée, peut compenser cette misère en concentrant son culte sur l’Unique, dont chaque être, vivant ou passé est un rayon, mais à condition de ne pas se faire illusion, car c’est tous les jours et à toute heure du jour.
Pratique V : La responsabilité des hommes et des femmes. Ces destructeurs de la lignée sont responsables de la destruction des varnas. Or ce ne sont que des hommes, présentement sur le champ de bataille. Il est donc clair que la responsabilité des femmes, qui existe elle aussi et méritait d’être envisagée, n’est que seconde par rapport à celle des hommes.
Pratique VI : La plaidoirie d’Arjuna : un ‘pont aux ânes’ avant Krishna Cette fin du chapitre 1 et le tout début du chapitre 2 obligent le disciple à un véritable exercice de discernement, car Arjuna y mélange méthodiquement les fausses vérités, les vrais principes et les erreurs énormes. Ce début de la Bhagavad Gita constitue une sorte de ‘pont aux ânes’ pour déterminer qui sera ensuite capable de comprendre le véritable enseignement de Krishna qui va bientôt débuter.
La TRANSMISSION de la SAGESSE (BG 01/40-44)
La TRANSMISSION de la SAGESSE (BG 01/40-44)
La TRANSMISSION de la SAGESSE
Quand la lignée est détruite, les lois immémoriales (kula-dharma) qui la régissent périssent à leur tour. Une fois les lois disparues, le désordre se propage dans les varnas (BG 01/40)
Sous l’empire du désordre les femmes de la lignée se corrompent et la corruption des femmes accentue la confusion des varnas (BG 01/41)
Cette confusion signifie l’errance existentielle pour les destructeurs de la lignée et pour la lignée elle-même, car les ancêtres y tombent à leur tour, privés qu’ils sont d’offrandes et de libations (BG 01/42)
Ces destructeurs de la lignée sont responsables de la destruction des varnas (BG 01/43)
Et, quand les humains ne connaissent plus les lois de la lignée, ils sont voués à l’errance existentielle ; tel est l’enseignement qui nous fut transmis (BG 01/44)
Théorie :
Rupture de la transmission de sagesse
1 Quand la lignée est détruite, les lois immémoriales (kula-dharma) qui la régissent périssent à leur tour. La Bhagavad Gita insiste sur la continuité de la transmission spirituelle. Un médecin peut guérir un malade, il ne peut pas ressusciter un mort. Un spirituel, si grand soit-il, peut parfois redresser une tradition dont la doctrine et la pratique commencent à dévier, mais il ne pourra jamais ressusciter une tradition morte. L’histoire connait des dizaines de traditions mortes, comme l’égyptienne, la celtique et plusieurs traditions d’Amérique centrale et du sud. De nombreux bricoleurs pseudo-spirituels prétendent aujourd’hui faire revivre ces traditions à partir des quelques éléments archéologiques et des récits anciens dont ils disposent. La chose est très commode, personne n’étant là pour les contester. Leur point commun, c’est que de nombreuses superstitions des idéologies modernes s’y retrouvent, enveloppées d’un manteau exotique ; les acheteurs du produit cherchent certes le dépaysement, mais étant tout de même bien de leur temps et il convient de leur complaire sans les remettre en cause.
2 La Gita insiste : C’est grâce à cette tradition ininterrompue, de maître à disciple, que les sages royaux (les Rishis) ont connu cette sagesse éternelle (BG 04/02). Arjuna constate une évidence : si la lignée est détruite, la transmission de maître à disciple n’aura plus lieu, les lois immémoriales n’ayant plus de gardien seront donc oubliées. Dans l’Occident moderne cela se manifeste à trois niveaux. Premièrement, les familles se dispersent, divorcent, délaissent leurs vieux. Les anciens ne sont plus respectés, encore moins écoutés ; l’expérience ne se transmet plus familialement. Deuxièmement, la culture historique et philosophique tombe en désuétude, au profit de la technologie et de l’informatique ; ainsi l’expérience des humains qui nous ont précédés, mais que nous n’avons pas connus physiquement, ne nous parvient plus. Et le monde retombe perpétuellement dans les mêmes erreurs. Troisièmement, la sagesse transmise par les écrits sacrés est systématiquement éliminée par le principe de laïcité, qui revient de fait à détruire le lien entre le ciel et l’humain. Voici donc trois domaines où chaque lecteur peut intervenir à ce propos.
