La VACHE d’ABONDANCE
Prajapati (Brahma, le manifesteur), le Souverain du monde,
produisit les êtres, avec le Sacrifice à Vishnou,
« C’est par lui, le sacrifice, –proclama-t-il- que vous vous multiplierez. »
Que ceci soit pour toi Kâmadhenu,
la vache d’abondance mythique qui exauce tous les désirs.
(BG 03/10)
Théorie :
1 Voici un sutra exotique qui nécessite quelques explications culturelles. Krishna, le réalisé, parle à son ami et disciple, le chevalier Arjuna. En yoga, l’équivalent de Dieu en tant que Principe se nomme Ishvara. Il se décline en une sorte de trinité : Brahma est Dieu en tant que créateur, Vishnou en tant que conservateur du monde (pour un temps) et Shiva en tant que réintégrant cycliquement le monde dans son principe Ishvara. La théorie créationniste est propre aux religions abrahamiques, l’Orient préférant la notion de manifestation : Brahma manifeste le divin en créant le monde, qui est d’essence divine.
2 Prajapati est un autre nom de la fonction divine de Brahma. Brahma est souverain du monde, en tant que manifesteur de Dieu sous une multitude de formes (BG 11/05 et 16). Il est le producteur des êtres individuels.
3 L’idée de sacrifice intervient dans toute création ; l’homme et la femme, dans la conception, la gestation et l’éducation, par exemple, y laissent une partie notable de leur temps et de leur énergie.
4 Normalement, le sacrifice est offert, par Brahma, le manifesteur, à Ishvara, le principe divin, c’est-à-dire par l’inférieur au supérieur, par la partie au tout. Mais la Bhagavad Gita est issue de la forme la plus répandue de la religion hindoue, le vishnouisme, qui a tendance à présenter son Dieu particulier, Vishnu comme le Principe divin lui-même, Ishvara. Un peu comme les chrétiens ont tendance à oublier Dieu derrière le Christ, comme le laisse entendre le nom même de leur religion, le christianisme.
5 Ici se retrouve le précepte de se multiplier, comme dans le premier récit biblique de la création (Gn 01). L’homme est invité à se conduire comme un petit Brahma, créateur-manifesteur. Pour cela il doit s’assurer la protection des dieux (dévas) en leur offrant des sacrifices. Les missionnaires chrétiens ont abondamment diffamé l’hindouisme en le prétendant polythéiste ; ils n’arrivaient sans doute pas à comprendre ceci : Indivisible, il paraît se répartir entre les êtres. Il doit être connu comme le maintien des êtres dans l’existence ; il les absorbe et les émet tour à tour (BG 13/16).
5 Les dieux (devas) auxquels les hommes doivent offrir les sacrifices sont évidemment des fonctions divines de l’Unique Ishvara. On pourrait aussi bien considérer comme des dieux les saints chrétiens, voire le ‘Père, le Fils et le Saint-Esprit’ réputés ‘personnes distinctes également divines’.
6 Kâma est le dieu du plaisir, chose spontanément recherchée par tout être vivant. Kâmadhenu signifie qui exauce tous les désirs. Dans une société agraire, identique en cela à celle de la Bible, la richesse se mesure en vaches (BG 01/32), et la vache comble, comme le bison chez les indiens d’Amérique du nord, la plupart des besoins.
7 La Bhagavad Gita embrasse la totalité de la tradition : elle est exotérique-religieuse et ésotérique-spirituelle. Elle est faite pour ceux qui veulent rester dans le samsara, dans la vie individuelle, et aussi pour ceux qui veulent quitter le samsara et se fondre en Dieu. Ici, et dans quelques sutras suivants, elle oublie le yoga et la libération-moksha. On vise le paradis terrestre et on s’en contente. Pour le disciple spirituel cela importe aussi, car il a une famille (BG 13/09) et la spiritualité ne s’adresse pas à tous. De même Jésus envisage l’homme spirituel dans sa famille (Lc 14/26 = P 192 et Mc 07/10 = P 114).
Pratique :
1 Face à cet enseignement, il convient d’être au clair sur le but que l’on assigne à sa vie : jouir du monde mortel, en accord avec les dieux, ou s’affranchir du monde, en choisissant la voie du yoga. On peut jouir religieusement du monde en ignorant le yoga. Les dix commandements de Moïse suffisent à cela (si tu veux entrer dans la vie, observe les commandements dit Jésus au Jeune homme riche : Mt 19/17 = P 216). Dans ce cas, l’Évangile suffirait (en se passant même de celui de Jean et autres évangiles gnostiques), la Bhagavad Gita s’avérant trop souvent yogique.
2 Mais, à l’inverse, on ne saurait avoir une quête de yoga en faisant totalement l’économie de l’exotérisme. Parce que le yogi a un corps, une famille, un minimum de vie sociale. Jésus le dit aussi : Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu (Mc 12/17 = P 240). Mais il convient de comprendre que César représente un ordre sacré et non une laïcité, inexistante à l’époque et illégitime à toute époque : Tu n’aurais aucun pouvoir sur moi, si cela ne t’avait été donné d’en haut dit Jésus à Pilate (Jn 19/11 = P 285). Rendre à César, c’est, comme Kâmadhenu, jouir du monde sous le regard d’en haut.
