La CONNAISSANCE TOTALE
Le Seigneur suprême dit : « Ô Arjuna, écoute comment, en pratiquant le yoga et en prenant refuge en moi, la pensée absorbée en moi, assurément, tu me connaitras totalement, libre de tout doute (BG 07/01)
Théorie :
I°) Présence spirituelle et pratique appropriée
1 Le Seigneur suprême dit : « Ô Arjuna, écoute comment, en pratiquant le yoga et en prenant refuge en moi, la pensée absorbée en moi…(BG 07/01). Krishna, en tant qu’il est porteur de la voix du Seigneur suprême s’adresse à Arjuna, son disciple. Le principe de l’expression divine par la voix d’un réalisé se rencontre aussi en Christianisme : Les paroles que je vous dis, je ne les dis pas de moi-même : mais le Père demeurant en moi fait ses œuvres (Jn 14 = P 263)… avec cependant une nuance d’importance : en exotérisme chrétien, le Christ homme-Dieu est seul dans ce cas ; en ésotérisme chrétien, quiconque profère une vérité spirituelle, fut-il un enfant, profère une ‘parole de Dieu’. Il en va d’ailleurs de même pour l’infaillibilité (que les Catholiques réservent au pape : dogme de l’infaillibilité pontificale) mais qui n’est pas autre chose que l’expression du vrai absolu, et que peut proférer toute bouche humaine dans l’instant où elle est entièrement dévouée à Dieu.
2 Le premier conseil consiste à pratiquer le yoga, à défaut de quoi l’apprenti spirituel risque de s’entendre reprocher : Pourquoi m’appelez-vous « Seigneur, Seigneur » et ne faites vous pas ce que je dis ? » (Lc 06/46 = P 074).
3 Le deuxième conseil : en prenant refuge en moi…. Un homme est toujours conscient de la maison qu’il habite, du bureau, de l’atelier ou du magasin où il travaille, ainsi le Yogi doit-il s’entraîner à demeurer conscient d’être en présence du Seigneur et ceci quasi sensoriellement. Un obstacle se présente alors. Quand on est conscient de la présence de sa femme, son patron etc, c’est par la vue et l’ouïe, à l’extérieur de soi ; le risque consiste donc à replonger dans la dualité en se faisant un théâtre intérieur dans lequel Jésus ou Krishna s’assoit sur la chaise d’à côté et parle avec nous. Cela ne constituerait aucunement une faute ; c’est même une méthode de dévotion religieuse. Cependant la dualité s’en trouverait renforcée. D’ailleurs l’expression prendre refuge en moi, implique l’image que le divin est devant, derrière, en haut, en bas, à droite à gauche et dedans. Il ne s’agit pas d’incarner le divin, fut-ce en mode subtil, il s’agit de son omniprésence non localisée (Ceux qui adorent…l’omniprésent… : BG 12/03).
4 … la pensée absorbée en moi…L’homme qui cherche à résoudre une panne d’ordinateur ou une difficulté financière ne pense pas à Dieu ce faisant. Que signifie alors l’absorption de la pensée en question ? En cherchant à résoudre son problème, l’homme ressent une émotion (la déception de rencontrer cet ennui). Il recourt à son mental, ses muscles et ses relations humaines pour trouver la solution. La pensée absorbée en moi signifie alors qu’il n’est pas déçu de rencontrer une difficulté. Elle provient de son karma et lui offre une occasion de le purifier. De plus ‘Dieu ordonne, Dieu donne’… les moyens de résoudre le problème… ou de se passer de sa solution. C’est ce sentiment, dont résulte la paix intérieure, plutôt qu’une pensée articulée qui maintient l’homme absorbé en Dieu.
II°) Une connaissance totale
1 … assurément, tu me connaitras totalement…(BG 07/01). Comme mille fois sur le chemin du Yoga, une difficulté se présentera pour le Chrétien religieux ou même seulement culturel. « Prétendre connaître Dieu totalement, ou seulement l’ambitionner, n’est-ce pas le péché d’orgueil par excellence ? » Il convient de se souvenir que Jésus subit la même accusation : Nous te lapidons pour un blasphème, parce que toi, n’étant qu’un homme, tu te fais Dieu (Jn 10 = P 185). Par où passe le maître, le disciple doit passer ; heureusement pour lui, c’est plus facile car le chemin est déjà tracé.
