CONCENTRATION sur le MONOS, Le CHRISTISME
Parmi eux, le sage (jnani), uni et consacré à l’Unique, est le plus grand. Car le sage m’aime par-dessus toutes choses, et je l’aime de même (BG 07/17)
Tous, assurément, sont des êtres nobles, mais je considère l’homme épris de sagesse, l’éveillé, comme moi-même car, son mental concentré, il s’applique à faire de moi le but unique de sa quête (BG 07/18)
Théorie :
I°) Peut-on être monos sans forcément être moine ? Le Christisme
1 Parmi eux, le sage (jnani), uni et consacré à l’Unique, est le plus grand. Parmi eux désigne les quatre catégories d’hommes citées au sutra précédent : L’affligé, l’homme qui prend son destin en mains, celui qui aspire à la connaissance et le yogi qui possède la connaissance.
2 Le sage (jnani), uni et consacré à l’Unique, est le plus grand parce qu’il est sans partage. En principe le moine chrétien, dont le nom provient du grec monos qui signifie l’Unique, est exactement dans ce cas. Pour autant ‘l’habit ne fait pas le moine’, ni l’habitat, ni même la règle ; toute chose de la vie peut être vécue en consécration à l’Unique, sauf certaines qui seraient foncièrement malhonnêtes, comme le mensonge, le vol, le viol, le meurtre. Le yogi, établi dans l’unité, qui Me vénère comme demeurant dans tous les êtres, vit en Moi, quelle que soit sa façon de vivre (BG 06/31).
3 Dans les cinq grandes religions actuellement vivantes, une scission s’établit à ce propos et, pour une fois, elle ne sépare pas l’Orient de l’Occident. Le Judaïsme, l’Islam et l’Hindouisme ne considèrent pas que l’état monastique, séparé du monde, soit à priori supérieur à la vie dans le monde. Certes, il y a des yogis ermites, mais c’est une commodité pour leur méditation, non un état indispensable à la spiritualité. Les ashrams hindous ne sont pas à proprement parler des lieux divisant le monde entre les purs moines et les impurs dans le monde.
4 Il en va différemment dans le monachisme chrétien, qui a fort longtemps cultivé cette dualité. Pour preuve l’atroce expression de ‘religieux’ et ‘religieuses’ que s’octroient les moines et moniales chrétiens, laissant clairement supposer que les laïques, qui vivent dans le monde, seraient sans religion ! La chose est encore plus nette dans le Bouddhisme. À l’origine, le Bouddha Sakyamuni a fondé un ordre monastique exclusivement masculin ; idée assez étrangère à l’Hindouisme. Après sa mort, ses disciples ont accepté des nones et surtout ils ont tenté de penser la société entière en terme monastique réglé. C’est sur ce point que la confrontation avec le Brahmanisme s’est focalisée, ce qui eut pour effet, après une longue et difficile histoire, d’éliminer le Bouddhisme de l’Inde.
5 Sur ce point, comme sur tant d’autres, le Christianisme ne semble pas fidèle à l’enseignement et l’exemple de Jésus, tel qu’on le connait. Le Jésus évangélique n’a pas fondé un ordre cloîtré. Il enseignait à tous, même s’il n’enseignait pas la même chose à chacun. À la Samaritaine, femme étrangère, hérétique, et douteuse sur le plan sexuel, il enseigne une doctrine on ne peut plus ésotérique : Dieu est esprit, et ceux qui adorent, c’est en esprit et en vérité qu’ils doivent adorer (Jn 04/24 = P 036). Il ne s’agit pas d’institution, mais de spiritualité pure. En ce sens le Christisme -si l’on peut dire- se démarque du Christianisme.
6 Car le sage m’aime par-dessus toutes choses, et je l’aime de même (BG 07/17). Il n’est pas dit que le sage doive haïr le monde. S’il aime l’Unique par-dessus toutes choses, c’est qu’il aime aussi toutes choses, mais hiérarchiquement par rapport au principe, donc secondairement. Celui qui, instruit par sa propre identité (le Soi), voit l’identité partout, chez les heureux ou les malheureux, est un Yôgî excellent (BG 06/32).
7 L’Évangile selon Jean décrit un semblable yogi orienté vers l’Unique.
II°) Les différents degrés de la noblesse
1 Tous, assurément, sont des êtres nobles (BG 07/18). Il pourrait sembler étonnant que l’affligé, dont il fut question deux sutras plus haut (BG 07/16), soit classé par Krishna parmi les êtres nobles. On le comprend clairement pour celui qui prend son destin en main et poursuit la richesse, car il correspond à la définition même de la noblesse volontaire. Plus encore pour celui qui aspire à la connaissance (par curiosité intellectuelle) car il s’agit là de la noblesse, non pas de la volonté seulement, mais de l’intelligence surtout. Quant à la noblesse du sage (jnani), qui possède la connaissance c’est celle de Dieu lui-même. L’affligé n’a aucune qualité propre, tout semble négatif chez lui. Or Krishna le classe parmi les gens de bien ; pourquoi ?
