Ce modeste commentaire de la Bhagavad Gîtâ s’adresse aux Occidentaux contemporains ayant une recherche spirituelle. Il est des commentaires savants et complexes, celui-ci tâchera de rester aussi accessible et concis que possible.
Il insistera surtout sur le fait que les Occidentaux de culture modeste sont truffés, souvent sans le savoir, d’une multitude de croyances, véhiculées par la propagande contemporaine. Il leur est donc très difficile d’imaginer que des hommes d’une autre culture ou d’une autre époque aient pu penser autrement sans être d’obscurs barbares. Le complexe de supériorité de l’Occidental moderne est quelque chose de colossal, bien qu’enfoui au plus profond de son subconscient. Il se prend pour la fine pointe de l’évolution universelle, pendant que sa civilisation ravage la planète et prépare l’avènement glorieux de l’homme-machine. Aussi nous faudra-t-il souvent insister sur la comparaison des idéaux modernes (d’ailleurs fort changeants et contradictoires) avec les valeurs spirituelles véhiculées par la Bhagavad Gita.
Nombre d’Occidentaux perçoivent, plus ou moins confusément, et parfois douloureusement, que la civilisation matérialiste de consommation ne saurait leur apporter ni un plaisir véritable, car elle sature vite les sens ; ni le bonheur, car elle est trop agitée, contradictoire et instable ; ni encore moins la sérénité qu’offre une réponse complète et harmonieuse aux questions fondamentales que la vie pose à tout homme un tant soit peu réfléchi.
II°) Quelques drogues physiques ou psychiques de substitution
Nombre d’entre eux cherchent à s’étourdir par les drogues, tabac, alcool, etc., et aussi la consommation effrénée de loisirs numériques, sportifs, sexuels ou voyageurs en tous genres.
D’autres explorent l’une ou l’autre des mille techniques de bien-être qui s’offrent sur le marché actuel. Techniques qui prétendent souvent à la fois être à la pointe de la science moderne et puiser au tréfonds de la sagesse millénaire, car il faut faire clientèle des sensibilités les plus contradictoires. Ces méthodes peuvent apaiser le ‘stress’ émotionnel et l’agitation mentale pendant quelque temps, mais à la façon d’un emplâtre sur une jambe de bois, elles ne résolvent pas le fond du problème.
Un jour, alors que quelqu’un présentait la méditation telle que l’enseigne la Bhagavad Gîtâ, une personne, qui avait pratiqué des dizaines de technologies de bien être sans succès notable lui fit remarquer : « Vous n’avez pas prononcé le mot ‘émotion’, alors que la question essentielle consiste à gérer ses émotions. » Mais, justement, là n’est pas la question essentielle. Il lui fut répondu : « Si vous avez des émotions négatives, c’est que vous pensez mal. Ce ne sont pas les émotions qu’il faut gérer, c’est la pensée qu’il faut rectifier ». Une pensée juste n’empêchera pas un homme de souffrir s’il est physiquement blessé, mais elle lui épargnera les tristesses, vexations, déceptions, désillusions, et les innombrables cogitations inutiles que suscitent la méconnaissance du monde et de la vie. L’émotion négative n’est que le signe d’une pensée qui n’appréhende pas le réel. Ce n’est pas sur le symptôme qu’il convient d’agir, mais sur la cause.
III°) Le recours naturel à la religion ancestrale
D’autres Occidentaux cherchent refuge dans la religion ancestrale de leur culture, qui est le Christianisme. Mais la religion chrétienne ne dirige plus la civilisation occidentale depuis des siècles. La Chrétienté est morte ; même si certaines formes du Christianisme lui survivent. Il y a bien des raisons au fait que le Christianisme a perdu le contrôle de l’Occident. Sans prétendre en faire une liste exhaustive, certaines de ces raisons sont utiles à noter ici.
IV°) Une tradition religieuse dogmatique
Du temps de Jésus, et dans son milieu, il y avait des Juifs, des Grecs, des Romains et des Égyptiens. Tous ont disparu, sauf les Juifs. Ceux qu’on nomme aujourd’hui Grecs, Romains, et Égyptiens n’ont guère à voir, quant à leur mentalité, leur culture, leur religion, leur vision du monde, avec leurs équivalents de l’Antiquité. Les Juifs, certes, ont changé, après deux mille ans de diaspora, et le côtoiement de peuples très différents d’eux. Mais cependant on peut toujours parler d’un peuple juif ; pourquoi cela ? Parce que ce qui fait le Juif n’est pas un credo, fixé, bétonné, écrit une fois pour toutes. Ce qui fait le Juif, c’est la réflexion sans cesse renouvelée sur une histoire sacrée, un mythe fondateur, qui se nomme Thora et correspond, grosso modo, à l’Ancien Testament des Chrétiens.
En Orient les deux grandes traditions spirituelles sont l’Hindouisme et le Bouddhisme. Les deux se sont développées en Inde, même si le Bouddhisme a ensuite essaimé dans toute l’Asie. Or, ces deux traditions, dont la vigueur est encore remarquable, ont en commun avec le Judaïsme de ne pas être dogmatiques.
