L’atman : merveilleux ou évident ? (BG 02/29)

L’atman : merveilleux ou évident ? (BG 02/29)

Bhagavad Gita 02/29 Commentaire Théorique et Méditation Opérative

L’atman : merveilleux ou évident ? (BG 02/29)

L’ATMAN : MERVEILLEUX ou EVIDENT ?

Untel voit l’atman comme une merveille,

un autre le décrit comme une merveille,

un autre encore entend parler de lui comme d’une merveille.

Et pourtant, même après ces témoignages, nul ne le connaît

(BG 02/29)

Théorie :

La Bhagavad Gita a présenté l’atman comme étant un pôle de conscience indépendant des perceptions sensorielles et des cogitations mentales. Sa présence est expérimentable sous forme d’une conscience calme, stable et sereine dans la méditation-dhyana (c’est-à-dire méditation yogique).

Maintenant la Gita remarque que certains décrivent l’atman comme une merveille. Il suffit de lire ‘Histoire d’une âme’ de sainte Thérèse de Lisieux pour constater comment elle présente son âme mystique en état de bouillonnement exalté dans son amour de Dieu. Elle vit une merveilleuse histoire avec Dieu, non sans quelques phases d’une tristesse abyssale lorsque sa sensibilité intérieure semble ne plus le percevoir. Et cela est commun à la plupart des mystiques chrétiens -souvent des femmes- qui cultivent avec exaltation l’amour de Dieu ou de Jésus, sans disposer d’une pratique méthodique de ce que l’Inde nomme Yoga.

Ces mystiques ne voient pas seulement leur âme, éclairée par Dieu de cette façon, mais la décrivent comme une merveille. Ainsi les croyants, à qui on propose leur exemple, entendent parler de l’âme comme d’une merveille, lorsqu’elle est éclairée par Dieu.

Mais au fait, l’âme est-elle bien l’atman ? Justement non, encore qu’elle ne soit pas sans rapport avec l’atman : c’est là tout le problème, que le christianisme de ces derniers siècles n’envisage pas. Pour le christianisme actuel, l’humain est corps et âme ; le corps est mortel, l’âme perdure après lui… en attendant de retrouver un ‘corps de résurrection’ immortel, dont elle jouira en paradis ou qui la fera souffrir en enfer, dans les deux cas ‘éternellement’.

Dans cette conception, il y a confusion entre, deux choses.  D’une part, le psychisme (mémoire, émotions, imagination, pensée logique), qui est lié au corps, nécessite le cerveau comme base de fonctionnement, et se détruit à la mort du cerveau. D’autre part, le pôle de conscience individuelle, qui transmigre d’un corps à l’autre, tant que l’être n’a pas quitté l’état humain d’existence, et qui se nomme atman dans le yoga hindou. Si bien que les chrétiens attribuent au psychisme une immortalité qu’il n’a pas, et ignorent le pôle immortel de l’atman ainsi que sa capacité indéfinie de transmigrer, en progrès ou en régression.

Pratique :

La Gita déclare : pourtant, même après ces témoignages, nul ne connaît l’atman. Pourquoi cette affirmation ? Parce que la connaissance de l’atman ne relève ni du physique sensoriel, ni du psychisme émotionnel et affectif, fusse-t-il priant et dévot. Il faut dépasser ces deux plans, par la pratique méthodique, calme, sereine et supra individuelle de la méditation orientale, dhyana, pour entrer de plain-pied dans la communion avec l’atman.

Ultimement, le yogi arrive à l’évidence que ‘l’atman est identique à Brahman’ ; Brahman étant l’Absolu et l’atman sa trace dans l’individu. Mais, avant même cette fusion, la méditation dans l’atman procure déjà une expérience supra-individuelle, donc libre de l’instabilité émotionnelle.

Et qu’en est-il de la pauvre Thérèse de l’Enfant Jésus, dont l’âme a tant souffert ? Par bonheur pour elle -et c’est tout son génie-, elle avait aussi l’intuition de la fusion en Dieu, intuition que sa religion ne lui a pas enseignée et qu’elle a reçue directement. En témoigne son poème : ‘La rose effeuillée’.

 

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