2 Un gangster s’afflige-t-il de l’injustice, du mensonge, du vol ? Non. Tout au plus il pourrait regretter de ne pas en être le bénéficiaire, ce qui serait de l’envie et non de l’affliction. Il faut donc avoir le bien en référence pour s’affliger du mal. C’est en cela que les affligés sont des gens de bien et par conséquent des nobles. Comme le bien est leur référence, Dieu, qui est le bien absolu, les secourt.
3 On retrouve l’affligé dans la parabole évangélique du ‘Pharisien et du Publicain’. Le Pharisien prie orgueilleusement alors que Le publicain, se tenant à distance, n’ose même pas lever les yeux au ciel, mais il se frappe la poitrine, en disant : »Mon Dieu, aie pitié du fauteur que je suis ! » En s’identifiant à un fauteur, il n’honore certes pas son atman et se maintient loin de la connaissance spirituelle, mais il a le sens de Dieu et de sa miséricorde, là gît sa noblesse. Un proverbe hindou déclare : ‘S’il n’y avait pas de noblesse chez le paysan, il n’applaudirait pas la noblesse du roi qui passe.’
4 Ensuite Krishna fait référence à l’homme épris de sagesse. C’est beaucoup plus qu’un homme de bien, qui évite le mal et fait le bien. C’est celui qui comprend pourquoi il y a du bien et du mal dans le monde et pourquoi il ne saurait en être autrement, sinon il n’y aurait pas de monde. Pour qu’un objet se distingue de son milieu, il faut un contraste, et voilà le bien et le mal.
5 L’éveillé est-il le même que l’homme épris de sagesse ? Il en est l’aboutissement ; il n’est pas seulement épris de la femme sagesse, il la possède, au sens biblique, il la connait. Il importe ici de rappeler que le Christianisme a comme pilier central la doctrine de la résurrection, que le mot résurrection ne se trouve pas dans le texte de l’Évangile grec, et qu’il traduit (trahit serait mieux dire) deux termes : anistanaï et egeirein. Le premier signifie se relever, au sens physique et donne la doctrine exotérique de la résurrection : les cadavres se relèveront au dernier jour. Le deuxième donne la doctrine ésotérique, car egeirein signifie l’éveil, comme le sanskrit buddhi. C’est précisément de cela dont parle Krishna.
6 La chose peut sembler banale car tout le monde s’éveille le matin. Tout repose sur l’analogie du sommeil et de la mort. De même que le dormeur s’éveille et réalise l’illusion de son rêve nocturne, de même le spirituel s’éveille et réalise que la vie de veille n’était elle aussi qu’un rêve, mais un ‘rêve solide’ et non un rêve en matière subtile comme le rêve nocturne. Cet éveil au second degré désigne l’état de celui qui réalise pleinement que L’illusoire est impermanent ; le réel ne cesse jamais d’être. Cette vérité est connue par ceux qui ont vu la Réalité (BG 02/16). C’est un éveil non au monde mortel, mais à la réalité immortelle, divine.
III°) La doctrine de l’Unité suprême
1 …mais je considère l’homme épris de sagesse, l’éveillé, comme moi-même (BG 07/18). Voilà vraiment une révélation. Il s’agit de la doctrine de l’Unité suprême. Elle annonce que l’être humain, qui se pense séparé des autres, du monde et de Dieu, bien qu’en interdépendance, peut réintégrer le Principe de tout et ne s’en point distinguer au point de se confondre avec le Principe lui-même. …identifiés à moi, purifiés au feu de la connaissance, nombreux sont venus se fondre en moi (BG 04/10). Par ce culte, il me connaît en essence, ce que je suis et qui je suis ; et, me connaissant de la sorte, il entre en moi et ne se distingue plus (BG 18/55).
2 Pour les religions abrahamiques (Judaïsme, Christianisme, Islam), du moins dans leur exotérisme, la création étant tirée du néant par Dieu et non de Dieu lui-même, n’est pas d’essence divine et ne peut donc pas réintégrer le divin sans distinction de l’un et de l’autre. C’est pourquoi Jésus a été condamné à mort pour avoir prétendu s’être identifié à Dieu. « Le père et moi, nous sommes un ». Les Juifs apportent des pierres pour le lapider… : « Nous te lapidons pour un blasphème et parce que toi, n’étant qu’un homme, tu te fais Dieu. » (Jn 10 = P 185). À l’inverse de cet interdit, la Bhagavad Gita enseigne : Ceux qui, en s’appuyant sur cette connaissance, ont réussi à s’identifier à moi, n’ont pas besoin de renaître, même lors d’une émission créatrice (BG 14/02). Le Yogi est donc encouragé à s’identifier à Dieu là où les religions abrahamiques font de cette identification le péché absolu.
3 Le passage évangélique précédent, qui est canonique (officiel) montre déjà que Jésus n’est pas d’accord avec la conception de la religion que l’on dit pourtant chrétienne sur ce point. Mais l’Évangile selon Thomas rapporte une parole de Jésus exactement équivalente à celle de Krishna : Jésus disait : « Celui qui s’abreuvera à ma bouche deviendra comme moi, et moi je serai lui » (Thomas 108). On ne saurait être plus clair.
