CRÉATION CYCLIQUE, MORT et RENAISANCE
Dans le cas même où tu penserais que l’atman meurt et renaît indéfiniment, il n’y aurait pour toi nul motif à t’apitoyer ainsi (BG 02/26)
Ce qui est né doit mourir et ce qui est mort doit renaître. Inutile de s’affliger sur l’inéluctable (Bhagavad Gita 02/27)
Théorie :
La création cyclique ignorée de l’Occident
1 Dans le cas même où tu penserais que l’atman meurt et renaît indéfiniment…Krishna envisage ici une théorie que certains pensent vraie, puisqu’il l’envisage, mais qui semble étrange à un Occidental, qu’il soit croyant ou athée.
2 Un athée pense que la conscience, la vie psychique et le mental ne sont que des épiphénomènes de la biologie, elle-même incident hasardeux des mouvements mécaniques de la matière. Pour lui, lorsque le corps meurt, tout cesse ; pourquoi l’atman renaîtrait-il indéfiniment ? L’athée se dit que cette idée exotique provient d’une culture où l’on croit toute chose vivante (ce qui est le cas dans toutes les cultures dites ‘primitives’ selon les modernes). L’athée, lui, croit fondamentalement que tout est mort ; la vie n’étant pour lui qu’une inexplicable parenthèse entre la mort et la mort.
3 Le Chrétien ordinaire considère que l’âme est immortelle, ce qui suppose qu’il y a continuité ; il ne saurait être question de quelque chose qui meurt et renaît indéfiniment.
4 Lorsque Krishna conclut : il n’y aurait pour toi nul motif à t’apitoyer ainsi il veut dire (en fonction d’une sagesse assez stoïque) que ce qui est est. L’homme n’ayant pas prise dessus, pourquoi rajouter de la tristesse à la pénibilité objective de la vie ?
5 Reste que cette idée, qui paraît étrange à un Occidental, semble une évidence à nombre d’Orientaux. La Bhagavad Gita s’en fait l’écho à plusieurs reprises. Du non-manifesté, indifférencié, émerge le manifesté, les êtres différenciés, au lever du jour cosmique. À la tombée de la nuit cosmique, tout se dissout dans le non-manifesté. Cette même multiplicité d’êtres naît encore et encore et se dissout dans le non-manifesté inéluctablement, quand vient la nuit cosmique, et surgit de nouveau au lever du jour cosmique (BG 08/18-19).
6 Ishvara, Dieu comme principe du monde, se subdivise en trois aspects dans l’Hindouisme : créateur (Brahma), conservateur (Vishnou), réintégrateur (Shiva). Le concept de création apparaît unique dans le Judéo-christianisme ; on y parle de ‘la’ création du monde et de ‘la’ fin du monde, toujours au singulier. L’Hindouisme pense ce phénomène en mode d’indéfinité. Le fait qu’il y ait un créateur et un réintégrateur (cette dernière notion étant inconnue dans le Christianisme) illustre la notion cyclique de la manifestation en Orient. Le créateur et le réintégrateur échangent leur rôle alternativement et indéfiniment. C’est pourquoi les maîtres orientaux comparent la création à la respiration de Dieu : comme l’air sort du corps à l’expiration, le monde de Dieu à la création, et comme l’air entre dans le corps à l’inspiration, le monde se résorbe en Dieu à la réintégration. Dans cette optique, il n’est pas étonnant que certains puissent penser que l’atman meurt et renaît indéfiniment.
7 La culture occidentale, surtout dans sa forme moderne quasi athée, se caractérise par un individualisme forcené. Voilà pourquoi l’idée que nous envisageons apparaît insoutenable à un moderne ; il se dit : « Si l’atman meurt, mon ego disparaît et, même si un autre ego apparait ensuite, ce ne sera plus le mien ! » Lui ne connaît que le petit-Soi, ego, et l’idée ne lui vient donc pas qu’il puisse se dissoudre en Dieu, sans cependant rien perdre de ce qu’il est. Pourtant la Gita l’affirme clairement : À ceux qui m’adorent de façon exclusive, ne pensant à rien d’autre, maîtres d’eux, j’apporte ce qu’ils n’ont pas encore (le yoga, soit l’union en Dieu), et préserve pour eux ce qu’ils possèdent déjà (La part légitime de l’ego) (BG 09/22).
