Le DÉTACHEMENT du soi en VUE du SOI
Le Seigneur suprême dit : « Celui qui accomplit toute œuvre qui lui incombe, sans dépendre des fruits de son action est un samnyasi (renonçant), un yogi. Et non celui qui n’entretient plus le feu sacrificiel et l’œuvre sainte (BG 06/01)
Ô Pandava, sache que ce que l’on nomme samnyasa (renoncement), c’est le yoga (union) avec l’absolu. Personne ne devient un yogi sans le renoncement à soi-même et aux sankalpa (pensées) (BG 06/02)
Théorie :
L’action du Yogi
1 Le Seigneur suprême dit : « Celui qui accomplit toute œuvre qui lui incombe, sans dépendre des fruits de son action est un samnyasi (renonçant), un yogi. La Bhagavad Gita est un long récit que fait Samjaya, le ministre clair-voyant, à son roi Dhristarashtra qui lui est aveugle -en conséquence non qualifié pour la fonction- et qui, cependant, s’accroche au pouvoir illégitimement. Un conflit est en cours, entre les fils de Dhristarashtra et les partisans du pouvoir légitime, dont font partie Krishna et Arjuna. Krishna est conducteur du char de combat d’Arjuna, qui lui est archer. Samjaya explique au roi aveugle, qui s’informe de la tournure de la guerre, ce qu’enseigne Krishna à son disciple Arjuna. Krishna est collègue en chevalerie d’Arjuna, également son cousin et son subordonné dans le char, puisque le tireur commande le conducteur (BG 01/26) ; mais spirituellement les rapports sont inversés. Arjuna a compris que Krishna est un maître réalisé et il est devenu son disciple. Dans ce chapitre, le maître Krishna continue de dérouler son enseignement à son disciple… que nous sommes aussi en tant que méditants de la Gita.
2 Le Seigneur suprême n’est autre que Krishna, dès lors qu’il est désormais entendu qu’il a réalisé le divin. Dieu s’exprime par lui, comme dans le Christianisme par la bouche de Jésus : Les paroles que je vous dis, je ne les dis pas de moi-même : mais le Père demeurant en moi fait ses œuvres (Jn 14 = P 263).
3 Celui qui accomplit toute œuvre qui lui incombe…Cela fait référence au sva-dharma, la loi propre à chaque homme, qui détermine, selon sa nature constitutive, ses devoirs et ses droits (BG 04/13). Nous ne sommes pas dans un contexte d’égalité, puisque chaque humain est une unique image de l’Unique divin.
4 …sans dépendre des fruits de son action…L’homme profane agit par désir des fruits de l’action, le yogi agit pour le maintien de l’ordre universel (BG 03/20), sans que son ego participe au choix de l’action. Il agit pour Dieu en agissant pour l’harmonie de sa manifestation-création. Alors il est un samnyasi (renonçant), un yogi. En tant que renonçant aux désirs de l’ego, il est un samnyasi ; en tant que visant la fusion avec l’Unique, il est un Yogi. Le premier mot décrit le moyen, le second le but.
5 Et non celui qui n’entretient plus le feu sacrificiel et l’œuvre sainte (BG 06/01). L’homme profane est fasciné par l’action qui produit des jouissances consommables (BG 14/07). Or cela attache au monde mortel. Le yogi, réduisant ses jouissances, n’a pas besoin de multiplier indéfiniment les actions ; il se contente de celles correspondant à son sva-dharma, sans s’agiter frénétiquement comme le font les hommes de convoitise. Ce mépris de l’action risque, par excès inverse du consumérisme, d’engendrer la négligence vis-à-vis de certaines actions nécessaires, telles que le feu sacrificiel et l’œuvre sainte. Cette précision du sutra vise à éviter un tel excès de zèle yogique. Le thème sera repris en BG 18/03-06.
