La FIN de la CONFUSION SPIRITUELLE
Une fois que tu possèderas cette connaissance,
tu ne tomberas plus jamais dans la confusion,
et tu verras tous les êtres dans le Soi et aussi en Moi,
dont ils sont partie intégrante.
(BG 04/35)
Théorie :
L’obstacle spirituel de la pensée progressiste
1 Une fois que tu possèderas cette connaissance, tu ne tomberas plus jamais dans la confusion. Cet enseignement heurte frontalement un présupposé fortement ancré dans la mentalité contemporaine. Il s’agit du progressisme. L’homme actuel croit que la connaissance scientifique progresse, petit à petit, bien que parfois par grands sauts, et que cela ira indéfiniment. La chose n’est certainement pas fausse en ce qui concerne le monde matériel, cosmique. Non pas seulement à cause de l’histoire passée de la science, dont on ne connaît au fond que deux petits millénaires.
2 Mais surtout à cause de cette évidence métaphysique qui fait que l’Absolu, lorsqu’il se manifeste à partir du principe divin (le Créateur pour les Chrétiens et Ishvara pour le yoga) le fait nécessairement en mode d’indéfinité. L’indéfinité est, dans le domaine matériel, le reflet de l’infinitude du divin. On l’observe, en théorie, en arithmétique, avec la génération des nombres, puisque, pour tout nombre N, il existe un plus grand N+1. Expérimentalement, l’exploration du cosmos, qui dispose de moyens techniques de plus en plus considérables, constate qu’il y a toujours quelque chose derrière les corps célestes récemment découverts.
3 Cependant l’Occident matérialiste a fait de la science de la matière (Physique, chimie, biologie etc), qui était dans l’Antiquité une science inférieure, la première des sciences, détrônant et même oubliant l’ex-première, la métaphysique, science spirituelle. L’Occident, quand il s’intéresse encore à la spiritualité, ce qui est rare, applique donc son à priori progressiste au domaine de l’Esprit, ce qui le rend incapable de comprendre le présent enseignement, affirmant que l’on peut posséder la connaissance spirituelle, totalement et définitivement.
4 Comme nous l’avons souvent constaté dans ce commentaire, toute idée profane a sa source théologique ou religieuse dans l’histoire de la pensée. Une fois de plus, la conception créationniste propre aux religions abrahamiques (Judaïsme, Christianisme, Islam) veut que l’homme ne soit pas directement issu de Dieu et de Lui seul, mais tiré par Dieu du néant (creatio ex nihilo). L’homme, limité puisque mortel (en somme fini) ne peut donc pas espérer atteindre pleinement Dieu, infini. Il ne peut que s’en approcher indéfiniment (les mathématiciens diront ‘asymptotiquement’). D’où l’idée de progrès indéfini comme une chose possible et de réalisation définitive et complète comme une chose impossible.
5 La pensée orientale, de même que l’ésotérisme chrétien (la gnose), considère que l’homme -et d’ailleurs tout être- est issu de Dieu et de Lui seul. Une part de moi devient jiva (l’âme individuelle), dans le monde des vivants, elle est immortelle, et réside en prakriti (la Nature). Elle attire les six sens, dont l’organe interne (le mental) (BG 15/07). Il y a donc du divin au cœur de l’humain, selon cette conception. Il n’y a même que cela. Je suis le Soi (atman), siégeant dans le cœur de tous les êtres. Je suis le début, le milieu et aussi la fin de toutes les créatures (BG 10/20). Dès lors, un humain particulier peut réintégrer le divin dont il est issu, puisqu’aucune barrière infranchissable n’existe entre l’un et l’autre. Indivisible, Brahman (l’Absolu) paraît se répartir entre les êtres. Il doit être connu comme le maintien des êtres dans l’existence ; il les absorbe et les émet tour à tour (BG 13/16). La Bhagavad Gita insiste sur le fait que l’accomplissement total est possible : Écoute comment, en pratiquant le yoga et en prenant refuge en moi, la pensée absorbée en moi, assurément, tu me connaitras totalement, libre de tout doute (BG 07/01). Je vais te révéler entièrement cette connaissance (jnana) et sa réalisation, ou connaissance discriminative (vijnana) qui, une fois acquises, ne laissent rien d’autre à connaître (BG 07/02).
La peur de l’ennui chez le non-méditant
Nous venons de considérer, en amont, l’origine de la pensée progressiste. Envisageons maintenant, en aval, l’obstacle à l’acceptation de cette pensée, alors même que le méditant commence à s’en convaincre. Quelque chose en lui se dit : « Si j’arrivais au but, il n’y aurait plus la passion et l’aventure de la découverte, alors, l’ennui serait terrible. Je serais immobile comme la mort ! » Ce ressenti provient de l’identification au corps-mental qui n’existe que dans l’action et n’est faits que pour cela. Il voit juste, celui qui voit que c’est la prakriti (la Nature) qui, seule, accomplit toutes les actions, et que le Soi est sans action (BG 13/29). Quand l’intelligent arrive à comprendre que la foule des existences particulières trouve sa source en un être unique, il devient Brahman (BG 13/30). Cette difficulté est due à la nature souvent rajasique des Occidentaux : La convoitise, les projets, l’activisme, l’inquiétude, le désir naissent quand rajas domine (BG 14/12).
