Le SOI-ATMAN, DIVIN et REDOUTABLE (BG 06/05 à 07)

Le SOI-ATMAN, DIVIN et REDOUTABLE (BG 06/05 à 07)

Bhagavad Gita 06/05 à 07 Commentaire Théorique et Méditation Opérative

Le SOI-ATMAN, DIVIN et REDOUTABLE (BG 06/05 à 07)

Le SOI-ATMAN, DIVIN et REDOUTABLE

          Le soi-ego peut être l’ami du Soi-atman, comme il peut être son ennemi. L’homme doit se servir du Soi-atman pour s’élever, non pour se dégrader (BG 06/05)

          L’atman (grand Soi) est l’ami du mental (petit soi), pour celui qui a maîtrisé le mental (petit soi) par l’atman (grand Soi), mais, pour l’homme non discipliné, l’atman devient comme un ennemi extérieur (BG 06/06)

          En celui qui est discipliné et paisible, le Soi-atman garde son équilibre, dans le froid comme dans la chaleur, dans le plaisir comme dans la souffrance, dans l’honneur comme dans le déshonneur (BG 06/07)

Théorie :

Le mariage de soi et de Soi

1        Le soi-ego peut être l’ami du Soi-atman, comme il peut être son ennemi. Si l’on veut parler correctement et être entendu, il convient d’utiliser des mots spécifiques à chaque chose particulière. Il convient aussi d’éviter les homonymes, même s’ils se distinguent à l’écrit, car il y a toujours confusion à l’oral. Or le Yoga prend un malin plaisir à parler du ‘soi’ et du ‘Soi’. Comme dit Arjuna : tu sembles vouloir me jeter dans la confusion (BG 03/02). L’on sait ce qu’est l’ego. Nous avons même distingué, quelques sutras plus haut, le ‘faux ego’ (fait d’orgueil, d’illusion, de prétention) de l’ego légitime (désignant le pôle de conscience régissant le corps-mental). À ce stade de la Bhagavad Gita, nous savons aussi ce qu’est l’atman, le rayon divin, source de chaque vie humaine individuelle. L’atman résorbe les facultés à la mort et transmigre ensuite, soit vers un autre corps (réincarnation) en demeurant dans le plan humain d’existence, soit vers un autre plan d’existence (angélique par exemple). Puisque ego et atman sont clairs, pourquoi jeter la confusion en évoquant un soi-ego et un Soi atman ?

2        La raison en est que ces deux notions ne se distinguent et ne s’opposent que chez l’homme profane. Chez le Yogi, elles doivent se fondre ; d’où la justification d’un mot commun. En l’employant dès maintenant, attaché au mot complémentaire pour éviter la confusion, le disciple yogi sait qu’il doit travailler à la fusion en lui de ces deux entités. Cela revient à réunir et même à fondre ensemble le corps-mental et l’esprit-pneuma (et non pas ‘le corps et l’esprit’, comme on dit souvent du yoga, ce qui revient, au sens courant, à réunir le corps et le mental). Quand l’ego et l’atman sont fusionnés la lumière de la connaissance pénètre par toutes les portes (des sens) (BG 14/11). Il n’y a plus de dualité interne à l’humain.

3        Le sutra devient alors compréhensible : Chez le Yogi accompli, Le soi-ego est l’ami du Soi-atman, chez le profane il est souvent son ennemi. Exemple : mon ego veut jouir de tout le monde sensoriel, sans se préoccuper de morale présente ou de fins dernières et post mortem, alors que mon atman, mauvais coucheur et dur à jouir, gâche la fête en se faisant prophète de malheur et culpabilisateur. Les hommes vraiment mauvais sont, pourrait-on dire, unifiés dans le mal. Le testament d’Hitler en est un exemple ; après avoir ravagé le monde, il meurt sans aucun regret et aucune remise en cause, se tuant pour plonger dans ce qu’il croit être un néant. Mais la plupart des humains sont tiraillés entre l’esprit-pneuma et le mental consumériste. C’est pourquoi rares sont les gens heureux en ce monde. La Gita explique plusieurs fois que le bonheur en ce monde est possible, justement pour le Yogi qui a unifié le soi-ego et le Soi-atman, le petit soi et le grand Soi (BG 05/23, 18/36).