Reconnues ou pas, il n’est pas d’ordre sans varnas-castes
Une fois les lois disparues, le désordre se propage dans les varnas. Arjuna part du principe que les varnas-castes sont indispensables à l’harmonie d’une société. Nous en avons traité et n’y revenons pas ici. Mais un point demeure à signaler : c’est une erreur de croire qu’il y a des sociétés avec castes et d’autres sans. Il y a seulement des sociétés qui reconnaissent la nécessité des castes et une autre, la société démocratique, égalitaire, qui prétend pouvoir s’en passer. Mais, en réalité, toute société a besoin de bons et honnêtes savants, gouvernants, artisans et serviteurs. Sans cela, une société périclite ; or cela n’est pas autre chose que le système des varnas-castes. Car il est bien évident que les qualités pour être honnêtement artisan, gouvernant et savant ne sont pas les mêmes.
La femme comme ‘premier guru’
1 Sous l’empire du désordre les femmes de la lignée se corrompent et la corruption des femmes accentue la confusion des varnas. Les sociétés occidentales sont désormais imbibées des idéologies égalitaires, et même au-delà féministes (c’est-à-dire de domination de la mentalité féminine). L’affirmation précédente ne peut donc que scandaliser. Or l’émotion et le scandale sont les meilleurs moyens de distordre le réel et de fausser le jugement. Pourquoi les femmes se corrompent-t-elles sous l’empire du désordre ? Parce qu’elles sont naturellement plus faibles physiquement, psychologiquement et mentalement que les hommes vrais. Elles ont donc besoin de protection. Dans une situation désordonnée, elles ne pourront trouver protection qu’auprès d’hommes peu recommandables. Pour se faire aimer d’eux, elles imiteront donc leurs travers au point de les adopter tout à fait.
2 Maintenant pourquoi la corruption des femmes accentue la confusion des varnas ? Parce qu’elles portent les enfants et les influencent avant même leur naissance et plus encore pendant la petite enfance où elles exercent la fonction essentielle de ‘premier guru’ reconnu dans toutes les sociétés spirituelles. La chaîne de transmission de maître à disciple commence donc, pour tout humain, par le rôle de sa mère.
3 Il est un autre aspect important de la corruption des femmes et de son effet sur les varnas-castes : il s’agit de la gestion de l’hérédité. Les démocrates ‘de gauche’ ont tendance à considérer que tout vient de l’acquis, de l’éducation et que l’on peut façonner de bons citoyens à volonté. Les démocrates ‘de droite’, et plus encore ceux des aristocrates qui croient les castes héréditaires ont tendance à penser que tout repose sur l’hérédité : ‘Bon sang ne saurait mentir’. Les deux ont tort évidemment. Reste la proportion des deux sources indispensables qui font un humain de qualité : l’hérédité et l’éducation. On peut arroser une pierre, elle ne donnera pas du blé. Un grain de maïs non plus ne donnera pas du blé. L’éducation ne donnera donc aucun effet s’il n’y a pas préalablement le potentiel de l’hérédité.
