CASTES-VARNAS et DEVOIR PROPRE (SVA-DHARMA)
Mieux vaut accomplir son devoir propre (sva-dharma),
même s’il est sans prestige, ou de manière imparfaite,
qu’accomplir, même parfaitement, celui d’autrui.
Mieux vaut périr dans l’accomplissement de son devoir propre,
car assurer le devoir d’une autre condition est lourd de dangers.
(BG 03/35)
Théorie :
1 Le but de la Bhagavad Gita est la réalisation spirituelle. Tout est issu de Dieu et Dieu pénètre tout. Par conséquent, la quête spirituelle concerne tous les aspects de la vie ; en particulier, la vocation socioprofessionnelle. D’où l’importance spirituelle de la caste-varna. Mais l’Occidental contemporain ne peut saisir cela à cause de quatre verrous mentaux. Le premier vient du marxisme, communisme, socialisme et de leur théorie de ‘la lutte des classes’, qui divise la société en groupes adverses, tous profanes et ne se distinguant que par la puissance financière et politique.
2 Or, la plus haute caste, celle des brahmanes, a en charge la spiritualité, la religion, l’instruction et la médecine, mais elle ne peut ni être riche, ni diriger politiquement. La haine des castes par les occidentaux ‘de gauche’, qui la confondent avec la ‘lutte des classes’, résulte de leur ignorance.
3 Le deuxième verrou mental provient du concept démocratique de laïcité, qui prétend fonder la civilisation en excluant les critères spirituels et religieux, pour ne les tolérer qu’à titre de loisirs individuels. Il est évident qu’un spirituel ne pourra jamais relativiser l’Absolu, puisque tout est relatif, sauf Lui. Le refus des castes-varnas par les occidentaux ‘de droite’ est moins radical, mais pas mieux fondé que par ceux de ‘gauche’ et tout aussi ignorant de l’essentiel.
4 Le troisième verrou mental, bloquant la compréhension de l’occidental moderne réside dans l’ignorance des cycles. Les occidentaux identifient les castes à la dégénérescence qu’elles ont connue pendant le XVII et XVIII° siècle. Au lieu de restaurer le principe, ils l’ont supprimé. Et pire, ils l’ont remplacé par son inverse : la désignation des responsables politiques par la base la moins qualifiée spirituellement. Et ils s’obstinent à ne pas juger de l’arbre à ses fruits, qui deviennent manifestement mauvais après un quart de millénaire de démocratie.
5 Aujourd’hui, rares sont les hommes capables de comprendre l’enseignement commun de la Gita et de l’Évangile sur la structuration hiérarchie d’une civilisation à fondement spirituel. En principe, les chrétiens devraient comprendre, armés de l’Évangile, après quatorze siècles de chrétienté (du IV° au XVIII°). Malheureusement, depuis la fin du XIX° siècle, les papes (Léon XIII en premier) ont opéré le ‘ralliement’ à la démocratie. La révolution de 1789 a brisé la chrétienté (qui fut la civilisation chrétienne) de l’extérieur, désormais, avec ce reniement de la papauté, la chrétienté se trouve détruite de l’intérieur. A vue d’homme, il semble parfaitement douteux qu’elle s’en remette.
6 On parle encore du ‘corps social’ sans comprendre que le symbole implique des organes spécifiques (les castes-varnas précisément) dont les cellules possèdent des capacités particulières, mais dont toutes sont au service de l’harmonie d’ensemble. Le devoir propre (sva-dharma) désigne la place d’un homme dans la caste pour laquelle il possède les qualités requises. Certaines sont sans prestige, éboueur par exemple, qui correspond à l’anus social. Il est évident que, tant corporellement que collectivement, l’absence de cette fonction est mortelle. Tout ce qui est nécessaire est respectable. La respectabilité de l’éboueur, bien que moins grande, n’est pas moins douteuse que celle du plus brillant intellectuel.