Le Soi-atman, pour le meilleur et pour le pire

1        L’homme doit se servir du Soi-atman pour s’élever, non pour se dégrader (BG 06/05). Ce sutra constitue une révélation, en même temps qu’une redoutable menace. C’est par la connexion de la conscience individuelle, jiva (Une part de moi devient jiva, âme individuelle, dans le monde des vivants, elle est immortelle, et réside en prakriti, la Nature. Elle attire les six sens, dont l’organe interne, le mental : BG 15/07) avec l’atman (l’élément divin qui transmigre) que l’être humain peut réintégrer le principe divin, Ishvara, puis même le non manifesté, Brahman. C’est dire l’importance du Soi-atman, qui représente ni plus ni moins, le chemin de Dieu.

2        Lorsque le Christ déclare : Je suis la voie, la vérité et la vie. Nul ne vient au Père que par moi…(Jn 14/06 = P 263), il parle en tant qu’ayant pleinement réalisé l’atman. Or l’atman du Christ est aussi l’atman de tout être, puisque : Le Yogi perçoit le Soi en lui comme étant le Soi en tous les êtres…(BG 05/07). Donc le Soi-atman est effectivement la voie, la vérité, la vie (immortelle). Suivre l’atman, c’est se servir du Soi-atman pour s’élever.

3        Mais le sutra précise aussi que l’homme peut se dégrader, précisément en utilisant le Soi-atman. Comment cela ? Lisez les philosophes existentialistes, athées et autres matérialistes et vous comprendrez. Ils utilisent les finesses de la plus haute intelligence, l’intellect, pour tenter de prouver qu’ils n’ont pas d’atman. Ils disent : Cet univers est dépourvu de vérité (irréel), d’ordre, et de dieu ; il est né uniquement de l’union dans le désir sexuel. Qu’y a-t-il d’autre ? (BG 16/08). Ils recourent à la logique cérébrale pour tenter de prouver que le monde est absurde. Ils recourent au plus noble de l’homme, sa dimension divine, l’atman, seul capable d’accéder à la vérité absolue (BG 03/03, 04/28), pour poser, comme un absolu, qu’il n’y a pas d’absolu. Leur philosophie est truffée d’absurdités et de contradictions du genre : ‘Il est interdit d’interdire’, ‘Le pouvoir corrompt, donc le pouvoir absolu corrompt absolument’, ‘Chacun sa vérité’, ‘Tous les hommes sont égaux, mais chacun a droit à sa différence’ etc. Sans exagérer, il est juste de déclarer que la pensée moderne, dans sa globalité, est une tentative du soi-ego, pour utiliser le Soi-atman contre lui-même. La ‘Grenouille veut se faire plus grosse que le bœuf’, comme dirait La fontaine, et ne peut donc qu’éclater à terme.

4        La Bhagavad Gita affirme bien que le privilège d’utiliser le Soi-atman dans le chemin spirituel (privilège qui, dans notre monde, semble celui de l’humain par rapport aux animaux, végétaux et minéraux), peut être perdu : Soutenant cette vue, ces âmes dépravées, qui ont ruiné leur propre Soi, rapetissant leur intelligence, se livrent à des actions criminelles, et sont les ennemis du genre humain et du monde, qu’ils visent à détruire (BG 16/09). Cela ne ressemble-t-il pas à s’y méprendre à une civilisation qui détruit les autres civilisations, les espèces vivantes tant animales que végétales, et qui veut même détruire l’espèce humaine en la greffant sur les machines, ces dernières devenant les agents actifs et autonomes des guerres les plus terribles ?

