La SAGESSE et l’ACTION
L’action est de loin inférieure au yoga de la sagesse (buddhi yoga).
Prends donc refuge dans cette sagesse.
Malheureux ceux qui aspirent à la récompense.
(BG 02/49)
Théorie :
1 Plus frontalement encore que d’habitude, ce sutra prend l’homme moderne à rebrousse-poil. Bien qu’il soit de mode aujourd’hui de nier le fait même des races, il ne fait guère de doute que l’occidental de race blanche est prédisposé à l’action au point que la contemplation et la méditation lui semblent n’être que des pertes de temps. Il a même fait une formidable invention pour démultiplier son pouvoir d’action : la machine. La machine à faire, puis à parler, puis à penser. Au point qu’il se demande maintenant si la planète est capable de supporter les conséquences d’une aussi énorme quantité d’actions. Car toute action change le monde sur lequel elle agit, et de même celui qui agit sur le monde.
2 Dans son temps libre, vacancier ou de retraite, l’homme moderne révèle encore mieux sa vraie nature d’actif. Il s’invente mille objectifs artificiels comme si l’arrêt de l’action ne lui apparaissait que comme la mort et encore une mort néantisante. Pourquoi la Gita prétend-elle que la sagesse est supérieure à l’action ? Parce qu’on peut dire bibliquement de toute action : Tu es poussière et tu retomberas en poussière. Des civilisations entières ont vécu dont nous n’avons même pas traces, alors que la sagesse suit l’être qui transmigre. Voici le seul bagage qu’il emporte avec lui.
3 « Idée sympathique » dira-t-on « mais qu’en savons-nous ? ». Dans cette vie déjà, tout homme qui prend de l’âge a vu s’effondrer un grand nombre de ses actions. S’il a réfléchi à tout cela, il sait que, des succès comme des échecs, il ne lui reste que la sagesse. Il expérimente que la sagesse ne s’use pas et traverse le temps en y gagnant la patine du style et l’infaillibilité de l’excellence. L’analogie du sommeil et de la mort est trop grande pour qu’un homme sensé, qui parcourt tant de jours dans une seule vie, s’étonne de devoir traverser de multiples formes existentielles. C’est plutôt la double absurdité d’une vie naissant de rien et retournant à rien, qui devrait susciter l’étonnement et même l’ironie de l’homme sensé.
4 Sans compter que, si l’on tire sagesse de l’action bien réfléchie, le lien fondamental fonctionne dans l’autre sens. L’homme moderne met toute chose à l’envers -telle est sa juste définition- ; ainsi croit-il que le moins engendre le plus. La théorie darwinienne et la théorie démocratique sont basées sur ce dernier postulat que l’expérience dément depuis la nuit des temps. Rien ne sort de rien. Le plus peut générer l’identique quand il excelle, et le moins quand il dégénère. Mais les rivières ne remontent pas les pentes et les vieillards ne rajeunissent pas. Donc le plus, la sagesse, génère le moins, l’action.
5 N’est-il pas déjà évident qu’une action n’est bonne que bien réfléchie en amont ? Or les hommes naissent avec des dons très différents pour l’action. Les connaisseurs disent qu’un homme normal n’aurait pas le temps dans sa vie, de recopier manuellement l’œuvre de Mozart, qui l’a pourtant composée et jouée, tout en mourant jeune. Qui n’aurait pas l’idée qu’un tel génie avait un passé déjà glorieux au moment même de sa naissance ? Les actions futures seront générées grâce à la sagesse acquise aujourd’hui. Prendre refuge dans la sagesse, c’est la considérer comme un canot de sauvetage dans le naufrage de la mort.
6 L’homme ordinaire agit pour jouir des fruits de l’action, comme un chien se dresse sur ses pattes pour avoir son sucre. Lié à la récompense comme par une laisse, il se croit libre de jouir alors qu’il est esclave du désir. Son bonheur consumériste, dépendant et addictif, fait figure de servage aux yeux du yogi. Lui veut bien accueillir le plaisir qu’on lui donne, non se faire courtisan pour en susciter l’offre. Seul est libérateur le plaisir que l’amour offre par admiration.
Pratique :
1 Toute action, générée par un corps mortel sur un monde mortel, se perdra comme poussière dans le vent. Seule la sagesse en demeurera, imprimée dans l’atman immortel qui habite le corps, en orientant sa transmigration. L’action ne vaut, à terme, que par la sagesse qu’elle illustre et que sa pratique permet de discerner. Fais de tes actions le sujet de méditation de ta sagesse et, à terme, le langage de ta sagesse. Le profane réagit aux événements. Le sage façonne le monde qu’il touche sur le modèle de la forme qu’il conçoit.
2 Certains grands spirituels furent des Napoléon dans le monde de l’action. Mais ils fonctionnaient à l’inverse de lui, non par ambition, fut-elle géniale, mais par déversement de l’absolu contemplé dans l’infinitude de sa manifestation. La récompense vraie, celle qui dure, ne suit pas l’action mais accompagne la sagesse. L’homme qui ne peut pas ne pas agir n’est pas auteur de son action. La valeur de l’action dépend de la sagesse qui l’inspire. La valeur de la sagesse peut se passer d’action. Quand tu auras autant de joie dans la sagesse qui contemple que dans celle qui façonne, tu connaîtras le bouddhi yoga.