Dans la scène évangélique de la naissance de Jésus, il est dit : Or, il advint, en ces jours-là, que parut un édit de César Auguste, ordonnant le recensement de tout le monde habité (Lc 2/1 = P 008). Le mot grec pour ‘édit’ est ‘dogma’. Il s’agit d’un commandement de l’empereur César Auguste ; c’est administratif, militaire ; on ne discute pas ; on obéit, un point c’est tout. Dans l’Évangile, on dénombre 550 points d’interrogation, ce qui prouve l’importance extrême du dialogue, du questionnement, de la réflexion. Le Christianisme, en rupture avec cette tradition juive, qui était celle de Jésus, a voulu traiter la religion et la spiritualité ‘à la romaine’, et cela a donné une religion dogmatique, avec un credo, une formulation, noir sur blanc, de ce qu’il faut croire. Le tout est cadré par une théologie des plus rigides, puisqu’elle est elle-même bornée par quantité de dogmes. Aucune religion n’a autant de dogmes que le Christianisme.
Or, l’évolution de la culture occidentale, depuis quatre ou cinq siècles, va dans le sens d’une diffusion de la lecture pour tous, du développement d’un esprit critique, de l’exigence de preuves objectives, de démonstrations logiques, si bien qu’il est devenu quasiment impossible aujourd’hui d’ordonner à un peuple de croire par un édit de la papauté qui continue de fonctionner comme ceux de César Auguste. De cette façon un fossé colossal s’est creusé entre le Christianisme, fonctionnant ‘à la romaine’, et l’Évangile du rabbi Jésus qui opérait un questionnement spirituel en vue d’un retournement de l’intelligence (metanoia) des choses de la terre vers les choses du ciel, des choses du temps qui meurt vers l’éternité que l’intelligence du cœur intuitionne.
V°) Une tentative de s’orienter
C’est pourquoi nombre d’Occidentaux se tournent vers l’Orient, qu’ils se considèrent toujours comme Chrétiens, ou qu’ils s’estiment, à tort ou à raison, hors de cette religion. La plupart du temps, cela consiste à s’inscrire à un cours de hatha yoga ou quelques techniques exotiques du même genre. Les gens se moquent du croyant médiéval qui espérait tirer avantage du fait d’avoir baisé les reliques d’un saint célèbre, mais ils ne voient pas qu’on ne devient pas mécaniquement spirituel en pratiquant les ‘salutations au soleil’ (suryanamaskar) ou la posture du lotus (padmasana).
Certains cependant comprennent qu’autre chose est nécessaire qu’une technique posturale, de relaxation ou d’apaisement du mental. Ils réalisent que l’intelligence, tant mentale que surtout cordiale, a toute son importance dans ce qu’on nomme spiritualité. Ceci dit, non pour décrier le hatha-yoga ou les techniques énergétiques (que j’ai d’ailleurs enseignées pendant plus de quatre décennies), mais pour montrer qu’ils ne sont utiles que comme préparation et accompagnement d’une quête vraiment intérieure, et cela en parfaite conformité avec la tradition millénaire de l’Inde.
L’Inde constitue la tradition source de tout l’Orient. Il n’est guère risqué d’affirmer qu’aucune civilisation connue ne possède autant de textes sacrés et de commentaires des textes sacrés que l’Inde. Sa grande richesse vient justement, comme nous le disions, du caractère non dogmatique de cette tradition, qui prend pleinement conscience de la grande diversité des humains et de la nécessaire diversité de leurs voies spirituelles. Si bien que, malgré quelques exceptions, on peut dire que la civilisation spirituelle hindoue n’a pas procédé par dogmatisation et inquisition contre ce qui n’était pas conforme au dogme. Elle considère au contraire que seule la vérité peut durer et que, par conséquent, l’erreur se détruit d’elle-même au bout d’un certain temps, sans qu’il soit nécessaire de recourir aux ravages des conversions forcées, des inquisitions, des guerres de religion et des ‘colonisations apostoliques’. Il serait certes naïf de penser que l’histoire hindoue fut exempte de ces catastrophes, mais ce ne fut pas sa tendance générale.
VI°) Une synthèse de l’immense Hindouisme, la Bhavagad Gita
Le génie de l’Inde réside plutôt dans l’intuition métaphysique que l’infini ne saurait être enfermé dans les bornes d’une formulation unique. D’où cette profusion d’écoles philosophiques, religieuses, métaphysiques et spirituelles qui caractérise l’Hindouisme. Le problème, c’est que cette profusion même apparaît à l’Occidental comme une jungle suffocante et impénétrable.
Or, et c’est un autre aspect du génie hindou, de grands maîtres spirituels, comme Vyasa, se trouvèrent pour posséder un esprit de synthèse assez puissant pour élaborer une présentation courte et cohérente de cette profusion d’intuitions spirituelles. La Bhagavad Gîtâ est précisément cette synthèse. Et c’est pourquoi nous proposons de la prendre comme base d’une découverte, théorique et pratique, de la pensée et de la spiritualité orientale.
VII°) Ne pas jeter l’enfant évangélique avec l’eau du bain clérical
La critique que nous venons de faire du dogmatisme de la pensée chrétienne, et celle que l’on pourrait facilement faire de l’impérialisme de l’institution ecclésiale (le pape, en tant que ‘pontifex maximus’ auréolé de l’infaillibilité pontificale, étant le successeur de César), cette critique ne doit pas faire illusion. Beaucoup d’Occidentaux, plus ou moins conscients de ces critiques légitimes, rejettent le Christianisme et avec lui l’Évangile et toute spiritualité, cela s’appelle ‘rejeter l’enfant avec l’eau du bain’, et c’est grand dommage.