7 La remarque ou de manière imparfaite, pourrait choquer. Il est préférable pour tout le monde que les fonctions soient bien remplies. Cependant, certains individus peu doués, ou handicapés d’une manière ou d’une autre, seront moins malheureux dans une fonction juste, bien qu’imparfaitement remplie, et risqueront moins de s’investir dans un domaine nuisible pour autrui, comme ce serait le cas si on ne leur réservait aucune place reconnue. On note ici le réalisme politique de la Gita. La politique n’est pas le rêve de l’idéal, mais l’art du possible.
8 Mieux vaut accomplir son devoir propre (sva-dharma)…qu’accomplir, même parfaitement, celui d’autrui. Cela aussi peut choquer. Normalement, un homme de haute caste (noble par exemple) réussira plus facilement dans une caste inférieure (commerce par exemple) mais, premièrement, il prendrait ainsi la place d’un autre, deuxièmement, il déserterait la place qu’il doit occuper. Il était interdit aux nobles de pratiquer le commerce. Chaque caste a son monopole.
9 Mieux vaut périr dans l’accomplissement de son devoir propre présente deux sens. D’une part, même si le métier est risqué (noble chargé de la guerre par exemple), périr dans l’exercice de sa fonction est salvateur (Une guerre juste, arrivant inopinément c’est la porte du ciel qui s’ouvre pour l’heureux kshatriya : BG 02/32). D’autre part, l’orientation d’un homme au moment de sa mort détermine sa naissance suivante (BG 14/14-15 et 18). D’où l’importance de se trouver au bon endroit de la société au moment où l’on meurt. Dans les anciens mondes, valait le principe : ‘Chacun à sa place’.
10 Assurer le devoir d’une autre condition est lourd de dangers. Le texte ne précise pas lesquels. Outre les deux indiqués (on prend la place d’un autre et on délaisse celle que l’on doit occuper), le danger pour la société sera qu’un homme mal placé fera forcément dévier le domaine dans lequel il exercera son activité. Ta nature de kshatriya l’emportera (BG 18/59) dit Krishna à Arjuna, qui veut jouer au non-violent, alors qu’il est chevalier. Il en va de même pour toutes les natures dont on ne peut faire abstraction. En plus d’être nuisible à la société, celui qui aura refusé son sva-dharma devra en subir les conséquences dans son prochain cycle d’existence ; le plus grand danger est assurément pour lui.
11 La Gita ne précisera qu’au chapitre suivant quelles sont les quatre varnas-castes dans lesquelles se répartissent les devoirs-propres de chacun. Il y a les shudras (serviteurs) qui seront plus utiles et heureux en obéissant à un bon maître qu’en se risquant à l’indépendance. Ensuite les vaïshyas (tiers-état, soit troisième état social de l’ancien Régime), petites et moyennes entreprises agricoles, artisanales ou commerciales. Puis les Kshatryas (noblesse : gouvernement, administration, justice, police, armée). Finalement les Brahmanes (clergé : spiritualité, religion, enseignement, médecine). A l’intérieur de ces quatre grandes catégories universelles, chacun doit pouvoir trouver sa place, son sva-dharma, qui est unique comme lui-même.
Pratique :
Pratique I : Quadrature du cercle maintenant : comment vivre son propre ordre social juste dans le désordre social moderne ? Plus on aura les idées claires sur la doctrine générale, mieux on trouvera quelque situation professionnelle, familiale et sociale qui s’en approche.
Pratique II : Plus on avance vers la fin du cycle actuel d’humanité, plus s’accentuera le désordre (personne n’est à sa place). Mais alors vaut l’enseignement de Jésus dans la parabole de la Onzième heure (Mt 20/01 = P 219). Le message est le suivant : celui qui cherche honnêtement du travail mérite le salaire de celui qui en a déjà un.
La Bhagavad Gita a-t-elle un équivalent de cette parabole ? Oui, précisément ici : Mieux vaut accomplir son devoir propre (sva-dharma), même…de manière imparfaite. Mais aussi : Ceux qui prennent refuge en moi, fussent-ils de basse extraction, une femme, un vaïshyas (3° caste), ou un shudras (serviteur, 4° caste), atteignent le but suprême (BG 09/32).