6 Maintenant qu’est-ce que le feu sacrificiel (agni-hotra-yajna) ? C’est le feu que l’on allume sur l’autel domestique de chaque maison hindoue, lorsque l’on rend quotidiennement hommage aux dieux tutélaires de la caste ou de la lignée et aux ancêtres qui l’incarnèrent antérieurement (BG 01/42, 04/24, 09/16). L’idéal est même que ce feu soit permanent (comme la lampe perpétuelle des églises chrétiennes qui atteste de la ‘présence divine’). La Bhagavad Gita est une œuvre de synthèse de l’Hindouisme, religion dont la richesse était telle qu’elle tendait vers l’éclatement. Les Yogis samnyasis se sont souvent opposés aux rituels védiques des Brahmanes, refusant de pratiquer le sacrifice du feu, ce que l’on retrouve dans les formes plus ou moins hétérodoxes des Jaïns, Bouddhistes et Shivaïstes. Dépassant la diversité des formes, la BG restaure l’unicité du but.
7 L’œuvre sainte désigne toute activité de l’homme quand elle est faite sans dépendre des fruits et en l’offrant à Dieu (BG 05/10).
Le détachement de soi en vue du Soi
1 Ô Pandava, sache que ce que l’on nomme samnyasa (renoncement), c’est le yoga (union) avec l’Absolu. Pandu est le nom de famille d’Arjuna ; il est donc un Pandava. Nous venons d’expliquer plus haut que Samnyasa (Renoncement) et Yoga (Union) sont comme l’avers et l’envers d’une même réalité ; celle de l’homme relié au Principe et détaché du monde impermanent, alors même qu’il y agit.
2 Personne ne devient un yogi sans le renoncement à soi-même, et aux sankalpa (pensées). Ici, soi-même désigne le ‘faux ego’. Les hommes d’orientation spirituelle pratiquent l’affranchissement du faux ego…(BG 13/08), alors que les ‘asuras’ (BG 16/06), les hommes qui prennent pour conseillers les forces diaboliques cherchent leur refuge dans le faux ego, la puissance, la vanité, la convoitise et la colère (BG 16/18). « S’il est un faux ego, quel est le vrai, le légitime ? » C’est le nécessaire pôle de conscience qui règne sur le corps et ses facultés (BG 13/05, 07/04, 18/14), le capitaine du navire-corps.
3 Les sankalpas sont les pensées du mental. Dans la conception du yoga, l’homme dispose de six sens et non pas cinq. Le sixième, nommé ‘sens interne’ (BG 07/04, 10/22) est le mental. Cette classification se justifie par le fait que le mental (chez l’homme profane) ne s’alimente que des perceptions sensorielles. Il fait s’emboiter les mondes sonores, visuels, tactiles, gustatifs et olfactifs ; il en mémorise les perceptions ; les analyse logiquement ; les reconfigure imaginativement en une gigantesque entité mentale, à laquelle il s’identifie comme étant son moi. C’est pourquoi, dans la méditation vraiment yogique, dhyana, la conscience cesse de s’intéresser aux pensées, quand bien même ce ne serait pas de ‘mauvaises pensées’, comme disent les prêtres. Tout ce qui a trait à l’ego légitime doit être pensé dans l’action (encore qu’un Yogi agit avec dix pensées là où le profane en consacre cent ou mille : L’action qui est motivée par le désir des fruits, ou par la pensée du ‘moi’, implique une grande dissipation d’énergie… : BG 18/24). Par contre, dans la méditation-dhyana la conscience ne s’intéresse pas plus à son propre ego qu’à celui d’autrui ; elle se focalise sur l’immuable seul, le Soi, l’Atman en vue de Brahman-Absolu.
4 Le Christ, qui est un yogi proche-oriental, se fait l’écho de cette sagesse dans sa propre civilisation, bien que dans un langage violent qui est celui des peuples sémites : Si quelqu’un vient à moi sans haïr son père, sa mère, sa femme, ses enfants, ses frères, ses sœurs, et jusqu’à sa propre vie, il ne peut être mon disciple (Lc 14/26 = P 192).
