L’AFFRANCHISSEMENT de la MORT-NAISSANCE

L’AFFRANCHISSEMENT de la MORT-NAISSANCE

Bhagavad Gita 02/51 Commentaire Théorique et Méditation Opérative

L’AFFRANCHISSEMENT de la MORT-NAISSANCE

L’AFFRANCHISSEMENT de la MORT-NAISSANCE

Les sages parvenus à la maîtrise de leur pensée

abandonnent l’attachement au fruit des actes.

Affranchis du cycle des morts et des renaissances,

ils vont au séjour bienheureux

(BG 02/51)

Théorie :

1        Selon la doctrine hindo-bouddhiste (présente aussi dans certains ésotérismes occidentaux), le monde cosmique que l’homme observe ne constitue qu’une infime partie de la création s’originant dans le Principe Unique. Les autres mondes demeurent ordinairement non-perceptibles à l’homme, faute d’organes communs. Mais tous les êtres de ces mondes sont soumis à l’alternance des morts et des renaissances (BG 08/16). Ces êtres se divisent en deux catégories. La plupart s’identifient à leur individualité psycho-corporelle, s’y attachent et ne souhaitent que vivre et renaître indéfiniment. Quelques-uns, les apprentis yogis, se sentent à l’étroit et même prisonniers de leur corps-mental ; ils veulent réintégrer l’origine, l’unique principe.

2        Les religions abrahamiques n’enseignent pas la doctrine des renaissances, ni  celle de la réintégration possible dans le Principe. Selon elles, l’homme n’a qu’une vie, qui se solde par un ‘jugement dernier’ suivi d’un paradis ou d’un enfer définitif. Le Dieu de ces religions, paradoxalement appelé ‘bon Dieu’, présente donc un visage terrible pour les damnés et fort capricieux pour les sauvés.

3        Le séjour bienheureux, envisagé dans ce sutra, désigne la béatitude sans ombre propre à l’Unique (BG 14/27), à laquelle participent ceux qui se fondent en Lui. Il y a donc deux buts de la vie possibles pour l’homme. Premier : Jouir du samsara (la ronde des naissances et des morts) en rendant grâce à Dieu (BG 03/11-12 et 09/21). Deuxième : Tendre à la fusion dans le Principe divin, en se libérant des attachements au samsara. Ces deux voies font référence à Dieu, bien que, en pratique, elles procèdent à l’inverse l’une de l’autre.

4        Le christianisme s’avère paradoxal, semblant mélanger ces deux voies sans grande lisibilité. Il tient un peu de la voie samsarique par sa quête du paradis, auquel mène la ‘résurrection des corps’ ; il s’agit de la recherche d’un bonheur individuel sans fin, sous le regard de Dieu. Mais le christianisme présente aussi un fort côté crucifiant, doloriste et ennemi de la jouissance, ce qui le rapproche un peu du yoga prônant le détachement sensoriel. Avec une différence fondamentale : Le yoga ne valorise pas la souffrance (BG 17/08, 05 et 19), il serait plutôt en phase avec le médecin René Leriche : « La santé, c’est la vie dans le silence des organes. La douleur est un symptôme, non une rédemption. »

5        En pratique, celui qui aspire au paradis ou au samsara, recherche le plaisir et la jouissance, accompagnées de l’action de grâce et presque en échange (BG 03/10).  Celui qui cherche la libération des limites du corps-mental se méfie du plaisir qu’accompagne toujours l’ombre de la peine (BG 05/22). De plus, le plaisir fascine le mental et distrait de la méditation (BG 02/67-68), qui seule conduit à la paix et à la sérénité (BG 02/70). Le yogi, et de même Jésus, ne refuse pas le plaisir, mais s’affranchit de sa dépendance. Il ne valorise pas la douleur, mais ne la craint pas non plus, sachant que la vie dans une forme limitée en comprend toujours plus ou moins.

6        Une pédagogie spirituelle s’impose. On ne passe pas du jour au lendemain de la passion du samsara à la libération spirituelle (moksha). Reconnaître la libération-moksha comme un objectif de vie possible et respectable est une première étape. Elle s’illustre par le respect des sages (BG 01/07, 17/14). La deuxième étape consiste en une alternance entre la méditation libératrice et l’action joyeuse et jouissive. La troisième en un apprentissage de l’action sereine, détachée des fruits qu’elle procure. A terme, la libération se produit quand le détachement devient parfait, serein, indolore (BG 02/59 et 03/19).

Pratique :

1        Tout ce cheminement repose sur la maîtrise des pensées. Le spirituel en herbe perd progressivement le goût des ‘conversations à bâtons rompus’. On les définit comme ‘paroles libres par association spontanée d’images et de souvenirs’. En réalité un tel mental est ‘libre comme la feuille au vent’, c’est-à-dire totalement contraint par les lois de la mécanique cérébrale. Ne pas se laisser vampiriser par les gens qui ont une girouette à la place du cerveau.

2        Tiens en main la boussole du Dharma, qui pointe toujours vers Brahman. Suis ta route dans les pas de ceux qui furent les maîtres dans la quête des sommets de lumière. Si quelqu’un est réceptif, parle-lui en, sinon ne stagne pas avec lui. S’il peut le comprendre et le respecter, tu lui dois ce que tu connais ; mais ne lui laisse aucun droit de freiner ton cheminement.

3        Fais ce que tu dis. S’il se trouve une oreille digne, dis ce que tu penses. Assure-toi que c’est bien toi qui pense, non les réflexes de Pavlov de ton cerveau. Ne sois pas ta pensée, mais fais de ta pensée la première forme de ton intuition contemplative.

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