4 C’est pourquoi, dans toutes les civilisations spirituelles, on distingue bien le plaisir sexuel, qui n’a rien à voir avec les castes, l’amour sentimental romantique, qui lui non plus est sans rapport, et le mariage reproducteur. Pour ce dernier, l’examen de l’hérédité familiale des conjoints, de leur harmonie astrologique, de la possible fusion de leurs spiritualités et de leurs cultures doit intervenir. Les femmes modernes, même souvent très diplômées, sont fréquemment d’une irresponsabilité sidérante quant au choix de l’homme avec qui elle vont faire des enfants. Les femelles animales, au moins, bénéficient d’une sélection naturelle par le combat des mâles. Les femmes modernes n’ont souvent aucun critère quant au choix du géniteur de leurs enfants, comme si l’appétence sexuelle était en elle-même suffisante à tout niveau. Sinon, pourquoi y aurait-il divorce dans plus de la moitié des unions ?
5 Quant au pathos larmoyant de ceux qui accusent la Gita et les anciens mondes de misogynie, qu’ils lisent ceci : Ceux qui prennent refuge en moi, fussent-ils de basse extraction, une femme, un vaïshyas (3° caste), ou un shudras (serviteur, 4° caste), atteignent le but suprême (BG 09/32). En général, ils ne retiennent que basse extraction, mais ils oublient ils atteignent le but suprême. Comme dit Jésus : Guides aveugles, vous arrêtez au filtre le moustique et engloutissez le chameau (Mt 23/24 = P 243).
Le culte aux ancêtres
1 Cette confusion signifie l’errance existentielle pour les destructeurs de la lignée. Pourquoi cette affirmation ? En raison de la loi des actions et réactions concordantes : celui qui détruit la lignée verra son destin personnel détruit. Sauf si les éléments qu’il détruit sont eux-mêmes destructeurs ; auquel cas il rétablit l’équilibre.
2 …et pour la lignée elle-même, car les ancêtres y tombent à leur tour, privés qu’ils sont d’offrandes et de libations. Une des différences essentielles entre les animaux et les humains réside, non pas dans l’utilisation d’outils ou de machines, comme on le croit aujourd’hui, mais dans le culte des morts. Ces cultes supposent la croyance en la perduration de l’être au-delà de la mort corporelle. Et cela-même suppose que la conception de l’être humain ne se limite pas au corps-mental. Autrement dit, la différence est spirituelle. Non que nous pensions les animaux, les plantes et même ce que nous nommons les minéraux, dépourvus de conscience et de dimension spirituelle. Mais leur spiritualité est considérablement moins individualisée que celle des humains, et donc moins autonome, moins consciente. Selon le principe de la transmigration (samsara), les êtres qui s’aiment ou qui se haïssent, et qui donc ont un lien fort, se retrouvent au-delà de la mort : quel que soit l’être auquel un homme pense au moment de la mort, il atteint cet être-là, sa pensée s’y étant constamment absorbée (BG 08/06). Cela ne signifie pas que ces êtres se rencontreront dans la même configuration existentielle. Un frère et une sœur ne seront pas nécessairement frère et sœur dans un autre cycle existentiel. La façon dont ils ont mené leur relation dans le cycle actuel déterminera la relation qu’ils auront dans le cycle suivant.
3 Par conséquent, dans toutes les civilisations spirituelles, on honore les morts qui nous sont chers par une sépulture et on influe positivement sur leur destin post-mortem par des prières et des rites funéraires. Telles sont les offrandes et les libations. Comme les règles de traitement des défunts font partie des lois immémoriales (kula-dharma) et que celles-ci disparaissent, les défunts sont abandonnés à leurs propre dynamique et ne sont plus aidés dans leur cheminement par ceux qui furent leurs proches. C’est en cela que les ancêtres y tombent à leur tour.
4 Dans le monde moderne, il est de bon ton de penser qu’il n’y a rien avant la naissance et rien après la mort. La vie est conçue comme un inexplicable et éphémère hasard entre deux néants. On supprime les cimetières. La mort est un sujet tabou, même si le moindre film d’action collectionne des dizaines de cadavres en moins de deux heures. Quand vient l’heure de la fin, on parle médecine et on évoque le passé. C’est ainsi que les hommes modernes se préparent un destin de transmigration quasi animal ; errance existentielle.