Car l’Évangile est un texte spirituel oriental, bien que proche-oriental. Et nous ne manquerons pas de constater, au passage de ce commentaire de la Bhagavad Gîtâ, que nombre de ses thèmes majeurs se retrouvent dans l’Évangile.
Plusieurs raisons expliquent le rejet massif de la religion, et avec elle de la spiritualité, dans l’Occident contemporain. Justement parce qu’ils ont reçu une formation (une mauvaise formation) religieuse, la plupart des Occidentaux ne peuvent plus entendre l’Évangile autrement qu’à travers le prêt-à-penser qu’on leur a inculqué. La préinterprétation théologique et dogmatique colle pratiquement à chaque passage de l’Évangile, à chaque scène.
La création à partir du néant (creatio ex nihilo) n’est pas dans l’Évangile, ‘l’enfer éternel’ non plus, l’égalitarisme démocratique non plus, la confusion des sexes sous prétexte d’égalité non plus, l’idolâtrie du ‘progrès’ machinique non plus, l’évolutionnisme darwinien non plus, ainsi qu’une quantité d’aberrations modernes ou théologiques. Il existe une lecture orientale de l’Évangile, qui présente le plus grand intérêt. Mais ce n’est qu’accessoirement ce que nous ferons dans la suite de ce texte essentiellement consacré à la Bhagavad Gîtâ.
VII°) Quatre évangiles, souvent contradictoires, et les apocryphes
Car, outre le problème précédemment signalé, l’Évangile présente une autre très grosse difficulté. Il n’y en a pas un, mais quatre. Et ceci sans compter les évangiles apocryphes, dont certains, comme les évangiles selon Thomas, Philippe et Marie, sont d’un grand intérêt métaphysique, dans une optique précisément non dualiste orientale. D’ailleurs ce n’est pas sans raison si le public s’intéresse fortement à ces écrits, que l’institution religieuse officielle a historiquement cherché à détruire, ainsi que leurs auteurs, avec la plus radicale barbarie.
Et, malgré la thèse officielle des théologiens, il est manifeste que les quatre évangiles canoniques (officiels) ne sont pas d’accord sur un certain nombre de points fondamentaux. Pour ne citer qu’un de ces points, Matthieu et Luc racontent l’histoire de l’enfance de Jésus, féconde en miracles (la naissance virginale) et catastrophes (le massacre des enfants de Judée) et cette histoire présente clairement Jésus comme un Dieu de naissance. Alors que Marc (le plus ancien évangile) et Jean (le plus spirituel et le plus gnostique des canoniques) omettent totalement ces longs récits pour présenter un Jésus réalisant Dieu au moment de son baptême : « Tu es mon fils ; moi, aujourd’hui, je t’ai engendré » (Lc 3/22 = P 019). Ce sont deux visions radicalement différentes du Christ et donc du Christianisme.
VIII°) L’illusion du dialogue
S’il est une qualité aussi peu ‘catholique romaine’ que possible, c’est bien le dialogue. Certains Chrétiens modernistes prétendent que « les choses évoluent », qu’ils connaissent « un prêtre ouvert au dialogue », etc. C’est possible, mais il ne faut pas se faire d’illusion. Si l’on considère comme dialogue le fait que tel prêtre est sympathique et qu’il laisse parler les laïcs, on se contente de peu ; en fait le prêtre, et d’ailleurs tout théologien ou ‘religieux’ professionnel, est cadenassé par des frontières dogmatiques et institutionnelles (vœux d’obéissance, etc) qui le confinent dans un prêt à penser extrêmement étroit, s’il ne veut pas prendre le risque de se trouver rejeté de l’institution.
Le ‘dialogue interreligieux’ se limite le plus souvent à de bons sentiments relatifs à des questions secondaires, ou à des réunions utopiques visant à prier ensemble pour la paix dans le monde ou pour la fin des famines (le Christ qui dit les pauvres vous les aurez toujours : Mc 14/7 = P 228 et je ne suis pas venu apporter la paix sur la terre, mais le glaive : Mt 10/34 = P 180 est quelque peu occulté dans ces réunions bien pensantes).
IX°) Dualisme et non-dualisme
Vu de l’Orient, le Christianisme est une religion dualiste. On entend par là le fait que les théologiens conçoivent Dieu comme séparé du monde et des hommes, comme d’une autre nature radicalement hétérogène. C’est la théorie théologique qu’on nomme ‘creatio ex nihilo’, ‘la création à partir du néant’, selon laquelle Dieu, en tant que créateur, aurait tiré les humains du néant (comme si le néant était quelque chose !). Le Christianisme, certes, conçoit une relation entre Dieu et les hommes. Cette relation s’exprime par les prophètes (Abraham, David, Salomon, Isaïe, Jean Baptiste, etc.), dont l’histoire et l’enseignement sont racontés dans ce que les Chrétiens nomment ‘Ancien Testament’ (‘Premier Testament’ serait d’ailleurs plus adéquat) et les Juifs nomment la Thora. Mais le cœur du Christianisme, comme son nom l’indique, consiste en la personne du Christ, c’est-à-dire du ‘roi’, de ‘l’oint’, de naissance divine par son ‘père céleste’, puisque c’est ainsi que les Chrétiens conçoivent le personnage de Jésus ayant vécu en Palestine il y a deux mille ans.
