L’INTELLECT comme CHEMIN de l’ABSOLU (BG 05/16-17)

L’INTELLECT comme CHEMIN de l’ABSOLU (BG 05/16-17)

Bhagavad Gita 05/16-17 Commentaire Théorique et Méditation Opérative

L’INTELLECT comme CHEMIN de l’ABSOLU (BG 05/16-17)

L’INTELLECT comme CHEMIN de l’ABSOLU

Mais à ceux dont l’ignorance est détruite par la Connaissance du Soi, la Connaissance, comme le soleil levant, révèle le suprême Brahman. (BG 05/16)

          Leur intellect absorbé en Cela (l’Absolu), ayant l’Absolu comme but suprême, leur Soi étant l’Absolu, établis dans l’Absolu, ils prennent le chemin du non-retour, leurs impuretés détruites par la Connaissance (BG 05/17)

Théorie :

De l’ignorance à la connaissance du Soi et de Brahman

1          À ceux dont l’ignorance est détruite par la Connaissance du Soi, la Connaissance, comme le soleil levant, révèle le suprême Brahman (BG 05/16). Pour un profane moderne l’ignorance est identifiée au fait de n’avoir pas fait d’études et de ne pas disposer des savoirs communs aux hommes d’aujourd’hui. Pour la Bhagavad Gita, et donc pour un Yogi, l’ignorance consiste à ne pas savoir que les êtres transitoires que nous sommes ne sont que la projection temporaire d’un Être unique, qui est Dieu. En ce sens, nombre de savants et d’hommes d’importance du monde actuel sont des ignorants (BG 13/11).

2          Le Soi, qui précisément détruit cette ignorance est défini ainsi par Krishna : Je suis le Soi (atman)…siégeant dans le cœur de tous les êtres. Je suis le début, le milieu et aussi la fin de toutes les créatures (BG 10/20). Premier point, le Soi se trouve au cœur de tous les êtres. On ne précise pas seulement des humains ou même des animaux. De plus, dans l’optique de la Gita, tout ce qui a forme et nom, et qui peut être perçu, est un être. Une pierre, une montagne, un fleuve, un arbre aussi bien. Ainsi la référence aux êtres mobiles et immobiles est-elle une constante dans la Gita (BG 11/07). Lorsque Krishna déclare : Je suis identique en tous les êtres, n’en détestant ni n’en préférant aucun (BG 09/29), cela peut être entendu aussi bien pour ce que nous considérons comme des minéraux non vivants.

3          La différence, car il en est une, entre minéraux, végétaux, animaux et humains, réside en ce que la capacité de chacun de ces êtres à réaliser le Soi diffère. Dans le plan humain d’existence, qui comprend tous ces êtres, l’homme dispose des plus grandes capacités de réalisation. Jésus est en phase avec ces conceptions lorsqu’il déclare : Si quelqu’un dit à cette montagne : »Soulève-toi et jette-toi dans la mer », et s’il n’hésite pas dans son cœur, mais croit que ce qu’il dit va arriver, cela lui sera accordé (P 235). L’homme possède en lui synthétiquement tous les êtres de son état d’existence et, s’il est accompli, doit pouvoir les maîtriser.

4          Autre point d’importance : Je suis le début, le milieu et aussi la fin de toutes les créatures (BG 10/20), ce qui implique qu’il n’est pas d’autre source à notre nature humaine que le Soi. Donc rien qui ressemble à un néant dont l’homme serait tiré par Dieu, selon certaines théologies. La Connaissance du Soi s’identifie à la prise de conscience de notre origine divine ; nous ne sommes, du début à la fin, rien d’autre que du divin. Mais nous sommes endormis le plus souvent. Un roi endormi sait-il qu’il est roi ? L’homme profane est un Dieu qui sommeille. Le Connaissance du Soi le réveille et le fait sortir de l’ignorance qui consiste à se croire entièrement mortel.

