La VÉRITABLE IDENTITÉ de l’HUMAIN
Celui qui, par le yoga de l’union divine, s’est détaché des œuvres, dont les doutes ont été tranchés par la conscience de sa véritable identité, cet homme maître de lui-même, ô conquérant des richesses, les actions ne sauraient l’enchaîner (BG 04/41)
Avec l’épée de la connaissance, tranche donc ce doute quant à la nature du Soi, doute né de l’ignorance qui a surgi en ton cœur. Aie recours au yoga et redresse toi ! (BG 04/42)
Théorie :
Le détachement des œuvres par le yoga
1 Celui qui, par le yoga de l’union divine…
À proprement parler, yoga de l’union est un pléonasme, puisque yoga signifie union. Mais il y a, déjà dans la tradition, tant de formes de yoga, et encore plus dans le ‘yoga moderne’ comme produit de consommation, qu’il n’est plus inutile de préciser qu’il s’agit ici de l’union de la conscience individuelle humaine avec la Conscience divine pure.
2 Celui qui, par le yoga de l’union divine, s’est détaché des œuvres…L’homme a un corps et un cerveau mortels, qui agissent sur le monde matériel mortel lui aussi. L’homme profane est tout occupé par ses œuvres, en vue d’en consommer les fruits. De ce fait il s’enferme dans le monde mortel et se condamne à la course indéfinie du samsara (la ronde des naissances et des morts). C’est pourquoi il est dit que : Ce monde nous enchaîne par les œuvres (BG 03/09). Le monde humain est le produit de maya, l’illusion cosmique : Quoique sans commencement et sans fin, impérissable en mon essence, et Seigneur des êtres vivants, je me produis moi-même, en usant de mon propre pouvoir mystérieux (maya) (BG 04/06). Le yogi qui s’unit à la conscience divine sort par là-même de l’illusion cosmique. C’est ainsi qu’il s’est détaché des œuvres. Cela ne signifie pas qu’il n’agit plus puisque le simple entretien de ta vie corporelle requiert une activité (BG 03/08). Mais cela signifie qu’il n’agit dans une œuvre prescrite que parce qu’elle doit l’être et sans attachement, ni désir pour le fruit…(BG 18/09).
La véritable identité de l’humain
1 …dont les doutes ont été tranchés par la conscience de sa véritable identité…Les doutes vis-à-vis de quoi ? Les doutes vis-à-vis de la question fondamentale : Qui suis-je ? Le profane se prend pour un corps-mental né d’on ne sait où (Cet univers est dépourvu de vérité (irréel), d’ordre, et de dieu ; il est né uniquement de l’union dans le désir sexuel. Qu’y a-t-il d’autre ? : BG 16/08). Le croyant dualiste (chrétien) se prend pour une créature façonnée par Dieu à partir de rien (creatio ex nihilo ; BG 09/15). Le yogi sait que Dieu dit : Cet univers entier est pénétré par moi, sous ma forme non-manifestée. Tous les êtres demeurent en moi… (BG 09/04). Par conséquent son identité est divine ; connaître Dieu et se connaître lui-même devient une seule et même chose. Telle est la conscience de sa véritable identité. Mais cette révélation ésotérique, qui apparait folie au matérialiste et blasphème au croyant dualiste, est tellement bouleversante que le diable du duel suscite en lui des doutes. L’œuvre du yoga consiste précisément à trancher ces doutes. La foi exotérique peut s’accommoder de quelques doutes ; cela fait même très humble. Mais la foi spirituelle, donc ésotérique, n’en tolère aucun. D’où cette insistance de la Bhagavad Gita sur les doutes, qui revient comme un refrain et ponctue le texte : les doutes m’ont quitté. J’agirai selon ta parole (BG 18/73).