La conscience est immortelle : origine et non conséquence
1 Nul ne doute que ce qui est né doit mourir. Encore que le monde moderne s’ingénie à effacer toute trace de la mort, et surtout de sa propre mort probablement proche. À l’entrée de certains cimetières médiévaux était écrit : « Souviens-toi que tu es mortel. » La culture moderne fait tout pour l’oublier. Ce sutra nous dit : « Souviens-toi que tu es immortel », car le corps-mental n’est que l’enveloppe de l’atman indestructible qui transmigre.
2 Mais l’occidental est un ‘peine à croire’ et objecte : « Quelle preuve a-t-on de l’affirmation : ‘ce qui est mort doit renaître’ ? » Réponse : une preuve expérimentale et une preuve de pure intelligence spirituelle. Expérimentale : Un grand chimiste, Antoine-Laurent de Lavoisier, a posé, en 1789, que ‘Rien ne se crée, rien ne se perd, tout se transforme’, comme expression de sa ‘loi de conservation de la masse’. La Révolution, qui prétendait ‘n’avoir pas besoin de savants’, l’a guillotiné cinq ans plus tard… Il appliquait cependant ce que savaient les métaphysiciens orientaux, car Krishna affirme : Parmi les êtres vivants, je suis la conscience (BG 10/22) ; la conscience étant divine, ne meurt pas.
3 La Conscience est Dieu ; chez le profane, elle est bornée à la forme qu’elle habite transitoirement mais, chez le spirituel, elle retrouve sa nature illimitée. En matière de conscience, ‘rien ne se crée, rien ne se perd, tout se transforme.’ L’expérience sensible dans son ensemble confirme cette loi de Lavoisier.
4 Quant au fait que notre conscience individuelle ait pu sortir de rien, laissons les hommes épris de tuer Dieu en eux cultiver cette pensée. De rien, rien ne sort. Seule la forme a un début et une fin. Quant à ceux qui s’obstinent à nier la Conscience qui les habite, ils ne la méritent pas. Ne relevez pas l’objection ; Jésus conseille : Ne donnez pas des perles aux pourceaux. De même que le voyant n’a pas besoin de preuve de la lumière, l’intelligence métaphysique n’a pas à prouver sa propre existence.
Pratique :
Pratique I : Dans La création cyclique ignorée de l’Occident nous avons vu que les Occidentaux pensent le monde au singulier : soit ‘la’ création de Dieu, pour les croyants, soit ‘l’infiniment improbable coup de dé qui a fait naître la vie’, pour les incroyants. Et ensuite, soit ‘la’ fin du monde des Chrétiens, soit ‘la destruction de l’équilibre hasardeux de la vie’ des athées. l’Orient, quant à lui, pense la vie sans début et sans fin, et la forme matérielle comme un habitat transitoire et indéfiniment renouvelé de cette vie. Le moderne égocentrique se dit : «Si l’atman meurt, mon ego disparaît et, même si un autre ego apparait ensuite, ce ne sera plus le mien ! » Lui ne connaît que le petit-soi, ego, et l’idée ne lui vient donc pas qu’il puisse se dissoudre en Dieu, par le grand-Soi, atman, sans cependant rien perdre de ce qu’il est. Pourtant la Gita l’affirme clairement : À ceux qui m’adorent de façon exclusive, ne pensant à rien d’autre, maîtres d’eux, j’apporte ce qu’ils n’ont pas encore (le yoga, soit l’union en Dieu), et préserve pour eux ce qu’ils possèdent déjà (La part légitime de l’ego) (BG 09/22).
Pratique II : Dans La conscience est immortelle, origine et non conséquence fut exposé que seul s’afflige de la mort individuelle celui qui doute de la Conscience. Son affliction est le châtiment de son ignorance. Plus s’étendra la conscience individuelle aux dimensions illimitées de la Conscience, par la méditation-dhyana, moins l’on souffrira de séjourner transitoirement dans le mortel. Tout en la vivant pleinement, ne pas se limiter à la vie mortelle, mais fusionner la conscience dans la Conscience.
