DANGER des MIRACLES, IMPORTANCE de la DOCTRINE
Je vais te révéler entièrement cette connaissance (jnana) et sa réalisation, ou connaissance discriminative (vijnana) qui, une fois acquises, ne laissent rien d’autre à connaître (BG 07/02)
I°) L’importance de la doctrine du Yoga
1 Je vais te révéler entièrement cette connaissance (jnana) …(BG 07/02). Jnana désigne la connaissance appréhendée par l’intellect-buddhi et non seulement par le mental-manas. C’est une connaissance supra mentale et supra égotique. Si les humains sont grandement différents dans leurs capacités physiques, ils le sont mille fois plus mentalement et infiniment plus concernant l’intellect. Il y a même des hommes doués cérébralement dont on se demande s’ils ont un intellect tant les notions métaphysiques les laissent indifférents.
2 Comme déjà vu, la connaissance-jnana, fut-elle seulement théorique, n’est jamais perdue. À la mort, les sens, le mental et l’intellect se résorbent dans l’atman qui transmigre et une nouvelle structure (intellect, mental, sens) est générée en fonction de l’utilisation karmique qui a été faite de la précédente (Lorsque le seigneur prend un corps, ou l’abandonne, il prend et emporte avec lui les sens et le mental, comme le vent emporte les parfums des fleurs : BG 15/08). Ainsi, celui qui ne serait qu’un yogi livresque mais peu opératif ne serait certes pas un excellent yogi, mais cependant il ne perdrait pas son temps. L’assimilation de la théorie du Yoga, qui est difficile à comprendre (BG 04/17), constitue une avancée non négligeable sur le chemin du Yoga et même un point de non-retour. Ce savoir est roi entre toutes les sciences; il est le secret d’entre les secrets, la connaissance la plus pure…et impérissable (BG 09/02).
3 C’est l’apprenti navigateur, qui apprend à faire le point au sextant, à lire une carte, à positionner les voilures en fonction de la direction du vent, sans sortir du port. Bien imprudent qui se moquerait de lui et sortirait au large sans ce savoir de base. Comprendre cela est très différent que de se figurer ‘faire du yoga’ parce qu’on s’entraîne aux postures une fois par semaine. Le Yoga se comprend d’abord et se réalise ensuite ; le faire n’est pas négligeable mais reste secondaire.
II°) La connaissance totale est-elle possible ?
1 …cette connaissance (jnana) et sa réalisation, ou connaissance discriminative (vijnana)…(BG 07/02). Vijnana désigne la phase opérative du Yoga, celle qui implique l’être entier et change son destin et pas seulement sa connaissance théorique. La Gita reviendra sur la succession de ces deux étapes indispensables et dans cet ordre : À toi… je vais délivrer le plus grand secret, la plus profonde connaissance alliée à sa réalisation, et, connaissant cela, tu seras délivré des souffrances de la vie (BG 09/01).
2 … qui, une fois acquises, ne laissent rien d’autre à connaître (BG 07/02). Cette partie du sutra a de quoi terrifier un homme moderne. Déjà l’idée que la connaissance prime sur l’action lui fait peur : L’action est de loin inférieure au yoga de la sagesse (buddhi yoga)…(BG 02/49). Alors, si l’on rajoute que la connaissance va elle-même s’épuiser, puisqu’il n’y aura plus rien d’autre à connaître, il aura l’impression de tomber dans le néant. Imaginez un détenu en cellule exigüe : qu’on le prive d’abord de promenade et de sport et ensuite de télévision, radio, livres et crayon ; lui reste le choix de devenir Yogi… ou plus probablement fou.
3 La connaissance-jnana procède de l’intellect-buddhi et sa mise en forme cérébrale et verbale de manas-mental. La connaissance, dans ses premières phases, est une action, un changement, un progrès, une évolution, qui se déroulent dans la durée. Mais, au moment de la réalisation-moksha, tout précipite et la con-naissance, comme le mot l’indique, devient une naissance dans le Principe, qui s’accompagne d’une mort dans la manifestation (nirvana = extinction de l’ego). Dès lors la con-naissance réalisée et non plus seulement théorique ne peut être exprimée en termes sensoriels, mentaux ou même intellectuels. Elle devient à proprement parler une expérience supra humaine.