2 Nous venons de voir ce qu’en dit le Christianisme théologique, et qu’en dit Jésus ? Ils lui disent donc : « Qui es tu ? » Jésus leur dit : « Je vous le dis aussi, le principe-arkhê. » (Jn 08/25 = P 146). Jésus n’est pas seulement l’homme que ses disciples perçoivent, il est aussi (en tant que réalisé) le principe divin. Évidemment les traductions exotériques de l’Évangile notent ‘Je suis le commencement’, jouant sur la polysémie du mot arkhê. Écouter est une chose, entendre une autre.
La liberté de l’homme conscient de son identité
1 … cet homme maître de lui-même, ô conquérant des richesses, les actions ne sauraient l’enchaîner (BG 04/41). Qu’est-ce qu’un homme maître de lui-même au sens yogique ? Au sens profane, la maîtrise de soi est importante ; elle permet à l’homme de développer sa concentration (dharana) et d’atteindre ses objectifs humains aussi entreprenants qu’ils soient. Au sens spirituel, la maîtrise de soi consiste à n’avoir plus d’objectifs purement humains, c’est-à-dire issus de l’ego seul. L’action rajasique (passionnée) est motivée par le désir des fruits, et par la pensée du ‘moi’…(BG 18/24). L’action de l’homme totalement maître de lui-même, au sens yogique, est prescrite (par les Écritures), accomplie sans attachement, en dehors de toute préférence ou répugnance…et donc sattvique (spirituelle) (BG 18/23).
2 …ô conquérant des richesses…comme déjà vu, l’expression pourrait choquer un Chrétien habitué à penser que le royaume des cieux est fermé aux riches. Sauf que l’Évangile précise qu’à la mort de Jésus un homme influent demande à Pilate le corps de Jésus : Le soir venu, il vint un homme riche d’Arimathie, du nom de Joseph, qui s’était fait, lui aussi, disciple de Jésus (Mt 27/57 = P 302). Pour la Gita, comme pour l’Évangile, la richesse n’est pas en soi un obstacle à la spiritualité ; c’est l’attachement à la richesse (même modeste) qui en est un. Le détachement des richesses périssables n’est pas, en soi, une garantie de spiritualité ; c’est seulement un moyen généralement utile, voire nécessaire pour certains, pour se mieux attacher aux richesses spirituelles.
3 … les actions ne sauraient l’enchaîner. Les actions n’enchaînent que l’homme qui s’attache à leurs fruits, c’est-à-dire qui agit par intérêt de l’ego. L’homme maître de lui-même, au sens vu précédemment, n’agit pas pour les fruits, mais uniquement pour le maintien de l’ordre universel (BG 03/20).
4 Swami Mukundananda symbolise ainsi les choses : « C’est comme multiplier un nombre par zéro : multiplier 0 par 10 donne 0 ; multiplier 0 par 1 million donne également 0. De même, les œuvres accomplies par les âmes éclairées dans le monde ne les lient pas, car elles sont offertes à Dieu dans le feu du Yoga, c’est-à-dire accomplies pour plaire à Dieu. Ainsi, malgré leurs nombreuses actions, les saints demeurent affranchis des chaînes du karma. » En symbolisme arithmétique, Dieu, en tant que créateur, est le Un, qui se démultiplie dans la suite des nombres, elle-même symbolisant l’indéfinité de la création. Mais le Un, c’est Dieu par rapport au monde, pour le monde, vu du monde. Le Zéro symbolise le sur-Être. C’est donc Dieu en soi, non comme principe du monde, à qui le yogi doit offrir toutes ses œuvres pour que leur karma ne l’affecte pas. Ce n’est pas le Dieu des religions, comme l’Autre suprême, mais le Dieu métaphysique, spirituel comme le seul absolument réel.