4 L’exotérisme chrétien, figé dans les dogmes et la théologie, est donc né de l’amputation de l’essentiel de l’enseignement et de la réalisation de Jésus. Jésus l’affirme radicalement dans cette parole d’un évangile canonique dont l’Église ne veut pas entendre parler : Malheur à vous, les légistes, parce que vous avez enlevé la clef de la gnose ! Vous-mêmes n’êtes pas entrés, et ceux qui voulaient entrer, vous les en avez empêchés ! » (Lc 11/52 = P 171). C’est précisément pour combler ce vide de l’essentiel qu’un Chrétien a besoin aujourd’hui de la Bhagavad Gita comme substitut de l’ésotérisme spirituel que les fondateurs du Christianisme constantinien lui ont dérobé.
IV°) Le Christisme en parallèle avec le Bouddhisme Théravada
1 C’est aussi pourquoi il importe -une fois n’est pas coutume- d’utiliser un mot nouveau et spécifique, le Christisme, pour distinguer la doctrine évangélique complète de la théologie du Christianisme qui l’ampute de l’Unité suprême. La doctrine chrétienne est une couronne qui a perdu son principal joyau, son ésotérisme.
2 Le vocable Christisme est un néologisme ; une recherche sur Internet le révèle inconnu. Sa formation est la même que celle de Christianisme, mais ce dernier mot désigne depuis deux millénaires la construction dogmatique et théologique de la religion chrétienne, basée sur la divinité native de Jésus, sa conception virginale, sa résurrection en chair et en os etc. Il manque donc un vocable pour désigner l’ésotérisme chrétien. Outre le fait que le mot demeure libre, Christisme convient-il ? Christ est le grec équivalent à l’hébreu signifiant ‘oint’. Ce mot désigne un roi de droit divin, comme David, oint par le prophète Samuel. ‘L’oint du Seigneur’ est le prophète lui-même, directement oint par Dieu dans certains cas et non pas par une lignée de prophètes. Le terme convient donc parfaitement pour désigner Jésus comme le réalisé par la grâce de Dieu. Ce sens ésotérique est certes étranger à l’Ancien Testament, qui ne connait que les deux sens précédemment envisagés. Mais il est précisément propre à l’ésotérisme chrétien.
3 Au fond la différence entre le Christianisme et le Christisme s’avère bien humaine et, pour cette raison, elle est universelle. Elle est analogue à celle que l’on observe en Orient entre le Bouddhisme Théravada et les nombreux Bouddhismes Mahayana. Dans le Bouddhisme Théravada, qui est originel, tout est basé sur l’enseignement du maître et la méditation du disciple et le Bouddha Shakiamuni est considéré comme un homme, au départ ordinaire, ayant obtenu la réalisation et s’engageant ensuite à en enseigner la voie. Dans la plupart des formes du Bouddhisme Mahayana, le Bouddha est devenu un Dieu (comme Jésus dans le Christianisme), on le prie pour obtenir des grâces plutôt que de cheminer sous ses conseils en vue de la réalisation, un clergé s’est formé, largement sacralisé lui-même, et une multitude de cultes des reliques, des pèlerinages accompagnés d’une profusion de rituels plus ou moins magiques. On est passé d’un ésotérisme spirituel à une religion plus ou moins truffée de superstitions et d’idolâtries.
4 Ceci étant, nous ne rejetons ni le Christianisme, ni les Bouddhismes Mahayana, car la religion, même inévitablement mêlée à de la superstition, est, non pas pour tout le monde mais pour certains, une porte d’entrée de l’ésotérisme.
V°) La concentration, rite ultime
…son mental concentré, il s’applique à faire de moi le but unique de sa quête (BG 07/18). Nous avons déjà vu que la concentration est à la fois la technique de base de toute ascèse, du Raja-Yoga de Patanjali et qu’elle présentait un sens métaphysique. Les grandes âmes (mahatmas), participant de ma divine nature, m’adorent avec un amour exclusif, me reconnaissant comme le principe immuable de tous les êtres (BG 09/13). Si l’on représente la manifestation comme un cercle avec son centre, sa circonférence et ses rayons, le centre est l’Unique, les points de la circonférence les êtres et chaque rayon la voie spirituelle d’un être donné vers le centre qui est l’Être. Alors, littéralement, la voie indiquée ici comme voie de l’Éveil est la Concentration. Quoi que fasse un homme, il peut le faire en demeurant en présence permanente de Dieu. Quoi que tu fasses, quoi que tu manges, quoi que tu offres en sacrifice, ou en aumône, quel qu’ascèse que tu pratiques, dédie-le-moi en offrande (BG 09/27) et aussi : En toutes circonstances, souviens-toi de moi et combats, le mental et l’intellect absorbés en moi. Alors, sans aucun doute, c’est à moi que tu viendras (BG 08/07) .