5        Le Gita précise encore la possibilité de cette autodestruction du Soi : La porte menant à cet enfer destructeur du Soi a une triple entrée : la luxure, la colère, et l’avidité. Par conséquent, il faut les abandonner toutes trois (BG 16/21). Le monde moderne n’est-il pas basé sur l’avidité ? Son culte de la jouissance sans limite ne relève-t-il pas de la luxure ? La violence des revendications sociétales les plus folles et des guerres n’illustrent-elles pas la colère ? Ce n’est pas seulement tel ou tel individu, particulièrement diabolique, comme un Hitler, un Staline, un Mao Tse Toung, qui est ici visé, mais bien l’ensemble d’une civilisation qui est en fait une anti-civilisation, puisqu’elle est basée sur le refus de Dieu et l’exaltation de l’homme dans un premier temps (humanisme) et dans un deuxième temps sur la destruction de l’homme lui-même (le faux transhumanisme) ?

6        Arjuna pressent cela et pose la question : Celui qui a échoué dans le yoga…privé de tout support, égaré sur la voie de la vérité (Brahman), ne périt-il pas comme un nuage qui se déchire ?(BG 06/38) Que réponds Krishna ? Ni dans ce monde, ni dans l’autre, il n’y a de destruction pour lui. Un homme de bien, mon ami (mon fils), n’entre jamais dans la voie malheureuse (BG 06/40). Cette réponse affirme bien, en creux, que celui qui est l’ennemi de Dieu, qui refuse de se reconnaître comme issu de Dieu (donc comme fils) emprunte quant à lui la voie malheureuse.

7        La cohérence des voies authentiquement spirituelles se manifeste, ici comme ailleurs. Jésus déclare : Si je n’étais pas venu et ne leur avais pas parlé, ils n’auraient pas de faute ; mais maintenant ils n’ont pas d’excuse à leur faute.  Si je n’avais pas fait parmi eux les œuvres que nul autre n’a faites, ils n’auraient pas de faute ; mais maintenant ils ont vu et ils nous haïssent, et moi et mon Père (Jn 15 = P 265). Et Jésus évoque clairement  le fils de perdition (Jn 17 = P 267) à propos de Judas Iscarioth. Il est assez évident que le fils de perdition a proliféré au cours des derniers millénaires.

La crainte de perdre le Soi-atman

1        Il peut être nécessaire de revenir sur la perspective du nuage qui se déchire (BG 06/38), de la porte menant à cet enfer destructeur du Soi (BG 16/21) et de ruiner son propre Soi en rapetissant son intelligence…(BG 16/09). La question fut déjà traitée dans ce commentaire (qu’il est assez logique de lire du début à la fin et non pas en picorant à droite à gauche).

2        Cette perspective de perdre le Soi revient, en mode athée, à l’idée de ne plus être. En quelque sorte, c’est vrai, car L’homme est fait de sa foi. Ce qu’est l’objet de sa foi, il le devient aussi (BG 17/03) et de même Jésus : si quelqu’un dit une prière, et s’il n’hésite pas dans son cœur, mais croit que ce qu’il dit va arriver, cela lui sera accordé (Mc 11/23 = P 235). Ainsi l’athée qui meurt en croyant au néant devient néant. Certes pas complètement, car ‘rien ne se crée, rien ne se perd, tout se transforme’ selon l’adage métaphysique. Mais, précisément cet athée va se transformer en une race ou une espèce non douée de raison (BG 14/15) et dans le pire des cas : Engendrés dans des matrices démoniaques, égarés par l’illusion, sans jamais m’atteindre, naissance après naissance, ils tombent dans un état encore plus bas (BG 16/20).

3        Cette perspective de la destruction du Soi revient, dans le cas du croyant d’une religion abrahamique (qui nie la transmigration et la loi du karma) à ‘l’enfer’ supposé ‘éternel’. Il est évident que cette invention théologique a pour but de gouverner par la terreur, faute d’avoir pu le faire par l’amour ou la conviction. Le seul argument trouvé par les théologiens pour défendre ‘logiquement’ cette aberration consiste à dire : « Dieu est un Être absolu, donc celui qui outrage cet Être absolu commet une faute absolue. » Or ce raisonnement est défaillant car, pour poser un acte aux conséquences absolues, il faut être absolu soi-même et la théologie chrétienne nie précisément que la créature ‘tirée du néant par Dieu’ (creatio ex nihilo) ait quoi que ce soit d’absolu. Donc, s’il y a quelque chose d’absolu dans cette histoire c’est bien l’aberration de ‘l’enfer éternel’.