L’épée de la connaissance
1 Avec l’épée de la connaissance, tranche donc ce doute quant à la nature du Soi… Le doute quant à la nature du Soi, c’est-à-dire de l’atman, consiste à croire que l’humain (le moi, l’ego) est séparé du divin (le Soi). Le Soi-atman est au divin ce que le rayon du soleil est au soleil (Ishwara, Dieu). Le Soi est du soleil ; c’est Dieu enfoui dans le cœur de l’humain transitoire. Sache que la connaissance sattvique (pure) est celle par laquelle on perçoit la réalité indestructible dans tous les êtres, l’indivisible dans ce qui est divisé (BG 18/20). Bien qu’une pratique gymnique et morale puisse aider à la finalité du yoga, fondamentalement le yoga est connaissance. Il est fusion en Brahman et Brahman… On ne peut l’atteindre que par la connaissance (BG 13/17).
2 Retrouvant un symbole cher à Jésus, celui du glaive (N’allez pas croire que je sois venu apporter la paix sur la terre ; je ne suis pas venu apporter la paix, mais le glaive : Mt 10/34 = P 180), la Gita emploie le symbolisme de l’épée, pour montrer qu’il faut des qualités chevaleresques et guerrières pour oser trancher la montagne des doutes qui font que l’humain se croit séparé de Dieu, autre que Lui. L’humain religieux prend cela pour de l’humilité ; alors qu’il faut être un monument d’orgueil pour se poser comme étant en dehors de Dieu, qui est tout.
D’où vient l’ignorance spirituelle ?
1 doute né de l’ignorance qui a surgi en ton cœur…Ce passage semble régler comme allant de soi une question bien difficile pour le néophyte. Que l’homme basique soit dans l’ignorance spirituelle est une évidence. Mais d’où vient cette ignorance ? Elle a surgi dans le cœur, mais qui l’y a mise ? D’où sort-elle ?
2 Une conception biblique ou judéo-chrétienne dira : « C’est le diable qui l’y a mise. » À preuve la parabole du bon grain et de l’ivraie de Jésus : pendant que les gens dorment, son ennemi vient, il sème à son tour de l’ivraie, au beau milieu du blé, et il s’en va (Mt 13/25 = P 089) et le bon grain, ce sont les sujets du royaume ; l’ivraie, ce sont les sujets du mauvais ; l’ennemi qui l’a semée, c’est le diable (Mt 13/39 = P 093).
3 Dans cette parabole, Jésus parle au peuple ; mais lui-même dépasse évidemment cette conception littérale et dualiste, lorsqu’il précise aux Douze apôtres : Ne vous ai-je pas choisis-et-élus, vous les Douze ? Or, l’un de vous est un diable ! (Jn 06/70 = P 110). Jésus est-il masochiste au point d’avoir choisi un disciple dont il sait qu’il le fera condamner à la croix ? On pourrait presque le croire à entendre les propos théologiques.
4 Métaphysiquement il en est autrement. Toute manifestation-création implique une dualité. La manifestation est le passage de l’Être absolu à la multiplicité indéfinie des êtres particuliers et transitoires. Quand il y a manifestation, il y a un moi qui se perçoit comme distinct du monde et des autres egos. Dès lors, il y a dualité. Ce qui est désagréable à l’ego lui semble alors diabolique, adverse (satan). Il n’y a, certes, pas de monde sans Dieu, mais il n’y a pas non plus de monde sans diable. Alors d’où vient l’ignorance ? Elle vient du cœur de l’homme, lorsqu’il s’attache uniquement aux objets des sens, en oubliant qu’ils ne sont que la manifestation, le symbole, le reflet transitoire du Principe divin, qui seul est véritablement.
5 Aie recours au yoga et redresse-toi ! (BG 04/42). Le yoga, reliant l’homme avec le principe divin, libère de l’ignorance, établit la connaissance de notre véritable identité et libère l’homme de l’illusion d’être séparé des autres êtres et surtout du principe divin.
6 … redresse-toi ! conclut Krishna, ce qui n’est pas sans évoquer la parole de Jésus : Quand cela (les signes de la fin du cycle) commencera d’arriver, redressez-vous et relevez la tête, parce que votre délivrance est proche (Lc 21/28 = P 248).
