A VIN NOUVEAU OUTRES NEUVES
Personne ne verse du vin-oinos nouveau dans des outres vieilles.
Sinon, le vin fera éclater les outres ; le vin sera perdu et aussi les outres.
Mais (on verse) du vin nouveau dans des outres neuves ! »
(P 050 = Mc 02/22)
Théorie :
1 L’homme moderne envisage généralement sa profession comme un gagne-pain, rarement comme une vocation, exceptionnellement comme une voie de réalisation spirituelle. Or, dans les mondes anciens, à moins d’être brigand ou rentier -ce qui est assez semblable- tous les métiers offraient une dimension sacrée, avec un symbolisme spirituel et une initiation propre. C’est pourquoi les membres des trois premières castes-varnas (‘états sociaux’ de l’Europe médiévale) étaient des ‘deux fois nés’, des initiés. La spiritualité s’exerçait dans l’accomplissement du métier : enseignement et recherche pour les brahmanes-clergé ; justice, administration, gouvernement, ordre social, défense pour les kshatryas-noblesse ; agriculture, élevage, artisanat, commerce pour les vaïshyas-tiers-état.
2 Cette mini-parabole du Christ fait suite à une autre, de même format, traitant du rapiéçage d’un habit usé avec un tissu neuf. Dans les deux cas, sa matière symbolique est tirée d’un métier, plutôt féminin pour l’habit, et plutôt masculin pour le vin. Ce qui montre à la fois qu’homme et femme ont un destin spirituel et que les deux pratiquent des métiers avec un symbolisme propre à réaliser ce destin dans le quotidien économique lui-même.
3 Aujourd’hui, on met le vin en bouteilles de verre… ou de pétrole ! Un vin neuf dans une vieille bouteille ne pose pas de problèmes. Mais les outres du temps de Jésus symbolisaient la fragilité du contenant dans la durée. Les outres désignent les religions (et les religieux) ; le vin la spiritualité. Le vin offre l’ivresse. Certains ne boivent que pour le goût, comme on va à la messe pour les grandes orgues, le chœur à quatre voix, et les citations latines de l’orateur. Mais l’essence du vin, c’est l’ivresse, mystique en l’occurrence. Adam et Eve l’avaient par nature, simplement en dégustant le raisin. Mais la dégénérescence de la création nécessita une autre alliance avec Dieu, celle de Noé, qui eut droit de manger de la viande -contrairement à ses ancêtres- et qui inventa le vin, pour retrouver l’ivresse.
4 Le christ confirme ce choix par le vin eucharistique (mais les catholiques voient le prêtre en boire et n’y ont pas droit : redoutable symbole !). Sauf exception, l’humain actuel n’accède pas directement à l’ivresse mystique. En orient hindou, il y a le ‘yoga de la main droite’ qui utilise les techniques méditatives pour trouver le contact spirituel et le ‘yoga de la main gauche’, tantrique, qui ne répugne pas à utiliser aussi le vin, le sexe, la poésie ou autres drogues dans le même but. Le christianisme, curieusement, est puritain (‘main droite’ pourrait-on dire) dans sa morale, et quelque peu tantrique (‘main gauche’) dans son symbolisme eucharistique.
5 La spiritualité est universelle et l’Esprit immortel en soi. Mais les traditions spirituelles ont nécessairement un minimum de formes, de doctrines et de méthodes. Le vin, sous cet aspect, peut vieillir en vinaigre. Jésus s’est vu présenter du vinaigre à la croix, après avoir renouvelé le vin épuisé aux noces de Cana. Les deux paraboles envisagées présentent le même message : une réforme, un renouvellement, ne peut se faire dans les contenants séculairement imprégnés par le vin vieux. De quoi donner raison à Luther, ou à tous les fondateurs d’ordres nouveaux dans l’Église ancienne… à condition que l’ancien ne nécrose pas le nouveau.