4        Cette perspective de la destruction du Soi revient, dans le cas du yogi ou des religions orientales, à une chute dans les états inférieurs à l’humain. Si l’être demeure sur le plan humain (notre cosmos), la chose correspond aux conditions animales, végétales ou minérales d’existence. Si l’être tombe encore plus bas, il s’agit de vie démoniaque. Il va sans dire que cette perspective est terrorisante en soit, sans même devoir inventer un ‘enfer éternel’. Notons cependant qu’il y a incohérence fondamentale à prétendre que Dieu est absolument bon et qu’un être puisse être damné sans fin. La bonté divine se manifeste précisément par la possibilité permanente du repentir, soit de remonter la pente. Seulement plus on s’éloigne de l’état humain d’existence par en-dessous, plus l’évolution spirituelle et formelle des êtres est lente et donc plus la pénibilité de la situation se prolongera. Autrement dit, même pour l’Oriental croyant, il y a une certaine urgence à ne pas choir et à honorer dévotement le Soi-atman qui nous est donné.

Le drame de l’inversion moderne

1        L’atman (grand Soi) est l’ami du mental (petit soi), pour celui qui a maîtrisé le mental (petit soi) par l’atman (grand Soi)… (BG 06/06). La modernité pose l’homme avant Dieu (croyants modernes, démocrates et technophiles), ou même à sa place (athées). Chez eux, l’ego (petit soi) tente de mater l’atman (grand Soi). Le principe est toujours celui de l’inversion (Le jugement…qui voit toutes choses à l’envers : BG 18/32). Le moins prétend pouvoir le plus. En politique, le peuple non qualifié prétend élire le dirigeant le plus honnête et compétent. En sciences, le cerveau logique, alimenté par les seuls sens, prétend percer les mystères du monde. En philosophie, les machines logiques dépasser la connaissance humaine etc.

2        Chez l’homme spirituel, à l’évidence, le plus doit dominer le moins, le monde ne se pense que hiérarchique, comme un arbre, une montagne, les étagements du vivant. Donc l’atman (grand Soi) doit maîtrisé le mental (petit soi). Plutôt que de percevoir les deux en conflit, comme l’athée, qui nie Dieu, mais se définit par la négation de Dieu, il apparaît clair comme de l’eau de roche au spirituel que l’atman (grand Soi) est l’ami du mental (petit soi), pour celui qui a maîtrisé le mental (petit soi) par l’atman (grand Soi)…La Gita abonde dans ce sens : Lorsque le yogi, mental discipliné par la pratique, atteint le samadhi (l’enstase), et qu’il perçoit le Soi-atman par le soi-ego, il est satisfait dans son propre Soi (BG 06/20) ; alors l’homonymie des mots devient une évidence. Un Louis d’or n’est-il pas un Louis d’or sur son avers comme sur son envers ?

3        C’est bien un mystère d’iniquité et d’erreur que le Christianisme, depuis son ralliement à la démocratie égalitaire (Concordat napoléonien, puis Pape Léon XIII) ait totalement inversés les nombreuses références hiérarchiques de l’enseignement évangélique. Qu’on en juge : Ce n’est pas vous qui m’avez choisi ; mais c’est moi qui vous ai choisis (Jn 15 = P 264). Le serviteur n’est pas plus grand que son maître (Jn 15 = P 265). Qui d’entre vous, s’il a un serviteur laboureur ou berger, lui dira à son retour des champs « Vite, viens te mettre à table… » ? (Lc 17 = P 203) ; et l’on pourrait encore citer des dizaines d’exemples.