Pratique :
Pratique I : Celui qui, par le yoga de l’union divine, s’est détaché des œuvres…Dans Le détachement des œuvres par le yoga fut exposé que le yoga est l’union de la conscience individuelle humaine avec la Conscience divine pure. L’homme profane est tout occupé par ses œuvres, en vue d’en consommer les fruits. De ce fait, il s’enferme dans le monde mortel et se condamne à la course indéfinie du samsara (la ronde des naissances et des morts). Le yogi qui s’unit à la conscience divine sort par là-même de l’illusion cosmique. C’est ainsi qu’il s’est détaché des œuvres. Il n’agit dans une œuvre prescrite que parce qu’elle doit l’être et sans attachement, ni désir pour le fruit…(BG 18/09).
Pratique II : …dont les doutes ont été tranchés par la conscience de sa véritable identité…dans La véritable identité de l’humain fut expliqué que l’homme n’est né ni du hasard (matérialisme), ni tiré du néant par Dieu (Christianisme), car Cet univers entier est pénétré par moi, sous ma forme non-manifestée. Tous les êtres demeurent en moi… (BG 09/04). Par conséquent, l’identité de l’homme est divine ; connaître Dieu et se connaître soi-même devient une seule et même chose. Telle est la conscience de sa véritable identité. Jésus dit semblablement : Je vous le dis aussi, je suis le principe-arkhê (Jn 08/25 = P 146). Il ne dit pas cela pour se vanter auprès du disciple, comme un dieu en quête de dévots, mais pour entraîner le disciple à le comprendre aussi.
Pratique III : … cet homme maître de lui-même, ô conquérant des richesses, les actions ne sauraient l’enchaîner…dans La liberté de l’homme conscient de son identité il fut dit : Au sens profane, la maîtrise de soi est importante pour réussir dans le monde. Au sens spirituel, la maîtrise de soi consiste à n’avoir plus d’objectifs purement humains, c’est-à-dire issus de l’ego seul. Pour la Gita, comme pour l’Évangile, la richesse n’est pas en soi un obstacle à la spiritualité ; c’est l’attachement à la richesse (même modeste) qui en est un. Le détachement des richesses périssables n’est pas, en soi, une garantie de spiritualité ; c’est seulement un moyen généralement utile, voire nécessaire pour certains, pour se mieux attacher aux richesses spirituelles. … les actions ne sauraient l’enchaîner. Les actions n’enchaînent que l’homme qui s’attache à leurs fruits, c’est-à-dire qui agit par intérêt de l’ego. L’homme maître de lui-même, au sens vu précédemment, n’agit pas pour les fruits, mais uniquement pour le maintien de l’ordre universel (BG 03/20).
Pratique IV : Avec l’épée de la connaissance, tranche donc ce doute quant à la nature du Soi…Dans L’épée de la connaissance fut exposé que le Soi-atman est au divin ce que le rayon du soleil est au soleil (Ishwara, Dieu). Le Soi est du soleil ; c’est Dieu enfoui dans le cœur de l’humain transitoire. Sache que la connaissance sattvique (pure) est celle par laquelle on perçoit la réalité indestructible dans tous les êtres, l’indivisible dans ce qui est divisé (BG 18/20). Il faut des qualités chevaleresques et guerrières pour oser trancher la montagne des doutes qui font que l’humain se croit séparé de Dieu, autre que Lui. Jésus dit pour cela : je ne suis pas venu apporter la paix, mais le glaive (Mt 10/34 = P 180). L’humain religieux prend son dualisme pour de l’humilité ; alors qu’il faut être un monument d’orgueil pour se poser comme étant en dehors de Dieu, qui est tout.
