Les SERVANTES de JÉSUS

Les SERVANTES de JÉSUS

Lc 08/01-03 (Péricope 081 Synopse Lagrange) Commentaire Théorique et Méditation Opérative

Les SERVANTES de JÉSUS

Les SERVANTES de JÉSUS

Par la suite, il chemine par villes et villages ; proclamant et annonçant la bonne nouvelle-euangelizein du règne de Dieu. Les douze sont avec lui.  Et aussi quelques femmes, qui furent guéries d’esprits mauvais, et de d’asthénie : Marie, appelée la Magdalène, de laquelle sont sortis sept démons, et Jeanne, la femme de Chouza, intendant d’Hérode, Suzanne et beaucoup d’autres, qui les servent-diakonein de leurs biens.

(Lc 08/01-03  P 081)

Théorie :

1        Il chemine par villes et villages. La théorie hindoue des ashramas (Les 4 âges de la vie) comprend quatre âges de vingt ans à peu près chacun. 1°) Celui de la formation humaine, professionnelle et  religieuse. 2°) Celui du ‘maître de maison’, comprenant mariage, enfants, production de richesses. 3°) Celui du ‘semi-retraité’, qui supervise l’installation de son fils ou successeur, tout en s’adonnant plus amplement à la spiritualité. 4°) Celui du samnyasi (renonçant) délaissant titres et biens et devenant théoriquement moine itinérant. Ici, Jésus est à l’évidence un samnyasi. Les renards ont des tanières, les oiseaux du ciel des nids ; mais le fils de l’humain n’a pas où reposer sa tête (Mt 08/20 = P 151).

2        Proclamant et annonçant la bonne nouvelle-euangelizein du règne de Dieu. En grec, eu signifie ‘bon’, et angelizein vient de angelos, le ‘messager’ (qui donne le français ‘ange’). La traduction ‘bonne nouvelle’ détourne le sens, car le message de Jésus est intemporel et non pas ‘nouveau’, dans le sens de l’idéologie progressiste.

Les douze sont avec lui. Dans le même sens que le ‘bon message’, les douze symbolisent la complétude des points de vue possibles sur le réel, comme les douze signes du zodiaque.

3        Et aussi quelques femmes, qui furent guéries d’esprits mauvais, et de d’asthénie-astheneia. Le texte dit bien que, à part Marie sa mère, toutes les femmes qui suivent Jésus ont été guéries par lui de maladies psychiques (‘esprits mauvais) ou physiques (asthénie). La conclusion qui s’impose, (et que l’esprit moderne refusera au nom de l’égalitarisme) est qu’une femme peut suivre Jésus, c’est-à-dire entrer dans la voie spirituelle, ‘malgré qu’elle est femme’ et non pas ‘indifféremment au fait qu’elle est femme’.

4        La femme est naturellement religieuse. D’abord parce que l’amour, caractéristique essentielle de la religion (chrétienne) constitue sa nature même. Ensuite parce que le féminin cherche spontanément une puissance protectrice. Mais la femme n’est pas naturellement spirituelle ; car la spiritualité est l’affranchissement du mortel alors que la femme est configurée pour faire naître au mortel.

5        La Bhagavad Gita enseigne clairement ce point, qui scandalise tellement les bonnes âmes occidentales : Ceux qui prennent refuge en moi, fussent-ils de basse extraction, comme une femme, un vaïshyas (3° caste), ou un shudras (serviteur, 4°  caste), atteignent le but suprême (BG 09/32). Le moderne se scandalise de ce qu’une femme soit qualifiée de basse extraction du fait qu’elle est une femme (quand bien même elle serait fille, épouse et mère de Brahmane) ; mais, curieusement, ce même ne s’émerveille pas qu’elle puisse atteindre le but suprême. D’ailleurs, ordinairement, il n’a aucune idée de ce que désigne le but suprême, qui est bien autre chose que le paradis ou même le royaume des cieux.

6        Tout enseignement spirituel a sa parodie. Et notre époque est spécialisée dans les parodies. Il ne s’agit pas, pour Jésus, de fabriquer des viragos. La femme spirituelle n’est pas le singe de l’homme. Mais, indispensablement, par le mariage ou autrement, elle s’unit à un homme et devient intérieurement cet homme, tout en déployant sa féminité, pour cet homme et pour le monde.

7        Marie, appelée la Magdalène. Magdala est un village de pêcheurs sur la rive du lac de Tibériade. Mais surtout, le mot signifie la tour ; et la tour, qu’elle soit défensive, ou servant de grenier à grains, est une structure ferme et résistante. Marie est la force de la foi. Paradoxalement, autant elle fut facile de mœurs, autant elle est imprenable de foi. L’Évangile la nomme plus de douze fois, plus que la plupart des apôtres, et toujours à son avantage.

