Les VOLEURS de JOUISSANCE
Nourrissez les dieux (deva) par les sacrifices
et les dieux soutiendront votre vie.
De ces échanges mutuels naîtra pour tous la prospérité.
Car, nourris par ces sacrifices (yajna),
les devas (dieux) vous procureront les jouissances que vous souhaitez.
Celui qui jouit de leurs dons, sans rien leur donner en retour,
est vraiment un voleur.
(BG 03/11-12)
Théorie :
1 Un occidental de culture chrétienne part du principe qu’il est un homme supérieur parce qu’il est monothéiste, tandis que les religions natives d’Afrique noire, d’Amérique ou d’Inde ne le seraient pas. En réalité, il n’y a de religion que monothéiste. Le polythéisme n’est que le résultat érodé d’une religion qui se décompose. De plus, il arrive souvent que l’on prenne pour polythéiste une religion que l’on ne comprend pas, considérant les attributs divins comme des dieux différents. C’est le cas des musulmans qui perçoivent un polythéisme dans les trois personnes divines Père, Fils et Saint-Esprit du christianisme.
2 Ne serait-ce pas aussi le cas de la plupart des chrétiens ? Ceux-ci oubliant que le père est en moi et je suis dans le père (Jn 10/38 = P 185), ce qui implique que l’unité fondamentale transcende la trinité apparente. Pour comprendre ce sutra, il faut s’extraire de la platitude égalitariste moderne pour accéder à la richesse hiérarchique de la spiritualité. Entre Dieu comme absolu (Brahman dans la Bhagavad Gita) et l’humain individuel, existe une hiérarchie indéfinie d’êtres intermédiaires. Le principal est Brahma, le créateur des mondes.
3 Un autre, qui n’a d’importance qu’au niveau humain (mais c’est déterminant pour les hommes), est celui que Jésus appelle le prince de ce monde. Ce dernier à des droits sur les hôtes de la terre : la preuve en est que Jésus lui répond lors des tentations au désert (Mt 04/04 = P 021) et l’honore du titre de prince. Ce prince est bienveillant envers les hommes qui se complaisent dans le monde humain : Si vous étiez du monde, le monde aimerait son bien ; mais parce que vous n’êtes pas du monde, puisque mon choix vous a tirés du monde, pour cette raison, le monde vous hait (Jn 15/19 = P 265).
4 Le yogi, comme le vrai disciple de Jésus, ne hait pas le monde, mais ne se satisfait pas de sa finitude. Le monde, qui le tient en son pouvoir, comme un éleveur son bétail, devient alors pour lui un adversaire (hébreu : satan) ; et dans son travail yogique, un éprouveur (Mt 04/03 = P 021) et un diable tentateur (Mt 04/01 = P 021). C’est ainsi que le (ou les) dieux des uns peut paraître le diable, l’éprouveur ou le tentateur des autres.
5 Dans tous les cas, en ce présent sutra, les ‘dévas’ sont bienveillants envers les ‘dévots’ qui ne se soucient que de jouir du monde en bonne harmonie avec les dieux, autrement dit, avec les forces constitutives de ce monde. Il existe entre ces devas et l’Adonaï-Yahvé de la Bible d’évidentes ressemblances. Il est clair ici que la jouissance du monde par l’homme est parfaitement assumée, tant qu’elle se déroule dans la reconnaissance des dieux. Le Christ qui festoie souvent (Lc 19/02 = P 226), se parfume (Mt 06/17 = P 069 et Mt 26/10 = P 228) et fabrique un excellent vin (Jn 02/01 = P 026) illustre cet aspect de la vie.
6 Proudhon déclare : « La propriété c’est le vol », ce que ni Jésus, ni Krishna n’ont soutenu. Le critère, ici, est vertical et non horizontal. Le vol est caractérisé par l’ingratitude envers les dieux. Question : « Dans notre monde occidental, quasi profane, comment nourrir les dieux par les sacrifices ? Dans les mondes anciens des rites existaient pour l’agriculture, l’élevage, la fabrication artisanale, l’acquisition des biens ; tout cela est mort, mais rien n’empêche de prier à ces occasions. De plus, les sacrifices en question ne sont pas sans rapport avec l’éthique écologique, sans s’y réduire cependant, car une morale est une chose et un rite une autre.
Pratique :
1 Reste une question : « Pourquoi la prospérité des dieux nécessite-t-elle les sacrifices des hommes ? » Parce que les dieux en question ne sont pas l’Absolu (Brahman), qui, seul, est sans besoin (BG 03/22). Ce sont des êtres supérieurs aux humains, mais attachés, comme nous, à notre état d’existence. La notion d’ange dans la Bible présente des correspondances.
2 Des expressions comme « Dieu merci », profondément vécue et fréquemment renouvelée, sont un premier pas dans le sens de n’être plus voleur des jouissances de la vie. Les chrétiens, centrés sur la croix, ont une tendance naturelle au dolorisme et au mépris du plaisir. Cela ne les rend pas plus vertueux, mais ils pensent le plaisir auquel ils cèdent en termes peccamineux. Il leur faudra une vraie transformation des mentalités pour parvenir à jouir en priant. Non pas comme la femme qui réciterait son chapelet pendant ‘l’acte de chair’, mais en découvrant une véritable exultation spirituelle.