5          …la Connaissance, comme le soleil levant, révèle le suprême Brahman (BG 05/16). Le symbolisme du réveil s’apparente à celui du soleil levant, puisqu’on se réveille le matin. Ici le symbolisme s’avère paradoxal, car le lever du soleil rend visible ce qui ne l’était pas la nuit. Il introduit au spectacle de la vie de veille et donc de la vie sensorielle. Alors que Brahman est l’Absolu, le non-manifesté. Il faut la nuit de l’intériorité et les yeux fermés de la méditation-dhyana pour appréhender supra-sensoriellement Brahman. Ce paradoxe a déjà été envisagé dans la Gita : Ce qui est ténèbres pour les êtres est, pour le sage maître de ses sens, le temps de l’éveil. Ce à quoi tous les êtres sont éveillés n’est que ténèbres pour l’être lumineux (BG 02/69). L’être lumineux implique que le soleil est intérieur. Krishna le précisera bientôt : Le yogi qui trouve la joie et le bonheur en lui, qui est illuminé intérieurement, atteint la liberté absolue (moksha) l’extinction (nirvana) en Brahman (BG 05/24). Ce sutra décrit un processus, qui va de la destruction de l’ignorance, par la découverte du Soi, à l’extinction du moi, qui n’est autre que l’éveil intérieur à Brahman.

De l’intellect à Brahman en passant par l’atman

1          Leur intellect absorbé en Cela (l’Absolu)…La distinction du mental et de l’intellect est fondamentale en spiritualité ; il s’agit même d’un pont aux ânes. Le mental est l’intelligence cérébrale entièrement dévolue à l’ego ; l’intellect est l’intelligence supra individuelle et se localise symboliquement dans le cœur. Le mental croit au moi. L’intellect seul peut accéder au Soi ; c’est-à-dire concevoir le centre de l’être comme étant le Soi transmigrant, l’atman, et non le corps-mental mortel. Par conséquent l’intellect seul peut s’absorber en Cela (l’Absolu).

2          Pourquoi désigner l’Absolu par ‘Cela’, comme le fait la Gita ici et aussi en (BG 13/17) : On dit de Cela (Brahman), qu’il est la lumière de toutes les lumières, brillant par-delà les ténèbres. Il est la connaissance, et l’objet de la connaissance. Il réside au cœur de chacun. On ne peut l’atteindre que par la connaissance ? Parce que l’Absolu est non manifesté donc sans nom, sans forme, indescriptible. Sans étonner, Jésus emploie le même langage dans l’évangile gnostique de Thomas : Jésus disait : « Quand ‘cela’ sera engendré en vous, ‘cela’ vous sauvera. Si vous n’avez pas ‘cela’, l’absence de ‘cela’ vous tuera » (Thomas 070). Ici, vous tueras signifie ‘vous maintiendra dans le monde mortel, le samsara’.

3          …ayant l’Absolu comme but suprême…Il ne s’agit pas, ici, d’avoir comme but de la vie le plaisir terrestre, ni le plaisir paradisiaque d’un salut transitoire (BG 09/21), ni même l’intégration de l’Unique, Ishvara, mais le non manifesté, Brahman. Autrement dit, le Yogi sort radicalement de la perspective religieuse et pénètre dans l’universalité spirituelle.

4          …leur Soi étant l’Absolu…Cette formule fait allusion à une équation métaphysique : atman = Brahman. Formule qu’il faut lire, non pas comme ‘égale’, mais comme ‘Atman identique à Brahman’. Le rayon de soleil n’est pas égal au soleil ; mais le rayon de soleil est entièrement du soleil, il est identique au soleil. Ainsi le Yogi réalise finalement que le divin transmigrant en lui, soit atman, est Brahman. S’il recentre totalement son identité sur l’atman, il réalise Brahman. Dès lors, le Yogi est établi dans l’Absolu et prend le chemin du non-retour puisque seuls renaissent les êtres qui, au moment de leur mort, demeurent attachés aux gunas  (Les trois directions de la conscience dans la vie : ascendante, horizontale ou descendante) : L’attachement aux gunas est la cause de la naissance en de bonnes ou en de mauvaises matrices (BG 13/21).

5          …leurs impuretés détruites par la Connaissance (BG 05/17) précise la fin du sutra,  car il vaut se libérer du karma restant, qui est souvent présenté comme une chaîne (BG 02/39) ou un filet piégeant, un rets (05/07) et seule la connaissance spirituelle peut cela. Les œuvres ne me souillent pas. En moi nul désir de leur fruit. Celui qui me reconnaît tel n’est pas lié par son karma (BG 04/14).