4 La difficulté tient en ce que l’humain n’envisage l’expérience que sensorielle, mentale ou intellectuelle (en y rajoutant le senti-mental quelque part au milieu). Une expérience purement spirituelle, qui ne s’accompagne d’aucun phénomène, ni extérieur (miracle), ni intérieur (vision), est quelque chose d’inconcevable pour la plupart des croyants.
5 Pourtant l’Être divin est tout : connaissant l’Être divin on connaît tout, aussi bien son mystère que sa manifestation. Pour prendre un exemple : il est impossible de connaître les nombres en les récitant tous, la liste étant indéfinie. Par contre il est très facile pour un humain de comprendre le principe : tout nombre N est suivi d’un autre selon la formule N+1. Quand on dit que le Yogi réalisé n’a plus rien à connaître, cela ne signifie pas qu’il a fait l’expérience de tout l’univers humain plus tous les états de l’Être ; l’un comme l’autre est indéfini. Cela signifie qu’il est entré dans l’intimité du Principe et qu’à partir du Principe, il peut accéder à ce qu’il veut dans l’indéfinie manifestation. Maintenant contemple…dans son Unité, tout l’Univers, avec les êtres mobiles et immobiles, et tout ce que tu désires voir d’autre, compris dans mon corps, tout en un (BG 11/07).
III°) Les siddhis, les pouvoirs miraculeux
1 Les Yogis de formation chrétienne auront tendance à croire que la réalisation yogique s’accompagne forcément d’un feu d’artifice de phénomènes extraordinaires. En effet les évangiles canoniques (officiels) racontent de nombreux miracles de Jésus. Les Évangiles non officiels (apocryphes), plus tardifs, en présentent une quantité encore plus grande. Dans les canoniques, on note que l’Évangile le plus gnostique, celui de Jean, en rapporte seulement sept. Et les évangiles purement gnostiques (Thomas, Philippe, Marie, Évangile de Vérité) n’en racontent aucun. Il est donc clair que, plus on entre dans la spiritualité pure, moins il y a de phénomènes. On est loin de l’hagiographie des saints destinée à l’édification des croyants, ou même de la ‘preuve par le miracle’ auquel le grand savant Blaise Pascal accordait tant de foi au XVII° siècle.
2 Les Yoga Sutras de Patanjali comprennent quatre chapitres, dont un entier, et non le moindre, est consacré aux siddhis-(phénomènes magiques, miraculeux). La conclusion qu’ils en tirent peut étonner. Premièrement : ces signes ne se présentent pas nécessairement sur le chemin du réalisé. Deuxièmement : ils constituent une tentation, car ils sont flatteurs pour l’ego, étant fort admirés par le peuple et lui apparaissant comme une preuve de sainteté et de spiritualité. Troisièmement : il convient de les mépriser s’ils se présentent spontanément. D’ailleurs, plusieurs grands saints chrétiens ont manifesté de tels pouvoirs et ont toujours cherché à les occulter. Quatrièmement : ces pouvoirs ne sont preuve de rien, car il y a des ‘saints de Satan’, qui en possèdent aussi et de très semblables. Le Christ dit de même : Il surgira, en effet, des faux Christs et des faux prophètes qui opéreront des signes et des prodiges pour abuser, s’il était possible, même les élus (Évangile P 274). Dans l’ensemble, la position officielle de l’Église catholique romaine sur ces actes de puissance est la même que celle des Yoga Sutras de Patanjali… ce qui n’empêche pas les papes et les évêques de spéculer tant et plus à coup de voyages officiels et de tourisme religieux sur ces phénomènes qui présentent tant d’attraits pour les foules et de clientèle pour l’Institution. Il en va d’ailleurs de même en Inde, le pays des plus grands pèlerinages du monde.
