Le DOUTE et la FOI (BG 04/40)

Le DOUTE et la FOI (BG 04/40)

Bhagavad Gita 04/40, Commentaire Théorique et Méditation Opérative

Le DOUTE et la FOI (BG 04/40)

Le DOUTE et la FOI

Les ignorants, privés de foi, qui doutent des Écrits sacrés,

sont des hommes perdus.

Celui qui doute ne connaitra le Brahman

ni en ce monde ni en l’autre.

(BG 04/40)

Théorie :

Les savants qui savent tout, sauf l’essentiel

1        Les ignorants, privés de foi… Il suffit de remonter de quelques petits siècles dans l’histoire des grandes civilisations pour retrouver une population dont les 9/10° ne savent pas lire, mais où, cependant, 99/100 de la population croit en Dieu. Le début du sutra est difficile à comprendre aujourd’hui, car ce qu’on nomme savant ou ignorant n’a rien à voir avec le fait d’avoir la foi ou non.

2        Krishna enseigne ailleurs : ce corps est appelé le Champ. Celui qui le connaît (en l’occurrence Dieu) est appelé ‘le Connaisseur du Champ’. Sache que dans tous les Champs (tous les corps), je suis le connaisseur. La science qui embrasse le ‘Champ’ et le ‘Connaisseur du Champ’, est à mes yeux la vraie science (BG 13/02). La vraie science, celle des savants, des non-ignorants, est donc constituée de l’étude du corps (du corps de tout être et de toute chose, du cosmos en somme) et de la science sacrée, soit l’étude de Dieu. La première partie correspond, dans l’œuvre du savant grec Aristote, à la ‘physique’ (au sens antique du terme) et la seconde à la méta-physique (l’étude de l’être individuel et de l’Être divin au-delà des perceptions sensorielles). Rabelais, au XVI° siècle, disait de même : « Science sans conscience n’est que ruine de l’âme. »

3        Jugeant de l’arbre à ses fruits, on peut voir qu’aujourd’hui le grand producteur de ‘progrès scientifiques et technologiques’ est la guerre et qu’une grande quantité d’humains étudient la science du profit financier. Plus radicalement encore Krishna pose : …le fait de reconnaître l’importance de la réalisation spirituelle, et la recherche philosophique de la vérité absolue, voilà ce qu’on nomme la science ; et l’ignorance est tout ce qui va contre (BG 13/11). Autrement dit, l’essentiel de ce qu’on nomme aujourd’hui ‘la science’ est ignorance selon lui. En termes chrétiens, que cela donne-t-il ? Si la science technologique avait été indispensable au salut de l’homme mortel, Jésus aurait été ingénieur ou mathématicien et non rabbi.

4        Actuellement, on oublie trop qu’ignorant signifie ‘privé de gnose’, c’est-à-dire de la science de l’immortalité.

Du bon usage délicat des Écritures

1          Les ignorants, privés de foi, qui doutent des Écrits sacrés…Dans ce passage de la Bhagavad Gita, la foi est identifiée à l’adhésion aux Écritures sacrées. Il convient de prendre cette déclaration avec nuances. La Gita déclare : que les Écritures soient pour toi l’autorité qui détermine ce qui doit être fait et évité. C’est en connaissant les prescriptions des Écritures que tu dois agir dans ce monde (BG 16/24). Notons qu’il s’agit là d’action, non de connaissance. Mais elle précise aussi : Il est une parole fleurie, dont se prévalent les hommes qui manquent de sagesse. Ils sont attachés à la lettre du Vêda (les plus anciennes écritures sacrées hindoues). Ils prétendent : « Il n’y a rien au-delà » (BG 02/42). Ce qui prouve que la lecture littérale de l’Écriture ne garantit pas la connaissance spirituelle. Krishna va plus loin : Les Védas ont pour domaine les trois gunas de la prakriti (les attributs constitutifs de la Nature). Demeure en permanence dans l’élément sattva (tendance ascendante, spiritualisante)…(BG 02/45). C’est dire qu’une partie des écritures védiques sont, pour le moins, inutiles, sinon décentrantes pour le yogi. Et Krishna enfonce même le clou en déclarant : Lorsque ton intellect, rendu perplexe par ce que tu auras entendu (des Védas), se fixera, inébranlable et ferme, dans la contemplation, alors tu atteindras la réalisation spirituelle (BG 02/53). En somme les Écritures sont sacrées, mais le yogi doit opérer un choix dans ce sacré.