CRÉATION CYCLIQUE, MORT et RENAISANCE (BG 02/26-27)
CRÉATION CYCLIQUE, MORT et RENAISANCE (BG 02/26-27)
CRÉATION CYCLIQUE, MORT et RENAISANCE
Dans le cas même où tu penserais que l’atman meurt et renaît indéfiniment, il n’y aurait pour toi nul motif à t’apitoyer ainsi (BG 02/26)
Ce qui est né doit mourir et ce qui est mort doit renaître. Inutile de s’affliger sur l’inéluctable (Bhagavad Gita 02/27)
Théorie :
La création cyclique ignorée de l’Occident
1 Dans le cas même où tu penserais que l’atman meurt et renaît indéfiniment…Krishna envisage ici une théorie que certains pensent vraie, puisqu’il l’envisage, mais qui semble étrange à un Occidental, qu’il soit croyant ou athée.
2 Un athée pense que la conscience, la vie psychique et le mental ne sont que des épiphénomènes de la biologie, elle-même incident hasardeux des mouvements mécaniques de la matière. Pour lui, lorsque le corps meurt, tout cesse ; pourquoi l’atman renaîtrait-il indéfiniment ? L’athée se dit que cette idée exotique provient d’une culture où l’on croit toute chose vivante (ce qui est le cas dans toutes les cultures dites ‘primitives’ selon les modernes). L’athée, lui, croit fondamentalement que tout est mort ; la vie n’étant pour lui qu’une inexplicable parenthèse entre la mort et la mort.
3 Le Chrétien ordinaire considère que l’âme est immortelle, ce qui suppose qu’il y a continuité ; il ne saurait être question de quelque chose qui meurt et renaît indéfiniment.
4 Lorsque Krishna conclut : il n’y aurait pour toi nul motif à t’apitoyer ainsi il veut dire (en fonction d’une sagesse assez stoïque) que ce qui est est. L’homme n’ayant pas prise dessus, pourquoi rajouter de la tristesse à la pénibilité objective de la vie ?
5 Reste que cette idée, qui paraît étrange à un Occidental, semble une évidence à nombre d’Orientaux. La Bhagavad Gita s’en fait l’écho à plusieurs reprises. Du non-manifesté, indifférencié, émerge le manifesté, les êtres différenciés, au lever du jour cosmique. À la tombée de la nuit cosmique, tout se dissout dans le non-manifesté. Cette même multiplicité d’êtres naît encore et encore et se dissout dans le non-manifesté inéluctablement, quand vient la nuit cosmique, et surgit de nouveau au lever du jour cosmique (BG 08/18-19).
6 Ishvara, Dieu comme principe du monde, se subdivise en trois aspects dans l’Hindouisme : créateur (Brahma), conservateur (Vishnou), réintégrateur (Shiva). Le concept de création apparaît unique dans le Judéo-christianisme ; on y parle de ‘la’ création du monde et de ‘la’ fin du monde, toujours au singulier. L’Hindouisme pense ce phénomène en mode d’indéfinité. Le fait qu’il y ait un créateur et un réintégrateur (cette dernière notion étant inconnue dans le Christianisme) illustre la notion cyclique de la manifestation en Orient. Le créateur et le réintégrateur échangent leur rôle alternativement et indéfiniment. C’est pourquoi les maîtres orientaux comparent la création à la respiration de Dieu : comme l’air sort du corps à l’expiration, le monde de Dieu à la création, et comme l’air entre dans le corps à l’inspiration, le monde se résorbe en Dieu à la réintégration. Dans cette optique, il n’est pas étonnant que certains puissent penser que l’atman meurt et renaît indéfiniment.
7 La culture occidentale, surtout dans sa forme moderne quasi athée, se caractérise par un individualisme forcené. Voilà pourquoi l’idée que nous envisageons apparaît insoutenable à un moderne ; il se dit : « Si l’atman meurt, mon ego disparaît et, même si un autre ego apparait ensuite, ce ne sera plus le mien ! » Lui ne connaît que le petit-Soi, ego, et l’idée ne lui vient donc pas qu’il puisse se dissoudre en Dieu, sans cependant rien perdre de ce qu’il est. Pourtant la Gita l’affirme clairement : À ceux qui m’adorent de façon exclusive, ne pensant à rien d’autre, maîtres d’eux, j’apporte ce qu’ils n’ont pas encore (le yoga, soit l’union en Dieu), et préserve pour eux ce qu’ils possèdent déjà (La part légitime de l’ego) (BG 09/22).