3 Jésus n’est pas moins radical que Patanjali sur la question, mais il parle en parabole et l’esprit moderne ne pénètre guère ce langage. Un Juif riche mais égoïste meurt et se retrouve dans l’Hadès (l’enfer). Il demande à Abraham d’envoyer sur la terre un pauvre de sa connaissance, Lazare, qu’il n’a jamais aidé, et qui séjourne désormais au ciel, afin de prévenir ses frères, pour qu’ils ne tombent pas eux aussi dans l’enfer. Abraham répond : « Ils ont Moïse et les Prophètes ; qu’ils les écoutent. »-« Non, père Abraham, dit-il, mais si quelqu’un de chez les morts va les trouver, ils se repentiront. » Abraham rétorque alors : « Du moment qu’ils n’écoutent pas Moïse et les Prophètes, même si quelqu’un ressuscite d’entre les morts, ils ne seront pas convaincus » (Lc 16/30 = P 202). Jésus, dont le Christianisme prétend qu’il fournit la preuve suprême avec la résurrection de son corps, déclare carrément que, pour ceux qui refusent la voie spirituelle, même la résurrection ne prouve rien ! Il dit aussi la chair-sarx ne sert à rien (spirituellement) (Jn 06 = P 110), y compris quand elle ressuscite en chair et en os. La spiritualité ne peut être saisie que spirituellement (On ne peut atteindre Brahman que par la connaissance : BG 13/17).
IV°) Les tentations méditatives
1 À la modeste échelle de la méditation du yogi occidental ‘monsieur tout le monde’, ce phénomène est produit par l’imagination. Comme Jésus, dans les Tentations au désert (Mt 04/01 = P 021) est éprouvé par trois sortes de puissances (sur le monde physique les pierres devenues pain ; par le pouvoir politique posséder tous les royaumes de la terre ; par les pouvoirs psycho-religieux : se jeter, sans accident, du haut du temple de Jérusalem le pratiquant est assailli pendant la méditation par toutes sortes de fantasmes imaginatifs portant sur l’un ou l’autre de ces domaines. Il y a des gens assez fous pour s’imaginer qu’en s’entraînant au jeûne, ils pourront se passer totalement de manger, bien d’autres se figurent qu’ils vont développer leurs pouvoirs personnels par la méditation dont ce n’est aucunement le vrai but spirituel.
2 La Gita prévient : L’ascèse inspirée par de folles illusions…est dite tamasique (BG 17/19) ; et c’est souvent le cas de la plus banale méditation sous forme de fantasmes imaginatifs. Le point le plus important dans cette pratique est de ne désirer que Dieu seul (BG 07/17). Alors même que Jésus accorde des miracles au peuple limité aux sens, il reproche à l’officier royal qui le prie pour son esclave : « Ne croirez-vous-donc-pas, si vous ne voyez des signes-sêmeion et des prodiges-teras ?» (Jn 04/48 = P 037). Telle est la foi recherchée, la foi sans signes. Heureux ceux qui croient sans avoir vu (Jn 20/29 = P 316).
3 La Gita y insiste en disant : Celui qui retient ses sens et ses organes d’action, et reste assis se tenant coi, mais dont le mental s’attache encore aux objets des sens, n’est qu’un simulateur, victime d’une compréhension erronée (BG 03/06).
Pratique :
Pratique I : I°) L’importance de la doctrine du Yoga Je vais te révéler entièrement cette connaissance (jnana) …(BG 07/02). Jnana désigne la connaissance appréhendée par l’intellect-buddhi et non seulement par le mental-manas. C’est une connaissance supra mentale et supra égotique. Si les humains sont grandement différents dans leurs capacités physiques, ils le sont mille fois plus mentalement et infiniment plus concernant l’intellect. Comme déjà vu, la connaissance-jnana, fut-elle seulement théorique, n’est jamais perdue. À la mort, les sens, le mental et l’intellect se résorbent dans l’atman qui transmigre et une nouvelle structure (intellect, mental, sens) est générée en fonction de l’utilisation karmique qui a été faite de la précédente. Ainsi, celui qui ne serait qu’un yogi livresque mais peu opératif ne serait certes pas un excellent yogi, mais cependant il ne perdrait pas son temps. L’assimilation de la théorie du Yoga, qui est difficile à comprendre (BG 04/17), constitue une avancée non négligeable sur le chemin du Yoga et même un point de non-retour.