Vu de l’Orient, Jésus apparaît plutôt comme un prophète, un thaumaturge et surtout un sage ayant ‘réalisé’ Dieu. Cette conception de la ‘réalisation’ (moksha) s’harmonise mieux avec les évangiles selon Marc et Jean qu’avec les autres (et surtout avec les évangiles apocryphes de Thomas et Philippe). Nous reverrons en détail en quoi consiste précisément cette idée, étrange pour un Occidental, de ‘réaliser Dieu’, puisque la Bhagavad Gita y fait souvent référence. Pour le moment, une courte approche s’avère nécessaire et sera provisoirement suffisante.
La pensée métaphysique non dualiste observe que tout, dans le cosmos, est impermanent, soumis à la naissance, au développement et à la mort. Elle observe aussi que, dans l’état de veille, les humains croient à la réalité des choses du cosmos et en particulier de leur propre corps, et oublient volontiers que ces choses ne sont qu’une ombre fugace qui passe à la surface d’une durée perpétuelle. Le non-dualisme observe aussi que ces mêmes hommes, chaque nuit, vivent un monde de rêve, qu’ils considèrent, pendant la durée du rêve, comme aussi réel que le cosmos et leur propre corps pendant la veille. Or, au réveil, le rêveur s’aperçoit de l’irréalité, de l’illusion fondamentale, de ce monde du rêve. Ce qu’affirme la théorie de la non-dualité, c’est que l’homme ordinaire, dans l’état de veille, est en vérité un endormi, qui rêve la réalité d’un monde cosmique en fait évanescent.
De plus, cette théorie de la non-dualité enseigne qu’un éveil (‘au second degré’ pourrait-on dire) est possible, éveil qui fait réaliser le caractère illusoire du monde cosmique dont nos corps font partie, et qui fait réaliser surtout une autre dimension, spirituelle, divine, du réel et de notre conscience la plus profonde.
Pour donner une image, cette forme de pensée non-dualiste considère que l’être pur (Brahman) peut être symbolisé par le soleil, et que chaque rayon du soleil est la projection manifestée de cet être dans le monde. On nomme alors ce rayon Atman. Et ce rayon chemine sur des distances colossales, traversant des mondes divers, les habitant, les animant, les éclairant. Cet atman est le principe immortel habitant chaque être et en particulier chaque humain, principe qui prélude à la naissance du corps et qui survit à la mort du corps, pour prendre ensuite d’autres formes.
La quête spirituelle, selon la spiritualité orientale (et aussi, nous le verrons au passage, selon l’enseignement symbolique et ésotérique de l’évangile), la quête spirituelle donc consiste à réaliser que nous avons un corps et un mental, mais que nous ne sommes pas le corps et le mental, que nous sommes plus fondamentalement l’atman qui traverse une succession d’états de manifestation, chacun étant ponctué par une naissance et une mort. Ultimement cette quête consiste à réaliser, non seulement sur le plan théorique, comme présentement, mais dans toute la profondeur de l’être, qu’atman est identique à Brahman ; autrement dit que nous ne sommes pas séparés du Principe de toute chose, sinon illusoirement. Un peu comme une femme qui cauchemarderait que son homme est parti, alors qu’il dort tranquillement auprès d’elle, ce qu’elle constatera, avec soulagement, à son réveil.
La théologie chrétienne reconnaît cela pour la personne de Jésus-Christ, ce qu’elle exprime en posant dogmatiquement que Jésus est Dieu. Mais elle réserve cette qualité à Jésus seul. Et quiconque s’aviserait d’y prétendre serait aussitôt accusé de blasphème. C’est précisément cette accusation que les religieux exotériques juifs du temps de Jésus lui ont faite et qui lui a valu de mourir sur une croix. Mais l’évangile, bien que moins explicitement que la Bhagavad Gita, expose cependant indubitablement la théorie non-duelle selon laquelle le rayon divin (atman) est en tout homme (J’ai dit, vous êtes des dieux : Jn 10/34 = P 185).
X°) Le croire religieux et le connaître spirituel
Les plus modernes, et souvent les plus jeunes, des Occidentaux contemporains vivent comme des animaux bipèdes, en quête permanente de consommation psycho matérielle, afin d’éviter la peine et d’accumuler les plaisirs. Ils n’ont point d’autre horizon.
Mais comme, malgré tout, quelque esprit (grec, pneuma ; sanskrit atman, buddhi) sommeille en eux, ils ne peuvent trouver une pleine satisfaction dans la seule consommation, et sont obligés de s’agiter de plus en plus pour tenter d’oublier la lumière qui sommeille en eux. Dans ce cas, l’exposé d’un enseignement spirituel, non-dualiste, oriental, peut, soit être rejeté comme un pur produit gratuit de l’imagination, une croyance exotique, soit, au contraire, être appréhendé comme une évidence longtemps enfouie dans les profondeurs.
En effet, l’avantage des purs profanes, comme sont souvent les jeunes actuels, c’est qu’ils n’ont pas les blocages théologiques des adeptes d’une religion dogmatique. Certains s’étonneront de ce propos en se disant : « Je ne connais rien à la théologie, comment aurais-je des blocages théologiques ? » Mais il y a quantité de croyances et de présupposés dans la culture occidentale qui sont d’origine théologique, sans que les gens le sachent. Et même les plus athées des Occidentaux ont beaucoup de Christianisme et de théologie dans la tête.