Pratique :
Pratique I : I°) Peut-on être monos sans forcément être moine ? Le Christisme Parmi eux, le sage (jnani), uni et consacré à l’Unique, est le plus grand. Le sage (jnani), uni et consacré à l’Unique, est le plus grand parce qu’il est sans partage. En principe le moine chrétien, dont le nom provient du grec monos qui signifie l’Unique, est exactement dans ce cas. Le Judaïsme, l’Islam et l’Hindouisme ne considèrent pas que l’état monastique, séparé du monde, soit à priori supérieur à la vie dans le monde. Il en va différemment dans le monachisme chrétien, qui a fort longtemps cultivé cette dualité. La chose est encore plus nette dans le Bouddhisme. Le Jésus évangélique n’a pas fondé un ordre cloîtré. Il enseignait à tous, même s’il n’enseignait pas la même chose à chacun. À la Samaritaine, femme étrangère, hérétique, et douteuse sur le plan sexuel, il enseigne une doctrine on ne peut plus ésotérique : Dieu est esprit, et ceux qui adorent, c’est en esprit et en vérité qu’ils doivent adorer (Jn 04/24 = P 036).
Pratique II : II°) Les différents degrés de la noblesse Tous, assurément, sont des êtres nobles (BG 07/18). Il pourrait sembler étonnant que l’affligé, dont il fut question deux sutras plus haut (BG 07/16), soit classé par Krishna parmi les êtres nobles. Il faut avoir le bien en référence pour s’affliger du mal. C’est en cela que les affligés sont des gens de bien et par conséquent des nobles. Comme le bien est leur référence, Dieu, qui est le bien absolu, les secourt. On retrouve l’affligé dans la parabole évangélique du ‘Pharisien et du Publicain’. Le publicain dit : »Mon Dieu, aie pitié du fauteur que je suis ! » En s’identifiant à un fauteur, il n’honore certes pas son atman et se maintient loin de la connaissance spirituelle, mais il a le sens de Dieu et de sa miséricorde, là gît sa noblesse. Un proverbe hindou déclare : ‘S’il n’y avait pas de noblesse chez le paysan, il n’applaudirait pas la noblesse du roi qui passe.’
Pratique III : III°) La doctrine de l’Unité suprême …mais je considère l’homme épris de sagesse, l’éveillé, comme moi-même (BG 07/18). Voilà vraiment une révélation : la doctrine de l’Unité suprême. Elle annonce que l’être humain, qui se pense séparé des autres, du monde et de Dieu, bien qu’en interdépendance, peut réintégrer le Principe de tout et ne s’en point distinguer au point de se confondre avec le Principe lui-même. …Jésus a été condamné à mort pour avoir prétendu s’être identifié à Dieu. « Le père et moi, nous sommes un » À l’inverse de cet interdit, la Bhagavad Gita enseigne : Ceux qui, en s’appuyant sur cette connaissance, ont réussi à s’identifier à moi, n’ont pas besoin de renaître, même lors d’une émission créatrice (BG 14/02). Le Yogi est donc encouragé à s’identifier à Dieu là où les religions abrahamiques font de cette identification le péché absolu. Pourtant l’Évangile selon Thomas rapporte une parole de Jésus :: « Celui qui s’abreuvera à ma bouche deviendra comme moi, et moi je serai lui » (Thomas 108).
Pratique IV : IV°) Le Christisme en parallèle avec le Bouddhisme Théravada C’est aussi pourquoi il importe -une fois n’est pas coutume- d’utiliser un mot nouveau et spécifique, le Christisme, pour distinguer la doctrine évangélique complète de la théologie du Christianisme qui l’ampute de l’Unité suprême. La doctrine chrétienne est une couronne qui a perdu son principal joyau, son ésotérisme. Le vocable Christisme est un néologisme, sa formation est la même que celle de Christianisme, mais ce dernier mot désigne depuis deux millénaires la construction dogmatique et théologique de la religion chrétienne, basée sur la divinité native de Jésus, sa conception virginale, sa résurrection en chair et en os etc. Il manque donc un vocable pour désigner l’ésotérisme chrétien. Christ est le grec équivalent à l’hébreu signifiant ‘oint’. Ce mot désigne un roi de droit divin, comme David, oint par le prophète Samuel. ‘L’oint du Seigneur’ est le prophète lui-même, directement oint par Dieu dans certains cas. Le terme convient donc parfaitement pour désigner Jésus comme le réalisé par la grâce de Dieu. Ceci étant, nous ne rejetons pas le Christianisme, car la religion, même inévitablement mêlée à de la superstition, est pour certains une porte d’entrée de l’ésotérisme.
PratiqueV : V°) La concentration, rite ultime
…son mental concentré, il s’applique à faire de moi le but unique de sa quête (BG 07/18). La concentration est la technique de base de toute ascèse mais elle présente aussi un sens métaphysique. Si l’on représente la manifestation comme un cercle avec son centre, sa circonférence et ses rayons, le centre est l’Unique, les points de la circonférence les êtres et chaque rayon la voie spirituelle d’un être donné vers le centre qui est l’Être. Alors, littéralement, la voie indiquée ici comme voie de l’Éveil est la Concentration. Quoi que fasse un homme, il peut le faire en demeurant en présence permanente de Dieu. En toutes circonstances, souviens-toi de moi et combats, le mental et l’intellect absorbés en moi. Alors, sans aucun doute, c’est à moi que tu viendras (BG 08/07).