Pratique V : …doute né de l’ignorance qui a surgi en ton cœur…Dans D’où vient l’ignorance spirituelle ? fut expliqué que le religieux dira : « Elle vient du diable ». Pourtant, métaphysiquement, toute manifestation création implique une dualité. La manifestation est le passage de l’Être absolu à la multiplicité infinie des êtres particuliers et transitoires. Pour qu’il y ait manifestation, il faut qu’il y ait un moi qui se perçoive comme distinct du monde et des autres ego. Alors d’où vient l’ignorance ? Elle vient du cœur de l’homme, lorsqu’il s’attache uniquement aux objets des sens, en oubliant qu’ils ne sont que la manifestation, le symbole, le reflet transitoire du Principe divin, qui seul est véritablement. Dire : « Je suis Dieu », en tant qu’ego, c’est folie. Dire : « Je ne suis pas Dieu », en tant qu’humain, c’est orgueil. La sagesse, c’est « Je ne suis rien qui ne soit Dieu ». La réalisation, c’est : « Je suis ».
La VÉRITABLE IDENTITÉ de l’HUMAIN (BG 04/41-42)
La VÉRITABLE IDENTITÉ de l’HUMAIN (BG 04/41-42)
La VÉRITABLE IDENTITÉ de l’HUMAIN
Celui qui, par le yoga de l’union divine, s’est détaché des œuvres, dont les doutes ont été tranchés par la conscience de sa véritable identité, cet homme maître de lui-même, ô conquérant des richesses, les actions ne sauraient l’enchaîner (BG 04/41)
Avec l’épée de la connaissance, tranche donc ce doute quant à la nature du Soi, doute né de l’ignorance qui a surgi en ton cœur. Aie recours au yoga et redresse toi ! (BG 04/42)
Théorie :
Le détachement des œuvres par le yoga
1 Celui qui, par le yoga de l’union divine…
À proprement parler, yoga de l’union est un pléonasme, puisque yoga signifie union. Mais il y a, déjà dans la tradition, tant de formes de yoga, et encore plus dans le ‘yoga moderne’ comme produit de consommation, qu’il n’est plus inutile de préciser qu’il s’agit ici de l’union de la conscience individuelle humaine avec la Conscience divine pure.
2 Celui qui, par le yoga de l’union divine, s’est détaché des œuvres…L’homme a un corps et un cerveau mortels, qui agissent sur le monde matériel mortel lui aussi. L’homme profane est tout occupé par ses œuvres, en vue d’en consommer les fruits. De ce fait il s’enferme dans le monde mortel et se condamne à la course indéfinie du samsara (la ronde des naissances et des morts). C’est pourquoi il est dit que : Ce monde nous enchaîne par les œuvres (BG 03/09). Le monde humain est le produit de maya, l’illusion cosmique : Quoique sans commencement et sans fin, impérissable en mon essence, et Seigneur des êtres vivants, je me produis moi-même, en usant de mon propre pouvoir mystérieux (maya) (BG 04/06). Le yogi qui s’unit à la conscience divine sort par là-même de l’illusion cosmique. C’est ainsi qu’il s’est détaché des œuvres. Cela ne signifie pas qu’il n’agit plus puisque le simple entretien de ta vie corporelle requiert une activité (BG 03/08). Mais cela signifie qu’il n’agit dans une œuvre prescrite que parce qu’elle doit l’être et sans attachement, ni désir pour le fruit…(BG 18/09).
La véritable identité de l’humain
1 …dont les doutes ont été tranchés par la conscience de sa véritable identité…Les doutes vis-à-vis de quoi ? Les doutes vis-à-vis de la question fondamentale : Qui suis-je ? Le profane se prend pour un corps-mental né d’on ne sait où (Cet univers est dépourvu de vérité (irréel), d’ordre, et de dieu ; il est né uniquement de l’union dans le désir sexuel. Qu’y a-t-il d’autre ? : BG 16/08). Le croyant dualiste (chrétien) se prend pour une créature façonnée par Dieu à partir de rien (creatio ex nihilo ; BG 09/15). Le yogi sait que Dieu dit : Cet univers entier est pénétré par moi, sous ma forme non-manifestée. Tous les êtres demeurent en moi… (BG 09/04). Par conséquent son identité est divine ; connaître Dieu et se connaître lui-même devient une seule et même chose. Telle est la conscience de sa véritable identité. Mais cette révélation ésotérique, qui apparait folie au matérialiste et blasphème au croyant dualiste, est tellement bouleversante que le diable du duel suscite en lui des doutes. L’œuvre du yoga consiste précisément à trancher ces doutes. La foi exotérique peut s’accommoder de quelques doutes ; cela fait même très humble. Mais la foi spirituelle, donc ésotérique, n’en tolère aucun. D’où cette insistance de la Bhagavad Gita sur les doutes, qui revient comme un refrain et ponctue le texte : les doutes m’ont quitté. J’agirai selon ta parole (BG 18/73).