Pour les autres Occidentaux existent quelques vagues souvenirs religieux de l’enfance, voire, plus rarement, une vraie culture en la matière. Ceux-là seront moins dépaysés par l’approche orientale, mais iront plus difficilement au fond non-dualiste des choses, car la terreur du blasphème, de ‘l’orgueil spirituel’ prétendu, et de sa conséquence, la ‘damnation éternelle’ pèse depuis deux mille ans sur l’inconscient collectif qui les habite.
Toujours est-il qu’en religion, on croit, parce que c’est écrit dans la Bible, parce que le prêtre le dit, les théologiens le confirment, le pape le proclame, les conciles le révèlent, parce que c’est un dogme. Et surtout on croit parce qu’on l’a entendu dire depuis le berceau et parce qu’on est formaté, moulé, structuré, dans ces certitudes.
En spiritualité non-dualiste, telle que l’Orient conçoit les choses, il convient de ne pas croire ainsi. Le lecteur de ces lignes est donc invité à ne pas croire celui qui les écrit ; du moins ne pas le croire parce que c’est lui qui les écrit. La spiritualité, telle que l’entend l’Orient, est une science, non moins que la science expérimentale appliquée à la nature. Mais c’est une science de l’intériorité. Une science non-dualiste, ce qui signifie qu’il n’y a pas la prétendue, et d’ailleurs imaginaire, distance entre le scientifique et l’objet de sa science. Dans la science sacrée, qu’est la spiritualité véritable, le méditant est à la fois le scientifique et l’objet de sa science, puisqu’il s’agit de se connaître soi-même ; de répondre à la question fondamentale : « Qui suis-je ? »
XI°) Quand Théo rit
Dans la science sacrée, il n’y a pas de dogmes, mais des théories. Et le lecteur est invité à considérer que le mot ‘théo’, c’est-à-dire ‘dieu’ en grec, se trouve dans ‘théorie’.
Une théorie spirituelle n’est donc pas une chose ‘à croire’, mais un enseignement qui mérite le respect, parce qu’il a des siècles, voire des millénaires en ce qui concerne les enseignements de la Bhagavad Gita. Cette ancienneté ne prouve aucunement la vérité de la théorie ; mais elle prouve cependant que des millions d’hommes, parmi les plus intelligents et les plus sages, dans des contrées diverses et à des époques diverses, ont considéré qu’il y avait là une synthèse d’une connaissance spirituelle autant qu’il est possible de l’exprimer en langage humain. Une théorie spirituelle mérite donc d’être prise en considération et examinée avec le plus grand soin.
XII°) La preuve par l’expérience intérieure
Certes, il y a plusieurs théories différentes, voire opposées, pour expliquer tel ou tel phénomène de la vie humaine. Une pensée dogmatique sera encline à en conclure que l’une de ces théories est vraie, orthodoxe, divinement révélée, et les autres fausses, erronées, hérétiques, voire diaboliques. Une pensée orientale raisonnera différemment, en considérant que tous les hommes n’ont pas la même sensibilité, la même affectivité, la même intelligence, et qu’il se peut bien que telle théorie corresponde à tel type humain et telle autre théorie à tel autre type humain. Cela, en tout cas, explique que des théories différentes, voire rivales, ont pu subsister pendant des millénaires ; en effet, il s’est trouvé, pendant toutes ces périodes, des hommes à qui ces théories expliquaient ce qu’ils étaient capables de comprendre et de vivre, sans leur exposer trop complètement ce qu’ils n’auraient pas pu comprendre, et qui les aurait choqués.
Le lecteur est donc invité à scruter les paroles de la Bhagavad Gita, et aussi bien le commentaire que nous en ferons, en soumettant ces affirmations à l’épreuve de son sens logique, de son intuition cordiale, de sa culture, de son expérience de la vie. Si cela lui semble assez consistant pour mériter une mise en œuvre dans sa vie, active et intérieure, alors il expérimentera cette théorie. Et, si les résultats sont manifestement bons pour lui, cette théorie ne sera plus la théorie d’un autre à laquelle il croit, mais deviendra sa propre théorie, c’est-à-dire sa propre formulation de ce qu’il perçoit et vit comme étant le plus proche de la vérité dans l’état actuel de sa connaissance et de son vécu.
Soit dit en passant, si la religion chrétienne exige le croire, l’évangile dit autre chose : Jésus leur répondit : »Ma doctrine n’est pas de moi, mais de celui qui m’a envoyé. Si quelqu’un veut faire sa volonté, il reconnaîtra si ma doctrine est de Dieu ou si je parle de moi-même » (Jn 7/16-17 = P 139) ; autrement dit, c’est par la pratique intérieure que l’on peut déterminer la vérité spirituelle d’un enseignement. Toute autre approche n’est qu’approximative.
