COMMENT DISSOUDRE le KARMA ? (BG 04/23)

COMMENT DISSOUDRE le KARMA ? (BG 04/23)

Bhagavad Gita 04/23 Commentaire Théorique et Méditation Opérative

COMMENT DISSOUDRE le KARMA ? (BG 04/23)

COMMENT DISSOUDRE le KARMA ?

 

L’être détaché, libéré, dont le mental est établi dans la connaissance,

et qui agit dans un esprit de sacrifice, voit son karma dissout

(BG 04/23)

Théorie :

L’imprévisibilité des conséquences

Le karma, littéralement ‘action’, désigne aussi la conséquence de l’action. Cela comprend la conséquence immédiate et visible, qui est dans l’intention de celui qui agit et qui constitue sa motivation à agir, et aussi les conséquences, en réalité innombrables et totalement imprévisibles, que cette action aura sur le monde. Tout dans l’univers est en interconnexion. L’être le mieux avisé ne connaît qu’une infime partie des conséquences de l’action qu’il entreprend. L’histoire regorge d’exemples montrant des actions qui produisent l’inverse des résultats que l’auteur escomptait.

L’interconnexion universelle

De même que l’univers est indissolublement lié à son créateur divin, l’action d’un homme est liée à cet homme. Les conséquences de cette action, prévues de lui ou non, reviendront percuter son destin, ou l’enrichir ; c’est selon. Le yogi, disposant d’un corps, ne peut pas ne pas agir ; il cherche donc à se libérer des conséquences des actions qu’il entreprend nécessairement. En cela consiste la dissolution souhaitée du karma.

Le détachement libérateur

1        Pour obtenir ce résultat, plusieurs conditions sont nécessaires, que ce sutra envisage. Première : l’être qui agit, doit être détaché. Cela signifie que l’action ne doit pas avoir pour but de satisfaire un désir de son ego. Cela pose un problème, puisque l’homme le plus désintéressé a quand même le désir de manger, boire et dormir. D’où la distinction du faux ego (BG 13/08 et 16/18) et de l’ego légitime. L’ego légitime, consiste en l’entretien du corps et du psychisme en bonne santé, ce qui nécessite un minimum d’action et de richesse, en éliminant les désirs non indispensables, futiles, ou nuisibles à soi ou au milieu ambiant. La notion de détachement se précise alors.

2        Mais en pratique, la chose n’est pas si simple, car le mental-menteur aura vite fait de présenter à la conscience comme indispensables nombre de désirs qui ne le sont aucunement. Ceci d’autant que les désirs et les actions qui en résultent ne sont pas légitimes ou illégitimes pour tout le monde d’une façon égale. Selon le sexe, l’âge et la fonction sociale de chacun, un désir donné sera juste ou non.

3        Comme s’il s’agissait de deux qualificatifs quasi synonymes, dans un raccourci saisissant, le sutra déclare : L’être détaché, libéré. De fait il est libéré dans l’exacte mesure de son détachement.

De quoi faut-il se détacher ?

Voilà pourquoi le sutra précise L’être dont le mental est établi dans la connaissance. C’est la connaissance (spirituelle s’entend) qui détermine, pour un être donné, la légitimité de tel désir et de l’action qui en découle. La source de la connaissance se situe dans le cœur de chacun, puisque Brahman, l’Absolu, s’y trouve (BG 10/20). Encore faut-il qu’un être soit conscient de son propre cœur. C’est pourquoi il est indispensable, en pratique, de puiser aussi dans une autre source de connaissance, moins parfaite, mais plus objective : la Révélation, transposée dans les Écritures sacrées. Le mental des hommes modernes est sollicité à outrance, et généralement sans aucun rapport avec les Écritures.

Le sacrifice qui sacralise

Deuxième manière d’assurer le détachement et donc la dissolution du karma : agir dans un esprit de sacrifice. Comme vu, le sacrifice n’est pas la douleur consentie et offerte à quelque dieu sadique. Le sacrifice est ce qui tend vers le sacré, c’est-à-dire vers le principe divin. D’où le refrain de la Gita : Quoi que tu fasses… dédie-le-moi en offrande (BG 09/27). Le yogi, en tâchant d’agir, non pour son ego, mais pour Dieu, réveille et actualise la trace de Dieu en lui, jusqu’à s’y fondre.

Pratique :

Pratique I : L’homme d’action intelligent n’oublie jamais l’imprévisibilité des conséquences de tout acte. Celle-ci étant due à l’interconnexion universelle. Il met autant de sagesse à éviter les actions inutiles qu’à s’investir dans les nécessaires. Le jugement qui sait discerner le moment d’agir et celui de s’abstenir d’agir, les choses à faire ou à éviter… ce qui enchaîne et ce qui libère, cette intelligence est sattvique (pure) (BG 18/30).

Pratique II : Comme un évadé doit se détache d’abord de ses liens, un spirituel doit trancher dans les désirs alimentés par son égo. Mais quels sont les désirs légitimes : L’Écriture et la vocation propre de chacun le précisent.

Pratique III : En pratique constante, presqu’à chaque instant de la vie, l’important est de consacrer à Dieu ce à quoi on œuvre. Cela est tellement important que ça l’est plus que l’œuvre en soi : Quiconque m’offre avec dévotion une feuille, une fleur, un fruit ou un peu d’eau, j’accepte son offrande faite avec l’amour d’un cœur pur (BG 09/26).

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