CONCENTRATION sur le MONOS, Le CHRISTISME (BG 07/17-18)
CONCENTRATION sur le MONOS, Le CHRISTISME (BG 07/17-18)
CONCENTRATION sur le MONOS, Le CHRISTISME
Parmi eux, le sage (jnani), uni et consacré à l’Unique, est le plus grand. Car le sage m’aime par-dessus toutes choses, et je l’aime de même (BG 07/17)
Tous, assurément, sont des êtres nobles, mais je considère l’homme épris de sagesse, l’éveillé, comme moi-même car, son mental concentré, il s’applique à faire de moi le but unique de sa quête (BG 07/18)
Théorie :
I°) Peut-on être monos sans forcément être moine ? Le Christisme
1 Parmi eux, le sage (jnani), uni et consacré à l’Unique, est le plus grand. Parmi eux désigne les quatre catégories d’hommes citées au sutra précédent : L’affligé, l’homme qui prend son destin en mains, celui qui aspire à la connaissance et le yogi qui possède la connaissance.
2 Le sage (jnani), uni et consacré à l’Unique, est le plus grand parce qu’il est sans partage. En principe le moine chrétien, dont le nom provient du grec monos qui signifie l’Unique, est exactement dans ce cas. Pour autant ‘l’habit ne fait pas le moine’, ni l’habitat, ni même la règle ; toute chose de la vie peut être vécue en consécration à l’Unique, sauf certaines qui seraient foncièrement malhonnêtes, comme le mensonge, le vol, le viol, le meurtre. Le yogi, établi dans l’unité, qui Me vénère comme demeurant dans tous les êtres, vit en Moi, quelle que soit sa façon de vivre (BG 06/31).
3 Dans les cinq grandes religions actuellement vivantes, une scission s’établit à ce propos et, pour une fois, elle ne sépare pas l’Orient de l’Occident. Le Judaïsme, l’Islam et l’Hindouisme ne considèrent pas que l’état monastique, séparé du monde, soit à priori supérieur à la vie dans le monde. Certes, il y a des yogis ermites, mais c’est une commodité pour leur méditation, non un état indispensable à la spiritualité. Les ashrams hindous ne sont pas à proprement parler des lieux divisant le monde entre les purs moines et les impurs dans le monde.
4 Il en va différemment dans le monachisme chrétien, qui a fort longtemps cultivé cette dualité. Pour preuve l’atroce expression de ‘religieux’ et ‘religieuses’ que s’octroient les moines et moniales chrétiens, laissant clairement supposer que les laïques, qui vivent dans le monde, seraient sans religion ! La chose est encore plus nette dans le Bouddhisme. À l’origine, le Bouddha Sakyamuni a fondé un ordre monastique exclusivement masculin ; idée assez étrangère à l’Hindouisme. Après sa mort, ses disciples ont accepté des nones et surtout ils ont tenté de penser la société entière en terme monastique réglé. C’est sur ce point que la confrontation avec le Brahmanisme s’est focalisée, ce qui eut pour effet, après une longue et difficile histoire, d’éliminer le Bouddhisme de l’Inde.
5 Sur ce point, comme sur tant d’autres, le Christianisme ne semble pas fidèle à l’enseignement et l’exemple de Jésus, tel qu’on le connait. Le Jésus évangélique n’a pas fondé un ordre cloîtré. Il enseignait à tous, même s’il n’enseignait pas la même chose à chacun. À la Samaritaine, femme étrangère, hérétique, et douteuse sur le plan sexuel, il enseigne une doctrine on ne peut plus ésotérique : Dieu est esprit, et ceux qui adorent, c’est en esprit et en vérité qu’ils doivent adorer (Jn 04/24 = P 036). Il ne s’agit pas d’institution, mais de spiritualité pure. En ce sens le Christisme -si l’on peut dire- se démarque du Christianisme.
6 Car le sage m’aime par-dessus toutes choses, et je l’aime de même (BG 07/17). Il n’est pas dit que le sage doive haïr le monde. S’il aime l’Unique par-dessus toutes choses, c’est qu’il aime aussi toutes choses, mais hiérarchiquement par rapport au principe, donc secondairement. Celui qui, instruit par sa propre identité (le Soi), voit l’identité partout, chez les heureux ou les malheureux, est un Yôgî excellent (BG 06/32).
7 L’Évangile selon Jean décrit un semblable yogi orienté vers l’Unique.
II°) Les différents degrés de la noblesse
1 Tous, assurément, sont des êtres nobles (BG 07/18). Il pourrait sembler étonnant que l’affligé, dont il fut question deux sutras plus haut (BG 07/16), soit classé par Krishna parmi les êtres nobles. On le comprend clairement pour celui qui prend son destin en main et poursuit la richesse, car il correspond à la définition même de la noblesse volontaire. Plus encore pour celui qui aspire à la connaissance (par curiosité intellectuelle) car il s’agit là de la noblesse, non pas de la volonté seulement, mais de l’intelligence surtout. Quant à la noblesse du sage (jnani), qui possède la connaissance c’est celle de Dieu lui-même. L’affligé n’a aucune qualité propre, tout semble négatif chez lui. Or Krishna le classe parmi les gens de bien ; pourquoi ?