XIII°) Le courage de penser par soi-même
Nous vivons dans une culture qui se prétend démocratique, c’est-à-dire que chacun est censé juger, avec sagesse et compétence, et apporter sa propre pierre à l’édifice du bon gouvernement. Or la réalité est exactement à l’inverse de cela. Il y a immensément plus de propagande dans un état démocratique que dans un totalitarisme, car il ne faut pas seulement amener les gens à accepter la structure du pouvoir, il faut encore leur faire croire que ce qu’ils décident, ils le pensent par eux mêmes. La démocratie c’est le gouvernement des masses par la manipulation des subconscients. Et le tour de passe-passe, c’est de leur faire croire que les Médias sont les garants de la démocratie, alors qu’ils sont essentiellement les outils de la fabrication du consentement. Du temps de Jésus les chefs religieux disaient : Quelqu’un a-t-il cru en lui, parmi les princes, ou parmi les pharisiens-Séparés ? (Jn 7/48 = P 143), aujourd’hui, on dit : « Quel grand média soutient cette opinion ? » Dans les deux cas, c’est toujours ‘l’argument d’autorité’ qui fait loi. Il n’y a pas un humain sur cent qui pense par lui-même. Or, dans le domaine de la spiritualité, cette autonomie mentale est indispensable. Rares sont les humains capables du courage intellectuel nécessaire à cette entreprise.
XIV°) Le faux problème de l’historicité
Nous devons envisager un autre point, qui risque de faire blocage dans notre entreprise de méditation spirituelle de la Bhagavad Gita. La religion chrétienne, comme son nom l’indique, est centrée sur le Christ, et non sur Dieu en Soi, et encore moins sur Dieu en soi. Si donc le personnage de Jésus n’est pas historique, cette religion s’écroule. Pendant des siècles il a été facile de faire croire aux Chrétiens à l’historicité de Jésus et de ses faits et paroles supposés. Le peuple ne savait pas lire. On n’avait pas inventé le sens critique (sauf pour une petite élite). Les autres religions étaient inconnues de la masse. Et les multiples formes différentes du Christianisme d’origine étaient maintenues sous clés dans les bibliothèques vaticanes. Aujourd’hui, le savoir historique a immensément progressé, s’est considérablement répandu, et nombre de découvertes quasi providentielles, comme celles des évangiles selon Thomas, Philippe ou Marie, ont mis à mal la croyance littérale dans l’historicité de chaque mot et chaque fait des Écritures officielles (canoniques). De plus, ce qu’on appelle la ‘critique historique’ appliquée à l’Écriture sainte a fait ressortir par centaines les incohérences, les contradictions, entre les évangélistes, et dans les évangiles eux-mêmes. Certains en concluent hâtivement que tout cela est bon à jeter (Voltaire par exemple). D’autres, plus sages et plus intelligents, en concluent qu’il y a dans tout cela différents niveaux de lecture, différents étages d‘exotérisme et d’ésotérisme, différentes interprétations symboliques.
La question de l’historicité est importante dans la théologie chrétienne à cause du dogme de l’Incarnation. S’il n’y a plus d’historicité de Jésus, il n’y a plus d’Incarnation. Or, nous ne prétendons pas avoir des dons d’extra-lucide sur le sujet, mais il est certain que les témoignages que l’on possède sur Jésus, ses paroles et ses actes, sont quasiment tous le fait de chrétiens convaincus, donc juges et partis. Les quelques témoignages, fort peu nombreux, que l’on possède d’historiens latins, témoignent de la présence des Chrétiens et de leurs croyances, mais pas de Jésus lui même qu’ils n’ont pas connu. Quant au personnage lui-même, il n’a pas écrit, il a vécu pauvrement, et son corps a disparu par le phénomène de la résurrection, selon le dogme : il n’y a pas de quoi laisser grande trace historique.
La question de savoir quand a été écrite la Bhavagad Gita, et par qui, est de celle qui n’intéresse guère un spirituel oriental. Il sait que les traditions spirituelles sont transmises par oral pendant des siècles avant d’être mises par écrit, qu’elles sont ensuite recopiées, commentées, pendant de longues périodes sur des supports matériels peu durables, et que les recherches portant sur leurs traces matérielles sont par conséquent assez futiles, incertaines, et ne portent pas sur la question essentielle de leur vérité intérieure. Ce qui seul compte, et comptera pour nous, est donc la signification symbolique, souvent universelle, des enseignements, et donc leur capacité à éveiller, diriger, et réaliser pleinement l’Esprit dans l’humain.
XV°) L’interprétation macrocosmique et microcosmique
L’importance de la ‘vérité historique’ des évangiles dans le Christianisme a pour conséquence de développer une lecture littérale des Écritures. Or les Écritures sacrées de tous les peuples traitent, avec des mots évoquant le monde matériel, de choses de nature spirituelle, supra matérielle. Pour cette raison les Écritures sacrées s’expriment nécessairement au moyen de symboles. Et l’interprétation symbolique des Écritures n’est presque jamais littérale, contrairement à l’interprétation historique ; la lecture symbolique va au-delà de la lettre pour saisir l’Esprit du texte. C’est pourquoi la tradition chrétienne, plus que toute autre tradition, est exposée à oublier le sens symbolique de l’enseignement à force de se river sur son sens historique supposé ou espéré. L’Évangile n’omet pourtant pas de rappeler souvent qu’il est problématique d’omettre le sens symbolique. Par exemple, lorsque Jésus dit : si ton œil est pour toi une occasion de péché, arrache-le et jette-le loin de toi (Mt 18/9 = P 132), il est assez problématique de vouloir prendre son enseignement à la lettre, d’autant qu’il en dit autant pour la main et pour le pied. Que va-t-il rester de la pauvre humanité pécheresse ?