CASTES-VARNAS et DEVOIR PROPRE (SVA-DHARMA)
CASTES-VARNAS et DEVOIR PROPRE (SVA-DHARMA)
CASTES-VARNAS et DEVOIR PROPRE (SVA-DHARMA)
Mieux vaut accomplir son devoir propre (sva-dharma),
même s’il est sans prestige, ou de manière imparfaite,
qu’accomplir, même parfaitement, celui d’autrui.
Mieux vaut périr dans l’accomplissement de son devoir propre,
car assurer le devoir d’une autre condition est lourd de dangers.
(BG 03/35)
Théorie :
1 Le but de la Bhagavad Gita est la réalisation spirituelle. Tout est issu de Dieu et Dieu pénètre tout. Par conséquent, la quête spirituelle concerne tous les aspects de la vie ; en particulier, la vocation socioprofessionnelle. D’où l’importance spirituelle de la caste-varna. Mais l’Occidental contemporain ne peut saisir cela à cause de quatre verrous mentaux. Le premier vient du marxisme, communisme, socialisme et de leur théorie de ‘la lutte des classes’, qui divise la société en groupes adverses, tous profanes et ne se distinguant que par la puissance financière et politique.
2 Or, la plus haute caste, celle des brahmanes, a en charge la spiritualité, la religion, l’instruction et la médecine, mais elle ne peut ni être riche, ni diriger politiquement. La haine des castes par les occidentaux ‘de gauche’, qui la confondent avec la ‘lutte des classes’, résulte de leur ignorance.
3 Le deuxième verrou mental provient du concept démocratique de laïcité, qui prétend fonder la civilisation en excluant les critères spirituels et religieux, pour ne les tolérer qu’à titre de loisirs individuels. Il est évident qu’un spirituel ne pourra jamais relativiser l’Absolu, puisque tout est relatif, sauf Lui. Le refus des castes-varnas par les occidentaux ‘de droite’ est moins radical, mais pas mieux fondé que par ceux de ‘gauche’ et tout aussi ignorant de l’essentiel.
4 Le troisième verrou mental, bloquant la compréhension de l’occidental moderne réside dans l’ignorance des cycles. Les occidentaux identifient les castes à la dégénérescence qu’elles ont connue pendant le XVII et XVIII° siècle. Au lieu de restaurer le principe, ils l’ont supprimé. Et pire, ils l’ont remplacé par son inverse : la désignation des responsables politiques par la base la moins qualifiée spirituellement. Et ils s’obstinent à ne pas juger de l’arbre à ses fruits, qui deviennent manifestement mauvais après un quart de millénaire de démocratie.
5 Aujourd’hui, rares sont les hommes capables de comprendre l’enseignement commun de la Gita et de l’Évangile sur la structuration hiérarchie d’une civilisation à fondement spirituel. En principe, les chrétiens devraient comprendre, armés de l’Évangile, après quatorze siècles de chrétienté (du IV° au XVIII°). Malheureusement, depuis la fin du XIX° siècle, les papes (Léon XIII en premier) ont opéré le ‘ralliement’ à la démocratie. La révolution de 1789 a brisé la chrétienté (qui fut la civilisation chrétienne) de l’extérieur, désormais, avec ce reniement de la papauté, la chrétienté se trouve détruite de l’intérieur. A vue d’homme, il semble parfaitement douteux qu’elle s’en remette.
6 On parle encore du ‘corps social’ sans comprendre que le symbole implique des organes spécifiques (les castes-varnas précisément) dont les cellules possèdent des capacités particulières, mais dont toutes sont au service de l’harmonie d’ensemble. Le devoir propre (sva-dharma) désigne la place d’un homme dans la caste pour laquelle il possède les qualités requises. Certaines sont sans prestige, éboueur par exemple, qui correspond à l’anus social. Il est évident que, tant corporellement que collectivement, l’absence de cette fonction est mortelle. Tout ce qui est nécessaire est respectable. La respectabilité de l’éboueur, bien que moins grande, n’est pas moins douteuse que celle du plus brillant intellectuel.