Avoir un esprit ou n’être qu’un esprit
1 L’Occidental, subconsciemment formaté par deux mille ans de Christianisme théologique, doit déjà dépasser sa propre culture pour considérer qu’il y a quelque chose de divin en lui. En somme pour distinguer psychè (le psychisme, qui naît et meurt avec le corps : soma) et pneuma (l’esprit). L’esprit-pneuma étant immortel et divin et seul capable de comprendre Dieu puisque, selon la parole de Jésus à la Samaritaine, Dieu est esprit-pneuma (Jn 04/24 = P 036). C’est une chose immensément plus difficile pour lui de considérer que son pôle spirituel (pneuma), que la BG nomme l’être incarné (BG 12/05, 13/20), puisse s’affranchir totalement de l’enveloppe corporelle mortelle. Ceux qui, par l’œil de la connaissance, perçoivent la distinction entre le ‘Champ’ (Matière, corps) et le ‘Connaisseur du Champ’ (Idée, Conscience), et comment on se libère de la prakriti (Nature), et des êtres, ceux-là atteignent le but suprême (BG 13/34). Quand l’être incarné se trouve capable de dépasser les trois gunas, qui sont à l’origine du corps, il est libéré de la naissance, de la douleur, de la vieillesse, de la mort, et atteint l’ambroisie de l’immortalité (BG 14/20).
2 Pourtant, la simple expérience du sommeil prouve quotidiennement à tous les humains que la conscience peut s’affranchir totalement du corps sans rupture de continuité. Le sommeil profond n’est pas l’inconscience, mais la réintégration de la conscience individuelle dans la Conscience divine. Seule cesse la conscience individuelle, corporelle, que le yoga nomme jiva (BG 15/07). L’état méditatif, à un certain degré de perfection, prouve aussi que la conscience demeure sans lien avec le corps.
Qu’est-ce que la confusion spirituelle ?
1 …tu ne tomberas plus jamais dans la confusion… La confusion dont il s’agit résulte de l’entrée de l’être incarné dans un corps, dans une forme du cosmos. À cause des dualités trompeuses, nées du désir et de l’aversion, tous les êtres sont soumis à la confusion, à l’instant même où ils font leur entrée dans le monde (BG 07/27).
2 « En quoi consiste cette confusion ? » En l’incapacité de répondre à nombre de questions inévitables chez un être intelligent. Par exemple « Pourquoi suis-je né ? » « Pourquoi dans telle situation existentielle ? » « Ma vie a-t-elle un sens ? Est-elle destinée à faire ou à comprendre quelque chose et quoi ? » Tout humain, souvent très jeune, se pose ces questions. Mais la culture occidentale laïque, et de fait athée, non seulement ne répond pas à ces questions, mais les étouffe méthodiquement dans l’âme de l’enfant. Ainsi, la plupart des Occidentaux parviennent à une sorte de perfection dans l’art de la laïcité, perfection qui consiste à n’avoir pas plus de questionnement métaphysique qu’un chien ou une vache. Cela donne alors l’impression que la confusion a cessé alors que, du point de vue spirituel, c’est peut-être l’humanité qui a cessé.
La confusion et la foi
1 Cette question touche celle de la foi, telle que le Christianisme la conçoit. Un homme qui a compris une démonstration mathématique l’a comprise pour la vie ; il n’a aucun risque d’en douter jamais. Or, il y a une dimension intellectuelle dans la foi en Dieu, qui rend impossible que le doute s’y mêle. Le Christianisme, religion basée sur la conception de Dieu comme amour, est essentiellement sentimental et la foi adopte alors la même nature. Or le domaine sentimental est fluctuant par nature. C’est pourquoi il est de bon ton, en Christianisme, d’avoir la foi en luttant contre le doute ; une foi qui s’afficherait certaine apparaîtrait comme l’orgueil de celui qui prêtant posséder Dieu, n’être plus surpris par Lui.
2 Lorsque la Gita déclare : tu ne tomberas plus jamais dans la confusion, cela implique que le disciple accède à une foi intelligente et non plus seulement à une foi affective, si ardente soit-elle.
3 Voilà la condition brahmanique. Qui l’a atteint ne peut plus s’égarer. Si on s’y établit, fût-ce à l’article de la mort, on parvient à l’union avec Brahman (BG 02/72). Le Chrétien vit en permanence dans la crainte du jugement dernier. S’estimé sauvé avec certitude reviendrait pour lui à commettre le péché le plus damnant. A contrario, le yoga estime possible, et souhaitable évidemment, d’atteindre le stade de non-égarement, alors même que les difficultés de la vie ne sont pas encore terminées pour l’être humain. Nous ne parlons ici que du Christianisme exotérique, car il y eut des mystiques et des saints (mais assurément pas tous) qui vécurent leur relation avec Dieu dans une certitude béatifiante.