Pratique II : II°) La connaissance totale est-elle possible ? …cette connaissance (jnana) et sa réalisation, ou connaissance discriminative (vijnana)…(BG 07/02). Vijnana désigne la phase opérative du Yoga, celle qui implique l’être entier et change son destin et pas seulement sa connaissance théorique. … qui, une fois acquises, ne laissent rien d’autre à connaître (BG 07/02). La connaissance-jnana procède de l’intellect-buddhi et sa mise en forme cérébrale et verbale de manas-mental. La connaissance, dans ses premières phases, est une action, un changement, un progrès, une évolution, qui se déroulent dans la durée. Mais, au moment de la réalisation-moksha, tout précipite et la con-naissance, comme le mot l’indique, devient une naissance dans le Principe, qui s’accompagne d’une mort dans la manifestation (nirvana = extinction de l’ego). Dès lors la con-naissance réalisée et non plus seulement théorique ne peut être exprimée en termes sensoriels, mentaux ou même intellectuels. Elle devient à proprement parler une expérience supra humaine. La difficulté tient en ce que l’humain n’envisage l’expérience que sensorielle, mentale ou intellectuelle (en y rajoutant le senti-mental quelque part au milieu). Une expérience purement spirituelle, qui ne s’accompagne d’aucun phénomène, ni extérieur (miracle), ni intérieur (vision), est quelque chose d’inconcevable pour la plupart des croyants. Pourtant l’Être divin est tout : connaissant l’Être divin on connaît tout, aussi bien son mystère que sa manifestation. Quand on dit que le Yogi réalisé n’a plus rien à connaître, cela ne signifie pas qu’il a fait l’expérience de tout l’univers humain plus tous les états de l’Être ; l’un comme l’autre est indéfini. Cela signifie qu’il est entré dans l’intimité du Principe et qu’à partir du Principe, il peut accéder à ce qu’il veut dans l’indéfinie manifestation. Maintenant contemple…dans son Unité, tout l’Univers, avec les êtres mobiles et immobiles, et tout ce que tu désires voir d’autre, compris dans mon corps, tout en un (BG 11/07). La pratique de la connaissance consiste à comprendre qu’elle ne dépend pas d’une pratique ; c’est pourquoi elle est si difficile pour un homme moderne.
Pratique III : III°) Les siddhis, les pouvoirs miraculeux Les Yoga Sutras de Patanjali comprennent quatre chapitres, dont un entier, et non le moindre, est consacré aux siddhis-(phénomènes magiques, miraculeux). La conclusion qu’ils en tirent peut étonner. Premièrement : ces signes ne se présentent pas nécessairement sur le chemin du réalisé. Deuxièmement : ils constituent une tentation, car ils sont flatteurs pour l’ego. Troisièmement : il convient de les mépriser s’ils se présentent spontanément. Quatrièmement : ces pouvoirs ne sont preuve de rien, car il y a des ‘saints de Satan’, qui en possèdent aussi et de très semblables. Jésus n’est pas moins radical que Patanjali sur la question : Du moment qu’ils n’écoutent pas Moïse et les Prophètes, même si quelqu’un ressuscite d’entre les morts, ils ne seront pas convaincus (Lc 16/30). Il dit aussi la chair-sarx ne sert à rien (spirituellement) (Jn 06 = P 110), y compris quand elle ressuscite en chair et en os. La spiritualité ne peut être saisie que spirituellement (On ne peut atteindre Brahman que par la connaissance : BG 13/17). Le monde moderne est fasciné par ses pouvoirs techniques sans cesse grandissants ; la clé de la méditation est de chercher le Principe divin, non ses pouvoirs.