Si on prend l’exemple de la ‘sainte Vierge Marie’, l’Évangile dit Voici que la vierge concevra et enfantera un fils, et on l’appellera du nom d’Emmanuel, ce qui se traduit : « Dieu avec nous » (Mt 01/23 = P 007). Pendant des siècles, on s’est battu dans le Christianisme, au sens propre et figuré, pour savoir si Marie avait conçu son fils Jésus avec ou sans un homme. Mais un Oriental, sans mépriser la question, considérera que l’essentiel est ailleurs. C’est la virginité mentale, dans la méditation silencieuse, qui permet d’accéder à l’intelligence supra mentale et spirituelle, donc divine. La question de la virginité est essentiellement une question de réalisation spirituelle. Et elle concerne tous les humains intéressés par la spiritualité, et non seulement une parmi les femmes, ayant vécu il y a deux mille ans.
En grec ‘macro’ signifie ‘grand’ et ‘micro’ signifie ‘petit’. Macrocosmique signifie ‘grand univers’ et microcosmique ‘petit univers’. Le macrocosme est le monde extérieur à l’homme, le monde matériel avec son histoire. Le microcosme est le monde intérieur à l’homme, avec ses sensations, ses émotions, ses pensées, ses intuitions spirituelles. La préoccupation de la ‘vérité historique’ correspond à une lecture macrocosmique des Écritures. L’interprétation spirituelle est presque toujours microcosmique. C’est-à-dire qu’elle prend les choses dites par l’Écriture, non pas au sens premier, littéral, comme des choses matérielles, mais au sens symbolique. Dans l’interprétation microcosmique d’un enseignement sacré, les différents personnages en scène représentent différentes tendances de la vie intérieure du disciple qui médite l’Écriture. Jésus est dans le disciple, Marie aussi, Pierre qui aime, mais qui renie aussi, Judas qui fait des miracles, mais que l’on prétend traître aussi, etc. Il en va de même dans la Bhagavad Gita.
Ces précisions donneraient l’impression à un Oriental de ‘défoncer une porte ouverte’, tant le sens symbolique est naturel à la spiritualité orientale. Mais l’Occident a commencé à matérialiser la doctrine spirituelle en s’agitant il y a deux mille ans autour de la question de la divinité de Jésus, et depuis, il ne cesse de plonger de plus en plus rapidement dans un matérialisme surréaliste, au point qu’on compare maintenant l’humain à l’ordinateur et non pas l’inverse. La Bhagavad Gita nous offrira souvent l’occasion de réveiller le cerveau oriental qui sommeille en nous.
XVI°) Notation des références
Lorsque nous notons BG 02/42, cela signifie qu’il s’agit du sutra (ou verset) 42 du chapitre 2 de la Bhagavad Gita. Lorsque nous notons Mc 01/12, il s’agit du verset 12 du chapitre 1 de l’évangile selon Marc. Mt correspond à l’évangile de Matthieu, Lc à celui de Luc, Jn à celui de Jean. Lorsque nous notons (Lc 13/35 = P 133), P 133, signifie qu’il s’agit de la ‘péricope 133’ dans la synopse selon Lagrange. Une péricope est un petit passage d’un évangile, racontant une parabole, un enseignement, un dialogue, ou une histoire. Une synopse (grec signifiant ‘parallèle’) met en parallèle les passages des différents évangiles canoniques (officiels) relatant un même évènement ou enseignement. Lagrange est un grand savant, fondateur de ‘l’École Biblique de Jérusalem’, qui a façonné une synopse célèbre, que nous utilisons comme référence. Nous l’utilisons aussi pour réciter régulièrement l’ensemble des quatre évangiles canoniques (Mc, Mt, Lc, Jn), en harmonisant chaque péricope et en l’apprenant par cœur.
XVII°) Le problème de la traduction
Bien que connaissant un nombre certain de mots sanskrits importants pour la doctrine spirituelle orientale, je ne suis pas sanskritiste. Donc, la présentation du texte de la Bhagavad Gita que je propose n’est pas ‘ma traduction’. Mais, quand bien même ce serait ‘ma’ traduction, cela ne constituerait pas une garantie d’authenticité spirituelle. Car, comprendre les mots d’un texte spirituel est une chose, mais comprendre en profondeur la doctrine qu’ils expriment symboliquement, c’est autre chose.
Nous utilisons cinq traductions, qui sont produites par de vrais sanskritistes, certains universitaires européens, d’autres hindous de culture traditionnelle, et l’un d’entre eux moins qualifié sans doute, il s’agit de Gandhi. Ces traductions sont les suivantes :
E.-L. Burnouf (1861) : universitaire occidental.
Émile Senart et Michel Hulin : universitaires occidentaux.
Swami Chinamayananda : grand maître spirituel hindou contemporain, dont l’enseignement s’est répandu dans le monde. Il appartient à l’école védantique, non dualiste, la plus métaphysique, celle du jnana-yoga, de la gnose, qui est aussi l’école la plus élevée de la spiritualité hindoue (advaïta vedanta). C’est la traduction la plus profonde, mais pas toujours la plus littérale et la plus précise. C’est pourquoi nous ne nous limitons pas à elle.