4 Si, maintenant, nous passons du Christianisme à l’Évangile (choses à ne jamais confondre) il est clair que la conception de la foi par Jésus est nettement yogique : Tout est possible à celui qui croit (Mc 09/23 = P 127). Tout ce que vous demandez en priant, croyez que vous l’avez déjà reçu, et cela vous sera accordé (Mc 11/24 = P 235). La confusion existentielle n’a plus aucune place dans une telle spiritualité.
Le Soi en moi ou moi dans le Soi ?
1 …tu verras tous les êtres dans le Soi… Le Soi en question est Dieu. Un premier stade spirituel consiste à discerner le Soi en soi-même, au cœur de l’individu que nous sommes. On a alors celui qui est instruit de sa propre identité (le Soi) (BG 06/32). Un deuxième stade consiste à percevoir cette identité chez autrui. Celui qui… perçoit le Soi en lui comme étant le Soi en tous les êtres (BG 05/07). Mais ce stade est plus difficile car certains hommes ne laissent que peu transparaître la présence du Soi universel en eux, c’est pourquoi il est dit : celui qui, instruit par sa propre identité (le Soi), voit l’identité partout, chez les heureux ou les malheureux, est un Yôgî excellent (BG 06/32).
2 Un troisième stade consiste à comprendre que ce n’est pas seulement le Soi divin qui réside au cœur de l’humain mortel, mais que l’humain mortel, comme toute créature d’ailleurs réside en fait dans le Soi divin. Le mental harmonisé par le yoga, il voit le Soi résidant dans tous les êtres et tous les êtres dans le Soi. Il voit de toutes parts l’identité (BG 06/29). C’est par une dévotion infaillible et exclusive que l’on peut atteindre ce Purusha suprême, en qui tous les êtres demeurent et par qui tout cet univers est pénétré (BG 08/22).
3 La Bhagavad Gita revient sur cet enseignement sous tous les angles. Si l’on considère les évangiles synoptiques (Marc, Matthieu, Luc), il semble difficile d’y trouver l’équivalent, mais si l’on médite celui de Jean, la similitude d’enseignement éclate. Croyez-m’en ! je suis dans le Père et le Père est en moi (Jn 14/11 = P 263).
1 …et aussi en Moi, dont ils sont partie intégrante. Logiquement entendue cette phrase est bizarre. Il est dit que les êtres sont dans le Soi et aussi en Moi. Le Moi en question (avec une majuscule) est Dieu, c’est Dieu qui parle. Le Soi et le Moi sont identiques. La différence n’est qu’une question de langage et de point de vue.
2 En métaphysique, on envisage le divin impersonnel : La tâche est plus ardue pour ceux qui fixent leur mental sur le non-manifesté, car avancer par la voie de l’absolu impersonnel est toujours difficile pour l’être incarné (BG 12/05).
3 En religion, il y a toujours plus ou moins une représentation anthropomorphique de Dieu (Dieu semblable à une personne humaine). Alors c’est Dieu qui parle, avec des mots humains et il dit Moi, à la première personne… mais avec une majuscule quand même ! La Bhagavad Gita emploie parfois à la suite ces deux langages. Il voit le Soi résidant dans tous les êtres et tous les êtres dans le Soi (BG 06/29). Celui qui Me voit en tout, et qui voit tout en Moi, n’est jamais séparé de Moi et Je ne suis jamais séparé de lui (BG 06/30).
4 Là se situe une grande différence entre l’Évangile et la BG et donc entre leurs destinataires principaux, les Occidentaux et les Orientaux. Dans l’Évangile, Dieu est quasiment toujours représenté de façon anthropomorphique, à la façon biblique du Judaïsme. En cherchant bien, cependant, on trouve des exceptions. Par exemple : Ils disent donc à Jésus : « Qui es-tu ? » Jésus leur dit : « Je vous dis le principe-arkhê ». La notion de principe dans l’Évangile de Jean correspond exactement au Soi dans la BG. Mais les traductions exotériques masquent le mystère en traduisant : arkhê par ‘commencement’ ce qu’il signifie aussi en grec (Le commencement étant le principe du temps). En Orient la religion introduit à l’ésotérisme spirituel, en Christianisme, la religion renie l’ésotérisme. Tel est le drame de l’Occident et ceci depuis la fondation du Christianisme comme religion dogmatique, soit depuis l’empereur Constantin.
L’homme est-il une partie de Dieu ?
1 …aussi en Moi, dont ils sont partie intégrante. En employant la notion de partie, la Gita semble accréditer l’idée que l’homme est une partie de Dieu. D’autres passages semblent dire la même chose. À quoi bon te donner tous ces détails, ô Arjuna ? Me voici, supportant l’univers entier avec une parcelle de mon être ! (BG 10/42). Cela n’est qu’une concession au langage humain, qui découpe le réel en morceaux en imposant un mot pour désigner chaque morceau. On évoque, par exemple, le jaune, orange, rouge, dans les couleurs de l’arc en ciel, alors que la réalité physique est un continuum. On distingue de même les minéraux, végétaux, animaux et humains, alors que là aussi existe un continuum. Si l’on voulait éviter cela, il ne faudrait plus parler humain et alors comment évoquer le divin quand on est un homme ?