2 Le problème du Chrétien incapable d’admettre qu’une connaissance absolue soit possible est curieusement le même que celui des adversaires de Jésus. Si l’on considère l’humain comme ‘creatio ex nihilo’, ‘tiré du néant’ par Dieu, donc comme ‘créature’, il est clair qu’un esprit limité ne peut appréhender l’infini de la manifestation divine et encore moins Dieu lui-même. Mais, si l’on conçoit, comme en Orient et dans l’ésotérisme chrétien, l’humain comme ‘creatio ex deo’, soit une forme transitoire entièrement ‘issue de Dieu’, c’est-à-dire comme manifestation de Dieu et non pas comme créature, alors, que Dieu connaisse Dieu n’a rien d’étonnant. C’est plutôt le contraire qui le serait. Tout état de l’être, qu’il procède du sattva (Vertu), du raja (Passion) ou du tamas (Ignorance), sache qu’il est issu de moi seul…(BG 07/12)
3 La Gita nous entretient ici de la Science de l’absolu : Brahmavidya ; science inimaginable dans la pensée moderne et même dans l’exotérisme chrétien.
4 La Bhagavad Gita fait souvent explicitement référence aux Védas et au Védanta (Ces sujets ont déjà été traités par des rishis, en des hymnes védiques variés, et aussi dans les ‘aphorismes sur le Brahman’ (Vedanta-sutra), bien argumentés et sans équivoque : BG 13/04). Le joyau de la couronne du Védanta tient en quatre formules ésotériques : ‘La conscience est Brahman’ (prajnanam brahma) ; ‘Tu es Cela’ (tat tvam asi) ; ‘Cet atman est Brahman’ (ayam atma brahma) ; ‘Je suis Brahman’ (aham brahma asmi).
5 L’ignorance (a-gnosticisme, sans-gnose) consiste à se croire séparé et différent du Principe (BG 09/15). Les religions abrahamiques dans leur exotérisme sont croyantes et ignorantes en même temps. La stupidité (tendance tamasique) consiste à croire le monde mortel auto-suffisant, sans principe. Quant au savoir par quoi, aveugle à la vérité, on s’attache à une seule chose, comme si elle était le tout, savoir sans principes, qui ne remonte pas à la cause, il est appelé science des ténèbres (tamasique) (BG 18/22). Il y a dans le monde moderne beaucoup de gens au cerveau très intelligent, qui sont spirituellement stupides ; beaucoup d’entre eux occupent les postes les plus importants de la société.
6 La connaissance, jnana, n’est autre que ce que Jésus nomme la gnose (Malheur à vous, les légistes, parce que vous avez enlevé la clef de la gnose ! Vous-mêmes n’êtes pas entrés, et ceux qui voulaient entrer, vous les en avez empêchés ! » : Lc 11/52 = P 171). Gnose et jnana ont même racine indo-européenne. La réalisation de cette connaissance-jnana, à tous les niveaux de l’être, se nomme vi-jnana (tel est l’enseignement de Shankara, le grand maître antique hindou du Védanta non-dualiste).
III°) La double face du doute
1 Le doute est tellement une valeur dans la culture moderne que l’affirmation libre de tout doute… suscite le doute. C’est un problème déjà considéré à propos de la foi. La modernité ne connaît qu’une science, celle de la matière, qu’elle nomme pour cela ‘la science’. Comme cette science repose sur les perceptions sensorielles (prolongées par d’innombrables instruments), elle ne possède jamais toutes les données et donc nombreuses sont les illusions d’optique. Une théorie peut toujours être remise en cause par une observation nouvelle qu’elle n’explique pas. C’est pourquoi les douteurs font progresser la science de la matière en ne prenant pas pour dogmes les théories officiellement enseignées.
2 Dans la science spirituelle (pas religieuse mais spirituelle), c’est l’inverse (Parmi les sciences, je suis la science du Soi : BG 10/32). Comme un rayon de soleil est de la nature du soleil, le Soi-atman est de la nature d’Ishvara, le divin Unique, et donc de la nature du Brahman-Absolu, qui est la source d’Ishvara. En spiritualité, douter c’est toujours douter de soi-même. C’est le soi-ego qui doute du Soi-atman ; le mortel qui doute de l’immortel, le divisible de l’indivisible (BG 18/20). Le seul fait que l’homme puisse concevoir l’immortel prouve qu’il est quelque chose d’immortel en lui… de même pour l’infini, de même pour le divin.