DANGER des MIRACLES, IMPORTANCE de la DOCTRINE (BG 07/02)
DANGER des MIRACLES, IMPORTANCE de la DOCTRINE (BG 07/02)
DANGER des MIRACLES, IMPORTANCE de la DOCTRINE
Je vais te révéler entièrement cette connaissance (jnana) et sa réalisation, ou connaissance discriminative (vijnana) qui, une fois acquises, ne laissent rien d’autre à connaître (BG 07/02)
I°) L’importance de la doctrine du Yoga
1 Je vais te révéler entièrement cette connaissance (jnana) …(BG 07/02). Jnana désigne la connaissance appréhendée par l’intellect-buddhi et non seulement par le mental-manas. C’est une connaissance supra mentale et supra égotique. Si les humains sont grandement différents dans leurs capacités physiques, ils le sont mille fois plus mentalement et infiniment plus concernant l’intellect. Il y a même des hommes doués cérébralement dont on se demande s’ils ont un intellect tant les notions métaphysiques les laissent indifférents.
2 Comme déjà vu, la connaissance-jnana, fut-elle seulement théorique, n’est jamais perdue. À la mort, les sens, le mental et l’intellect se résorbent dans l’atman qui transmigre et une nouvelle structure (intellect, mental, sens) est générée en fonction de l’utilisation karmique qui a été faite de la précédente (Lorsque le seigneur prend un corps, ou l’abandonne, il prend et emporte avec lui les sens et le mental, comme le vent emporte les parfums des fleurs : BG 15/08). Ainsi, celui qui ne serait qu’un yogi livresque mais peu opératif ne serait certes pas un excellent yogi, mais cependant il ne perdrait pas son temps. L’assimilation de la théorie du Yoga, qui est difficile à comprendre (BG 04/17), constitue une avancée non négligeable sur le chemin du Yoga et même un point de non-retour. Ce savoir est roi entre toutes les sciences; il est le secret d’entre les secrets, la connaissance la plus pure…et impérissable (BG 09/02).
3 C’est l’apprenti navigateur, qui apprend à faire le point au sextant, à lire une carte, à positionner les voilures en fonction de la direction du vent, sans sortir du port. Bien imprudent qui se moquerait de lui et sortirait au large sans ce savoir de base. Comprendre cela est très différent que de se figurer ‘faire du yoga’ parce qu’on s’entraîne aux postures une fois par semaine. Le Yoga se comprend d’abord et se réalise ensuite ; le faire n’est pas négligeable mais reste secondaire.
II°) La connaissance totale est-elle possible ?
1 …cette connaissance (jnana) et sa réalisation, ou connaissance discriminative (vijnana)…(BG 07/02). Vijnana désigne la phase opérative du Yoga, celle qui implique l’être entier et change son destin et pas seulement sa connaissance théorique. La Gita reviendra sur la succession de ces deux étapes indispensables et dans cet ordre : À toi… je vais délivrer le plus grand secret, la plus profonde connaissance alliée à sa réalisation, et, connaissant cela, tu seras délivré des souffrances de la vie (BG 09/01).
2 … qui, une fois acquises, ne laissent rien d’autre à connaître (BG 07/02). Cette partie du sutra a de quoi terrifier un homme moderne. Déjà l’idée que la connaissance prime sur l’action lui fait peur : L’action est de loin inférieure au yoga de la sagesse (buddhi yoga)…(BG 02/49). Alors, si l’on rajoute que la connaissance va elle-même s’épuiser, puisqu’il n’y aura plus rien d’autre à connaître, il aura l’impression de tomber dans le néant. Imaginez un détenu en cellule exigüe : qu’on le prive d’abord de promenade et de sport et ensuite de télévision, radio, livres et crayon ; lui reste le choix de devenir Yogi… ou plus probablement fou.
3 La connaissance-jnana procède de l’intellect-buddhi et sa mise en forme cérébrale et verbale de manas-mental. La connaissance, dans ses premières phases, est une action, un changement, un progrès, une évolution, qui se déroulent dans la durée. Mais, au moment de la réalisation-moksha, tout précipite et la con-naissance, comme le mot l’indique, devient une naissance dans le Principe, qui s’accompagne d’une mort dans la manifestation (nirvana = extinction de l’ego). Dès lors la con-naissance réalisée et non plus seulement théorique ne peut être exprimée en termes sensoriels, mentaux ou même intellectuels. Elle devient à proprement parler une expérience supra humaine.