8        Ce qui la différencie beaucoup de Pierre, qui lui fut souvent adverse (Est-il possible que l’Enseigneur se soit entretenu ainsi, avec une femme, sur des secrets que nous, nous ignorons ? Devons-nous changer nos habitudes ; écouter tous cette femme ? L’a-t-Il vraiment choisie et préférée à nous ? : Évangile de Marie). Le fait qu’elle aide Jésus de ses biens confirme sa richesse et aussi l’hypothèse qu’elle n’était point prostituée par dépendance financière. Plusieurs pères de l’Église la nomme ‘l’apôtre des apôtres’, parce qu’elle est la première annonciatrice de la résurrection de Jésus. Ces points sont confirmés par le très spirituel Évangile gnostique de Marie.

9        …de laquelle sont sortis sept démons…Ces sept démons représentent les sept péchés capitaux du christianisme, listés par Thomas d’Aquin : orgueil, avarice, envie, luxure, gourmandise, colère, paresse. On pourrait spéculer sur l’ordre curieux de ces péchés, alors qu’à l’évidence l’orgueil (le diable au désert : Mt 04/09 = P 021, manque de connaissance spirituelle) et la colère (que Jésus assimile au meurtre : Mt 05/22  = P 059) sont les principaux. L’avarice et l’envie sont encore des péchés graves, puisque brisant la relation à autrui.

10      Quant à la gourmandise (‘péché mignon’ disent certains) et la luxure, elles ne sont que les excès d’un comportement normal. Les fruits étaient bons au paradis et Adam et Eve -bien que non procréateurs- étaient sexués et n’en avaient pas honte (Gn 2). Avec cette remarque des sept démons, Luc étiquette Marie ; Marc procède de même à la fin : Ressuscité le matin, le premier jour de la semaine, il apparut d’abord à Marie de Magdala dont il avait chassé sept démons (Mc 16/09 = P 311). N’y aurait-il pas, comme le dit le texte (Mc 14/04 = P 228), une jalousie des apôtres envers la tant aimée Magdaléenne ?

11      Jeanne, la femme de Chouza, intendant d’Hérode. L’intendant d’Hérode, nommé Chouza, mot qui signifie ‘le voyant’, n’est pas sans faire penser à Sanjaya (voyant et entendant à distance), dans la Bhagavad Gita, premier ministre du roi aveugle Dhristarashtra (BG 01/01, 18/75).

12      Déjà, lors du second miracle de Cana, un fonctionnaire royal (membre important de la cour d’Hérode), dont le fils était malade à Capharnaüm (Jn 04/46 = P 037) a bénéficié d’un miracle du Christ. Il sera précisé à la fin, que la propre épouse de Pilate, sujette aux songes comme Joseph, intervient auprès de son mari, en plein procès de Jésus et en sa faveur (Mt 27/19 = P 285). Ces femmes riches qui aidaient Jésus de leurs biens montrent que la thèse d’un ‘Jésus de gauche’, n’aimant que les pauvres et quasi marxiste est un pur fantasme idéologique. Jeanne signifie ‘la grâce de Celui qui est’, beau programme de disciple inspirée.

13      Suzanne et beaucoup d’autres, qui les servent-diakonein de leurs biens. Suzanne signifie ‘le lys’, fleur d’un blanc immaculé, symbole royal, d’autant plus fort que ses six pétales reproduisent l’étoile de David ou sceau de Salomon. La richesse symbolique de cette énumération de personnages féminins montre bien que, malgré leur handicap spirituel de départ, dû au fait même d’être nées femmes, Jésus est venu, comme Krishna, pour les intégrer dans le salut paradisiaque (Le bon larron : Lc 23/43 = P 295) et même le royaume des cieux (La femme aux sept maris : Mc 12/25 = P 241) et mieux encore la réalisation non duelle (afin qu’ils soient parfaits dans l’unité : Jn 17/23 = P 267).

Pratique :

1      Pratique I : Nous avons souvent signalé que la modernité ne se construit pas au hasard : elle constitue un méthodique contre-Évangile. Redire cela n’est pas une idée fixe de notre part ; c’est une idée fixe de la modernité de se développer ainsi. La méthode est à la fois simple (‘simpliste’ diront les gens intelligents) et terriblement efficace. Premier temps : faire le contraire de l’Évangile. L’Évangile hiérarchise homme et femme, la modernité égalise et nivelle. Cela a pour effet de féminiser la civilisation entière et la plupart des hommes.

2      Deuxième temps : comme il y a quand même quelques hommes conscients de leur nature, ils se révolteront contre ces femmes égalitaristes ; et beaucoup d’entre eux tomberont dans l’excès inverse (effet de balancier) le mépris de la femme et ses conséquences. La modernité exulte de ces deux ‘victoires’ qui s’alimentent l’une l’autre.

3      La pratique spirituelle de cette péricope consiste à sortir de cette tenaille : ni égalitarisme dans les rapports entre homme et femme, ni dévaluation de la femme. Tout homme a pour mission de spiritualiser les femmes qu’il aime. Toute femme a pour mission d’assomptionner son amour dans l’unité avec un homme digne. Et toute femme en connaît au moins deux : Jésus et Krishna.

S’abonner
Notification pour
0 Commentaires
Le plus ancien
Le plus récent Le plus populaire

Les SERVANTES de JÉSUS