La SAGESSE et l’ACTION
La SAGESSE et l’ACTION
La SAGESSE et l’ACTION
L’action est de loin inférieure au yoga de la sagesse (buddhi yoga).
Prends donc refuge dans cette sagesse.
Malheureux ceux qui aspirent à la récompense.
(BG 02/49)
Théorie :
1 Plus frontalement encore que d’habitude, ce sutra prend l’homme moderne à rebrousse-poil. Bien qu’il soit de mode aujourd’hui de nier le fait même des races, il ne fait guère de doute que l’occidental de race blanche est prédisposé à l’action au point que la contemplation et la méditation lui semblent n’être que des pertes de temps. Il a même fait une formidable invention pour démultiplier son pouvoir d’action : la machine. La machine à faire, puis à parler, puis à penser. Au point qu’il se demande maintenant si la planète est capable de supporter les conséquences d’une aussi énorme quantité d’actions. Car toute action change le monde sur lequel elle agit, et de même celui qui agit sur le monde.
2 Dans son temps libre, vacancier ou de retraite, l’homme moderne révèle encore mieux sa vraie nature d’actif. Il s’invente mille objectifs artificiels comme si l’arrêt de l’action ne lui apparaissait que comme la mort et encore une mort néantisante. Pourquoi la Gita prétend-elle que la sagesse est supérieure à l’action ? Parce qu’on peut dire bibliquement de toute action : Tu es poussière et tu retomberas en poussière. Des civilisations entières ont vécu dont nous n’avons même pas traces, alors que la sagesse suit l’être qui transmigre. Voici le seul bagage qu’il emporte avec lui.
3 « Idée sympathique » dira-t-on « mais qu’en savons-nous ? ». Dans cette vie déjà, tout homme qui prend de l’âge a vu s’effondrer un grand nombre de ses actions. S’il a réfléchi à tout cela, il sait que, des succès comme des échecs, il ne lui reste que la sagesse. Il expérimente que la sagesse ne s’use pas et traverse le temps en y gagnant la patine du style et l’infaillibilité de l’excellence. L’analogie du sommeil et de la mort est trop grande pour qu’un homme sensé, qui parcourt tant de jours dans une seule vie, s’étonne de devoir traverser de multiples formes existentielles. C’est plutôt la double absurdité d’une vie naissant de rien et retournant à rien, qui devrait susciter l’étonnement et même l’ironie de l’homme sensé.
4 Sans compter que, si l’on tire sagesse de l’action bien réfléchie, le lien fondamental fonctionne dans l’autre sens. L’homme moderne met toute chose à l’envers -telle est sa juste définition- ; ainsi croit-il que le moins engendre le plus. La théorie darwinienne et la théorie démocratique sont basées sur ce dernier postulat que l’expérience dément depuis la nuit des temps. Rien ne sort de rien. Le plus peut générer l’identique quand il excelle, et le moins quand il dégénère. Mais les rivières ne remontent pas les pentes et les vieillards ne rajeunissent pas. Donc le plus, la sagesse, génère le moins, l’action.
5 N’est-il pas déjà évident qu’une action n’est bonne que bien réfléchie en amont ? Or les hommes naissent avec des dons très différents pour l’action. Les connaisseurs disent qu’un homme normal n’aurait pas le temps dans sa vie, de recopier manuellement l’œuvre de Mozart, qui l’a pourtant composée et jouée, tout en mourant jeune. Qui n’aurait pas l’idée qu’un tel génie avait un passé déjà glorieux au moment même de sa naissance ? Les actions futures seront générées grâce à la sagesse acquise aujourd’hui. Prendre refuge dans la sagesse, c’est la considérer comme un canot de sauvetage dans le naufrage de la mort.
6 L’homme ordinaire agit pour jouir des fruits de l’action, comme un chien se dresse sur ses pattes pour avoir son sucre. Lié à la récompense comme par une laisse, il se croit libre de jouir alors qu’il est esclave du désir. Son bonheur consumériste, dépendant et addictif, fait figure de servage aux yeux du yogi. Lui veut bien accueillir le plaisir qu’on lui donne, non se faire courtisan pour en susciter l’offre. Seul est libérateur le plaisir que l’amour offre par admiration.
Pratique :
1 Toute action, générée par un corps mortel sur un monde mortel, se perdra comme poussière dans le vent. Seule la sagesse en demeurera, imprimée dans l’atman immortel qui habite le corps, en orientant sa transmigration. L’action ne vaut, à terme, que par la sagesse qu’elle illustre et que sa pratique permet de discerner. Fais de tes actions le sujet de méditation de ta sagesse et, à terme, le langage de ta sagesse. Le profane réagit aux événements. Le sage façonne le monde qu’il touche sur le modèle de la forme qu’il conçoit.
2 Certains grands spirituels furent des Napoléon dans le monde de l’action. Mais ils fonctionnaient à l’inverse de lui, non par ambition, fut-elle géniale, mais par déversement de l’absolu contemplé dans l’infinitude de sa manifestation. La récompense vraie, celle qui dure, ne suit pas l’action mais accompagne la sagesse. L’homme qui ne peut pas ne pas agir n’est pas auteur de son action. La valeur de l’action dépend de la sagesse qui l’inspire. La valeur de la sagesse peut se passer d’action. Quand tu auras autant de joie dans la sagesse qui contemple que dans celle qui façonne, tu connaîtras le bouddhi yoga.
La SAGESSE et l’ACTION