Pratique :
Pratique I : L’action du Yogi Le Seigneur suprême dit : « Celui qui accomplit toute œuvre qui lui incombe, sans dépendre des fruits de son action est un samnyasi (renonçant), un yogi. Le Seigneur suprême n’est autre que Krishna, dès lors qu’il est désormais entendu qu’il a réalisé le divin. Celui qui accomplit toute œuvre qui lui incombe…Cela fait référence au sva-dharma : la loi propre à chaque homme qui détermine, selon sa nature constitutive, ses devoirs et ses droits (BG 04/13). …sans dépendre des fruits de son action…L’homme profane agit par convoitise des fruits de l’action, le yogi agit pour le maintien de l’ordre universel (BG 03/20), sans que son ego participe au choix de l’action. Il agit pour Dieu en agissant pour l’harmonie de sa manifestation-création. Alors il est un samnyasi (renonçant), un yogi. En tant que renonçant aux désirs de l’ego, il est un samnyasi ; en tant que visant la fusion avec l’Unique, il est un Yogi. Le premier mot décrit le moyen, le second le but.
Et non celui qui n’entretient plus le feu sacrificiel et l’œuvre sainte (BG 06/01). Le yogi, réduisant ses jouissances, n’a pas besoin de multiplier indéfiniment les actions ; il se contente de celles correspondant à son sva-dharma, sans s’agiter frénétiquement comme le font les hommes de convoitise. Ce mépris de l’action risque, par excès inverse du consumérisme, d’engendrer la négligence vis-à-vis de certaines actions nécessaires, telles que le feu sacrificiel et l’œuvre sainte. Cette précision du sutra vise à éviter un tel excès de zèle yogique. Le feu sacrificiel (agni-hotra-yajna) est le feu que l’on allume sur l’autel domestique de chaque maison hindoue, comme la lampe perpétuelle des églises chrétiennes qui atteste de la ‘présence divine’. L’œuvre sainte désigne toute activité de l’homme quand elle est faite sans dépendre des fruits et en l’offrant à Dieu (BG 05/10). À défaut de ‘feu sacré’, il est bon de décorer son logement de certaines représentations du sacré, en rapport avec le sva-dharma, la vocation propre. Pour le reste, offrir toute action, même prosaïque, à Dieu ; le prosaïque, c’est ce qui n’est pas offert à Dieu.
Pratique II : Le détachement de soi en vue du Soi Personne ne devient un yogi sans le renoncement à soi-même, et aux sankalpa (pensées). Ici, soi-même désigne le ‘faux ego’. Les hommes d’orientation spirituelle pratiquent l’affranchissement du faux ego…(BG 13/08), alors que les ‘asuras’ (BG 16/06), les hommes qui prennent pour conseillers les forces diaboliques cherchent leur refuge dans le faux ego, la puissance, la vanité, la convoitise et la colère (BG 16/18). « S’il est un faux ego, quel est le vrai, le légitime ? » C’est le nécessaire pôle de conscience qui règne sur le corps et ses facultés (BG 13/05, 07/04, 18/14), le capitaine du navire-corps.
Les sankalpas sont les pensées du mental. Dans la méditation vraiment yogique, dhyana, la conscience cesse de s’intéresser aux pensées, bonnes ou mauvaises. Tout ce qui a trait à l’ego légitime doit être pensé au cours de l’action (encore qu’un Yogi agit avec dix pensées là où le profane en consacre cent ou mille : L’action qui est motivée par le désir des fruits, ou par la pensée du ‘moi’, implique une grande dissipation d’énergie… : BG 18/24). Par contre, dans la méditation-dhyana la conscience ne s’intéresse pas plus à son propre ego qu’à celui d’autrui ; elle se focalise sur l’immuable seul, le Soi, l’atman en vue de Brahman ; dépassant les êtres éphémères, elle se concentre sur la Source des êtres.