6 Les œnologues ne seraient pas d’accord avec Jésus, qui a l’air de considérer que le vin nouveau, celui qu’il apporte, est meilleur. Il faut du temps pour élaborer un grand cru. Pourtant, le sommelier des noces de Cana a bien témoigné que le vin de Jésus était incomparable. « Où trouver ce vin, à la fois nouveau et supérieur aux anciens crus ? » Dans la Parole révélée, car les religions transmettent l’Écriture, mais n’en révèlent que ce qu’elles en comprennent, ou veulent en faire comprendre. « Où trouver l’outre neuve ? » Il faut la fabriquer, intérieurement, en libérant l’âme de ses passions, troubles et désirs ; en en faisant un récipient vierge.
Pratique :
1 Beaucoup possèdent les bons terrains, les cépages adéquats et donc le raisin de qualité, par exemple les Évangiles et plus encore la Bhagavad Gita. Reste à interpréter les symboles, ce qui correspond à l’art délicat de la vinification. La Bhagavad Gita hindoue est une spiritualité pure à l’air libre, relativement facile à interpréter. L’Évangile est un écrit symbolique, souvent mal traduit du grec, peu explicite, voire ambigu sans recours au décryptage. La présence d’un maître en interprétation s’avère souvent nécessaire. Et le risque est grand qu’il soit enchaîné par les dogmes et l’institution qui le nourrit. La quête du bon enseignement est donc première, car le vin nouveau christique ne se trouve pas dans toutes les boutiques.
2 Il y a aussi ceux qui ont mérité d’accéder au vin nouveau et qui doivent alors trouver l’outre neuve. Dans l’actuel état de décomposition spirituelle du monde, il est vain de chercher l’organisation initiatique qui serait l’outre neuve. Chaque disciple doit la fabriquer intérieurement : par la lecture méditative quotidienne du texte sacré (sa mémorisation s’il en a les moyens mentaux et le temps) ; et par la ‘virginalisation’ de l’âme réceptive, que seule une pratique de type méditation yoga-dhyana peut assurer. Alors, et alors seulement, il pourra placer le vin nouveau dans l’outre neuve. Dans sa vie active elle-même, il constatera que le monde change sous son regard : in vino veritas.
A VIN NOUVEAU OUTRES NEUVES
A VIN NOUVEAU OUTRES NEUVES
A VIN NOUVEAU OUTRES NEUVES
Personne ne verse du vin-oinos nouveau dans des outres vieilles.
Sinon, le vin fera éclater les outres ; le vin sera perdu et aussi les outres.
Mais (on verse) du vin nouveau dans des outres neuves ! »
(P 050 = Mc 02/22)
Théorie :
1 L’homme moderne envisage généralement sa profession comme un gagne-pain, rarement comme une vocation, exceptionnellement comme une voie de réalisation spirituelle. Or, dans les mondes anciens, à moins d’être brigand ou rentier -ce qui est assez semblable- tous les métiers offraient une dimension sacrée, avec un symbolisme spirituel et une initiation propre. C’est pourquoi les membres des trois premières castes-varnas (‘états sociaux’ de l’Europe médiévale) étaient des ‘deux fois nés’, des initiés. La spiritualité s’exerçait dans l’accomplissement du métier : enseignement et recherche pour les brahmanes-clergé ; justice, administration, gouvernement, ordre social, défense pour les kshatryas-noblesse ; agriculture, élevage, artisanat, commerce pour les vaïshyas-tiers-état.
2 Cette mini-parabole du Christ fait suite à une autre, de même format, traitant du rapiéçage d’un habit usé avec un tissu neuf. Dans les deux cas, sa matière symbolique est tirée d’un métier, plutôt féminin pour l’habit, et plutôt masculin pour le vin. Ce qui montre à la fois qu’homme et femme ont un destin spirituel et que les deux pratiquent des métiers avec un symbolisme propre à réaliser ce destin dans le quotidien économique lui-même.