Les VOLEURS de JOUISSANCE
Les VOLEURS de JOUISSANCE
Les VOLEURS de JOUISSANCE
Nourrissez les dieux (deva) par les sacrifices
et les dieux soutiendront votre vie.
De ces échanges mutuels naîtra pour tous la prospérité.
Car, nourris par ces sacrifices (yajna),
les devas (dieux) vous procureront les jouissances que vous souhaitez.
Celui qui jouit de leurs dons, sans rien leur donner en retour,
est vraiment un voleur.
(BG 03/11-12)
Théorie :
1 Un occidental de culture chrétienne part du principe qu’il est un homme supérieur parce qu’il est monothéiste, tandis que les religions natives d’Afrique noire, d’Amérique ou d’Inde ne le seraient pas. En réalité, il n’y a de religion que monothéiste. Le polythéisme n’est que le résultat érodé d’une religion qui se décompose. De plus, il arrive souvent que l’on prenne pour polythéiste une religion que l’on ne comprend pas, considérant les attributs divins comme des dieux différents. C’est le cas des musulmans qui perçoivent un polythéisme dans les trois personnes divines Père, Fils et Saint-Esprit du christianisme.
2 Ne serait-ce pas aussi le cas de la plupart des chrétiens ? Ceux-ci oubliant que le père est en moi et je suis dans le père (Jn 10/38 = P 185), ce qui implique que l’unité fondamentale transcende la trinité apparente. Pour comprendre ce sutra, il faut s’extraire de la platitude égalitariste moderne pour accéder à la richesse hiérarchique de la spiritualité. Entre Dieu comme absolu (Brahman dans la Bhagavad Gita) et l’humain individuel, existe une hiérarchie indéfinie d’êtres intermédiaires. Le principal est Brahma, le créateur des mondes.
3 Un autre, qui n’a d’importance qu’au niveau humain (mais c’est déterminant pour les hommes), est celui que Jésus appelle le prince de ce monde. Ce dernier à des droits sur les hôtes de la terre : la preuve en est que Jésus lui répond lors des tentations au désert (Mt 04/04 = P 021) et l’honore du titre de prince. Ce prince est bienveillant envers les hommes qui se complaisent dans le monde humain : Si vous étiez du monde, le monde aimerait son bien ; mais parce que vous n’êtes pas du monde, puisque mon choix vous a tirés du monde, pour cette raison, le monde vous hait (Jn 15/19 = P 265).
4 Le yogi, comme le vrai disciple de Jésus, ne hait pas le monde, mais ne se satisfait pas de sa finitude. Le monde, qui le tient en son pouvoir, comme un éleveur son bétail, devient alors pour lui un adversaire (hébreu : satan) ; et dans son travail yogique, un éprouveur (Mt 04/03 = P 021) et un diable tentateur (Mt 04/01 = P 021). C’est ainsi que le (ou les) dieux des uns peut paraître le diable, l’éprouveur ou le tentateur des autres.
5 Dans tous les cas, en ce présent sutra, les ‘dévas’ sont bienveillants envers les ‘dévots’ qui ne se soucient que de jouir du monde en bonne harmonie avec les dieux, autrement dit, avec les forces constitutives de ce monde. Il existe entre ces devas et l’Adonaï-Yahvé de la Bible d’évidentes ressemblances. Il est clair ici que la jouissance du monde par l’homme est parfaitement assumée, tant qu’elle se déroule dans la reconnaissance des dieux. Le Christ qui festoie souvent (Lc 19/02 = P 226), se parfume (Mt 06/17 = P 069 et Mt 26/10 = P 228) et fabrique un excellent vin (Jn 02/01 = P 026) illustre cet aspect de la vie.
6 Proudhon déclare : « La propriété c’est le vol », ce que ni Jésus, ni Krishna n’ont soutenu. Le critère, ici, est vertical et non horizontal. Le vol est caractérisé par l’ingratitude envers les dieux. Question : « Dans notre monde occidental, quasi profane, comment nourrir les dieux par les sacrifices ? Dans les mondes anciens des rites existaient pour l’agriculture, l’élevage, la fabrication artisanale, l’acquisition des biens ; tout cela est mort, mais rien n’empêche de prier à ces occasions. De plus, les sacrifices en question ne sont pas sans rapport avec l’éthique écologique, sans s’y réduire cependant, car une morale est une chose et un rite une autre.
Pratique :
1 Reste une question : « Pourquoi la prospérité des dieux nécessite-t-elle les sacrifices des hommes ? » Parce que les dieux en question ne sont pas l’Absolu (Brahman), qui, seul, est sans besoin (BG 03/22). Ce sont des êtres supérieurs aux humains, mais attachés, comme nous, à notre état d’existence. La notion d’ange dans la Bible présente des correspondances.
2 Des expressions comme « Dieu merci », profondément vécue et fréquemment renouvelée, sont un premier pas dans le sens de n’être plus voleur des jouissances de la vie. Les chrétiens, centrés sur la croix, ont une tendance naturelle au dolorisme et au mépris du plaisir. Cela ne les rend pas plus vertueux, mais ils pensent le plaisir auquel ils cèdent en termes peccamineux. Il leur faudra une vraie transformation des mentalités pour parvenir à jouir en priant. Non pas comme la femme qui réciterait son chapelet pendant ‘l’acte de chair’, mais en découvrant une véritable exultation spirituelle.
Les VOLEURS de JOUISSANCE