Le DÉTACHEMENT du soi en VUE du SOI (BG 06/01-02)
Le DÉTACHEMENT du soi en VUE du SOI (BG 06/01-02)
Le DÉTACHEMENT du soi en VUE du SOI
Le Seigneur suprême dit : « Celui qui accomplit toute œuvre qui lui incombe, sans dépendre des fruits de son action est un samnyasi (renonçant), un yogi. Et non celui qui n’entretient plus le feu sacrificiel et l’œuvre sainte (BG 06/01)
Ô Pandava, sache que ce que l’on nomme samnyasa (renoncement), c’est le yoga (union) avec l’absolu. Personne ne devient un yogi sans le renoncement à soi-même et aux sankalpa (pensées) (BG 06/02)
Théorie :
L’action du Yogi
1 Le Seigneur suprême dit : « Celui qui accomplit toute œuvre qui lui incombe, sans dépendre des fruits de son action est un samnyasi (renonçant), un yogi. La Bhagavad Gita est un long récit que fait Samjaya, le ministre clair-voyant, à son roi Dhristarashtra qui lui est aveugle -en conséquence non qualifié pour la fonction- et qui, cependant, s’accroche au pouvoir illégitimement. Un conflit est en cours, entre les fils de Dhristarashtra et les partisans du pouvoir légitime, dont font partie Krishna et Arjuna. Krishna est conducteur du char de combat d’Arjuna, qui lui est archer. Samjaya explique au roi aveugle, qui s’informe de la tournure de la guerre, ce qu’enseigne Krishna à son disciple Arjuna. Krishna est collègue en chevalerie d’Arjuna, également son cousin et son subordonné dans le char, puisque le tireur commande le conducteur (BG 01/26) ; mais spirituellement les rapports sont inversés. Arjuna a compris que Krishna est un maître réalisé et il est devenu son disciple. Dans ce chapitre, le maître Krishna continue de dérouler son enseignement à son disciple… que nous sommes aussi en tant que méditants de la Gita.
2 Le Seigneur suprême n’est autre que Krishna, dès lors qu’il est désormais entendu qu’il a réalisé le divin. Dieu s’exprime par lui, comme dans le Christianisme par la bouche de Jésus : Les paroles que je vous dis, je ne les dis pas de moi-même : mais le Père demeurant en moi fait ses œuvres (Jn 14 = P 263).
3 Celui qui accomplit toute œuvre qui lui incombe…Cela fait référence au sva-dharma, la loi propre à chaque homme, qui détermine, selon sa nature constitutive, ses devoirs et ses droits (BG 04/13). Nous ne sommes pas dans un contexte d’égalité, puisque chaque humain est une unique image de l’Unique divin.
4 …sans dépendre des fruits de son action…L’homme profane agit par désir des fruits de l’action, le yogi agit pour le maintien de l’ordre universel (BG 03/20), sans que son ego participe au choix de l’action. Il agit pour Dieu en agissant pour l’harmonie de sa manifestation-création. Alors il est un samnyasi (renonçant), un yogi. En tant que renonçant aux désirs de l’ego, il est un samnyasi ; en tant que visant la fusion avec l’Unique, il est un Yogi. Le premier mot décrit le moyen, le second le but.
5 Et non celui qui n’entretient plus le feu sacrificiel et l’œuvre sainte (BG 06/01). L’homme profane est fasciné par l’action qui produit des jouissances consommables (BG 14/07). Or cela attache au monde mortel. Le yogi, réduisant ses jouissances, n’a pas besoin de multiplier indéfiniment les actions ; il se contente de celles correspondant à son sva-dharma, sans s’agiter frénétiquement comme le font les hommes de convoitise. Ce mépris de l’action risque, par excès inverse du consumérisme, d’engendrer la négligence vis-à-vis de certaines actions nécessaires, telles que le feu sacrificiel et l’œuvre sainte. Cette précision du sutra vise à éviter un tel excès de zèle yogique. Le thème sera repris en BG 18/03-06.