2 Un gangster s’afflige-t-il de l’injustice, du mensonge, du vol ? Non. Tout au plus il pourrait regretter de ne pas en être le bénéficiaire, ce qui serait de l’envie et non de l’affliction. Il faut donc avoir le bien en référence pour s’affliger du mal. C’est en cela que les affligés sont des gens de bien et par conséquent des nobles. Comme le bien est leur référence, Dieu, qui est le bien absolu, les secourt.
3 On retrouve l’affligé dans la parabole évangélique du ‘Pharisien et du Publicain’. Le Pharisien prie orgueilleusement alors que Le publicain, se tenant à distance, n’ose même pas lever les yeux au ciel, mais il se frappe la poitrine, en disant : »Mon Dieu, aie pitié du fauteur que je suis ! » En s’identifiant à un fauteur, il n’honore certes pas son atman et se maintient loin de la connaissance spirituelle, mais il a le sens de Dieu et de sa miséricorde, là gît sa noblesse. Un proverbe hindou déclare : ‘S’il n’y avait pas de noblesse chez le paysan, il n’applaudirait pas la noblesse du roi qui passe.’
4 Ensuite Krishna fait référence à l’homme épris de sagesse. C’est beaucoup plus qu’un homme de bien, qui évite le mal et fait le bien. C’est celui qui comprend pourquoi il y a du bien et du mal dans le monde et pourquoi il ne saurait en être autrement, sinon il n’y aurait pas de monde. Pour qu’un objet se distingue de son milieu, il faut un contraste, et voilà le bien et le mal.
5 L’éveillé est-il le même que l’homme épris de sagesse ? Il en est l’aboutissement ; il n’est pas seulement épris de la femme sagesse, il la possède, au sens biblique, il la connait. Il importe ici de rappeler que le Christianisme a comme pilier central la doctrine de la résurrection, que le mot résurrection ne se trouve pas dans le texte de l’Évangile grec, et qu’il traduit (trahit serait mieux dire) deux termes : anistanaï et egeirein. Le premier signifie se relever, au sens physique et donne la doctrine exotérique de la résurrection : les cadavres se relèveront au dernier jour. Le deuxième donne la doctrine ésotérique, car egeirein signifie l’éveil, comme le sanskrit buddhi. C’est précisément de cela dont parle Krishna.
6 La chose peut sembler banale car tout le monde s’éveille le matin. Tout repose sur l’analogie du sommeil et de la mort. De même que le dormeur s’éveille et réalise l’illusion de son rêve nocturne, de même le spirituel s’éveille et réalise que la vie de veille n’était elle aussi qu’un rêve, mais un ‘rêve solide’ et non un rêve en matière subtile comme le rêve nocturne. Cet éveil au second degré désigne l’état de celui qui réalise pleinement que L’illusoire est impermanent ; le réel ne cesse jamais d’être. Cette vérité est connue par ceux qui ont vu la Réalité (BG 02/16). C’est un éveil non au monde mortel, mais à la réalité immortelle, divine.
III°) La doctrine de l’Unité suprême
1 …mais je considère l’homme épris de sagesse, l’éveillé, comme moi-même (BG 07/18). Voilà vraiment une révélation. Il s’agit de la doctrine de l’Unité suprême. Elle annonce que l’être humain, qui se pense séparé des autres, du monde et de Dieu, bien qu’en interdépendance, peut réintégrer le Principe de tout et ne s’en point distinguer au point de se confondre avec le Principe lui-même. …identifiés à moi, purifiés au feu de la connaissance, nombreux sont venus se fondre en moi (BG 04/10). Par ce culte, il me connaît en essence, ce que je suis et qui je suis ; et, me connaissant de la sorte, il entre en moi et ne se distingue plus (BG 18/55).
2 Pour les religions abrahamiques (Judaïsme, Christianisme, Islam), du moins dans leur exotérisme, la création étant tirée du néant par Dieu et non de Dieu lui-même, n’est pas d’essence divine et ne peut donc pas réintégrer le divin sans distinction de l’un et de l’autre. C’est pourquoi Jésus a été condamné à mort pour avoir prétendu s’être identifié à Dieu. « Le père et moi, nous sommes un ». Les Juifs apportent des pierres pour le lapider… : « Nous te lapidons pour un blasphème et parce que toi, n’étant qu’un homme, tu te fais Dieu. » (Jn 10 = P 185). À l’inverse de cet interdit, la Bhagavad Gita enseigne : Ceux qui, en s’appuyant sur cette connaissance, ont réussi à s’identifier à moi, n’ont pas besoin de renaître, même lors d’une émission créatrice (BG 14/02). Le Yogi est donc encouragé à s’identifier à Dieu là où les religions abrahamiques font de cette identification le péché absolu.
3 Le passage évangélique précédent, qui est canonique (officiel) montre déjà que Jésus n’est pas d’accord avec la conception de la religion que l’on dit pourtant chrétienne sur ce point. Mais l’Évangile selon Thomas rapporte une parole de Jésus exactement équivalente à celle de Krishna : Jésus disait : « Celui qui s’abreuvera à ma bouche deviendra comme moi, et moi je serai lui » (Thomas 108). On ne saurait être plus clair.
