Le SHABBAT est fait POUR l’HOMME

Le SHABBAT est fait POUR l’HOMME

Mc 02/27 (Péricope 051 Synopse Lagrange) Commentaire Théorique et Méditation Opérative

Le SHABBAT est fait POUR l’HOMME

Le SHABBAT est fait POUR l’HOMME

Et il leur dit : »Le shabbat est fait pour l’homme,

non l’homme pour le shabbat

(Mc 02/27 = P 051)

Théorie :

1        D’après la Genèse biblique, Elohim fit le monde en six jours et se reposa le septième. D’où l’appellation de ce jour ‘shabbat’, qui signifie ‘abstention’ en hébreu : le jour où on ne travaille pas. Celui où l’on remercie Dieu d’avoir fait le monde et donné la vie humaine. Au-delà de cette reconnaissance, c’est aussi le jour de la connaissance de Dieu, de l’étude de la Torah, le livre sacré. La non nécessité de travailler ce jour-là était devenue une interdiction rigoriste du temps de Jésus. Les puristes le surprirent donc plusieurs fois en infraction (arrachant des épis, guérissant un malade). Les puristes, souvent, pensent à mal au nom du bien. Ils l’accusèrent donc de violer le shabbat et la Loi : un ennemi de Dieu en somme !

2        Jésus leur répond par le verset que nous méditons. Le shabbat étant un des commandements sacrés du judaïsme, Jésus entend clairement par là que ‘la religion est faite pour l’homme et non l’homme pour la religion’. Du point de vue exotérique, la religion est faite pour Dieu, comme l’intendance de Dieu, dont les hommes sont les serviteurs, comme ils le sont du roi. Ésotériquement, Dieu étant sans manques et partant sans besoins, ne se trouve pas en nécessité d’une religion, de ses rites, de ses lois, de ses Écritures et de ses coutumes. Jésus, en tant que spirituel, relativise la religion, qu’absolutisent les professionnels du sacré, en tant que bons gestionnaires de leur entreprise.

3        Comment alors prétendre que Jésus a fondé le christianisme ? Il aurait déjà fallu qu’il quitte le judaïsme, ce qu’il n’a jamais fait. De Paul de Tarse à l’empereur romain Constantin, nombreux furent les fondateurs du christianisme et cela dura quatre siècles. Il est seulement juste de considérer que le christianisme est un exotérisme religieux possible, tiré d’une partie de l’enseignement de Jésus, dans lequel la réalisation spirituelle a été symbolisée par une naissance divine supposée sans père humain.

4        Mais enfin, si le shabbat est fait pour l’homme, c’est qu’il est nécessaire. C’est même le signe de ce qu’un homme n’est pas une bête. N’en déplaise aux occidentaux modernes, Jésus ne considèrerait pas une civilisation basée sur la laïcité comme une institution digne d’un humain. La laïcité comme liberté de choix d’une religion est assurément christique : Jésus n’a pas ordonné à la Samaritaine ou au Centurion de se convertir au judaïsme. La laïcité comme licéité de l’athéisme est hors du champ spirituel de Jésus comme de Krishna ; un humain n’est pas une bête. La laïcité à la française, comme interdiction de manifester publiquement sa religion tend rapidement vers l’éjection de toute transcendance.

5        La juste mesure est donc qu’il faut une méthode de reliment à Dieu  mais qu’il n’existe point de méthode qui puisse s’imposer indistinctement à tous. Les Romains contemporains de Jésus (contrairement à ceux des films hollywoodiens) avaient une religion informant tous les aspects de la vie. Jésus, et toute l’Antiquité, vivait dans un monde poly-religieux mais certainement pas dans un monde légitimement sans Dieu.

6        Un homme n’a donc pas à choisir la religion d’un autre homme. Pour autant, nul ne peut être pleinement humain sans une dimension transcendante et qui ne soit pas un vain mot décoratif, comme l’est devenu le mot spirituel dans un pays qui confond le mental et l’esprit.

Pratique :

1        La spiritualité, comme tout art, chemine sur une ligne de crête. L’humain est composé d’un mystère pneumatique, l’esprit, atemporel et transcendant, résidant dans un corps matériel. Un minimum de technique corporelle est donc nécessaire, posture de méditation, tenue générale du corps en mouvement. L’esprit-pneuma utilise le mental sans s’y confondre, une technicité de la concentration et de la maîtrise émotionnelle et passionnelle s’impose donc aussi. Non que le mouvement ou l’émotion soient déconseillés au cheminant spirituel, mais celui-ci doit être à leur source et non possédé par eux, et doit pouvoir, par période, les transcender totalement. Le premier versant de la crête a son danger propre : la superstition de croire que la technique spirituelle produit l’état spirituel.

2        L’autre versant de la crête est l’illusion de pouvoir se passer de toute technique spirituelle, de tout shabbat. Dans un tel cas, comme dit Blaise Pascal : « Qui fait l’ange, fait la bête. »

3        Trois dangers menacent le cheminant spirituel. Premier : s’incarcérer dans une religion incomplète, sans doctrine non dualiste et sans yoga opératif et méthodique. Deuxième : se prendre pour un pur esprit et rejeter toute discipline. Troisième : picorer dans le vaste marché des ‘spiritualités’ actuelles sans doctrine structurante pour guider le choix. Un maître est donc nécessaire pour guider le disciple. Il peut être en chair et en os, mais l’essentiel demeure l’esprit du maître, que les mots des textes sacrés véhiculent, et l’intégration à tous les niveaux de l’être concerne surtout le disciple. Cela devient possible si le disciple développe un contact quasi alimentaire avec l’enseignement (la manducation de la parole).

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