3 Il s’agit alors de ne pas laisser la conscience retomber au niveau du mental qui ne peut, par lui-même, connaître que le mortel. Le spirituel doit muscler son atman comme un athlète son corps pour atteindre la performance de la foi. Le doute, qui est vertu dans le monde de la matière est vice dans celui de l’Esprit. L’homme de renoncement, imprégné de sattva, intelligent, a tranché tous ses doutes…(BG 18/10). La Gita termine sur ce point : Arjuna dit : « Mon égarement est détruit. Par ta grâce, j’ai trouvé la réminiscence…Me voici résolu, les doutes m’ont quitté…(BG 18/73).
Pratique :
Pratique I : I°) Présence spirituelle et pratique appropriée Ô Arjuna, écoute comment, en pratiquant le yoga et en prenant refuge en moi, la pensée absorbée en moi…(BG 07/01). Le premier conseil consiste à pratiquer le yoga, à défaut de quoi l’apprenti spirituel risque de s’entendre reprocher : Pourquoi m’appelez-vous « Seigneur, Seigneur » et ne faites vous pas ce que je dis ? » (Lc 06/46). Le deuxième conseil : en prenant refuge en moi…. Un homme est toujours conscient de la maison qu’il habite, du bureau, de l’atelier ou du magasin où il travaille, ainsi le Yogi doit-il s’entraîner à demeurer conscient d’être en présence du Seigneur et ceci quasi sensoriellement. Un obstacle se présente alors. Quand on est conscient de la présence de sa femme, son patron etc, c’est par la vue et l’ouïe, à l’extérieur de soi ; le risque consiste donc à replonger dans la dualité en se faisant un théâtre intérieur dans lequel Jésus ou Krishna s’assoit sur la chaise d’à côté et parle avec nous. L’expression prendre refuge en moi, implique l’image que le divin est devant, derrière, en haut, en bas, à droite à gauche et dedans. Il ne s’agit pas d’incarner le divin, fut-ce en mode subtil, il s’agit de son omniprésence non localisée (Ceux qui adorent…l’omniprésent… : BG 12/03).
… la pensée absorbée en moi…L’homme qui cherche à résoudre une panne d’ordinateur ou une difficulté financière ne pense pas à Dieu ce faisant. Que signifie alors l’absorption en question ? En cherchant à résoudre son problème, l’homme ressent une émotion (la déception de rencontrer cet ennui). Il recourt à son mental, ses muscles et ses relations humaines pour trouver la solution. La pensée absorbée en moi signifie alors qu’il n’est pas déçu de rencontrer une difficulté. Elle provient de son karma et lui offre une occasion de le purifier. De plus ‘Dieu ordonne, Dieu donne’… les moyens de résoudre le problème… ou de se passer de sa solution. C’est ce sentiment, dont résulte la paix intérieure, plutôt qu’une pensée articulée qui maintient l’homme absorbé en Dieu.
Pratique II : II°) Une connaissance totale … assurément, tu me connaitras totalement…(BG 07/01).« Prétendre connaître Dieu totalement, ou seulement l’ambitionner, n’est-ce pas le péché d’orgueil par excellence ? » Il convient de se souvenir que Jésus subit la même accusation : Nous te lapidons pour un blasphème, parce que toi, n’étant qu’un homme, tu te fais Dieu (Jn 10 = P 185). Par où passe le maître, le disciple doit passe ; heureusement pour lui, c’est plus facile car le chemin est déjà tracé. Si l’on considère l’humain comme ‘creatio ex nihilo’, ‘tiré du néant’ par Dieu, donc comme ‘créature’, il est clair qu’un esprit limité ne peut appréhender l’infini de la manifestation divine et encore moins Dieu lui-même. Mais, si l’on conçoit, comme en Orient et dans l’ésotérisme chrétien, l’humain comme ‘creatio ex deo’, soit une forme transitoire entièrement ‘issue de Dieu’, c’est-à-dire comme manifestation de Dieu et non pas comme créature, alors, que Dieu connaisse Dieu n’a rien d’étonnant. C’est plutôt le contraire qui le serait. Tout état de l’être, qu’il procède du sattva (Vertu), du raja (Passion) ou du tamas (Ignorance), sache qu’il est issu de moi seul…(BG 07/12)
L’ignorance (a-gnosticisme, sans-gnose) consiste à se croire séparé et différent du Principe (BG 09/15). Les religions abrahamiques dans leur exotérisme sont croyantes et ignorantes en même temps. La stupidité (tendance tamasique) consiste à croire le monde mortel auto-suffisant, sans principe. Il y a dans le monde moderne beaucoup de gens au cerveau très intelligent, qui sont spirituellement stupides ; beaucoup d’entre eux occupent les postes les plus importants de la société. La connaissance, jnana, n’est autre que ce que Jésus nomme la gnose. Gnose et jnana ont même racine indo-européenne. Malheur à vous, les légistes, parce que vous avez enlevé la clef de la gnose ! Vous-mêmes n’êtes pas entrés, et ceux qui voulaient entrer, vous les en avez empêchés ! » (Lc 11/52 = P 171).