6 Maintenant qu’est-ce que le feu sacrificiel (agni-hotra-yajna) ? C’est le feu que l’on allume sur l’autel domestique de chaque maison hindoue, lorsque l’on rend quotidiennement hommage aux dieux tutélaires de la caste ou de la lignée et aux ancêtres qui l’incarnèrent antérieurement (BG 01/42, 04/24, 09/16). L’idéal est même que ce feu soit permanent (comme la lampe perpétuelle des églises chrétiennes qui atteste de la ‘présence divine’). La Bhagavad Gita est une œuvre de synthèse de l’Hindouisme, religion dont la richesse était telle qu’elle tendait vers l’éclatement. Les Yogis samnyasis se sont souvent opposés aux rituels védiques des Brahmanes, refusant de pratiquer le sacrifice du feu, ce que l’on retrouve dans les formes plus ou moins hétérodoxes des Jaïns, Bouddhistes et Shivaïstes. Dépassant la diversité des formes, la BG restaure l’unicité du but.
7 L’œuvre sainte désigne toute activité de l’homme quand elle est faite sans dépendre des fruits et en l’offrant à Dieu (BG 05/10).
Le détachement de soi en vue du Soi
1 Ô Pandava, sache que ce que l’on nomme samnyasa (renoncement), c’est le yoga (union) avec l’Absolu. Pandu est le nom de famille d’Arjuna ; il est donc un Pandava. Nous venons d’expliquer plus haut que Samnyasa (Renoncement) et Yoga (Union) sont comme l’avers et l’envers d’une même réalité ; celle de l’homme relié au Principe et détaché du monde impermanent, alors même qu’il y agit.
2 Personne ne devient un yogi sans le renoncement à soi-même, et aux sankalpa (pensées). Ici, soi-même désigne le ‘faux ego’. Les hommes d’orientation spirituelle pratiquent l’affranchissement du faux ego…(BG 13/08), alors que les ‘asuras’ (BG 16/06), les hommes qui prennent pour conseillers les forces diaboliques cherchent leur refuge dans le faux ego, la puissance, la vanité, la convoitise et la colère (BG 16/18). « S’il est un faux ego, quel est le vrai, le légitime ? » C’est le nécessaire pôle de conscience qui règne sur le corps et ses facultés (BG 13/05, 07/04, 18/14), le capitaine du navire-corps.
3 Les sankalpas sont les pensées du mental. Dans la conception du yoga, l’homme dispose de six sens et non pas cinq. Le sixième, nommé ‘sens interne’ (BG 07/04, 10/22) est le mental. Cette classification se justifie par le fait que le mental (chez l’homme profane) ne s’alimente que des perceptions sensorielles. Il fait s’emboiter les mondes sonores, visuels, tactiles, gustatifs et olfactifs ; il en mémorise les perceptions ; les analyse logiquement ; les reconfigure imaginativement en une gigantesque entité mentale, à laquelle il s’identifie comme étant son moi. C’est pourquoi, dans la méditation vraiment yogique, dhyana, la conscience cesse de s’intéresser aux pensées, quand bien même ce ne serait pas de ‘mauvaises pensées’, comme disent les prêtres. Tout ce qui a trait à l’ego légitime doit être pensé dans l’action (encore qu’un Yogi agit avec dix pensées là où le profane en consacre cent ou mille : L’action qui est motivée par le désir des fruits, ou par la pensée du ‘moi’, implique une grande dissipation d’énergie… : BG 18/24). Par contre, dans la méditation-dhyana la conscience ne s’intéresse pas plus à son propre ego qu’à celui d’autrui ; elle se focalise sur l’immuable seul, le Soi, l’Atman en vue de Brahman-Absolu.
4 Le Christ, qui est un yogi proche-oriental, se fait l’écho de cette sagesse dans sa propre civilisation, bien que dans un langage violent qui est celui des peuples sémites : Si quelqu’un vient à moi sans haïr son père, sa mère, sa femme, ses enfants, ses frères, ses sœurs, et jusqu’à sa propre vie, il ne peut être mon disciple (Lc 14/26 = P 192).