4 L’exotérisme chrétien, figé dans les dogmes et la théologie, est donc né de l’amputation de l’essentiel de l’enseignement et de la réalisation de Jésus. Jésus l’affirme radicalement dans cette parole d’un évangile canonique dont l’Église ne veut pas entendre parler : Malheur à vous, les légistes, parce que vous avez enlevé la clef de la gnose ! Vous-mêmes n’êtes pas entrés, et ceux qui voulaient entrer, vous les en avez empêchés ! » (Lc 11/52 = P 171). C’est précisément pour combler ce vide de l’essentiel qu’un Chrétien a besoin aujourd’hui de la Bhagavad Gita comme substitut de l’ésotérisme spirituel que les fondateurs du Christianisme constantinien lui ont dérobé.
IV°) Le Christisme en parallèle avec le Bouddhisme Théravada
1 C’est aussi pourquoi il importe -une fois n’est pas coutume- d’utiliser un mot nouveau et spécifique, le Christisme, pour distinguer la doctrine évangélique complète de la théologie du Christianisme qui l’ampute de l’Unité suprême. La doctrine chrétienne est une couronne qui a perdu son principal joyau, son ésotérisme.
2 Le vocable Christisme est un néologisme ; une recherche sur Internet le révèle inconnu. Sa formation est la même que celle de Christianisme, mais ce dernier mot désigne depuis deux millénaires la construction dogmatique et théologique de la religion chrétienne, basée sur la divinité native de Jésus, sa conception virginale, sa résurrection en chair et en os etc. Il manque donc un vocable pour désigner l’ésotérisme chrétien. Outre le fait que le mot demeure libre, Christisme convient-il ? Christ est le grec équivalent à l’hébreu signifiant ‘oint’. Ce mot désigne un roi de droit divin, comme David, oint par le prophète Samuel. ‘L’oint du Seigneur’ est le prophète lui-même, directement oint par Dieu dans certains cas et non pas par une lignée de prophètes. Le terme convient donc parfaitement pour désigner Jésus comme le réalisé par la grâce de Dieu. Ce sens ésotérique est certes étranger à l’Ancien Testament, qui ne connait que les deux sens précédemment envisagés. Mais il est précisément propre à l’ésotérisme chrétien.
3 Au fond la différence entre le Christianisme et le Christisme s’avère bien humaine et, pour cette raison, elle est universelle. Elle est analogue à celle que l’on observe en Orient entre le Bouddhisme Théravada et les nombreux Bouddhismes Mahayana. Dans le Bouddhisme Théravada, qui est originel, tout est basé sur l’enseignement du maître et la méditation du disciple et le Bouddha Shakiamuni est considéré comme un homme, au départ ordinaire, ayant obtenu la réalisation et s’engageant ensuite à en enseigner la voie. Dans la plupart des formes du Bouddhisme Mahayana, le Bouddha est devenu un Dieu (comme Jésus dans le Christianisme), on le prie pour obtenir des grâces plutôt que de cheminer sous ses conseils en vue de la réalisation, un clergé s’est formé, largement sacralisé lui-même, et une multitude de cultes des reliques, des pèlerinages accompagnés d’une profusion de rituels plus ou moins magiques. On est passé d’un ésotérisme spirituel à une religion plus ou moins truffée de superstitions et d’idolâtries.
4 Ceci étant, nous ne rejetons ni le Christianisme, ni les Bouddhismes Mahayana, car la religion, même inévitablement mêlée à de la superstition, est, non pas pour tout le monde mais pour certains, une porte d’entrée de l’ésotérisme.
V°) La concentration, rite ultime
…son mental concentré, il s’applique à faire de moi le but unique de sa quête (BG 07/18). Nous avons déjà vu que la concentration est à la fois la technique de base de toute ascèse, du Raja-Yoga de Patanjali et qu’elle présentait un sens métaphysique. Les grandes âmes (mahatmas), participant de ma divine nature, m’adorent avec un amour exclusif, me reconnaissant comme le principe immuable de tous les êtres (BG 09/13). Si l’on représente la manifestation comme un cercle avec son centre, sa circonférence et ses rayons, le centre est l’Unique, les points de la circonférence les êtres et chaque rayon la voie spirituelle d’un être donné vers le centre qui est l’Être. Alors, littéralement, la voie indiquée ici comme voie de l’Éveil est la Concentration. Quoi que fasse un homme, il peut le faire en demeurant en présence permanente de Dieu. Quoi que tu fasses, quoi que tu manges, quoi que tu offres en sacrifice, ou en aumône, quel qu’ascèse que tu pratiques, dédie-le-moi en offrande (BG 09/27) et aussi : En toutes circonstances, souviens-toi de moi et combats, le mental et l’intellect absorbés en moi. Alors, sans aucun doute, c’est à moi que tu viendras (BG 08/07) .