La VACHE d’ABONDANCE
La VACHE d’ABONDANCE
La VACHE d’ABONDANCE
Prajapati (Brahma, le manifesteur), le Souverain du monde,
produisit les êtres, avec le Sacrifice à Vishnou,
« C’est par lui, le sacrifice, –proclama-t-il- que vous vous multiplierez. »
Que ceci soit pour toi Kâmadhenu,
la vache d’abondance mythique qui exauce tous les désirs.
(BG 03/10)
Théorie :
1 Voici un sutra exotique qui nécessite quelques explications culturelles. Krishna, le réalisé, parle à son ami et disciple, le chevalier Arjuna. En yoga, l’équivalent de Dieu en tant que Principe se nomme Ishvara. Il se décline en une sorte de trinité : Brahma est Dieu en tant que créateur, Vishnou en tant que conservateur du monde (pour un temps) et Shiva en tant que réintégrant cycliquement le monde dans son principe Ishvara. La théorie créationniste est propre aux religions abrahamiques, l’Orient préférant la notion de manifestation : Brahma manifeste le divin en créant le monde, qui est d’essence divine.
2 Prajapati est un autre nom de la fonction divine de Brahma. Brahma est souverain du monde, en tant que manifesteur de Dieu sous une multitude de formes (BG 11/05 et 16). Il est le producteur des êtres individuels.
3 L’idée de sacrifice intervient dans toute création ; l’homme et la femme, dans la conception, la gestation et l’éducation, par exemple, y laissent une partie notable de leur temps et de leur énergie.
4 Normalement, le sacrifice est offert, par Brahma, le manifesteur, à Ishvara, le principe divin, c’est-à-dire par l’inférieur au supérieur, par la partie au tout. Mais la Bhagavad Gita est issue de la forme la plus répandue de la religion hindoue, le vishnouisme, qui a tendance à présenter son Dieu particulier, Vishnu comme le Principe divin lui-même, Ishvara. Un peu comme les chrétiens ont tendance à oublier Dieu derrière le Christ, comme le laisse entendre le nom même de leur religion, le christianisme.
5 Ici se retrouve le précepte de se multiplier, comme dans le premier récit biblique de la création (Gn 01). L’homme est invité à se conduire comme un petit Brahma, créateur-manifesteur. Pour cela il doit s’assurer la protection des dieux (dévas) en leur offrant des sacrifices. Les missionnaires chrétiens ont abondamment diffamé l’hindouisme en le prétendant polythéiste ; ils n’arrivaient sans doute pas à comprendre ceci : Indivisible, il paraît se répartir entre les êtres. Il doit être connu comme le maintien des êtres dans l’existence ; il les absorbe et les émet tour à tour (BG 13/16).
5 Les dieux (devas) auxquels les hommes doivent offrir les sacrifices sont évidemment des fonctions divines de l’Unique Ishvara. On pourrait aussi bien considérer comme des dieux les saints chrétiens, voire le ‘Père, le Fils et le Saint-Esprit’ réputés ‘personnes distinctes également divines’.
6 Kâma est le dieu du plaisir, chose spontanément recherchée par tout être vivant. Kâmadhenu signifie qui exauce tous les désirs. Dans une société agraire, identique en cela à celle de la Bible, la richesse se mesure en vaches (BG 01/32), et la vache comble, comme le bison chez les indiens d’Amérique du nord, la plupart des besoins.
7 La Bhagavad Gita embrasse la totalité de la tradition : elle est exotérique-religieuse et ésotérique-spirituelle. Elle est faite pour ceux qui veulent rester dans le samsara, dans la vie individuelle, et aussi pour ceux qui veulent quitter le samsara et se fondre en Dieu. Ici, et dans quelques sutras suivants, elle oublie le yoga et la libération-moksha. On vise le paradis terrestre et on s’en contente. Pour le disciple spirituel cela importe aussi, car il a une famille (BG 13/09) et la spiritualité ne s’adresse pas à tous. De même Jésus envisage l’homme spirituel dans sa famille (Lc 14/26 = P 192 et Mc 07/10 = P 114).
Pratique :
1 Face à cet enseignement, il convient d’être au clair sur le but que l’on assigne à sa vie : jouir du monde mortel, en accord avec les dieux, ou s’affranchir du monde, en choisissant la voie du yoga. On peut jouir religieusement du monde en ignorant le yoga. Les dix commandements de Moïse suffisent à cela (si tu veux entrer dans la vie, observe les commandements dit Jésus au Jeune homme riche : Mt 19/17 = P 216). Dans ce cas, l’Évangile suffirait (en se passant même de celui de Jean et autres évangiles gnostiques), la Bhagavad Gita s’avérant trop souvent yogique.
2 Mais, à l’inverse, on ne saurait avoir une quête de yoga en faisant totalement l’économie de l’exotérisme. Parce que le yogi a un corps, une famille, un minimum de vie sociale. Jésus le dit aussi : Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu (Mc 12/17 = P 240). Mais il convient de comprendre que César représente un ordre sacré et non une laïcité, inexistante à l’époque et illégitime à toute époque : Tu n’aurais aucun pouvoir sur moi, si cela ne t’avait été donné d’en haut dit Jésus à Pilate (Jn 19/11 = P 285). Rendre à César, c’est, comme Kâmadhenu, jouir du monde sous le regard d’en haut.
La VACHE d’ABONDANCE