2 L’Évangile gnostique de Philippe évoque clairement le problème : Les mots que nous mettons sur les réalités terrestres entrainent l’illusion… Celui qui entend le mot ‘Dieu’ ne saisit pas le Réel, mais une illusion ou une image du Réel. De même les mots Pères, Fils, Saint-Esprit, Lumière, Vie, Résurrection, Église, tous ces mots ne disent pas la réalité (Ph 11). La Vérité se sert des mots dans le monde parce que, sans ces mots, elle demeurerait totalement inconnaissable. La Vérité est une et multiple,afin de nous enseigner l’Un innombrable de l’Amour (Ph 12).
3 C’est pourquoi la Gita prend souvent soin de préciser qu’il convient de dépasser le côté séparatif du langage, en disant apparemment le contraire de ce que suggère le mot partie pris à la lettre. Indivisible, Brahman paraît se répartir entre les êtres. Il doit être connu comme le maintien des êtres dans l’existence ; il les absorbe et les émet tour à tour (BG 13/16). Sache que cette connaissance, par laquelle on perçoit la réalité indestructible dans tous les êtres, l’indivisible dans ce qui est divisé, est sattvique (pure) (BG 18/20). Tu es l’Indivisible, l’être suprême, qu’il faut réaliser (BG 11/18). Il y a donc le plan de l’expérience humaine sensorielle, qui fait paraître les êtres séparés entre eux et surtout séparés du Principe divin ; puis une conception plus subtile, qui les révèle comme partie du divin ; enfin une autre vraiment métaphysique, qui découvre que la séparation n’est en fait qu’une illusion cosmique, maya.
Pratique :
Pratique I : Dans L’obstacle spirituel de la pensée progressiste il fut exposé que la connaissance du monde par l’homme ne peut être que progressive et indéfinie, comme la science des Occidentaux, science de la nature essentiellement. Par contre, ce serait erreur d’appliquer ce caractère indéfini à la science spirituelle, car elle comporte des étapes qui se vivent en terme de certitude, de points de non retour, et non d’hypothèses transitoires. De plus la science spirituelle a un but ultime, qui est Dieu, et qui est atteignable, puisqu’il réside déjà, sous la forme du Soi, dans le cœur de tout homme (BG 10/20)
Pratique II : Dans La peur de l’ennui chez le non-méditant il fut exposé que la crainte de l’ennui en méditation est une pensée du mental, habitué à brasser sans cesse des événements extérieurs ou intérieurs. Quand la conscience atteint l’atman, le cœur immortel de l’humain, toute notion de temps est abolie ; comment alors pourrait-on être impatient ou s’ennuyer ?
Pratique III : Dans Avoir un esprit ou n’être qu’un esprit il fut exposé que Jésus révèle à la Samaritaine Dieu est Esprit. Or la Gita déclare : toi seul te connais par toi-même (BG 10/15). Cet enseignement n’aurait pas de sens s’il n’y avait pas chez la Samaritaine, et chez tout méditant, quelque chose de même nature que cet Esprit, qui puisse le comprendre ; ce quelque chose est l’atman. Le yogi s’entraîne donc à se concevoir comme un esprit incarné, et non comme un corps-mental en quête d’un esprit dont il serait dépourvu.
Pratique IV : Dans Qu’est-ce que la confusion spirituelle ? nous avons vu qu’il s’agit de se prendre pour autre chose que ce que l’on est fondamentalement. Se prendre pour un animal par exemple, c’est-à-dire pour un corps-mental coupé de fait du principe. La théorie de la laïcité à la française, voile pudique d’une civilisation qui croit pouvoir subsister en mode d’athéisme, n’est pas autre chose que cette confusion à l’échelle d’une nation entière. L’homme, collectif ou individuel, n’est homme qu’en se vivant comme rayon du soleil divin. Dans La confusion et la foi il fut rajouté une conséquence de ce point : la foi véritable est une certitude exclusive de tout doute (BG 18/10). Jésus, comme Krishna sont radicaux sur la question, contrairement à nombre de chrétiens modernes pour qui il est assez tendance de prétendre douter quelquefois.
Pratique V : Dans Le Soi en moi ou moi dans le Soi ? dans Dieu théologique ou le Soi métaphysique ? et dans L’homme est-il une partie de Dieu ? il fut exposé que la création est en Dieu et non hors de Dieu, comme le croient les religions abrahamiques dans leur exotérisme. S’il était quoi que ce soit hors de Dieu, il ne serait pas le Tout. La spiritualité est le dépassement de l’illusion séparatiste.