Pratique :
Pratique I : L’action du Yogi Le Seigneur suprême dit : « Celui qui accomplit toute œuvre qui lui incombe, sans dépendre des fruits de son action est un samnyasi (renonçant), un yogi. Le Seigneur suprême n’est autre que Krishna, dès lors qu’il est désormais entendu qu’il a réalisé le divin. Celui qui accomplit toute œuvre qui lui incombe…Cela fait référence au sva-dharma : la loi propre à chaque homme qui détermine, selon sa nature constitutive, ses devoirs et ses droits (BG 04/13). …sans dépendre des fruits de son action…L’homme profane agit par convoitise des fruits de l’action, le yogi agit pour le maintien de l’ordre universel (BG 03/20), sans que son ego participe au choix de l’action. Il agit pour Dieu en agissant pour l’harmonie de sa manifestation-création. Alors il est un samnyasi (renonçant), un yogi. En tant que renonçant aux désirs de l’ego, il est un samnyasi ; en tant que visant la fusion avec l’Unique, il est un Yogi. Le premier mot décrit le moyen, le second le but.
Et non celui qui n’entretient plus le feu sacrificiel et l’œuvre sainte (BG 06/01). Le yogi, réduisant ses jouissances, n’a pas besoin de multiplier indéfiniment les actions ; il se contente de celles correspondant à son sva-dharma, sans s’agiter frénétiquement comme le font les hommes de convoitise. Ce mépris de l’action risque, par excès inverse du consumérisme, d’engendrer la négligence vis-à-vis de certaines actions nécessaires, telles que le feu sacrificiel et l’œuvre sainte. Cette précision du sutra vise à éviter un tel excès de zèle yogique. Le feu sacrificiel (agni-hotra-yajna) est le feu que l’on allume sur l’autel domestique de chaque maison hindoue, comme la lampe perpétuelle des églises chrétiennes qui atteste de la ‘présence divine’. L’œuvre sainte désigne toute activité de l’homme quand elle est faite sans dépendre des fruits et en l’offrant à Dieu (BG 05/10). À défaut de ‘feu sacré’, il est bon de décorer son logement de certaines représentations du sacré, en rapport avec le sva-dharma, la vocation propre. Pour le reste, offrir toute action, même prosaïque, à Dieu ; le prosaïque, c’est ce qui n’est pas offert à Dieu.
Pratique II : Le détachement de soi en vue du Soi Personne ne devient un yogi sans le renoncement à soi-même, et aux sankalpa (pensées). Ici, soi-même désigne le ‘faux ego’. Les hommes d’orientation spirituelle pratiquent l’affranchissement du faux ego…(BG 13/08), alors que les ‘asuras’ (BG 16/06), les hommes qui prennent pour conseillers les forces diaboliques cherchent leur refuge dans le faux ego, la puissance, la vanité, la convoitise et la colère (BG 16/18). « S’il est un faux ego, quel est le vrai, le légitime ? » C’est le nécessaire pôle de conscience qui règne sur le corps et ses facultés (BG 13/05, 07/04, 18/14), le capitaine du navire-corps.
Les sankalpas sont les pensées du mental. Dans la méditation vraiment yogique, dhyana, la conscience cesse de s’intéresser aux pensées, bonnes ou mauvaises. Tout ce qui a trait à l’ego légitime doit être pensé au cours de l’action (encore qu’un Yogi agit avec dix pensées là où le profane en consacre cent ou mille : L’action qui est motivée par le désir des fruits, ou par la pensée du ‘moi’, implique une grande dissipation d’énergie… : BG 18/24). Par contre, dans la méditation-dhyana la conscience ne s’intéresse pas plus à son propre ego qu’à celui d’autrui ; elle se focalise sur l’immuable seul, le Soi, l’atman en vue de Brahman ; dépassant les êtres éphémères, elle se concentre sur la Source des êtres.
Le DÉTACHEMENT du soi en VUE du SOI (BG 06/01-02)