Pratique :
Pratique I : I°) Peut-on être monos sans forcément être moine ? Le Christisme Parmi eux, le sage (jnani), uni et consacré à l’Unique, est le plus grand. Le sage (jnani), uni et consacré à l’Unique, est le plus grand parce qu’il est sans partage. En principe le moine chrétien, dont le nom provient du grec monos qui signifie l’Unique, est exactement dans ce cas. Le Judaïsme, l’Islam et l’Hindouisme ne considèrent pas que l’état monastique, séparé du monde, soit à priori supérieur à la vie dans le monde. Il en va différemment dans le monachisme chrétien, qui a fort longtemps cultivé cette dualité. La chose est encore plus nette dans le Bouddhisme. Le Jésus évangélique n’a pas fondé un ordre cloîtré. Il enseignait à tous, même s’il n’enseignait pas la même chose à chacun. À la Samaritaine, femme étrangère, hérétique, et douteuse sur le plan sexuel, il enseigne une doctrine on ne peut plus ésotérique : Dieu est esprit, et ceux qui adorent, c’est en esprit et en vérité qu’ils doivent adorer (Jn 04/24 = P 036).
Pratique II : II°) Les différents degrés de la noblesse Tous, assurément, sont des êtres nobles (BG 07/18). Il pourrait sembler étonnant que l’affligé, dont il fut question deux sutras plus haut (BG 07/16), soit classé par Krishna parmi les êtres nobles. Il faut avoir le bien en référence pour s’affliger du mal. C’est en cela que les affligés sont des gens de bien et par conséquent des nobles. Comme le bien est leur référence, Dieu, qui est le bien absolu, les secourt. On retrouve l’affligé dans la parabole évangélique du ‘Pharisien et du Publicain’. Le publicain dit : »Mon Dieu, aie pitié du fauteur que je suis ! » En s’identifiant à un fauteur, il n’honore certes pas son atman et se maintient loin de la connaissance spirituelle, mais il a le sens de Dieu et de sa miséricorde, là gît sa noblesse. Un proverbe hindou déclare : ‘S’il n’y avait pas de noblesse chez le paysan, il n’applaudirait pas la noblesse du roi qui passe.’
Pratique III : III°) La doctrine de l’Unité suprême …mais je considère l’homme épris de sagesse, l’éveillé, comme moi-même (BG 07/18). Voilà vraiment une révélation : la doctrine de l’Unité suprême. Elle annonce que l’être humain, qui se pense séparé des autres, du monde et de Dieu, bien qu’en interdépendance, peut réintégrer le Principe de tout et ne s’en point distinguer au point de se confondre avec le Principe lui-même. …Jésus a été condamné à mort pour avoir prétendu s’être identifié à Dieu. « Le père et moi, nous sommes un » À l’inverse de cet interdit, la Bhagavad Gita enseigne : Ceux qui, en s’appuyant sur cette connaissance, ont réussi à s’identifier à moi, n’ont pas besoin de renaître, même lors d’une émission créatrice (BG 14/02). Le Yogi est donc encouragé à s’identifier à Dieu là où les religions abrahamiques font de cette identification le péché absolu. Pourtant l’Évangile selon Thomas rapporte une parole de Jésus :: « Celui qui s’abreuvera à ma bouche deviendra comme moi, et moi je serai lui » (Thomas 108).
Pratique IV : IV°) Le Christisme en parallèle avec le Bouddhisme Théravada C’est aussi pourquoi il importe -une fois n’est pas coutume- d’utiliser un mot nouveau et spécifique, le Christisme, pour distinguer la doctrine évangélique complète de la théologie du Christianisme qui l’ampute de l’Unité suprême. La doctrine chrétienne est une couronne qui a perdu son principal joyau, son ésotérisme. Le vocable Christisme est un néologisme, sa formation est la même que celle de Christianisme, mais ce dernier mot désigne depuis deux millénaires la construction dogmatique et théologique de la religion chrétienne, basée sur la divinité native de Jésus, sa conception virginale, sa résurrection en chair et en os etc. Il manque donc un vocable pour désigner l’ésotérisme chrétien. Christ est le grec équivalent à l’hébreu signifiant ‘oint’. Ce mot désigne un roi de droit divin, comme David, oint par le prophète Samuel. ‘L’oint du Seigneur’ est le prophète lui-même, directement oint par Dieu dans certains cas. Le terme convient donc parfaitement pour désigner Jésus comme le réalisé par la grâce de Dieu. Ceci étant, nous ne rejetons pas le Christianisme, car la religion, même inévitablement mêlée à de la superstition, est pour certains une porte d’entrée de l’ésotérisme.
PratiqueV : V°) La concentration, rite ultime
…son mental concentré, il s’applique à faire de moi le but unique de sa quête (BG 07/18). La concentration est la technique de base de toute ascèse mais elle présente aussi un sens métaphysique. Si l’on représente la manifestation comme un cercle avec son centre, sa circonférence et ses rayons, le centre est l’Unique, les points de la circonférence les êtres et chaque rayon la voie spirituelle d’un être donné vers le centre qui est l’Être. Alors, littéralement, la voie indiquée ici comme voie de l’Éveil est la Concentration. Quoi que fasse un homme, il peut le faire en demeurant en présence permanente de Dieu. En toutes circonstances, souviens-toi de moi et combats, le mental et l’intellect absorbés en moi. Alors, sans aucun doute, c’est à moi que tu viendras (BG 08/07).
CONCENTRATION sur le MONOS, Le CHRISTISME (BG 07/17-18)