La FIN de la CONFUSION SPIRITUELLE (BG 04/35)
La FIN de la CONFUSION SPIRITUELLE (BG 04/35)
La FIN de la CONFUSION SPIRITUELLE
Une fois que tu possèderas cette connaissance,
tu ne tomberas plus jamais dans la confusion,
et tu verras tous les êtres dans le Soi et aussi en Moi,
dont ils sont partie intégrante.
(BG 04/35)
Théorie :
L’obstacle spirituel de la pensée progressiste
1 Une fois que tu possèderas cette connaissance, tu ne tomberas plus jamais dans la confusion. Cet enseignement heurte frontalement un présupposé fortement ancré dans la mentalité contemporaine. Il s’agit du progressisme. L’homme actuel croit que la connaissance scientifique progresse, petit à petit, bien que parfois par grands sauts, et que cela ira indéfiniment. La chose n’est certainement pas fausse en ce qui concerne le monde matériel, cosmique. Non pas seulement à cause de l’histoire passée de la science, dont on ne connaît au fond que deux petits millénaires.
2 Mais surtout à cause de cette évidence métaphysique qui fait que l’Absolu, lorsqu’il se manifeste à partir du principe divin (le Créateur pour les Chrétiens et Ishvara pour le yoga) le fait nécessairement en mode d’indéfinité. L’indéfinité est, dans le domaine matériel, le reflet de l’infinitude du divin. On l’observe, en théorie, en arithmétique, avec la génération des nombres, puisque, pour tout nombre N, il existe un plus grand N+1. Expérimentalement, l’exploration du cosmos, qui dispose de moyens techniques de plus en plus considérables, constate qu’il y a toujours quelque chose derrière les corps célestes récemment découverts.
3 Cependant l’Occident matérialiste a fait de la science de la matière (Physique, chimie, biologie etc), qui était dans l’Antiquité une science inférieure, la première des sciences, détrônant et même oubliant l’ex-première, la métaphysique, science spirituelle. L’Occident, quand il s’intéresse encore à la spiritualité, ce qui est rare, applique donc son à priori progressiste au domaine de l’Esprit, ce qui le rend incapable de comprendre le présent enseignement, affirmant que l’on peut posséder la connaissance spirituelle, totalement et définitivement.
4 Comme nous l’avons souvent constaté dans ce commentaire, toute idée profane a sa source théologique ou religieuse dans l’histoire de la pensée. Une fois de plus, la conception créationniste propre aux religions abrahamiques (Judaïsme, Christianisme, Islam) veut que l’homme ne soit pas directement issu de Dieu et de Lui seul, mais tiré par Dieu du néant (creatio ex nihilo). L’homme, limité puisque mortel (en somme fini) ne peut donc pas espérer atteindre pleinement Dieu, infini. Il ne peut que s’en approcher indéfiniment (les mathématiciens diront ‘asymptotiquement’). D’où l’idée de progrès indéfini comme une chose possible et de réalisation définitive et complète comme une chose impossible.
5 La pensée orientale, de même que l’ésotérisme chrétien (la gnose), considère que l’homme -et d’ailleurs tout être- est issu de Dieu et de Lui seul. Une part de moi devient jiva (l’âme individuelle), dans le monde des vivants, elle est immortelle, et réside en prakriti (la Nature). Elle attire les six sens, dont l’organe interne (le mental) (BG 15/07). Il y a donc du divin au cœur de l’humain, selon cette conception. Il n’y a même que cela. Je suis le Soi (atman), siégeant dans le cœur de tous les êtres. Je suis le début, le milieu et aussi la fin de toutes les créatures (BG 10/20). Dès lors, un humain particulier peut réintégrer le divin dont il est issu, puisqu’aucune barrière infranchissable n’existe entre l’un et l’autre. Indivisible, Brahman (l’Absolu) paraît se répartir entre les êtres. Il doit être connu comme le maintien des êtres dans l’existence ; il les absorbe et les émet tour à tour (BG 13/16). La Bhagavad Gita insiste sur le fait que l’accomplissement total est possible : Écoute comment, en pratiquant le yoga et en prenant refuge en moi, la pensée absorbée en moi, assurément, tu me connaitras totalement, libre de tout doute (BG 07/01). Je vais te révéler entièrement cette connaissance (jnana) et sa réalisation, ou connaissance discriminative (vijnana) qui, une fois acquises, ne laissent rien d’autre à connaître (BG 07/02).
La peur de l’ennui chez le non-méditant
Nous venons de considérer, en amont, l’origine de la pensée progressiste. Envisageons maintenant, en aval, l’obstacle à l’acceptation de cette pensée, alors même que le méditant commence à s’en convaincre. Quelque chose en lui se dit : « Si j’arrivais au but, il n’y aurait plus la passion et l’aventure de la découverte, alors, l’ennui serait terrible. Je serais immobile comme la mort ! » Ce ressenti provient de l’identification au corps-mental qui n’existe que dans l’action et n’est faits que pour cela. Il voit juste, celui qui voit que c’est la prakriti (la Nature) qui, seule, accomplit toutes les actions, et que le Soi est sans action (BG 13/29). Quand l’intelligent arrive à comprendre que la foule des existences particulières trouve sa source en un être unique, il devient Brahman (BG 13/30). Cette difficulté est due à la nature souvent rajasique des Occidentaux : La convoitise, les projets, l’activisme, l’inquiétude, le désir naissent quand rajas domine (BG 14/12).