La conscience est immortelle : origine et non conséquence
1 Nul ne doute que ce qui est né doit mourir. Encore que le monde moderne s’ingénie à effacer toute trace de la mort, et surtout de sa propre mort probablement proche. À l’entrée de certains cimetières médiévaux était écrit : « Souviens-toi que tu es mortel. » La culture moderne fait tout pour l’oublier. Ce sutra nous dit : « Souviens-toi que tu es immortel », car le corps-mental n’est que l’enveloppe de l’atman indestructible qui transmigre.
2 Mais l’occidental est un ‘peine à croire’ et objecte : « Quelle preuve a-t-on de l’affirmation : ‘ce qui est mort doit renaître’ ? » Réponse : une preuve expérimentale et une preuve de pure intelligence spirituelle. Expérimentale : Un grand chimiste, Antoine-Laurent de Lavoisier, a posé, en 1789, que ‘Rien ne se crée, rien ne se perd, tout se transforme’, comme expression de sa ‘loi de conservation de la masse’. La Révolution, qui prétendait ‘n’avoir pas besoin de savants’, l’a guillotiné cinq ans plus tard… Il appliquait cependant ce que savaient les métaphysiciens orientaux, car Krishna affirme : Parmi les êtres vivants, je suis la conscience (BG 10/22) ; la conscience étant divine, ne meurt pas.
3 La Conscience est Dieu ; chez le profane, elle est bornée à la forme qu’elle habite transitoirement mais, chez le spirituel, elle retrouve sa nature illimitée. En matière de conscience, ‘rien ne se crée, rien ne se perd, tout se transforme.’ L’expérience sensible dans son ensemble confirme cette loi de Lavoisier.
4 Quant au fait que notre conscience individuelle ait pu sortir de rien, laissons les hommes épris de tuer Dieu en eux cultiver cette pensée. De rien, rien ne sort. Seule la forme a un début et une fin. Quant à ceux qui s’obstinent à nier la Conscience qui les habite, ils ne la méritent pas. Ne relevez pas l’objection ; Jésus conseille : Ne donnez pas des perles aux pourceaux. De même que le voyant n’a pas besoin de preuve de la lumière, l’intelligence métaphysique n’a pas à prouver sa propre existence.
Pratique :
Pratique I : Dans La création cyclique ignorée de l’Occident nous avons vu que les Occidentaux pensent le monde au singulier : soit ‘la’ création de Dieu, pour les croyants, soit ‘l’infiniment improbable coup de dé qui a fait naître la vie’, pour les incroyants. Et ensuite, soit ‘la’ fin du monde des Chrétiens, soit ‘la destruction de l’équilibre hasardeux de la vie’ des athées. l’Orient, quant à lui, pense la vie sans début et sans fin, et la forme matérielle comme un habitat transitoire et indéfiniment renouvelé de cette vie. Le moderne égocentrique se dit : «Si l’atman meurt, mon ego disparaît et, même si un autre ego apparait ensuite, ce ne sera plus le mien ! » Lui ne connaît que le petit-soi, ego, et l’idée ne lui vient donc pas qu’il puisse se dissoudre en Dieu, par le grand-Soi, atman, sans cependant rien perdre de ce qu’il est. Pourtant la Gita l’affirme clairement : À ceux qui m’adorent de façon exclusive, ne pensant à rien d’autre, maîtres d’eux, j’apporte ce qu’ils n’ont pas encore (le yoga, soit l’union en Dieu), et préserve pour eux ce qu’ils possèdent déjà (La part légitime de l’ego) (BG 09/22).
Pratique II : Dans La conscience est immortelle, origine et non conséquence fut exposé que seul s’afflige de la mort individuelle celui qui doute de la Conscience. Son affliction est le châtiment de son ignorance. Plus s’étendra la conscience individuelle aux dimensions illimitées de la Conscience, par la méditation-dhyana, moins l’on souffrira de séjourner transitoirement dans le mortel. Tout en la vivant pleinement, ne pas se limiter à la vie mortelle, mais fusionner la conscience dans la Conscience.
CRÉATION CYCLIQUE, MORT et RENAISANCE (BG 02/26-27)