2          En version occidentale, le lecteur de la Bible ne disconviendra pas de cet enseignement, tant sont nombreux les passages obscurs, scabreux, ou carrément scandaleux, non seulement concernant les comportements de certains héros humains, mais aussi certains ordres de ce qui est alors considéré comme venant de Dieu (ou dieu ?).

3          Une hiérarchie s’impose donc. Dans l’énorme ensemble des textes sacrés hindous actuellement accessibles, la Bhagavad Gita se détache comme une synthèse extrêmement concise et complète du cœur spirituel de l’Inde. On aimerait pouvoir en dire autant de l’Évangile par rapport à l’ensemble biblique. Il est manifeste que l’évangile de Jean est plus spirituel et non-duel que les trois autres officiels. Il est aussi évident que certains passages des évangiles apocryphes gnostiques sont merveilleusement consonants avec la BG. Le gros problème du Christianisme c’est de ne présenter que deux apôtres sur douze dans les Écritures (l’évangile de Jean et de Matthieu), de ne lire leurs écrits qu’à travers la grille des dogmes théologiques, quand ce n’est pas à travers les interprétations, d’ailleurs souvent contradictoires, des papes qui se succèdent. Disons-le carrément : il est plus probable d’entendre Krishna dans la Bhagavad Gita que Jésus dans les évangiles tels qu’ils sont généralement traduits et interprétés.

L’enfer est perpétuel mais personne n’y est condamné perpétuellement

1          Les ignorants, privés de foi…sont des hommes perdus. Redisons-le : l’Occidental qui se plonge dans la spiritualité orientale, en y cherchant quelque chose de plus ésotérique et de non-duel, n’est pas une page vierge. Il est rempli de pré-interprétations, le plus souvent issues du Christianisme, même s’il se croit coupé de cette religion. Et c’est là le piège : Après deux millénaires d’influence, le Christianisme est passé dans l’inconscient collectif occidental, en débordant largement la sphère des pratiquants et des croyants.

2          En conséquence, quand on lit Les ignorants, privés de foi…sont des hommes perdus la représentation de ‘l’enfer éternel’ s’impose subconsciemment. De façon littérale, le texte de ce sutra ne s’oppose pas à cette interprétation. Elle ne peut cependant pas être soutenue, car elle est fortement contredite par plusieurs autres passages : L’homme, même le plus coupable, s’il vient à m’adorer et à tourner vers moi seul tout son culte, doit être considéré comme un juste, car ses intentions sont droites (BG 09/30) et aussi : Et ainsi, serais-tu le pire de tous les criminels, le vaisseau du savoir spirituel, te fera traverser l’océan de la souffrance (BG 04/36).

3          Alors de quoi s’agit-il ? La BG enseigne : Sache que prakriti (la Nature, principe féminin, materia prima) et purusha (l’esprit, principe masculin) sont tous deux sans début (BG 13/19). S’ils sont sans début, ils sont sans fin ; tout comme, à l’inverse : Ce qui est né doit mourir et ce qui est mort doit renaître (BG 02/27). Or prakriti et purusha sont les deux pôles (comme le yin et le yang chinois, l’Adam et l’Ève judéo-chrétiens) de la manifestation cyclique du samsara (la ronde des naissances et des morts). Il en résulte que le samsara lui-même est sans début et sans fin. À proprement parler, une durée sans fin se nomme ‘perpétuelle’, mais le jargon chrétien appelle cela ‘éternel’, d’où la notion ‘d’enfer éternel’. En toute rigueur métaphysique, l’éternité n’est pas une durée, elle est précisément le contraire, la parfaite simultanéité. C’est pourquoi, d’ailleurs, on peut dire que ce qui apparaît comme futur dans la conscience humaine est déjà connu de Dieu, qui n’est pas soumis à la succession temporelle, car il est l’Éternel. La Gita le confirme par cette parole : Ô Arjuna, je connais les existences passées, présentes et futures, mais nul ne me connaît (BG 07/26). C’est cela que la théorie de la prédestination ne comprend pas.