Pratique III : III°) La double face du doute
Le doute est tellement une valeur dans la culture moderne que l’affirmation libre de tout doute… suscite le doute. La modernité ne connaît qu’une science, celle de la matière, qu’elle nomme pour cela ‘la science’. Comme cette science repose sur les perceptions sensorielles (prolongées par d’innombrables instruments), elle ne possède jamais toutes les données et donc nombreuses sont les illusions d’optique. Une théorie peut toujours être remise en cause par une observation nouvelle qu’elle n’explique pas. C’est pourquoi les douteurs font progresser la science de la matière en ne prenant pas pour dogmes les théories officiellement enseignées.
Dans la science spirituelle, c’est l’inverse. Comme un rayon de soleil est de la nature du soleil, le Soi-atman est de la nature d’Ishvara, l’Unique. En spiritualité, douter c’est toujours douter de soi-même. C’est le soi-ego qui doute du Soi-atman ; le mortel qui doute de l’immortel, le divisible de l’indivisible (BG 18/20). Il s’agit alors de ne pas laisser la conscience retomber au niveau du mental qui ne peut, par lui-même, connaître que le mortel. Le spirituel doit muscler son atman comme un athlète son corps pour atteindre la performance de la foi. Le doute, qui est vertu dans le monde de la matière est vice dans celui de l’Esprit. L’homme de renoncement, imprégné de sattva, intelligent, a tranché tous ses doutes…(BG 18/10).
La CONNAISSANCE TOTALE (BG 07/01)
La CONNAISSANCE TOTALE (BG 07/01)
La CONNAISSANCE TOTALE
Le Seigneur suprême dit : « Ô Arjuna, écoute comment, en pratiquant le yoga et en prenant refuge en moi, la pensée absorbée en moi, assurément, tu me connaitras totalement, libre de tout doute (BG 07/01)
Théorie :
I°) Présence spirituelle et pratique appropriée
1 Le Seigneur suprême dit : « Ô Arjuna, écoute comment, en pratiquant le yoga et en prenant refuge en moi, la pensée absorbée en moi…(BG 07/01). Krishna, en tant qu’il est porteur de la voix du Seigneur suprême s’adresse à Arjuna, son disciple. Le principe de l’expression divine par la voix d’un réalisé se rencontre aussi en Christianisme : Les paroles que je vous dis, je ne les dis pas de moi-même : mais le Père demeurant en moi fait ses œuvres (Jn 14 = P 263)… avec cependant une nuance d’importance : en exotérisme chrétien, le Christ homme-Dieu est seul dans ce cas ; en ésotérisme chrétien, quiconque profère une vérité spirituelle, fut-il un enfant, profère une ‘parole de Dieu’. Il en va d’ailleurs de même pour l’infaillibilité (que les Catholiques réservent au pape : dogme de l’infaillibilité pontificale) mais qui n’est pas autre chose que l’expression du vrai absolu, et que peut proférer toute bouche humaine dans l’instant où elle est entièrement dévouée à Dieu.
2 Le premier conseil consiste à pratiquer le yoga, à défaut de quoi l’apprenti spirituel risque de s’entendre reprocher : Pourquoi m’appelez-vous « Seigneur, Seigneur » et ne faites vous pas ce que je dis ? » (Lc 06/46 = P 074).