3 Aujourd’hui, on met le vin en bouteilles de verre… ou de pétrole ! Un vin neuf dans une vieille bouteille ne pose pas de problèmes. Mais les outres du temps de Jésus symbolisaient la fragilité du contenant dans la durée. Les outres désignent les religions (et les religieux) ; le vin la spiritualité. Le vin offre l’ivresse. Certains ne boivent que pour le goût, comme on va à la messe pour les grandes orgues, le chœur à quatre voix, et les citations latines de l’orateur. Mais l’essence du vin, c’est l’ivresse, mystique en l’occurrence. Adam et Eve l’avaient par nature, simplement en dégustant le raisin. Mais la dégénérescence de la création nécessita une autre alliance avec Dieu, celle de Noé, qui eut droit de manger de la viande -contrairement à ses ancêtres- et qui inventa le vin, pour retrouver l’ivresse.
4 Le christ confirme ce choix par le vin eucharistique (mais les catholiques voient le prêtre en boire et n’y ont pas droit : redoutable symbole !). Sauf exception, l’humain actuel n’accède pas directement à l’ivresse mystique. En orient hindou, il y a le ‘yoga de la main droite’ qui utilise les techniques méditatives pour trouver le contact spirituel et le ‘yoga de la main gauche’, tantrique, qui ne répugne pas à utiliser aussi le vin, le sexe, la poésie ou autres drogues dans le même but. Le christianisme, curieusement, est puritain (‘main droite’ pourrait-on dire) dans sa morale, et quelque peu tantrique (‘main gauche’) dans son symbolisme eucharistique.
5 La spiritualité est universelle et l’Esprit immortel en soi. Mais les traditions spirituelles ont nécessairement un minimum de formes, de doctrines et de méthodes. Le vin, sous cet aspect, peut vieillir en vinaigre. Jésus s’est vu présenter du vinaigre à la croix, après avoir renouvelé le vin épuisé aux noces de Cana. Les deux paraboles envisagées présentent le même message : une réforme, un renouvellement, ne peut se faire dans les contenants séculairement imprégnés par le vin vieux. De quoi donner raison à Luther, ou à tous les fondateurs d’ordres nouveaux dans l’Église ancienne… à condition que l’ancien ne nécrose pas le nouveau.
6 Les œnologues ne seraient pas d’accord avec Jésus, qui a l’air de considérer que le vin nouveau, celui qu’il apporte, est meilleur. Il faut du temps pour élaborer un grand cru. Pourtant, le sommelier des noces de Cana a bien témoigné que le vin de Jésus était incomparable. « Où trouver ce vin, à la fois nouveau et supérieur aux anciens crus ? » Dans la Parole révélée, car les religions transmettent l’Écriture, mais n’en révèlent que ce qu’elles en comprennent, ou veulent en faire comprendre. « Où trouver l’outre neuve ? » Il faut la fabriquer, intérieurement, en libérant l’âme de ses passions, troubles et désirs ; en en faisant un récipient vierge.
Pratique :
1 Beaucoup possèdent les bons terrains, les cépages adéquats et donc le raisin de qualité, par exemple les Évangiles et plus encore la Bhagavad Gita. Reste à interpréter les symboles, ce qui correspond à l’art délicat de la vinification. La Bhagavad Gita hindoue est une spiritualité pure à l’air libre, relativement facile à interpréter. L’Évangile est un écrit symbolique, souvent mal traduit du grec, peu explicite, voire ambigu sans recours au décryptage. La présence d’un maître en interprétation s’avère souvent nécessaire. Et le risque est grand qu’il soit enchaîné par les dogmes et l’institution qui le nourrit. La quête du bon enseignement est donc première, car le vin nouveau christique ne se trouve pas dans toutes les boutiques.
2 Il y a aussi ceux qui ont mérité d’accéder au vin nouveau et qui doivent alors trouver l’outre neuve. Dans l’actuel état de décomposition spirituelle du monde, il est vain de chercher l’organisation initiatique qui serait l’outre neuve. Chaque disciple doit la fabriquer intérieurement : par la lecture méditative quotidienne du texte sacré (sa mémorisation s’il en a les moyens mentaux et le temps) ; et par la ‘virginalisation’ de l’âme réceptive, que seule une pratique de type méditation yoga-dhyana peut assurer. Alors, et alors seulement, il pourra placer le vin nouveau dans l’outre neuve. Dans sa vie active elle-même, il constatera que le monde change sous son regard : in vino veritas.
A VIN NOUVEAU OUTRES NEUVES