4          De tout ceci résulte que ‘l’enfer éternel’ chrétien existe bel et bien, au sens métaphysique ‘d’enfer perpétuel’, car il n’est autre que le samsara lui-même. Beaucoup de gens en ont l’intuition en disant : « Pas besoin de chercher un enfer, regardez ce qui se passe en certains endroits du monde ; il est là l’enfer. » Quand Krishna déclare : Les habitants de tous les mondes sont soumis à la renaissance, y compris ceux du ciel de Bhrama (BG 08/16), il déclare que tous les états multiples de l’être, même les plus angéliques et supérieurs à l’humain, font partie du samsara. Cependant ce sutra se termine ainsi : Mais celui qui m’atteint n’a plus à naître (BG 08/16), et cela est la véritable immortalité, la sortie du samsara, la libération spirituelle, moksha (BG 06/015).

5          ‘L’enfer éternel’ chrétien existe bien, au sens ci-dessus indiqué, mais personne n’est condamné à y demeurer toujours, donc personne ne peut être condamné à ‘l’enfer éternel’, contrairement à ce qu’affirment les traductions, la plupart frauduleuses, des évangiles. La ‘parabole du filet’ de Jésus se termine ainsi : Ainsi en sera-t-il à l’achèvement de l’ère-aiôn : les anges se présenteront et sépareront les méchants d’entre les justespour les jeter dans la fournaise ardente : là seront les pleurs et les grincements de dents (Mt 13/49-50 = P 095). L’ère-aiôn est une période cyclique, dont la durée n’est d’ailleurs par précisée, mais qui n’est pas indéfinie, la preuve en est qu’elle a un achèvement. Elle sera suivie d’une autre ère, peut-être immense, mais elle aussi limitée. Quand à la fournaise ardente où seront les pleurs et les grincements de dents, elle désigne simplement notre monde. Qui doutera que les populations qui vivent sous les bombes, qui meurent de faim, qui sont détruites par des catastrophes naturelles ou dues à la folle technologie humaine ne sont pas dans lespleurs et les grincements de dents ? Ainsi ‘l’enfer éternel’ existe ; parmi les milliards d’humains, quelques millions sont vraiment dedans, mais chaque homme peut toujours, s’il se réoriente vers Dieu, en sortir et obtenir moksha. Cependant, tant qu’ils ne se tournent pas vers Dieu, ce sont des hommes perdus, comme dit notre sutra.

6        Dans le passage évangélique de l’aveugle-né, ce dernier déclare : De toute l’ère- aiôn on n’a entendu dire que quelqu’un ait ouvert les yeux d’un aveugle-né (Jn 09/32 = P 148). L’aveugle ne peut  dire cela que d’après ce qu’il connait personnellement, d’une part, et d’après l’Écriture de la Thora, dont il a entendu lecture à la synagogue d’autre part. Or, l’Écriture raconte l’histoire de la présente humanité depuis la création, donc l’ère-aiôn, ici, a un début et une fin, comme notre monde humain d’après l’Évangile. Au lieu de prétendre mettre de l’éternel dans l’enfer, les Chrétiens feraient mieux de le voir où il est : en Dieu et en Lui seul.

7          D’ailleurs la Gita emploie une expression révélatrice. Arjuna, le disciple, demande si celui qui n’a pas obtenu la réalisation dans cette vie est perdu à jamais : égaré sur la voie de la vérité (Brahman), ne périt-il pas comme un nuage qui se déchire ? (BG 06/38). Krishna répond : ni dans ce monde, ni dans l’autre, il n’y a de destruction pour lui (BG 06/40). Or nous savons que le samsara est constitué d’une indéfinité de mondes, de vies successives, Krishna n’envisage que la présente, ce monde, et la suivante, l’autre, tout en laissant la suite plus ou moins nombreuse des autres vies à l’initiative de l’homme.