3 Le deuxième conseil : en prenant refuge en moi…. Un homme est toujours conscient de la maison qu’il habite, du bureau, de l’atelier ou du magasin où il travaille, ainsi le Yogi doit-il s’entraîner à demeurer conscient d’être en présence du Seigneur et ceci quasi sensoriellement. Un obstacle se présente alors. Quand on est conscient de la présence de sa femme, son patron etc, c’est par la vue et l’ouïe, à l’extérieur de soi ; le risque consiste donc à replonger dans la dualité en se faisant un théâtre intérieur dans lequel Jésus ou Krishna s’assoit sur la chaise d’à côté et parle avec nous. Cela ne constituerait aucunement une faute ; c’est même une méthode de dévotion religieuse. Cependant la dualité s’en trouverait renforcée. D’ailleurs l’expression prendre refuge en moi, implique l’image que le divin est devant, derrière, en haut, en bas, à droite à gauche et dedans. Il ne s’agit pas d’incarner le divin, fut-ce en mode subtil, il s’agit de son omniprésence non localisée (Ceux qui adorent…l’omniprésent… : BG 12/03).
4 … la pensée absorbée en moi…L’homme qui cherche à résoudre une panne d’ordinateur ou une difficulté financière ne pense pas à Dieu ce faisant. Que signifie alors l’absorption de la pensée en question ? En cherchant à résoudre son problème, l’homme ressent une émotion (la déception de rencontrer cet ennui). Il recourt à son mental, ses muscles et ses relations humaines pour trouver la solution. La pensée absorbée en moi signifie alors qu’il n’est pas déçu de rencontrer une difficulté. Elle provient de son karma et lui offre une occasion de le purifier. De plus ‘Dieu ordonne, Dieu donne’… les moyens de résoudre le problème… ou de se passer de sa solution. C’est ce sentiment, dont résulte la paix intérieure, plutôt qu’une pensée articulée qui maintient l’homme absorbé en Dieu.
II°) Une connaissance totale
1 … assurément, tu me connaitras totalement…(BG 07/01). Comme mille fois sur le chemin du Yoga, une difficulté se présentera pour le Chrétien religieux ou même seulement culturel. « Prétendre connaître Dieu totalement, ou seulement l’ambitionner, n’est-ce pas le péché d’orgueil par excellence ? » Il convient de se souvenir que Jésus subit la même accusation : Nous te lapidons pour un blasphème, parce que toi, n’étant qu’un homme, tu te fais Dieu (Jn 10 = P 185). Par où passe le maître, le disciple doit passer ; heureusement pour lui, c’est plus facile car le chemin est déjà tracé.
2 Le problème du Chrétien incapable d’admettre qu’une connaissance absolue soit possible est curieusement le même que celui des adversaires de Jésus. Si l’on considère l’humain comme ‘creatio ex nihilo’, ‘tiré du néant’ par Dieu, donc comme ‘créature’, il est clair qu’un esprit limité ne peut appréhender l’infini de la manifestation divine et encore moins Dieu lui-même. Mais, si l’on conçoit, comme en Orient et dans l’ésotérisme chrétien, l’humain comme ‘creatio ex deo’, soit une forme transitoire entièrement ‘issue de Dieu’, c’est-à-dire comme manifestation de Dieu et non pas comme créature, alors, que Dieu connaisse Dieu n’a rien d’étonnant. C’est plutôt le contraire qui le serait. Tout état de l’être, qu’il procède du sattva (Vertu), du raja (Passion) ou du tamas (Ignorance), sache qu’il est issu de moi seul…(BG 07/12)
3 La Gita nous entretient ici de la Science de l’absolu : Brahmavidya ; science inimaginable dans la pensée moderne et même dans l’exotérisme chrétien.
4 La Bhagavad Gita fait souvent explicitement référence aux Védas et au Védanta (Ces sujets ont déjà été traités par des rishis, en des hymnes védiques variés, et aussi dans les ‘aphorismes sur le Brahman’ (Vedanta-sutra), bien argumentés et sans équivoque : BG 13/04). Le joyau de la couronne du Védanta tient en quatre formules ésotériques : ‘La conscience est Brahman’ (prajnanam brahma) ; ‘Tu es Cela’ (tat tvam asi) ; ‘Cet atman est Brahman’ (ayam atma brahma) ; ‘Je suis Brahman’ (aham brahma asmi).
5 L’ignorance (a-gnosticisme, sans-gnose) consiste à se croire séparé et différent du Principe (BG 09/15). Les religions abrahamiques dans leur exotérisme sont croyantes et ignorantes en même temps. La stupidité (tendance tamasique) consiste à croire le monde mortel auto-suffisant, sans principe. Quant au savoir par quoi, aveugle à la vérité, on s’attache à une seule chose, comme si elle était le tout, savoir sans principes, qui ne remonte pas à la cause, il est appelé science des ténèbres (tamasique) (BG 18/22). Il y a dans le monde moderne beaucoup de gens au cerveau très intelligent, qui sont spirituellement stupides ; beaucoup d’entre eux occupent les postes les plus importants de la société.