Swami Baktivedanta Prabhupada : maître hindou contemporain, connu mondialement lui aussi, mais d’une école différente, éventuellement opposée sur l’interprétation de certaines questions. Cette école, que l’on nomme baktique, (bakti yoga) est ce qui ressemble le plus à la religion dévotionnelle chrétienne.
Mahatma Gandhi : Nombre d’Occidentaux considèrent que Gandhi incarne la pure spiritualité orientale ; c’est tout à fait inexact. Gandhi, au départ et familialement, est Jaïn. Le Jaïnisme est une religion de l’Inde, plus ou moins hétérodoxe par rapport à l’Hindouisme classique. Gandhi a fait ses études de droit occidental à Londres. Il a ensuite vécu, en tant qu’avocat, en Afrique du Sud, pays de culture anglaise à l’époque. Il est très imprégné de l’enseignement chrétien, tel que l’Anglicanisme le véhicule. Il a fait une sorte de synthèse fort personnelle, à laquelle il a mêlé sa stratégie dite ‘non-violente’ de lutte sociale qui a fait sa célébrité. C’est une chose que les hindous orthodoxes considèrent comme aberrante que l’interprétation ‘non-violente’ que fait Gandhi de la Bhagavad Gita. Sa traduction n’est cependant pas sans mérite, et certains de ses disciples, comme Vinoba, plus savants que lui, y ont participé. C’est pourquoi nous l’avons aussi utilisée.
Notre présentation du texte est en fait ‘notre choix de traduction’, mais il est explicitement fondé, à chaque sutra, par la comparaison avec les cinq autres que nous venons de décrire, et par la cohérence du commentaire qu’elle permet.
Outre la concision, l’élégance du langage et sa précision par rapport au texte sanskrit, nous faisons le choix de garder certains mots essentiels en sanskrit, car il n’y a pas d’équivalent en français et une traduction causerait inévitablement des confusions. Exemple : ‘atman’ que certains traduisent ‘âme’ (ce qui induit une interprétation théologique chrétienne inexistante en Inde) et que d’autres traduisent par ‘principe incarné’ (ce qui est plus prudent, mais assez flou). Si le soleil représente le divin créateur, soit le Brahman (sa-guna Brahman, donc Brahman manifesté), alors l’atman représente un rayon de ce soleil, qui est le fil divin reliant le principe absolu au coeur d’un être particulier. L’atman est aussi comparé à un fil de collier qui passe à travers diverses perles, les perles représentant les diverses incarnations de l’être dont la dimension spirituelle est le fil.
Autre exemple de non-traduction : le mot varna (signifiant littéralement ‘couleur’) et que certains traduisent par ‘caste’ (ce qui est toujours péjoratif en français) et d’autres par ‘classes’ (ce qui évoque des catégories de richesse et de puissance économique et n’a rien à voir avec la structure sociale de l’Inde traditionnelle).
Maintenant nous sommes prêts à aborder directement le texte de la Bhagavad Gita et son commentaire spirituel.
Introduction au commentaire de la Bhagavad Gita
Introduction au commentaire de la Bhagavad Gita
I°) Pour des Occidentaux en quête spirituelle
II°) Quelques drogues physiques ou psychiques de substitution
III°) Le recours naturel à la religion ancestrale
IV°) Une tradition religieuse dogmatique
V°) Une tentative de s’orienter
VI°) Une synthèse de l’immense Hindouisme, la Bhavagad Gita
VII°) Ne pas jeter l’enfant évangélique avec l’eau du bain clérical
VII°) Quatre évangiles, souvent contradictoires, et les apocryphes
VIII°) L’illusion du dialogue
IX°) Dualisme et non-dualisme
X°) Le croire religieux et le connaître spirituel
XI°) Quand Théo rit
XII°) La preuve par l’expérience intérieure
XIII°) Le courage de penser par soi-même
XIV°) Le faux problème de l’historicité
XV°) L’interprétation macrocosmique et microcosmique
XVI°) Notation des références
Lorsque nous notons BG 02/42, cela signifie qu’il s’agit du sutra (ou verset) 42 du chapitre 2 de la Bhagavad Gita. Lorsque nous notons Mc 01/12, il s’agit du verset 12 du chapitre 1 de l’évangile selon Marc. Mt correspond à l’évangile de Matthieu, Lc à celui de Luc, Jn à celui de Jean. Lorsque nous notons (Lc 13/35 = P 133), P 133, signifie qu’il s’agit de la ‘péricope 133’ dans la synopse selon Lagrange. Une péricope est un petit passage d’un évangile, racontant une parabole, un enseignement, un dialogue, ou une histoire. Une synopse (grec signifiant ‘parallèle’) met en parallèle les passages des différents évangiles canoniques (officiels) relatant un même évènement ou enseignement. Lagrange est un grand savant, fondateur de ‘l’École Biblique de Jérusalem’, qui a façonné une synopse célèbre, que nous utilisons comme référence. Nous l’utilisons aussi pour réciter régulièrement l’ensemble des quatre évangiles canoniques (Mc, Mt, Lc, Jn), en harmonisant chaque péricope et en l’apprenant par cœur.
XVII°) Le problème de la traduction
Maintenant nous sommes prêts à aborder directement le texte de la Bhagavad Gita et son commentaire spirituel.
Introduction au commentaire de la Bhagavad Gita