7 La remarque ou de manière imparfaite, pourrait choquer. Il est préférable pour tout le monde que les fonctions soient bien remplies. Cependant, certains individus peu doués, ou handicapés d’une manière ou d’une autre, seront moins malheureux dans une fonction juste, bien qu’imparfaitement remplie, et risqueront moins de s’investir dans un domaine nuisible pour autrui, comme ce serait le cas si on ne leur réservait aucune place reconnue. On note ici le réalisme politique de la Gita. La politique n’est pas le rêve de l’idéal, mais l’art du possible.
8 Mieux vaut accomplir son devoir propre (sva-dharma)…qu’accomplir, même parfaitement, celui d’autrui. Cela aussi peut choquer. Normalement, un homme de haute caste (noble par exemple) réussira plus facilement dans une caste inférieure (commerce par exemple) mais, premièrement, il prendrait ainsi la place d’un autre, deuxièmement, il déserterait la place qu’il doit occuper. Il était interdit aux nobles de pratiquer le commerce. Chaque caste a son monopole.
9 Mieux vaut périr dans l’accomplissement de son devoir propre présente deux sens. D’une part, même si le métier est risqué (noble chargé de la guerre par exemple), périr dans l’exercice de sa fonction est salvateur (Une guerre juste, arrivant inopinément c’est la porte du ciel qui s’ouvre pour l’heureux kshatriya : BG 02/32). D’autre part, l’orientation d’un homme au moment de sa mort détermine sa naissance suivante (BG 14/14-15 et 18). D’où l’importance de se trouver au bon endroit de la société au moment où l’on meurt. Dans les anciens mondes, valait le principe : ‘Chacun à sa place’.
10 Assurer le devoir d’une autre condition est lourd de dangers. Le texte ne précise pas lesquels. Outre les deux indiqués (on prend la place d’un autre et on délaisse celle que l’on doit occuper), le danger pour la société sera qu’un homme mal placé fera forcément dévier le domaine dans lequel il exercera son activité. Ta nature de kshatriya l’emportera (BG 18/59) dit Krishna à Arjuna, qui veut jouer au non-violent, alors qu’il est chevalier. Il en va de même pour toutes les natures dont on ne peut faire abstraction. En plus d’être nuisible à la société, celui qui aura refusé son sva-dharma devra en subir les conséquences dans son prochain cycle d’existence ; le plus grand danger est assurément pour lui.
11 La Gita ne précisera qu’au chapitre suivant quelles sont les quatre varnas-castes dans lesquelles se répartissent les devoirs-propres de chacun. Il y a les shudras (serviteurs) qui seront plus utiles et heureux en obéissant à un bon maître qu’en se risquant à l’indépendance. Ensuite les vaïshyas (tiers-état, soit troisième état social de l’ancien Régime), petites et moyennes entreprises agricoles, artisanales ou commerciales. Puis les Kshatryas (noblesse : gouvernement, administration, justice, police, armée). Finalement les Brahmanes (clergé : spiritualité, religion, enseignement, médecine). A l’intérieur de ces quatre grandes catégories universelles, chacun doit pouvoir trouver sa place, son sva-dharma, qui est unique comme lui-même.
Pratique :
Pratique I : Quadrature du cercle maintenant : comment vivre son propre ordre social juste dans le désordre social moderne ? Plus on aura les idées claires sur la doctrine générale, mieux on trouvera quelque situation professionnelle, familiale et sociale qui s’en approche.
Pratique II : Plus on avance vers la fin du cycle actuel d’humanité, plus s’accentuera le désordre (personne n’est à sa place). Mais alors vaut l’enseignement de Jésus dans la parabole de la Onzième heure (Mt 20/01 = P 219). Le message est le suivant : celui qui cherche honnêtement du travail mérite le salaire de celui qui en a déjà un.
La Bhagavad Gita a-t-elle un équivalent de cette parabole ? Oui, précisément ici : Mieux vaut accomplir son devoir propre (sva-dharma), même…de manière imparfaite. Mais aussi : Ceux qui prennent refuge en moi, fussent-ils de basse extraction, une femme, un vaïshyas (3° caste), ou un shudras (serviteur, 4° caste), atteignent le but suprême (BG 09/32).
CASTES-VARNAS et DEVOIR PROPRE (SVA-DHARMA)