Pratique :

Pratique I : De l’ignorance à la connaissance du Soi et de Brahman À ceux dont l’ignorance est détruite par la Connaissance du Soi, la Connaissance, comme le soleil levant, révèle le suprême Brahman (BG 05/16). Pour un Yogi, l’ignorance consiste à ne pas savoir que les êtres transitoires que nous sommes ne sont que la projection temporaire d’un Être unique, qui est Dieu. Le Soi, qui précisément détruit cette ignorance est défini ainsi par Krishna : Je suis le Soi (atman)…siégeant dans le cœur de tous les êtres. Je suis le début, le milieu et aussi la fin de toutes les créatures (BG 10/20). La Connaissance du Soi s’identifie à la prise de conscience de notre origine divine ; nous ne sommes, du début à la fin, rien d’autre que du divin. Mais nous sommes endormis le plus souvent. Un roi endormi sait-il qu’il est roi ? L’homme profane est un Dieu qui sommeille. Le Connaissance du Soi le réveille et le fait sortir de l’ignorance qui consiste à se croire entièrement mortel. …la Connaissance, comme le soleil levant, révèle le suprême Brahman (BG 05/16). Le symbolisme du réveil s’apparente à celui du soleil levant, puisqu’on se réveille le matin. Ici le symbolisme s’avère paradoxal, car le lever du soleil introduit au spectacle de la vie de veille et donc de la vie sensorielle. Alors que Brahman est l’Absolu, le non-manifesté. Ce paradoxe a déjà été envisagé dans la Gita : Ce qui est ténèbres pour les êtres est, pour le sage maître de ses sens, le temps de l’éveil. Ce à quoi tous les êtres sont éveillés n’est que ténèbres pour l’être lumineux (BG 02/69). Ce sutra décrit un processus, qui va de la destruction de l’ignorance, par la découverte du Soi, à l’extinction du moi, qui n’est autre que l’éveil intérieur à Brahman.

Pratique II : De l’intellect à Brahman en passant par l’atman Leur intellect absorbé en Cela (l’Absolu)… Le mental est l’intelligence cérébrale entièrement dévolue à l’ego ; l’intellect est l’intelligence supra-individuelle et se localise symboliquement dans le cœur. Le mental croit au moi. L’intellect seul peut accéder au Soi, le centre de l’être transmigrant, l’atman, et non le corps-mental mortel. Par conséquent l’intellect seul peut s’absorber en Cela (l’Absolu). Pourquoi désigner l’Absolu par ‘Cela’ ? Parce que l’Absolu est non manifesté donc sans nom, sans forme, indescriptible. Jésus emploie le même langage dans l’évangile gnostique de Thomas. …ayant l’Absolu comme but suprême…Il ne s’agit pas, ici, d’avoir comme but de la vie le plaisir terrestre, ni le plaisir paradisiaque d’un salut transitoire (BG 09/21), ni même l’intégration de l’Unique, Ishvara, mais le non manifesté, Brahman. …leur Soi étant l’Absolu…Cette formule fait allusion à une équation métaphysique : atman identique à Brahman. Le rayon de soleil n’est pas égal au soleil ; mais le rayon de soleil est entièrement du soleil, il est identique au soleil. Ainsi le Yogi réalise finalement que le divin transmigrant en lui, soit atman, est Brahman. S’il recentre totalement son identité sur l’atman, il réalise Brahman. Dès lors, le Yogi est établi dans l’Absolu et prend le chemin du non-retour puisque seuls renaissent les êtres qui, au moment de leur mort, demeurent attachés aux gunas  (Les trois directions de la conscience dans la vie : ascendante, horizontale ou descendante) …leurs impuretés détruites par la Connaissance (BG 05/17) précise la fin du sutra,  car il vaut se libérer du karma restant, qui est souvent présenté comme une chaîne (BG 02/39) ou un filet piégeant, un rets (05/07) et seule la connaissance spirituelle peut cela. Les œuvres ne me souillent pas. En moi nul désir de leur fruit. Celui qui me reconnaît tel n’est pas lié par son karma (BG 04/14).

S’abonner
Notification pour
0 Commentaires
Le plus ancien
Le plus récent Le plus populaire

L’INTELLECT comme CHEMIN de l’ABSOLU (BG 05/16-17)