4 La difficulté tient en ce que l’humain n’envisage l’expérience que sensorielle, mentale ou intellectuelle (en y rajoutant le senti-mental quelque part au milieu). Une expérience purement spirituelle, qui ne s’accompagne d’aucun phénomène, ni extérieur (miracle), ni intérieur (vision), est quelque chose d’inconcevable pour la plupart des croyants.
5 Pourtant l’Être divin est tout : connaissant l’Être divin on connaît tout, aussi bien son mystère que sa manifestation. Pour prendre un exemple : il est impossible de connaître les nombres en les récitant tous, la liste étant indéfinie. Par contre il est très facile pour un humain de comprendre le principe : tout nombre N est suivi d’un autre selon la formule N+1. Quand on dit que le Yogi réalisé n’a plus rien à connaître, cela ne signifie pas qu’il a fait l’expérience de tout l’univers humain plus tous les états de l’Être ; l’un comme l’autre est indéfini. Cela signifie qu’il est entré dans l’intimité du Principe et qu’à partir du Principe, il peut accéder à ce qu’il veut dans l’indéfinie manifestation. Maintenant contemple…dans son Unité, tout l’Univers, avec les êtres mobiles et immobiles, et tout ce que tu désires voir d’autre, compris dans mon corps, tout en un (BG 11/07).
III°) Les siddhis, les pouvoirs miraculeux
1 Les Yogis de formation chrétienne auront tendance à croire que la réalisation yogique s’accompagne forcément d’un feu d’artifice de phénomènes extraordinaires. En effet les évangiles canoniques (officiels) racontent de nombreux miracles de Jésus. Les Évangiles non officiels (apocryphes), plus tardifs, en présentent une quantité encore plus grande. Dans les canoniques, on note que l’Évangile le plus gnostique, celui de Jean, en rapporte seulement sept. Et les évangiles purement gnostiques (Thomas, Philippe, Marie, Évangile de Vérité) n’en racontent aucun. Il est donc clair que, plus on entre dans la spiritualité pure, moins il y a de phénomènes. On est loin de l’hagiographie des saints destinée à l’édification des croyants, ou même de la ‘preuve par le miracle’ auquel le grand savant Blaise Pascal accordait tant de foi au XVII° siècle.
2 Les Yoga Sutras de Patanjali comprennent quatre chapitres, dont un entier, et non le moindre, est consacré aux siddhis-(phénomènes magiques, miraculeux). La conclusion qu’ils en tirent peut étonner. Premièrement : ces signes ne se présentent pas nécessairement sur le chemin du réalisé. Deuxièmement : ils constituent une tentation, car ils sont flatteurs pour l’ego, étant fort admirés par le peuple et lui apparaissant comme une preuve de sainteté et de spiritualité. Troisièmement : il convient de les mépriser s’ils se présentent spontanément. D’ailleurs, plusieurs grands saints chrétiens ont manifesté de tels pouvoirs et ont toujours cherché à les occulter. Quatrièmement : ces pouvoirs ne sont preuve de rien, car il y a des ‘saints de Satan’, qui en possèdent aussi et de très semblables. Le Christ dit de même : Il surgira, en effet, des faux Christs et des faux prophètes qui opéreront des signes et des prodiges pour abuser, s’il était possible, même les élus (Évangile P 274). Dans l’ensemble, la position officielle de l’Église catholique romaine sur ces actes de puissance est la même que celle des Yoga Sutras de Patanjali… ce qui n’empêche pas les papes et les évêques de spéculer tant et plus à coup de voyages officiels et de tourisme religieux sur ces phénomènes qui présentent tant d’attraits pour les foules et de clientèle pour l’Institution. Il en va d’ailleurs de même en Inde, le pays des plus grands pèlerinages du monde.