5 Notons que les offrandes et les libations aux ancêtres sont une obligation pour tous les hommes, sauf pour les yogis. Non que les yogis n’aient pas à respecter leurs ancêtres mais, du fait qu’ils rendent un culte perpétuel à l’Unique, ils sont comme celui qui touche le centre de la roue et par là influe sur tous les rayons à la fois. Les grandes âmes (mahatmas) participent de ma divine nature, m’adorent avec un amour exclusif, me reconnaissant comme le principe immuable de tous les êtres (BG 09/13). Le simple souhait de connaître le yoga permet au yogi de transcender déjà tous les rites scripturaires des Védas (BG 06/44). Par conséquent, l’homme plongé dans l’anti-civilisation moderne, qui ignore les ancêtres et préparent aux descendants une planète blessée, peut compenser cette misère en concentrant son culte sur l’Unique, mais à condition de ne pas se faire illusion, car c’est tous les jours et à toute heure du jour.
La responsabilité des hommes et des femmes
Ces destructeurs de la lignée sont responsables de la destruction des varnas. Certains féministes pouvaient être tentés de se scandaliser lorsque, deux sutras plus haut Krishna envisageait la responsabilité des femmes : Sous l’empire du désordre les femmes de la lignée se corrompent et la corruption des femmes accentue la confusion des varnas. Il note ici quels sont les responsables : les destructeurs de la lignée. Or ce ne sont que des hommes, présentement sur le champ de bataille. Il est donc clair que la responsabilité des femmes, qui existe elle aussi et méritait d’être envisagée, n’est que seconde par rapport à celle des hommes. De plus cette responsabilité des femmes est en partie excusable du fait qu’elles ont besoin d’une protection masculine, ce qui suppose souvent quelques compromis. On pourrait, certes, arguer : « Nombre de femmes modernes se passent complètement de l’assistance d’un homme. » La chose est vraie, mais à quel prix ? Cela n’est possible que dans un monde encombré de machines, dont on sait l’effet naturicide. De plus, ces femmes sans homme font des enfants sans père, ou pas d’enfants du tout. Elles sont le moyen même d’une civilisation qui s’auto-condamne à terme.
La plaidoirie d’Arjuna : un ‘pont aux ânes’ avant Krishna
1 Et, quand les humains ne connaissent plus les lois de la lignée, ils sont voués à l’errance existentielle ; tel est l’enseignement qui nous fut transmis. La première partie de cette conclusion reprend littéralement ce qui fut dit deux sutras plus haut. Reste qu’Arjuna, avec raison, ne supporte pas l’idée de voir s’éteindre l’enseignement qui lui fut transmis. Arjuna fait un faux calcul en se croyant pris entre deux feux. Il se dit que cette guerre brisera des lignées, ce qui entraînera l’extinction des lois immémoriales (kula-dharma). Ce danger est réel. Mais il s’imagine que ne pas mener cette guerre juste sauverait la transmission des lois immémoriales. Là se situe son erreur : comment les gouvernants usurpateurs, n’étant pas eux-mêmes qualifiés pour un pouvoir juste, pourraient-ils mettre en œuvre le dharma ?
2 Cette fin du chapitre 1 et le tout début du chapitre 2 obligent le disciple à un véritable exercice de discernement, car Arjuna y mélange méthodiquement les fausses vérités, les vrais principes et les erreurs énormes. Ce début de la Bhagavad Gita constitue une sorte de ‘pont aux ânes’ pour déterminer qui sera ensuite capable de comprendre le véritable enseignement de Krishna qui va bientôt débuter. On sait que les ânes, bien qu’endurants et sobres, ont tendance à se buter parfois sans cause évidente. Celui qui ne sait pas faire la part des vérités et des erreurs dans la longue plaidoirie d’Arjuna, n’est probablement pas qualifié pour comprendre ensuite l’enseignement de Krishna.