6 La connaissance, jnana, n’est autre que ce que Jésus nomme la gnose (Malheur à vous, les légistes, parce que vous avez enlevé la clef de la gnose ! Vous-mêmes n’êtes pas entrés, et ceux qui voulaient entrer, vous les en avez empêchés ! » : Lc 11/52 = P 171). Gnose et jnana ont même racine indo-européenne. La réalisation de cette connaissance-jnana, à tous les niveaux de l’être, se nomme vi-jnana (tel est l’enseignement de Shankara, le grand maître antique hindou du Védanta non-dualiste).
III°) La double face du doute
1 Le doute est tellement une valeur dans la culture moderne que l’affirmation libre de tout doute… suscite le doute. C’est un problème déjà considéré à propos de la foi. La modernité ne connaît qu’une science, celle de la matière, qu’elle nomme pour cela ‘la science’. Comme cette science repose sur les perceptions sensorielles (prolongées par d’innombrables instruments), elle ne possède jamais toutes les données et donc nombreuses sont les illusions d’optique. Une théorie peut toujours être remise en cause par une observation nouvelle qu’elle n’explique pas. C’est pourquoi les douteurs font progresser la science de la matière en ne prenant pas pour dogmes les théories officiellement enseignées.
2 Dans la science spirituelle (pas religieuse mais spirituelle), c’est l’inverse (Parmi les sciences, je suis la science du Soi : BG 10/32). Comme un rayon de soleil est de la nature du soleil, le Soi-atman est de la nature d’Ishvara, le divin Unique, et donc de la nature du Brahman-Absolu, qui est la source d’Ishvara. En spiritualité, douter c’est toujours douter de soi-même. C’est le soi-ego qui doute du Soi-atman ; le mortel qui doute de l’immortel, le divisible de l’indivisible (BG 18/20). Le seul fait que l’homme puisse concevoir l’immortel prouve qu’il est quelque chose d’immortel en lui… de même pour l’infini, de même pour le divin.
3 Il s’agit alors de ne pas laisser la conscience retomber au niveau du mental qui ne peut, par lui-même, connaître que le mortel. Le spirituel doit muscler son atman comme un athlète son corps pour atteindre la performance de la foi. Le doute, qui est vertu dans le monde de la matière est vice dans celui de l’Esprit. L’homme de renoncement, imprégné de sattva, intelligent, a tranché tous ses doutes…(BG 18/10). La Gita termine sur ce point : Arjuna dit : « Mon égarement est détruit. Par ta grâce, j’ai trouvé la réminiscence…Me voici résolu, les doutes m’ont quitté…(BG 18/73).
Pratique :
Pratique I : I°) Présence spirituelle et pratique appropriée Ô Arjuna, écoute comment, en pratiquant le yoga et en prenant refuge en moi, la pensée absorbée en moi…(BG 07/01). Le premier conseil consiste à pratiquer le yoga, à défaut de quoi l’apprenti spirituel risque de s’entendre reprocher : Pourquoi m’appelez-vous « Seigneur, Seigneur » et ne faites vous pas ce que je dis ? » (Lc 06/46). Le deuxième conseil : en prenant refuge en moi…. Un homme est toujours conscient de la maison qu’il habite, du bureau, de l’atelier ou du magasin où il travaille, ainsi le Yogi doit-il s’entraîner à demeurer conscient d’être en présence du Seigneur et ceci quasi sensoriellement. Un obstacle se présente alors. Quand on est conscient de la présence de sa femme, son patron etc, c’est par la vue et l’ouïe, à l’extérieur de soi ; le risque consiste donc à replonger dans la dualité en se faisant un théâtre intérieur dans lequel Jésus ou Krishna s’assoit sur la chaise d’à côté et parle avec nous. L’expression prendre refuge en moi, implique l’image que le divin est devant, derrière, en haut, en bas, à droite à gauche et dedans. Il ne s’agit pas d’incarner le divin, fut-ce en mode subtil, il s’agit de son omniprésence non localisée (Ceux qui adorent…l’omniprésent… : BG 12/03).