3 Jésus n’est pas moins radical que Patanjali sur la question, mais il parle en parabole et l’esprit moderne ne pénètre guère ce langage. Un Juif riche mais égoïste meurt et se retrouve dans l’Hadès (l’enfer). Il demande à Abraham d’envoyer sur la terre un pauvre de sa connaissance, Lazare, qu’il n’a jamais aidé, et qui séjourne désormais au ciel, afin de prévenir ses frères, pour qu’ils ne tombent pas eux aussi dans l’enfer. Abraham répond : « Ils ont Moïse et les Prophètes ; qu’ils les écoutent. »-« Non, père Abraham, dit-il, mais si quelqu’un de chez les morts va les trouver, ils se repentiront. » Abraham rétorque alors : « Du moment qu’ils n’écoutent pas Moïse et les Prophètes, même si quelqu’un ressuscite d’entre les morts, ils ne seront pas convaincus » (Lc 16/30 = P 202). Jésus, dont le Christianisme prétend qu’il fournit la preuve suprême avec la résurrection de son corps, déclare carrément que, pour ceux qui refusent la voie spirituelle, même la résurrection ne prouve rien ! Il dit aussi la chair-sarx ne sert à rien (spirituellement) (Jn 06 = P 110), y compris quand elle ressuscite en chair et en os. La spiritualité ne peut être saisie que spirituellement (On ne peut atteindre Brahman que par la connaissance : BG 13/17).
IV°) Les tentations méditatives
1 À la modeste échelle de la méditation du yogi occidental ‘monsieur tout le monde’, ce phénomène est produit par l’imagination. Comme Jésus, dans les Tentations au désert (Mt 04/01 = P 021) est éprouvé par trois sortes de puissances (sur le monde physique les pierres devenues pain ; par le pouvoir politique posséder tous les royaumes de la terre ; par les pouvoirs psycho-religieux : se jeter, sans accident, du haut du temple de Jérusalem le pratiquant est assailli pendant la méditation par toutes sortes de fantasmes imaginatifs portant sur l’un ou l’autre de ces domaines. Il y a des gens assez fous pour s’imaginer qu’en s’entraînant au jeûne, ils pourront se passer totalement de manger, bien d’autres se figurent qu’ils vont développer leurs pouvoirs personnels par la méditation dont ce n’est aucunement le vrai but spirituel.
2 La Gita prévient : L’ascèse inspirée par de folles illusions…est dite tamasique (BG 17/19) ; et c’est souvent le cas de la plus banale méditation sous forme de fantasmes imaginatifs. Le point le plus important dans cette pratique est de ne désirer que Dieu seul (BG 07/17). Alors même que Jésus accorde des miracles au peuple limité aux sens, il reproche à l’officier royal qui le prie pour son esclave : « Ne croirez-vous-donc-pas, si vous ne voyez des signes-sêmeion et des prodiges-teras ?» (Jn 04/48 = P 037). Telle est la foi recherchée, la foi sans signes. Heureux ceux qui croient sans avoir vu (Jn 20/29 = P 316).
3 La Gita y insiste en disant : Celui qui retient ses sens et ses organes d’action, et reste assis se tenant coi, mais dont le mental s’attache encore aux objets des sens, n’est qu’un simulateur, victime d’une compréhension erronée (BG 03/06).
Pratique :
Pratique I : I°) L’importance de la doctrine du Yoga Je vais te révéler entièrement cette connaissance (jnana) …(BG 07/02). Jnana désigne la connaissance appréhendée par l’intellect-buddhi et non seulement par le mental-manas. C’est une connaissance supra mentale et supra égotique. Si les humains sont grandement différents dans leurs capacités physiques, ils le sont mille fois plus mentalement et infiniment plus concernant l’intellect. Comme déjà vu, la connaissance-jnana, fut-elle seulement théorique, n’est jamais perdue. À la mort, les sens, le mental et l’intellect se résorbent dans l’atman qui transmigre et une nouvelle structure (intellect, mental, sens) est générée en fonction de l’utilisation karmique qui a été faite de la précédente. Ainsi, celui qui ne serait qu’un yogi livresque mais peu opératif ne serait certes pas un excellent yogi, mais cependant il ne perdrait pas son temps. L’assimilation de la théorie du Yoga, qui est difficile à comprendre (BG 04/17), constitue une avancée non négligeable sur le chemin du Yoga et même un point de non-retour.