2 Nous venons de voir ce qu’en dit le Christianisme théologique, et qu’en dit Jésus ? Ils lui disent donc : « Qui es tu ? » Jésus leur dit : « Je vous le dis aussi, le principe-arkhê. » (Jn 08/25 = P 146). Jésus n’est pas seulement l’homme que ses disciples perçoivent, il est aussi (en tant que réalisé) le principe divin. Évidemment les traductions exotériques de l’Évangile notent ‘Je suis le commencement’, jouant sur la polysémie du mot arkhê. Écouter est une chose, entendre une autre.
La liberté de l’homme conscient de son identité
1 … cet homme maître de lui-même, ô conquérant des richesses, les actions ne sauraient l’enchaîner (BG 04/41). Qu’est-ce qu’un homme maître de lui-même au sens yogique ? Au sens profane, la maîtrise de soi est importante ; elle permet à l’homme de développer sa concentration (dharana) et d’atteindre ses objectifs humains aussi entreprenants qu’ils soient. Au sens spirituel, la maîtrise de soi consiste à n’avoir plus d’objectifs purement humains, c’est-à-dire issus de l’ego seul. L’action rajasique (passionnée) est motivée par le désir des fruits, et par la pensée du ‘moi’…(BG 18/24). L’action de l’homme totalement maître de lui-même, au sens yogique, est prescrite (par les Écritures), accomplie sans attachement, en dehors de toute préférence ou répugnance…et donc sattvique (spirituelle) (BG 18/23).
2 …ô conquérant des richesses…comme déjà vu, l’expression pourrait choquer un Chrétien habitué à penser que le royaume des cieux est fermé aux riches. Sauf que l’Évangile précise qu’à la mort de Jésus un homme influent demande à Pilate le corps de Jésus : Le soir venu, il vint un homme riche d’Arimathie, du nom de Joseph, qui s’était fait, lui aussi, disciple de Jésus (Mt 27/57 = P 302). Pour la Gita, comme pour l’Évangile, la richesse n’est pas en soi un obstacle à la spiritualité ; c’est l’attachement à la richesse (même modeste) qui en est un. Le détachement des richesses périssables n’est pas, en soi, une garantie de spiritualité ; c’est seulement un moyen généralement utile, voire nécessaire pour certains, pour se mieux attacher aux richesses spirituelles.
3 … les actions ne sauraient l’enchaîner. Les actions n’enchaînent que l’homme qui s’attache à leurs fruits, c’est-à-dire qui agit par intérêt de l’ego. L’homme maître de lui-même, au sens vu précédemment, n’agit pas pour les fruits, mais uniquement pour le maintien de l’ordre universel (BG 03/20).
4 Swami Mukundananda symbolise ainsi les choses : « C’est comme multiplier un nombre par zéro : multiplier 0 par 10 donne 0 ; multiplier 0 par 1 million donne également 0. De même, les œuvres accomplies par les âmes éclairées dans le monde ne les lient pas, car elles sont offertes à Dieu dans le feu du Yoga, c’est-à-dire accomplies pour plaire à Dieu. Ainsi, malgré leurs nombreuses actions, les saints demeurent affranchis des chaînes du karma. » En symbolisme arithmétique, Dieu, en tant que créateur, est le Un, qui se démultiplie dans la suite des nombres, elle-même symbolisant l’indéfinité de la création. Mais le Un, c’est Dieu par rapport au monde, pour le monde, vu du monde. Le Zéro symbolise le sur-Être. C’est donc Dieu en soi, non comme principe du monde, à qui le yogi doit offrir toutes ses œuvres pour que leur karma ne l’affecte pas. Ce n’est pas le Dieu des religions, comme l’Autre suprême, mais le Dieu métaphysique, spirituel comme le seul absolument réel.