… la pensée absorbée en moi…L’homme qui cherche à résoudre une panne d’ordinateur ou une difficulté financière ne pense pas à Dieu ce faisant. Que signifie alors l’absorption en question ? En cherchant à résoudre son problème, l’homme ressent une émotion (la déception de rencontrer cet ennui). Il recourt à son mental, ses muscles et ses relations humaines pour trouver la solution. La pensée absorbée en moi signifie alors qu’il n’est pas déçu de rencontrer une difficulté. Elle provient de son karma et lui offre une occasion de le purifier. De plus ‘Dieu ordonne, Dieu donne’… les moyens de résoudre le problème… ou de se passer de sa solution. C’est ce sentiment, dont résulte la paix intérieure, plutôt qu’une pensée articulée qui maintient l’homme absorbé en Dieu.
Pratique II : II°) Une connaissance totale … assurément, tu me connaitras totalement…(BG 07/01).« Prétendre connaître Dieu totalement, ou seulement l’ambitionner, n’est-ce pas le péché d’orgueil par excellence ? » Il convient de se souvenir que Jésus subit la même accusation : Nous te lapidons pour un blasphème, parce que toi, n’étant qu’un homme, tu te fais Dieu (Jn 10 = P 185). Par où passe le maître, le disciple doit passe ; heureusement pour lui, c’est plus facile car le chemin est déjà tracé. Si l’on considère l’humain comme ‘creatio ex nihilo’, ‘tiré du néant’ par Dieu, donc comme ‘créature’, il est clair qu’un esprit limité ne peut appréhender l’infini de la manifestation divine et encore moins Dieu lui-même. Mais, si l’on conçoit, comme en Orient et dans l’ésotérisme chrétien, l’humain comme ‘creatio ex deo’, soit une forme transitoire entièrement ‘issue de Dieu’, c’est-à-dire comme manifestation de Dieu et non pas comme créature, alors, que Dieu connaisse Dieu n’a rien d’étonnant. C’est plutôt le contraire qui le serait. Tout état de l’être, qu’il procède du sattva (Vertu), du raja (Passion) ou du tamas (Ignorance), sache qu’il est issu de moi seul…(BG 07/12)
L’ignorance (a-gnosticisme, sans-gnose) consiste à se croire séparé et différent du Principe (BG 09/15). Les religions abrahamiques dans leur exotérisme sont croyantes et ignorantes en même temps. La stupidité (tendance tamasique) consiste à croire le monde mortel auto-suffisant, sans principe. Il y a dans le monde moderne beaucoup de gens au cerveau très intelligent, qui sont spirituellement stupides ; beaucoup d’entre eux occupent les postes les plus importants de la société. La connaissance, jnana, n’est autre que ce que Jésus nomme la gnose. Gnose et jnana ont même racine indo-européenne. Malheur à vous, les légistes, parce que vous avez enlevé la clef de la gnose ! Vous-mêmes n’êtes pas entrés, et ceux qui voulaient entrer, vous les en avez empêchés ! » (Lc 11/52 = P 171).
Pratique III : III°) La double face du doute
Le doute est tellement une valeur dans la culture moderne que l’affirmation libre de tout doute… suscite le doute. La modernité ne connaît qu’une science, celle de la matière, qu’elle nomme pour cela ‘la science’. Comme cette science repose sur les perceptions sensorielles (prolongées par d’innombrables instruments), elle ne possède jamais toutes les données et donc nombreuses sont les illusions d’optique. Une théorie peut toujours être remise en cause par une observation nouvelle qu’elle n’explique pas. C’est pourquoi les douteurs font progresser la science de la matière en ne prenant pas pour dogmes les théories officiellement enseignées.
Dans la science spirituelle, c’est l’inverse. Comme un rayon de soleil est de la nature du soleil, le Soi-atman est de la nature d’Ishvara, l’Unique. En spiritualité, douter c’est toujours douter de soi-même. C’est le soi-ego qui doute du Soi-atman ; le mortel qui doute de l’immortel, le divisible de l’indivisible (BG 18/20). Il s’agit alors de ne pas laisser la conscience retomber au niveau du mental qui ne peut, par lui-même, connaître que le mortel. Le spirituel doit muscler son atman comme un athlète son corps pour atteindre la performance de la foi. Le doute, qui est vertu dans le monde de la matière est vice dans celui de l’Esprit. L’homme de renoncement, imprégné de sattva, intelligent, a tranché tous ses doutes…(BG 18/10).
La CONNAISSANCE TOTALE (BG 07/01)