Le croyant peut douter, mais la foi du spirituel en Brahman doit être absolue

1          Celui qui doute ne connaitra le Brahman ni en ce monde ni en l’autre. On retrouve, dans le présent sutra, l’expression que nous venons de considérer : ni en ce monde ni en l’autre. Maintenant, pourquoi Celui qui doute ne connaitra pas le Brahman ? Parce que, pour employer un langage chrétien, l’homme est co-créateur du monde. Dans la Genèse cela est symbolisé par cette parole : Dieu … les créa homme et femme. Dieu les bénit et leur dit : « Soyez féconds et multipliez-vous, remplissez la terre et soumettez-la. Soyez les maîtres des poissons de la mer, des oiseaux du ciel, et de tous les animaux qui vont et viennent sur la terre. » (Gn 02/02-03). L’homme est le maître des êtres de la terre, au point qu’il les nomme (Gn 02/19), acte typique de co-création.

2          La Gita va plus loin en affirmant que l’homme est co-créateur de lui-même. Selon la guna (tendance spirituelle ou non) qui marque son existence, l’être développe une foi particulière. L’homme est fait de sa foi. Ce qu’est l’objet de sa foi, il le devient aussi (BG 17/03). On peut donc schématiser quatre étapes de la connaissance. Première : l’homme n’est conscient que de son ego en interaction avec le monde. Ce dernier conçu comme une chose est non comme une manifestation ou une création de Dieu. Peut-être est-ce la conscience des animaux. Deuxième étape : L’homme est conscient d’un Dieu, au-dessus de lui et dont il dépend (conscience religieuse basique). Troisième étape : L’homme découvre que ce Dieu est présent dans son propre cœur (Je suis le Soi (atman)…siégeant dans le cœur de tous les êtres : BG 10/20). C’est le début de la vie mystique. Quatrième étape : L’homme découvre que ce Dieu qui est en lui n’est pas un autre en lui, mais que c’est le cœur du cœur de lui-même ; que le corps, le mental, ne sont que des enveloppes transitoires de ce Soi qu’il est fondamentalement.

3          Considérons désormais la question du doute. Celui qui n’aurait aucun doute sur la première étape (si cela est possible) serait un parfait matérialiste. La Gita envisage la question : Si l’homme rencontre la mort quand rajas domine (tendance prédatrice), il renaît parmi des êtres poussés par la passion d’agir avec intérêt (ce peut être sous forme humaine). S’il meurt quand prédomine tamas (tendance stupide), il naît dans une race ou une espèce non douée de raison (BG 14/15) (ce peut être sous forme animale ou dans un état d’existence inférieur à celui que nous percevons).

4          Si l’homme n’a aucun doute sur la deuxième étape, il croit en Dieu et il tient plus ou moins compte des normes divines dans ses actions. Il se renforce comme croyant.

5          Si l’homme n’a aucun doute sur la troisième étape, il découvre l’intériorité religieuse, c’est-à-dire la vie mystique. Il n’est jamais seul. Il découvre son upa-guru, son guide intérieur. Il ne se contente pas d’appliquer plus ou moins les dix commandements, il découvre la prière, l’oraison, la contemplation.

6          Si l’homme n’a aucun doute sur la quatrième étape, alors il chemine vers l’identification à Brahman. Inutile de préciser qu’il faut alors une audace extrême dans la foi. Pour donner un exemple, la foi en lui-même d’un Louis XIV, qui se prenait dans sa jeunesse pour le Roi-soleil et n’avait même pas besoin de la religion, la foi d’un Napoléon, qui trouvait l’Europe entière à peine assez grande pour lui n’est encore que tiédeur par rapport à la foi absolue, qui consiste à réaliser que moi n’est pas autre chose que Lui, Lui étant Dieu, car il n’y a pas d’autre chose que Dieu. La Gita illustre cela : Il n’y a rien, absolument rien de supérieur à moi… À moi est suspendu l’Univers, comme une rangée de perles à un fil (BG 07/07). Tous les êtres demeurent en moi…(BG 09/04).

7          La Gita insiste sur le fait que cette identification est autre chose que la foi en tant que croyance en Dieu : Ceux qui, en s’appuyant sur cette connaissance, ont réussi à s’identifier à moi, n’ont pas besoin de renaître…(BG 14/02). Affranchis de l’attachement… identifiés à moi… nombreux sont venus se fondre en moi (BG 04/10). …libre du sens de l’ego, de la violence, de l’orgueil, de la luxure, de la colère, de la convoitise, en paix avec lui-même, celui-là est mûr pour se fondre en Brahman (BG 18/53).