Avoir un esprit ou n’être qu’un esprit
1 L’Occidental, subconsciemment formaté par deux mille ans de Christianisme théologique, doit déjà dépasser sa propre culture pour considérer qu’il y a quelque chose de divin en lui. En somme pour distinguer psychè (le psychisme, qui naît et meurt avec le corps : soma) et pneuma (l’esprit). L’esprit-pneuma étant immortel et divin et seul capable de comprendre Dieu puisque, selon la parole de Jésus à la Samaritaine, Dieu est esprit-pneuma (Jn 04/24 = P 036). C’est une chose immensément plus difficile pour lui de considérer que son pôle spirituel (pneuma), que la BG nomme l’être incarné (BG 12/05, 13/20), puisse s’affranchir totalement de l’enveloppe corporelle mortelle. Ceux qui, par l’œil de la connaissance, perçoivent la distinction entre le ‘Champ’ (Matière, corps) et le ‘Connaisseur du Champ’ (Idée, Conscience), et comment on se libère de la prakriti (Nature), et des êtres, ceux-là atteignent le but suprême (BG 13/34). Quand l’être incarné se trouve capable de dépasser les trois gunas, qui sont à l’origine du corps, il est libéré de la naissance, de la douleur, de la vieillesse, de la mort, et atteint l’ambroisie de l’immortalité (BG 14/20).
2 Pourtant, la simple expérience du sommeil prouve quotidiennement à tous les humains que la conscience peut s’affranchir totalement du corps sans rupture de continuité. Le sommeil profond n’est pas l’inconscience, mais la réintégration de la conscience individuelle dans la Conscience divine. Seule cesse la conscience individuelle, corporelle, que le yoga nomme jiva (BG 15/07). L’état méditatif, à un certain degré de perfection, prouve aussi que la conscience demeure sans lien avec le corps.
Qu’est-ce que la confusion spirituelle ?
1 …tu ne tomberas plus jamais dans la confusion… La confusion dont il s’agit résulte de l’entrée de l’être incarné dans un corps, dans une forme du cosmos. À cause des dualités trompeuses, nées du désir et de l’aversion, tous les êtres sont soumis à la confusion, à l’instant même où ils font leur entrée dans le monde (BG 07/27).
2 « En quoi consiste cette confusion ? » En l’incapacité de répondre à nombre de questions inévitables chez un être intelligent. Par exemple « Pourquoi suis-je né ? » « Pourquoi dans telle situation existentielle ? » « Ma vie a-t-elle un sens ? Est-elle destinée à faire ou à comprendre quelque chose et quoi ? » Tout humain, souvent très jeune, se pose ces questions. Mais la culture occidentale laïque, et de fait athée, non seulement ne répond pas à ces questions, mais les étouffe méthodiquement dans l’âme de l’enfant. Ainsi, la plupart des Occidentaux parviennent à une sorte de perfection dans l’art de la laïcité, perfection qui consiste à n’avoir pas plus de questionnement métaphysique qu’un chien ou une vache. Cela donne alors l’impression que la confusion a cessé alors que, du point de vue spirituel, c’est peut-être l’humanité qui a cessé.
La confusion et la foi
1 Cette question touche celle de la foi, telle que le Christianisme la conçoit. Un homme qui a compris une démonstration mathématique l’a comprise pour la vie ; il n’a aucun risque d’en douter jamais. Or, il y a une dimension intellectuelle dans la foi en Dieu, qui rend impossible que le doute s’y mêle. Le Christianisme, religion basée sur la conception de Dieu comme amour, est essentiellement sentimental et la foi adopte alors la même nature. Or le domaine sentimental est fluctuant par nature. C’est pourquoi il est de bon ton, en Christianisme, d’avoir la foi en luttant contre le doute ; une foi qui s’afficherait certaine apparaîtrait comme l’orgueil de celui qui prêtant posséder Dieu, n’être plus surpris par Lui.
2 Lorsque la Gita déclare : tu ne tomberas plus jamais dans la confusion, cela implique que le disciple accède à une foi intelligente et non plus seulement à une foi affective, si ardente soit-elle.
3 Voilà la condition brahmanique. Qui l’a atteint ne peut plus s’égarer. Si on s’y établit, fût-ce à l’article de la mort, on parvient à l’union avec Brahman (BG 02/72). Le Chrétien vit en permanence dans la crainte du jugement dernier. S’estimé sauvé avec certitude reviendrait pour lui à commettre le péché le plus damnant. A contrario, le yoga estime possible, et souhaitable évidemment, d’atteindre le stade de non-égarement, alors même que les difficultés de la vie ne sont pas encore terminées pour l’être humain. Nous ne parlons ici que du Christianisme exotérique, car il y eut des mystiques et des saints (mais assurément pas tous) qui vécurent leur relation avec Dieu dans une certitude béatifiante.