Pratique II : II°) La connaissance totale est-elle possible ? …cette connaissance (jnana) et sa réalisation, ou connaissance discriminative (vijnana)…(BG 07/02). Vijnana désigne la phase opérative du Yoga, celle qui implique l’être entier et change son destin et pas seulement sa connaissance théorique. … qui, une fois acquises, ne laissent rien d’autre à connaître (BG 07/02). La connaissance-jnana procède de l’intellect-buddhi et sa mise en forme cérébrale et verbale de manas-mental. La connaissance, dans ses premières phases, est une action, un changement, un progrès, une évolution, qui se déroulent dans la durée. Mais, au moment de la réalisation-moksha, tout précipite et la con-naissance, comme le mot l’indique, devient une naissance dans le Principe, qui s’accompagne d’une mort dans la manifestation (nirvana = extinction de l’ego). Dès lors la con-naissance réalisée et non plus seulement théorique ne peut être exprimée en termes sensoriels, mentaux ou même intellectuels. Elle devient à proprement parler une expérience supra humaine. La difficulté tient en ce que l’humain n’envisage l’expérience que sensorielle, mentale ou intellectuelle (en y rajoutant le senti-mental quelque part au milieu). Une expérience purement spirituelle, qui ne s’accompagne d’aucun phénomène, ni extérieur (miracle), ni intérieur (vision), est quelque chose d’inconcevable pour la plupart des croyants. Pourtant l’Être divin est tout : connaissant l’Être divin on connaît tout, aussi bien son mystère que sa manifestation. Quand on dit que le Yogi réalisé n’a plus rien à connaître, cela ne signifie pas qu’il a fait l’expérience de tout l’univers humain plus tous les états de l’Être ; l’un comme l’autre est indéfini. Cela signifie qu’il est entré dans l’intimité du Principe et qu’à partir du Principe, il peut accéder à ce qu’il veut dans l’indéfinie manifestation. Maintenant contemple…dans son Unité, tout l’Univers, avec les êtres mobiles et immobiles, et tout ce que tu désires voir d’autre, compris dans mon corps, tout en un (BG 11/07). La pratique de la connaissance consiste à comprendre qu’elle ne dépend pas d’une pratique ; c’est pourquoi elle est si difficile pour un homme moderne.
Pratique III : III°) Les siddhis, les pouvoirs miraculeux Les Yoga Sutras de Patanjali comprennent quatre chapitres, dont un entier, et non le moindre, est consacré aux siddhis-(phénomènes magiques, miraculeux). La conclusion qu’ils en tirent peut étonner. Premièrement : ces signes ne se présentent pas nécessairement sur le chemin du réalisé. Deuxièmement : ils constituent une tentation, car ils sont flatteurs pour l’ego. Troisièmement : il convient de les mépriser s’ils se présentent spontanément. Quatrièmement : ces pouvoirs ne sont preuve de rien, car il y a des ‘saints de Satan’, qui en possèdent aussi et de très semblables. Jésus n’est pas moins radical que Patanjali sur la question : Du moment qu’ils n’écoutent pas Moïse et les Prophètes, même si quelqu’un ressuscite d’entre les morts, ils ne seront pas convaincus (Lc 16/30). Il dit aussi la chair-sarx ne sert à rien (spirituellement) (Jn 06 = P 110), y compris quand elle ressuscite en chair et en os. La spiritualité ne peut être saisie que spirituellement (On ne peut atteindre Brahman que par la connaissance : BG 13/17). Le monde moderne est fasciné par ses pouvoirs techniques sans cesse grandissants ; la clé de la méditation est de chercher le Principe divin, non ses pouvoirs.
DANGER des MIRACLES, IMPORTANCE de la DOCTRINE (BG 07/02)