4        Le texte continue …mais, pour l’homme non discipliné, l’atman devient comme un ennemi extérieur (BG 06/06). Nous l’avons observé plus à propos du mot athée (sans Dieu), qui ne peut pas se définir autrement qu’en refus de Dieu (théos), le rejetant à l’extérieur de son ego pour en faire son ennemi.

L’équilibre, comme signe d’un atman vivant

1        En celui qui est discipliné et paisible, le Soi-atman garde son équilibre, dans le froid comme dans la chaleur, dans le plaisir comme dans la souffrance, dans l’honneur comme dans le déshonneur (BG 06/07). Le plaisir et la souffrance concernent la dualité de la vie corporelle. L’honneur et le déshonneur renvoient à la vie psychique. Les deux (corps et âme) font partie de l’aspect transitoire, impermanent de l’humain (BG 07/04). Le froid et la chaleur symbolisent les conditions de la nature, auxquelles le corps et le psychisme sont  soumis. Ce sutra illustre l’indépendance radicale du Soi-atman par rapport à la nature, au corps et au psychisme : il garde son équilibre. Swamichinamayananda dit carrément : « Ce verset indique clairement que rien dans le monde ne peut excuser l’incapacité du chercheur spirituel à maintenir la conscience de sa nature éternelle. » Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il y a là matière à s’entrainer… peut-être pendant des vies entières.

2        Le secret de cela réside dans le principe central de la Gita : le détachement. L’être ne peut réintégrer le principe immuable qu’en se détachant du monde impermanent dans lequel vivent son corps et son psychisme. La chose est aussi sûre que d’affirmer qu’un navire ne peut traverser l’Atlantique qu’en dénouant préalablement les cordages qui l’attachent aux bittes du quai. Le détachement est lui-même constitué de deux aspects. Le premier est la discipline, dans le double sens de volonté obéissante et de disciple d’un enseignement à visée spirituelle. Le second est le caractère paisible de celui qui n’est pas accroché aux désirs, mais prend les choses comme elles viennent (Satisfait de ce qui se présente naturellement, dégagé des couples d’opposés, exempt de toute mauvaise intention, équanime dans le succès et l’échec, bien qu’agissant, il n’est pas lié : BG 04/22).

Pratique :

Pratique I : Le mariage de soi et de Soi  Le soi-ego peut être l’ami du Soi-atman, comme il peut être son ennemi. Pourquoi jeter la confusion en évoquant un soi-ego et un Soi atman ? La raison en est que ces deux notions ne se distinguent et même généralement ne s’opposent que chez l’homme profane. Chez le Yogi elles doivent se fondre ; d’où la justification d’un mot commun. Quand l’ego et l’atman sont fusionnés la lumière de la connaissance pénètre, par toutes les portes (des sens) (BG 14/11). Il n’y a plus de dualité interne à l’humain. Chez le Yogi accompli, Le soi-ego est l’ami du Soi-atman, chez le profane il est souvent son ennemi. Exemple : mon ego veut jouir de tout le monde sensoriel, sans se préoccuper de morale présente ou de fins dernières et post mortem, alors que mon atman, mauvais coucheur et dur à jouir, gâche la fête en se faisant prophète de malheur et culpabilisateur. La plupart des humains sont tiraillés entre l’esprit-pneuma et le mental consumériste ; c’est pourquoi rares sont les gens heureux en ce monde. La Gita explique plusieurs fois que le bonheur en ce monde est possible, justement pour le Yogi qui a unifié le soi-ego et le Soi-atman, le petit soi et le grand Soi (BG 05/23, 18/36).