4 Si, maintenant, nous passons du Christianisme à l’Évangile (choses à ne jamais confondre) il est clair que la conception de la foi par Jésus est nettement yogique : Tout est possible à celui qui croit (Mc 09/23 = P 127). Tout ce que vous demandez en priant, croyez que vous l’avez déjà reçu, et cela vous sera accordé (Mc 11/24 = P 235). La confusion existentielle n’a plus aucune place dans une telle spiritualité.
Le Soi en moi ou moi dans le Soi ?
1 …tu verras tous les êtres dans le Soi… Le Soi en question est Dieu. Un premier stade spirituel consiste à discerner le Soi en soi-même, au cœur de l’individu que nous sommes. On a alors celui qui est instruit de sa propre identité (le Soi) (BG 06/32). Un deuxième stade consiste à percevoir cette identité chez autrui. Celui qui… perçoit le Soi en lui comme étant le Soi en tous les êtres (BG 05/07). Mais ce stade est plus difficile car certains hommes ne laissent que peu transparaître la présence du Soi universel en eux, c’est pourquoi il est dit : celui qui, instruit par sa propre identité (le Soi), voit l’identité partout, chez les heureux ou les malheureux, est un Yôgî excellent (BG 06/32).
2 Un troisième stade consiste à comprendre que ce n’est pas seulement le Soi divin qui réside au cœur de l’humain mortel, mais que l’humain mortel, comme toute créature d’ailleurs réside en fait dans le Soi divin. Le mental harmonisé par le yoga, il voit le Soi résidant dans tous les êtres et tous les êtres dans le Soi. Il voit de toutes parts l’identité (BG 06/29). C’est par une dévotion infaillible et exclusive que l’on peut atteindre ce Purusha suprême, en qui tous les êtres demeurent et par qui tout cet univers est pénétré (BG 08/22).
3 La Bhagavad Gita revient sur cet enseignement sous tous les angles. Si l’on considère les évangiles synoptiques (Marc, Matthieu, Luc), il semble difficile d’y trouver l’équivalent, mais si l’on médite celui de Jean, la similitude d’enseignement éclate. Croyez-m’en ! je suis dans le Père et le Père est en moi (Jn 14/11 = P 263).
Dieu théologique ou le Soi métaphysique ?
1 …et aussi en Moi, dont ils sont partie intégrante. Logiquement entendue cette phrase est bizarre. Il est dit que les êtres sont dans le Soi et aussi en Moi. Le Moi en question (avec une majuscule) est Dieu, c’est Dieu qui parle. Le Soi et le Moi sont identiques. La différence n’est qu’une question de langage et de point de vue.
2 En métaphysique, on envisage le divin impersonnel : La tâche est plus ardue pour ceux qui fixent leur mental sur le non-manifesté, car avancer par la voie de l’absolu impersonnel est toujours difficile pour l’être incarné (BG 12/05).
3 En religion, il y a toujours plus ou moins une représentation anthropomorphique de Dieu (Dieu semblable à une personne humaine). Alors c’est Dieu qui parle, avec des mots humains et il dit Moi, à la première personne… mais avec une majuscule quand même ! La Bhagavad Gita emploie parfois à la suite ces deux langages. Il voit le Soi résidant dans tous les êtres et tous les êtres dans le Soi (BG 06/29). Celui qui Me voit en tout, et qui voit tout en Moi, n’est jamais séparé de Moi et Je ne suis jamais séparé de lui (BG 06/30).
4 Là se situe une grande différence entre l’Évangile et la BG et donc entre leurs destinataires principaux, les Occidentaux et les Orientaux. Dans l’Évangile, Dieu est quasiment toujours représenté de façon anthropomorphique, à la façon biblique du Judaïsme. En cherchant bien, cependant, on trouve des exceptions. Par exemple : Ils disent donc à Jésus : « Qui es-tu ? » Jésus leur dit : « Je vous dis le principe-arkhê ». La notion de principe dans l’Évangile de Jean correspond exactement au Soi dans la BG. Mais les traductions exotériques masquent le mystère en traduisant : arkhê par ‘commencement’ ce qu’il signifie aussi en grec (Le commencement étant le principe du temps). En Orient la religion introduit à l’ésotérisme spirituel, en Christianisme, la religion renie l’ésotérisme. Tel est le drame de l’Occident et ceci depuis la fondation du Christianisme comme religion dogmatique, soit depuis l’empereur Constantin.
L’homme est-il une partie de Dieu ?
1 …aussi en Moi, dont ils sont partie intégrante. En employant la notion de partie, la Gita semble accréditer l’idée que l’homme est une partie de Dieu. D’autres passages semblent dire la même chose. À quoi bon te donner tous ces détails, ô Arjuna ? Me voici, supportant l’univers entier avec une parcelle de mon être ! (BG 10/42). Cela n’est qu’une concession au langage humain, qui découpe le réel en morceaux en imposant un mot pour désigner chaque morceau. On évoque, par exemple, le jaune, orange, rouge, dans les couleurs de l’arc en ciel, alors que la réalité physique est un continuum. On distingue de même les minéraux, végétaux, animaux et humains, alors que là aussi existe un continuum. Si l’on voulait éviter cela, il ne faudrait plus parler humain et alors comment évoquer le divin quand on est un homme ?
