La VISIBILITE et l’INVISIBILITE des ETRES

La VISIBILITE et l’INVISIBILITE des ETRES

Bhagavad Gita 02/28 Commentaire Théorique et Méditation Opérative

La VISIBILITE et l’INVISIBILITE des ETRES

La VISIBILITE et l’INVISIBILITE des ETRES

Les êtres sont invisibles en leur commencement, visibles au milieu de leur trajectoire, à nouveau invisibles à leur fin. À quoi bon s’attrister ?

(Bhagavad Gita 02/28)

Théorie :

La Gita met de l’intelligence dans la psychologie, car on maîtrise l’émotion par la pensée logique. Des milliers de fois, l’homme est attristé, parce que les choses ne sont pas comme il voudrait qu’elles soient. Mais qu’est-ce qui lui prouve qu’elles ne sont pas au mieux de ce qu’elles peuvent être ? Lui qui n’est même pas sûr d’être vivant demain, qui est-il pour prétendre que le monde est mal fait, et sous-entendre qu’il ferait mieux ? A-t-il jamais amélioré quoi que ce soit en s’attristant des choses comme elles sont ? Donc, premier enseignement, ne sois jamais triste : c’est rajouter du malheur au malheur. Celui que le monde ne trouble pas ; qui est exempt de l’anxiété, celui-là m’est cher (BG 12/15) dit Krishna.

Scientifiquement, avec intelligence et sans émotion, observe que l’enfant est d’abord invisible, et même insensible, y compris pour sa mère. Puis il devient sensible pour la mère, visible par la forme qu’il lui imprime, et finalement visible de tous à la naissance. En va-t-il ainsi de tous les êtres ? De tous les êtres terrestres, certainement. Les montagnes elles-mêmes émergent de la mer et parfois y disparaissent ensuite. Les vapeurs sont invisibles, puis se condensent en nuages ; les flaques d’eau sont visibles, puis s’évaporent. L’humain qui meurt devient invisible, comme cendres au vent. C’est un fait universel : nous sommes de passage dans le monde visible. Nous deviendrons corporellement invisibles un jour, et aveugles, ne pouvant plus voir ce monde.

On pourrait répliquer à Krishna : « La mort est triste, car nous aimons le visible. » Lui ne l’aimait-il pas ? Sans doute que oui, puisqu’il fut homme et que bien des hommes lui sont chers, comme il le dit.

« Pourquoi Krishna conseille-t-il d’éradiquer la tristesse ? » Parce qu’il hausse son désir vers le non-transitoire, l’immortel. Et parce que la tristesse pour le matériel qui meurt, attache au matériel et à la mort. Ce n’est pas seulement que la tristesse d’aujourd’hui prive de la joie pour aujourd’hui, mais c’est aussi que la tristesse d’aujourd’hui prive pour demain de la fin de ce qui attriste, à cause de cet attachement, qui ramène l’être au mortel.

Comme un fil de chaîne émerge sur le fil de trame, puis se cache derrière, ainsi va la vie d’un être dans le tissage du monde. Comme l’être se refait chaque nuit dans le sommeil, ne disparaissant que psychologiquement, il se refait à chaque mort, disparaissant aussi corporellement. Est-ce certain ? C’est en tout cas suggéré par le sommeil, probablement symbolisé par le sommeil. S’attrister sur la fin d’une phase empêche de saisir et de comprendre l’ensemble du processus.

Pratique :

Ne sois jamais surpris par ce qui apparaît et n’était pas connu. L’invisible est gros de millions de naissances. Ne regrette jamais ce qui était visible et a disparu ; laisse-le continuer son chemin, et comprends que le temps est venu pour toi de continuer sans lui, sinon en esprit, du moins physiquement. Ne te ferme pas à ce que tu ne vois pas. Ce que tu vois est si peu de chose, pour si peu de temps. Si la fin du temps te rend triste, c’est parce qu’il y a en toi quelque chose au-delà du temps. Trouver ce quelque chose, là est la joie sans fin.

 

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