La PORTE du CIEL

Bhagavad Gita 02/32 Commentaire Théorique et Méditation Opérative

La PORTE du CIEL

Une guerre juste, arrivant inopinément

c’est la porte du ciel qui s’ouvre pour l’heureux kshatriya

(BG 02/32)

Théorie :

1        Une guerre juste, qu’elle soit intérieure (spirituelle) ou extérieure (civilisationnelle), est une guerre que l’on ne fait pas par choix (arrivant inopinément) mais seulement pour rétablir l’ordre naturel des choses, et si l’on a vocation et qualification pour la faire.

2        Le kshatrya est membre de la deuxième caste-varna dans une hiérarchie sociale harmonieuse. Il a vocation à gérer le gouvernement, la diplomatie, l’armée, la police, l’administration, la justice. Seul est qualifié pour cette fonction celui qui est prêt à risquer sa vie sur un champ de bataille pour défendre les valeurs de la civilisation et protéger les femmes, les enfants et les vieillards. Pour cela il risque la mort et, s’il meurt dans l’exercice de cette fonction, la porte du ciel s’ouvre pour lui.

3        Métaphysiquement, il ne quitte pas le plan humain d’existence pour autant, mais se retrouve au centre de ce plan ; soit au paradis terrestre (en langage de religion abrahamique), dans l’âge d’or (en langage grec classique), dans l’âge de vérité, staya-yuga, (en langage hindou).  Le ciel, visible ou imaginable de la terre, symbolise le paradis terrestre dans toutes les traditions. Il est fermé d’une porte, comme dans la Genèse le paradis désormais gardé par les chérubins. ‘Les cieux’, c’est autre chose, désignant les états supérieurs de l’Etre, dont il n’est pas question ici.

4        Une fois épuisés les mérites de son action au service de l’ordre juste, l’homme doit revenir dans le monde des mortels (BG 09/21), car le paradis est le centre du plan humain, mais ne le dépasse pas pour autant. Cependant, dans les quatre âges d’une humanité (yugas) le rapport de durée, du premier au dernier âge, est de 4, 3, 2, 1. Sachant que le yuga actuel, kali-yuga, ‘l’âge des conflits’, a débuté, d’après les sages orientaux, plusieurs milliers d’années avant l’ère chrétienne, on peut considérer que le séjour paradisiaque est immensément long par rapport à la durée actuelle de la vie humaine. Le christianisme survend quelque peu cette longue durée, en prétendant que, pour les élus, la vie paradisiaque est sans fin. Si elle l’était, Adam et Eve y seraient toujours, ce qui contredirait la Bible.

5        Ce sutra n’est pas, à proprement parler, spirituel, au sens ésotérique, puisqu’il n’envisage que le but de l’exotérisme religieux : gagner le paradis terrestre. On peut le gagner en vivant selon l’ordre juste du Dharma, donc selon la Loi universelle, qui se décline différemment selon le sexe et la nature des humains. Chacun, en effet, est destiné à une caste-varna en fonction de ses qualités natives. Les membres des castes-varnas supérieures n’ont pas plus de probabilité d’aller au ciel paradisiaque que ceux des basses castes-varnas. C’est la conformité des œuvres à la vocation propre, elle-même dépendant des dons natifs, qui détermine le salut. Cela est parfaitement identique à l’enseignement du Christ dans les paraboles des talents et des mines.

Pratique :

1        Le but de bien faire son ‘devoir d’état’, comme on disait autrefois en chrétienté, n’est pas la libération spirituelle du samsara (la ronde des naissances et des morts) que vise le yoga. On n’est donc pas dans la spiritualité pure, mais dans le meilleur de la religion. Cependant, la Bhagavad Gita enseigne : Cet enseignement, tu ne dois pas le communiquer à l’homme sans religion (BG 18/67). Celui qui ne peut pas le moins (le paradis terrestre) comment pourra-t-il le plus (la grande libération-moksha) ? Celui qui ne peut pas l’exotérisme, comment pourra-t-il l’ésotérisme ?

2        Il ne s’agit, certes pas, d’adhérer naïvement à toute sorte de croyances et superstitions véhiculées par les cultures religieuses. Mais celui qui méprise la justice ne peut accéder à la spiritualité véritable. Pour ne pas se contenter du paradis, encore faut-il en être déjà capable.

3     C’est pourquoi, dans les huit étapes du yoga classique, dit yoga de Patanjali, les deux premières, yamas et niyamas, sont des règles morales, la première par rapport au monde social, la seconde par rapport à soi. Le religieux est souvent borné vis-à-vis du spirituel, mais le spirituel n’est jamais opposé au religieux. Ne méprise pas le paradis, c’est le meilleur lieu de décollage pour la libération-moksha. Avant que de méditer, tâchons déjà d’être justes dans la vie ordinaire.

 

 

S’abonner
Notification pour
0 Commentaires
Le plus ancien
Le plus récent Le plus populaire

La PORTE du CIEL