POURQUOI SE DÉGAGER des BONNES ACTIONS ?

POURQUOI SE DÉGAGER des BONNES ACTIONS ?

Bhagavad Gita 02/50 Commentaire Théorique et Méditation Opérative

POURQUOI SE DÉGAGER des BONNES ACTIONS ?

POURQUOI SE DÉGAGER des BONNES ACTIONS ?

L’homme qui reste uni à la méditation

se dégage ici-bas et des bonnes et des mauvaises œuvres.

Aussi, applique-toi à la discipline du yoga.

Elle est l’excellence de l’agir

 (BG 02/50)

Théorie :

1        « L’homme qui reste uni à la méditation est-il celui qui médite sans cesse ? La chose est-elle seulement possible, sauf à laisser partir la vie individuelle à la dérive ? Il faut bien dormir et se concentrer souvent sur des sujets prosaïques. » Il s’agit d’une présence, d’un fond de tableau. L’homme vraiment profane est comparable à quelqu’un qui vit et travaille dans un lieu sans fenêtre. L’homme uni à la méditation vit au grand air. Il voit le soleil et le soir les étoiles. Il se sait en permanence sous l’influence de l’Un et des autres. Même lorsqu’il ne pratique pas lui-même la méditation, en cherchant à affranchir sa conscience des mouvements du mental, il est parfaitement conscient de conjuguer sa force physique et mentale avec la grâce venue symboliquement du ciel et aussi avec les effluves, positives ou non, du karma de ses actes passés. Il se meut consciemment dans une polyphonie d’influences qui n’exclut jamais la transcendance.

2        Tout homme sensé cherche à se dégager des mauvaises œuvres. Il sait en effet que, si l’aspect physique des œuvres retombera en poussière à plus ou moins long terme, l’intention qui les a fait naître déterminera le karma, c’est-à-dire l’apparent hasard de ce qui lui adviendra dans le futur. Toute action revient à son initiateur. Évangéliquement parlant : on récolte ce que l’on sème. A voir le monde moderne, et en particulier ses hommes d’influence, il apparaît que l’homme sensé se fait très rare dans les hautes sphères du pouvoir actuel : cela s’appelle kali-yuga.

3        Par contre, se dégager des bonnes œuvres apparaît comme une pure absurdité. Même le pire des gangsters fait des œuvres qu’il croit lui être bénéfiques, et donc qu’il pense bonnes. Il est stupide assurément, mais quand même bien intentionné selon son échelle de valeurs. La raison de ce mystère est qu’une œuvre dont on ne se dégage pas, alors même qu’on l’accomplit, imposera ses fruits à celui qui la fait. Dès lors, son auteur devra revenir, renaître dans le monde où s’est déroulée cette œuvre, ou dans un monde équivalent. En conséquence, il ne pourra jamais quitter le samsara (la ronde des naissances et des morts) et fusionner dans le Principe divin, comme la rivière dans l’océan.

4        La religion, par définition dualiste, consiste à éviter les mauvaises œuvres et à rechercher les bonnes. Voilà pourquoi elle a pour terme le paradis de l’état d’existence dans lequel vit le religieux qui la pratique. Le présent sutra de la Gita n’est pas irréligieux, encore moins antireligieux ; il est ésotérique et transcende la morale. Mais celui qui n’a comme meilleure connaissance que la religion ne manquera pas de le considérer de bonne foi comme antireligieux. C’est ainsi qu’un Christ se retrouve sur une croix en disant : ils ne savent pas ce qu’ils font.

5        La modernité excelle dans le mauvais génie de vider les mots les plus sacrés de leur substance, pour les fourrer avec n’importe quoi. C’est ainsi que ‘faire du yoga’ consiste à se tortiller de mille façons sur un tapis. En réalité, le yoga désigne un état d’être, dans lequel un individu aspire à l’affranchissement des limites, par fusion avec la Source universelle. Alors l’action et la méditation ne se distinguent plus en lui. Sa volonté propre se mêle parfaitement à la vocation à laquelle il se sent destiné. Sa conscience médite et devient paroles sur ses lèvres et gestes par ses mains. En cela, précisément, la discipline du yoga, qui, à priori, semble produire un désintérêt pour l’action, devient l’excellence de l’agir.

Pratique :

1        En pratique vis ‘au grand air’, dans le sens symbolique évoqué plus haut, même si tu te trouves engoncé dans une urbanité bétonnée. Ne soit jamais seul avec ta volonté et la matière brute en face. Mille forces interfèrent avec ton action propre. Mais ces forces ne peuvent influencer ton œuvre que dans la mesure où tu leur reconnais le droit d’exister. En langage religieux cela s’appelle ‘agir avec foi’.

2        L’excellence de l’agir n’est pas l’action motivée par l’intérêt, mais l’action dont le double plaisir est issu de la virtuosité mentale et gestuelle, d’une part (tout ce qui mérite d’être fait mérite d’être bien fait), et de la constante impression d’agir sous l’influence du ciel. Et ceci même lorsque l’action se déroule à contrevent, dans la nuit noire, en pays inconnu et sans carte.

3        Contre la théorie progressiste, qui confond technologie et spiritualité, il faut reconnaître que l’homme contemporain s’est coupé du ciel ; la restauration et le maintien ce lien nécessite donc la discipline du yoga. Soit : un enseignement, une méthode de mise en œuvre, une régularité de pratique.

 

 

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