Pratique :
Pratique I : Dans Rupture de la transmission de sagesse Arjuna craint que la guerre, par ses massacres, entraîne cette rupture. Actuellement cela se manifeste à trois niveaux. Premièrement, les familles se dispersent, divorcent, délaissent leurs vieux ; l’expérience ne se transmet plus familialement. Deuxièmement, la culture historique et philosophique tombe en désuétude, au profit de la technologie et de l’informatique ; ainsi l’expérience des humains qui nous ont précédés, mais que nous n’avons pas connus physiquement, ne nous parvient plus. Troisièmement, la sagesse transmise par les écrits sacrés est systématiquement éliminée par le principe de laïcité, qui revient de fait à couper le lien entre le ciel et l’humain. Voici donc trois domaines où chaque lecteur peut intervenir pour la transmission de sagesse.
Pratique II : Reconnues ou pas, il n’est pas d’ordre sans varnas-castes. Arjuna part du principe que les varnas-castes sont indispensables à l’harmonie d’une société. C’est une erreur de croire qu’il y a des sociétés avec castes et d’autres sans. Il y a seulement des sociétés qui reconnaissent la nécessité des castes et une autre, la société démocratique, égalitaire, qui prétend pouvoir s’en passer. Mais, en réalité, toute société a besoin de bons et honnêtes artisans, de bons et honnêtes gouvernants, de bons et honnêtes savants. Sans cela, une société périclite ; or cela n’est pas autre chose que le système des varnas-castes. Car il est bien évident que les qualités pour être artisan, gouvernant et savant ne sont pas les mêmes, et qu’au-dessus des qualités humaines, il y a l’indispensable honnêteté spirituelle, ce qu’une culture coupée de la verticalité ne saurait enseigner.
Pratique III : La femme comme ‘premier guru’ Quoi qu’en dise la sensiblerie féministe, les femmes sont naturellement plus faibles physiquement, psychologiquement et mentalement que les hommes vrais. Dans une situation désordonnée, elles ne pourront trouver protection qu’auprès d’hommes peu recommandables. Or, la chaîne de transmission de maître à disciple commence, pour tout humain, par l’influence de sa mère. Mais l’éducation ne donnera aucun effet s’il n’y a pas préalablement le potentiel de l’hérédité. Les femmes modernes, même souvent très diplômées, sont fréquemment d’une irresponsabilité sidérante quant au choix de l’homme avec qui elles vont faire des enfants.
Pratique IV : Le culte aux ancêtres Les cultes des morts, propre aux humains supposent la croyance en la perduration de l’être au-delà de la mort corporelle, et donc une conception de l’être humain qui ne se limite pas au corps-mental. L’homme plongé dans l’anti-civilisation moderne, qui ignore les ancêtres et préparent aux descendants une planète blessée, peut compenser cette misère en concentrant son culte sur l’Unique, dont chaque être, vivant ou passé est un rayon, mais à condition de ne pas se faire illusion, car c’est tous les jours et à toute heure du jour.
Pratique V : La responsabilité des hommes et des femmes. Ces destructeurs de la lignée sont responsables de la destruction des varnas. Or ce ne sont que des hommes, présentement sur le champ de bataille. Il est donc clair que la responsabilité des femmes, qui existe elle aussi et méritait d’être envisagée, n’est que seconde par rapport à celle des hommes.
Pratique VI : La plaidoirie d’Arjuna : un ‘pont aux ânes’ avant Krishna Cette fin du chapitre 1 et le tout début du chapitre 2 obligent le disciple à un véritable exercice de discernement, car Arjuna y mélange méthodiquement les fausses vérités, les vrais principes et les erreurs énormes. Ce début de la Bhagavad Gita constitue une sorte de ‘pont aux ânes’ pour déterminer qui sera ensuite capable de comprendre le véritable enseignement de Krishna qui va bientôt débuter.
La TRANSMISSION de la SAGESSE (BG 01/40-44)