Pratique :

Pratique I : Les ignorants, privés de foi…Dans Les savants qui savent tout, sauf l’essentiel fut exposé qu’autrefois, peu savaient lire et presque tous croyaient en Dieu. Krishna définit la science comme l’étude conjointe du monde cosmique et de la métaphysique, la science de l’Être. Il affirme même que tout ce qui va contre cette complétude est ignorance. Autrement dit la science, essentiellement profane, d’aujourd’hui est à ses yeux ignorance, mot qui signifie ‘sans gnose’, soit sans connaissance de l’Être unique et de notre intégration en Lui. Le yogi contemporain doit donc, autant que possible, être cultivé, au sens moderne du terme et aussi spirituel (et pas seulement religieux fidéiste) et doit surtout articuler ces deux approches en un tout cohérent. Être un yogi n’est pas seulement faire des postures-asanas.

Pratique II : Les ignorants, privés de foi, qui doutent des Écrits sacrés…Dans Du bon usage délicat des Écritures fut exposé, d’après Krishna, qu’elles constituent un guide sûr pour l’action, mais qu’une lecture littérale ne suffit aucunement à en percer les mystères de connaissance spirituelle. Krishna parle alors de l’ensemble des Écritures védiques. Le problème est encore plus grand pour la Bible et même pour les Évangiles, qui ne représentent qu’une version incomplète et peu cohérente de l’enseignement de Jésus. Un choix s’impose donc pour le yogi. S’il est de religion chrétienne native, un choix entre le Christ théologique du Credo, unique incarnation divine et divin de toute éternité, et le Christ gnostique, qui réalise Dieu au sens oriental du terme, et invite ses disciples à suivre le même chemin de réalisation que lui.

Pratique III : Les ignorants, privés de foi…sont des hommes perdus. Dans L’enfer est perpétuel mais personne n’y est condamné perpétuellement fut exposé que la notion chrétienne ‘d’enfer éternel’, à laquelle ce sutra pourrait faire penser, est un non-sens, puisque l’éternité est la parfaite simultanéité, au-delà de toute durée, et constitue un privilège de Dieu qui, bien sûr, n’est pas en enfer ! La perpétuité est une durée sans commencement et sans fin, et le samsara, c’est-à-dire le monde manifesté rythmé par les naissances et les morts, est perpétuel. Cependant, bien que le samsara soit perpétuel, aucun être n’est condamné à y vivre toujours, et même tous sont invités à rejoindre le divin, comme l’atteste la Gita à longueur de sutra. Conclusion : le premier stade de la foi consiste à s’imprégner de cette certitude que personne ne saurait être perdu pour toujours. Jésus ne dit-il pas qui cherche trouve ?

Pratique IV : Celui qui doute ne connaitra le Brahman ni en ce monde ni en l’autre. Dans Le croyant peut douter, mais la foi du spirituel visant Brahman doit être absolue nous avons vu que la Bible présente l’homme comme co-créateur, dominant les êtres terrestres et nommant les animaux. La Bhagavad Gita présente l’humain comme auto-créateur : L’homme est fait de sa foi. Ce qu’est l’objet de sa foi, il le devient aussi (BG 17/03). Le cheminement spirituel se développe en quatre étapes. 1°) L’égoïsme : l’homme s’identifie à son corps-mental et perçoit le monde comme un terrain de chasse peuplé de proies potentielles. 2°) Il croit à un Dieu transcendant, c’est le début de la conscience religieuse. 3°) L’homme comprend ceci : Je suis le Soi (atman)…siégeant dans le cœur de tous les êtres (BG 10/20). C’est le début de la vie mystique ; l’intimité avec Dieu. 4°) L’homme découvre que ce Dieu qui est en lui n’est pas un autre en lui, mais que c’est le cœur du cœur de lui-même ; que le corps, le mental, ne sont que des enveloppes transitoires du Soi qu’il est fondamentalement. Reste alors à s’identifier sans retour au Soi intérieur, ce qui implique une audace spirituelle (qui peut sembler blasphématoire au dualisme religieux, comme l’atteste la fin de Jésus). Mais, à quelque chose malheur est bon, ce danger n’est plus de saison en Occident actuellement : libre du sens de l’ego, de la violence, de l’orgueil, de la luxure, de la colère, de la convoitise, en paix avec lui-même, celui-là est mûr pour se fondre en Brahman (BG 18/53).

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