Pratique II : Le Soi-atman, pour le meilleur et pour le pire  L’homme doit se servir du Soi-atman pour s’élever, non pour se dégrader (BG 06/05). Ce sutra constitue une révélation, en même temps qu’une redoutable menace. C’est par la connexion de la conscience individuelle, jiva avec l’atman (l’élément divin qui transmigre) que l’être humain peut réintégrer le principe divin, Ishvara, puis même le non manifesté, Brahman. C’est dire l’importance du Soi-atman, qui représente ni plus ni moins, le chemin de Dieu. Lorsque le Christ déclare : Je suis la voie, la vérité et la vie. Nul ne vient au Père que par moi…(Jn 14/06 = P 263), il parle en tant qu’ayant pleinement réalisé l’atman. Mais le sutra précise aussi que l’homme peut se dégrader, précisément en utilisant le Soi-atman. Comment cela ? Lisez les philosophes existentialistes, athées et autres matérialistes et vous comprendrez. Ils utilisent les finesses de la plus haute intelligence, l’intellect, pour tenter de prouver qu’ils n’ont pas d’atman. Ils recourent à la logique cérébrale pour tenter de prouver que le monde est absurde. La Gita précise encore la possibilité de cette autodestruction du Soi : La porte menant à cet enfer destructeur du Soi a une triple entrée : la luxure, la colère, et l’avidité. Par conséquent, il faut les abandonner toutes trois (BG 16/21). Le monde moderne n’est-il pas basé sur les trois ?

Pratique III : La crainte de perdre le Soi-atman  La perspective de perdre le Soi revient, en mode athée, à l’idée de ne plus être. L’athée qui meurt en croyant au néant devient néant. Certes pas complètement, car ‘rien ne se crée, rien ne se perd, tout se transforme’ selon l’adage métaphysique. Mais, précisément cet athée va se transformer en une race ou une espèce non douée de raison (BG 14/15). Cette perspective de la destruction du Soi revient, dans le cas du croyant d’une religion abrahamique (qui nie la transmigration et la loi du karma) à ‘l’enfer’ supposé ‘éternel’. S’il y a quelque chose d’absolu dans cette histoire c’est bien l’aberration de ‘l’enfer éternel’ contraire à l’absoluité de l’amour de Dieu. Cette perspective de la destruction du Soi revient, dans le cas du yogi ou des religions orientales, à une chute dans les états inférieurs à l’humain. La bonté divine se manifeste précisément par la possibilité permanente du repentir, soit de remonter la pente. Seulement plus on s’éloigne de l’état humain d’existence par en-dessous, plus l’évolution spirituelle et formelle des êtres est lente ; d’où le côté, non pas désespéré, mais en tout cas dramatique d’une telle situation.

Pratique IV : L’équilibre, comme signe d’un atman vivant  En celui qui est discipliné et paisible, le Soi-atman garde son équilibre, dans le froid comme dans la chaleur, dans le plaisir comme dans la souffrance, dans l’honneur comme dans le déshonneur (BG 06/07). Le plaisir et la souffrance concernent la dualité de la vie corporelle. L’honneur et le déshonneur renvoient à la vie psychique. Les deux (corps et âme) font partie de l’aspect transitoire, impermanent de l’humain (BG 07/04). Le froid et la chaleur symbolisent les conditions de la nature, auxquelles le corps et le psychisme sont  soumis. Ce sutra illustre l’indépendance radicale du Soi-atman par rapport à la nature, au corps et au psychisme : il garde son équilibre. Le secret de cela réside dans le principe central de la Gita : le détachement. L’être ne peut réintégrer le principe immuable qu’en se détachant du monde impermanent dans lequel vivent son corps et son psychisme. La chose est aussi sûre que d’affirmer qu’un navire ne peut traverser l’Atlantique qu’en dénouant préalablement les cordages qui l’attache aux bittes du quai. Le détachement est lui-même constitué de deux aspects. Le premier est la discipline, dans le double sens de volonté obéissante et de disciple d’un enseignement à visée spirituelle. Le second est le caractère paisible de celui qui n’est pas accroché aux désirs, mais prend les choses comme elles viennent (Satisfait de ce qui se présente naturellement, dégagé des couples d’opposés, exempt de toute mauvaise intention, équanime dans le succès et l’échec, bien qu’agissant, il n’est pas lié : BG 04/22)

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