2 L’Évangile gnostique de Philippe évoque clairement le problème : Les mots que nous mettons sur les réalités terrestres entrainent l’illusion… Celui qui entend le mot ‘Dieu’ ne saisit pas le Réel, mais une illusion ou une image du Réel. De même les mots Pères, Fils, Saint-Esprit, Lumière, Vie, Résurrection, Église, tous ces mots ne disent pas la réalité (Ph 11). La Vérité se sert des mots dans le monde parce que, sans ces mots, elle demeurerait totalement inconnaissable. La Vérité est une et multiple,afin de nous enseigner l’Un innombrable de l’Amour (Ph 12).
3 C’est pourquoi la Gita prend souvent soin de préciser qu’il convient de dépasser le côté séparatif du langage, en disant apparemment le contraire de ce que suggère le mot partie pris à la lettre. Indivisible, Brahman paraît se répartir entre les êtres. Il doit être connu comme le maintien des êtres dans l’existence ; il les absorbe et les émet tour à tour (BG 13/16). Sache que cette connaissance, par laquelle on perçoit la réalité indestructible dans tous les êtres, l’indivisible dans ce qui est divisé, est sattvique (pure) (BG 18/20). Tu es l’Indivisible, l’être suprême, qu’il faut réaliser (BG 11/18). Il y a donc le plan de l’expérience humaine sensorielle, qui fait paraître les êtres séparés entre eux et surtout séparés du Principe divin ; puis une conception plus subtile, qui les révèle comme partie du divin ; enfin une autre vraiment métaphysique, qui découvre que la séparation n’est en fait qu’une illusion cosmique, maya.
Pratique :
Pratique I : Dans L’obstacle spirituel de la pensée progressiste il fut exposé que la connaissance du monde par l’homme ne peut être que progressive et indéfinie, comme la science des Occidentaux, science de la nature essentiellement. Par contre, ce serait erreur d’appliquer ce caractère indéfini à la science spirituelle, car elle comporte des étapes qui se vivent en terme de certitude, de points de non retour, et non d’hypothèses transitoires. De plus la science spirituelle a un but ultime, qui est Dieu, et qui est atteignable, puisqu’il réside déjà, sous la forme du Soi, dans le cœur de tout homme (BG 10/20)
Pratique II : Dans La peur de l’ennui chez le non-méditant il fut exposé que la crainte de l’ennui en méditation est une pensée du mental, habitué à brasser sans cesse des événements extérieurs ou intérieurs. Quand la conscience atteint l’atman, le cœur immortel de l’humain, toute notion de temps est abolie ; comment alors pourrait-on être impatient ou s’ennuyer ?
Pratique III : Dans Avoir un esprit ou n’être qu’un esprit il fut exposé que Jésus révèle à la Samaritaine Dieu est Esprit. Or la Gita déclare : toi seul te connais par toi-même (BG 10/15). Cet enseignement n’aurait pas de sens s’il n’y avait pas chez la Samaritaine, et chez tout méditant, quelque chose de même nature que cet Esprit, qui puisse le comprendre ; ce quelque chose est l’atman. Le yogi s’entraîne donc à se concevoir comme un esprit incarné, et non comme un corps-mental en quête d’un esprit dont il serait dépourvu.
Pratique IV : Dans Qu’est-ce que la confusion spirituelle ? nous avons vu qu’il s’agit de se prendre pour autre chose que ce que l’on est fondamentalement. Se prendre pour un animal par exemple, c’est-à-dire pour un corps-mental coupé de fait du principe. La théorie de la laïcité à la française, voile pudique d’une civilisation qui croit pouvoir subsister en mode d’athéisme, n’est pas autre chose que cette confusion à l’échelle d’une nation entière. L’homme, collectif ou individuel, n’est homme qu’en se vivant comme rayon du soleil divin. Dans La confusion et la foi il fut rajouté une conséquence de ce point : la foi véritable est une certitude exclusive de tout doute (BG 18/10). Jésus, comme Krishna sont radicaux sur la question, contrairement à nombre de chrétiens modernes pour qui il est assez tendance de prétendre douter quelquefois.
Pratique V : Dans Le Soi en moi ou moi dans le Soi ? dans Dieu théologique ou le Soi métaphysique ? et dans L’homme est-il une partie de Dieu ? il fut exposé que la création est en Dieu et non hors de Dieu, comme le croient les religions abrahamiques dans leur exotérisme. S’il était quoi que ce soit hors de Dieu, il ne serait pas le Tout. La spiritualité est le dépassement de l’illusion séparatiste.
La FIN de la CONFUSION SPIRITUELLE (BG 04/35)