Le Seigneur suprême dit : « Celui qui accomplit toute œuvre qui lui incombe, sans dépendre des fruits de son action est un samnyasin (renonçant), un yogi. Et non celui qui n’entretient plus le feu sacrificiel et l’œuvre sainte. (BG 06/01)
Ô Pandava, sache que ce que l’on nomme samnyasa (renoncement), c’est le yoga (union) avec l’absolu. Personne ne devient un yogi sans le renoncement à soi-même, et aux sankalpa (pensées). (BG 06/02)
Pour l’ascète, l’homme discipliné, qui se propose de gravir les degrés du yoga en huit phases, l’action est réputée être le moyen. Mais, une fois que ce même (ascète) est parvenu au sommet, ce qui compte davantage pour lui, c’est la quiétude. (BG 06/03)
Quand un homme n’est pas attaché aux objets des sens ou aux actions, et qu’il a renoncé à tous les sankalpas (pensées), il est dit avoir atteint l’état de yoga, l’Union divine. (BG 06/04)
Le soi-ego peut être l’ami du Soi-atman, comme il peut être son ennemi. L’homme doit se servir du Soi-atman pour s’élever, non pour se dégrader. (BG 06/05)
L’atman (grand Soi) est l’ami du mental (petit soi), pour celui qui a maîtrisé le mental (petit soi) par l’atman (grand Soi), mais, pour l’homme non discipliné, l’atman devient comme un ennemi extérieur. (BG 06/06)
En celui qui est discipliné et paisible, le Soi-atman garde son équilibre, dans le froid comme dans la chaleur, dans le plaisir comme dans la souffrance, dans l’honneur comme dans le déshonneur. (BG 06/07)
Est un yogi, un être unifié, celui qui trouve la plénitude dans la connaissance et la sagesse, qui a conquis les sens, qui se tient sur cette cime, pour qui une motte de terre, une pierre, et de l’or sont identiques. (BG 06/08)
Le yogi, maître de son corps, doit constamment garder son mental concentré sur le Soi-atman, demeurant dans la solitude, seul, libéré de l’espoir et du désir. (BG 06/09)
Sutra perdu. (BG 06/10)
Il doit installer dans un endroit propre, ni trop élevé ni trop bas, un siège (asana) stable, fait de tissu, d’une peau d’antilope et d’herbe sacrée, posés l’un sur l’autre. (BG 06/11)
Là, le mental tendu vers l’unité, ayant maîtrisé le fonctionnement de la pensée (c’est-à-dire les sens et l’imagination), assis sur son siège, il doit pratiquer le yoga pour sa propre purification. (BG 06/12)
Il doit tenir le buste, la tête et la nuque érigés, en équilibre et immobiles, fixer le bout de son nez, sans regarder autour de lui. (BG 06/13)
Il doit s’asseoir, serein, ferme dans le vœu de brahmacharya (contrôle des sens), le mental maîtrisé, la pensée fixée en moi comme but suprême. (BG 06/14)
Ainsi, gardant toujours les pensées maîtrisées, le yogi atteint la paix qui est en moi, et qui culmine dans le nirvana (l’extinction du moi), ou moksha (la libération totale). (BG 06/15)
Le yoga (l’union divine) est inaccessible à celui qui mange trop, ou jeûne trop, qui dort trop, ou veille trop, ô Arjuna. (BG 06/16)
Le yoga adoucit les souffrances de l’existence matérielle, pour celui qui fait preuve de modération dans la nourriture, les délassements, et l’effort dans l’action. (BG 06/17)
Celui qui, le mental parfaitement maîtrisé, libéré de l’avidité envers les objets de désirs, se fixe en l’Atman et en l’Absolu, celui-là est dit être en yoga (Uni). (BG 06/18)
Le yogi dont la pensée est disciplinée, absorbé dans la concentration sur le Soi-atman, est traditionnellement comparé à la flamme d’une lampe abritée du vent, qui ne vacille pas. (BG 06/19)
Lorsque le yogi, mental discipliné par la pratique, atteint le samadhi (l’enstase), et qu’il perçoit le Soi-atman par le soi-ego, il est satisfait dans son propre Soi. (BG 06/20)
Il éprouve alors la joie suprême, qui peut être appréhendée par l’intellect purifié, et non par les sens. Une fois ressentie cette joie, il s’établit à jamais dans la Réalité. (BG 06/21)
L’ayant obtenue, il pense qu’il n’y a rien de plus grand que cette joie, dont aucune souffrance, si grande fût-elle, ne peut le détourner. (BG 06/22).
Sache-le, cette rupture d’avec la souffrance est paradoxalement le yoga (l’union avec le Suprême). Ce yoga doit être pratiqué avec constance, sans laisser place au découragement. (BG 06/23).
Abandonnant sans réserve tous les désirs nés des sankalpas (imaginations et projections mentales), il doit maîtriser l’ensemble des sens, par le mental. (BG 06/24).
Peu à peu, il atteint la tranquillité, grâce à la fermeté de la conviction. Ayant établi le mental dans le Soi, il ne doit penser à rien d’autre. (BG 06/25).
Il doit détourner le mental instable et agité de ce qui le fait vagabonder, quelle que soit la cause de sa distraction, et le ramener sous le seul contrôle du Soi. (BG 06/26).
La joie suprême, en vérité, envahit le yogi dont le mental est calme, dont les passions ont été apaisées, qui est libéré de toute impureté, et qui est devenu Brahman. (BG 06/27)
Le yogi engageant ainsi son mental (dans la pratique du yoga), libéré de toute faute, atteint aisément, au contact de Brahman, une joie éternelle. (BG 06/28)
Le mental harmonisé par le yoga, il voit le Soi résidant dans tous les êtres et tous les êtres dans le Soi. Il voit de toutes parts l’identité (BG 06/29).
Celui qui Me voit en tout, et qui voit tout en Moi, n’est jamais séparé de Moi, et je ne suis jamais séparé de lui. (BG 06/30).
Le yogi, établi dans l’unité, qui Me vénère comme demeurant dans tous les êtres, vit en Moi, quel que soit sa façon de vivre. (BG 06/31).
Ô Arjuna, celui qui, instruit par sa propre identité (le Soi), voit l’identité partout, chez les heureux ou les malheureux, et c’est un Yôgî excellent. (BG 06/32)
Arjuna dit : « Ce yoga de l’équanimité, enseigné par Toi, ô destructeur de Madhu, je ne vois pas comment il peut être maintenu, à cause de l’imagination agitée (du mental). (BG 06/33)
Ô Krishna, le mental est fuyant, turbulent, puissant et rebelle. Je crois qu’il est aussi difficile à contrôler que le vent. » (BG 06/34)
Le Seigneur suprême dit : « Sans nul doute, ô guerrier aux bras puissants, le mental est difficile à contrôler et il est agité ; mais, par la pratique constante, ô fils de Kunti, et par le détachement, il est maîtrisé. (BG 06/35).
Je pense, moi aussi, que le yoga est difficile pour celui qui n’a aucune maîtrise de lui ; mais celui qui est discipliné et constant dans ses efforts, avec des moyens appropriés, l’atteint. (BG 06/36)
Arjuna dit : « Quel est le destin de celui qui, bien que doté de foi, est incapable de se maîtriser, dont le mental est instable et qui ne réussit pas à atteindre la perfection dans le yoga, ô Krishna ? (BG 06/37)
Ayant échoué dans l’une et l’autre voie, privé de tout support, égaré sur la voie de la vérité (Brahman), ne périt-il pas comme un nuage qui se déchire, ô Guerrier aux bras puissants ? (BG 06/38)
Ô Krishna, dissipe mon doute complètement. Car nul autre que Toi ne peut le faire. » (BG 06/39)
Le Seigneur suprême dit : « Ô Partha, ni dans ce monde, ni dans l’autre, il n’y a de destruction pour lui. Un homme de bien, mon ami (mon fils), n’entre jamais dans la voie malheureuse. (BG 06/40)
Ayant atteint le monde des vertueux et y ayant séjourné pendant de longues années, celui qui a échoué dans la voie du yoga naît dans la maison de parents purs et prospères. (BG 06/41)
Il peut aussi renaître dans une famille pratiquant l’Union mystique (le yoga). En vérité, une telle renaissance est des plus difficiles à obtenir en ce monde. (BG 6/42)
Là, ô fils de Kuru, il renoue avec l’état d’esprit qui était le sien dans sa précédente incarnation et, avec un zèle redoublé, il s’efforce vers la perfection. (BG 06/43)
Il est porté de façon irrésistible par sa pratique antérieure. Même le simple souhait de connaître le yoga lui permet de transcender déjà tous les rites scripturaires des Védas. (BG 06/44)
Le yogi qui poursuit intensément ses efforts, purifié de ses impuretés et perfectionné par de nombreuses naissances, atteint ensuite le but suprême. (BG 06/45)
Le yogi est tenu pour supérieur à l’ascète, et même aux sages érudits. Il est supérieur à l’homme d’action, et même à celui plongé dans le rituel. Par conséquent, ô Arjuna, devient un yogi. (BG 6/46)
Parmi les yogis, Je considère comme étant le plus accompli celui qui, plein de foi, son mental absorbé en Moi, M’adore. (BG 6/47)