L’épée de la connaissance
1 Avec l’épée de la connaissance, tranche donc ce doute quant à la nature du Soi… Le doute quant à la nature du Soi, c’est-à-dire de l’atman, consiste à croire que l’humain (le moi, l’ego) est séparé du divin (le Soi). Le Soi-atman est au divin ce que le rayon du soleil est au soleil (Ishwara, Dieu). Le Soi est du soleil ; c’est Dieu enfoui dans le cœur de l’humain transitoire. Sache que la connaissance sattvique (pure) est celle par laquelle on perçoit la réalité indestructible dans tous les êtres, l’indivisible dans ce qui est divisé (BG 18/20). Bien qu’une pratique gymnique et morale puisse aider à la finalité du yoga, fondamentalement le yoga est connaissance. Il est fusion en Brahman et Brahman… On ne peut l’atteindre que par la connaissance (BG 13/17).
2 Retrouvant un symbole cher à Jésus, celui du glaive (N’allez pas croire que je sois venu apporter la paix sur la terre ; je ne suis pas venu apporter la paix, mais le glaive : Mt 10/34 = P 180), la Gita emploie le symbolisme de l’épée, pour montrer qu’il faut des qualités chevaleresques et guerrières pour oser trancher la montagne des doutes qui font que l’humain se croit séparé de Dieu, autre que Lui. L’humain religieux prend cela pour de l’humilité ; alors qu’il faut être un monument d’orgueil pour se poser comme étant en dehors de Dieu, qui est tout.
D’où vient l’ignorance spirituelle ?
1 doute né de l’ignorance qui a surgi en ton cœur…Ce passage semble régler comme allant de soi une question bien difficile pour le néophyte. Que l’homme basique soit dans l’ignorance spirituelle est une évidence. Mais d’où vient cette ignorance ? Elle a surgi dans le cœur, mais qui l’y a mise ? D’où sort-elle ?
2 Une conception biblique ou judéo-chrétienne dira : « C’est le diable qui l’y a mise. » À preuve la parabole du bon grain et de l’ivraie de Jésus : pendant que les gens dorment, son ennemi vient, il sème à son tour de l’ivraie, au beau milieu du blé, et il s’en va (Mt 13/25 = P 089) et le bon grain, ce sont les sujets du royaume ; l’ivraie, ce sont les sujets du mauvais ; l’ennemi qui l’a semée, c’est le diable (Mt 13/39 = P 093).
3 Dans cette parabole, Jésus parle au peuple ; mais lui-même dépasse évidemment cette conception littérale et dualiste, lorsqu’il précise aux Douze apôtres : Ne vous ai-je pas choisis-et-élus, vous les Douze ? Or, l’un de vous est un diable ! (Jn 06/70 = P 110). Jésus est-il masochiste au point d’avoir choisi un disciple dont il sait qu’il le fera condamner à la croix ? On pourrait presque le croire à entendre les propos théologiques.
4 Métaphysiquement il en est autrement. Toute manifestation-création implique une dualité. La manifestation est le passage de l’Être absolu à la multiplicité indéfinie des êtres particuliers et transitoires. Quand il y a manifestation, il y a un moi qui se perçoit comme distinct du monde et des autres egos. Dès lors, il y a dualité. Ce qui est désagréable à l’ego lui semble alors diabolique, adverse (satan). Il n’y a, certes, pas de monde sans Dieu, mais il n’y a pas non plus de monde sans diable. Alors d’où vient l’ignorance ? Elle vient du cœur de l’homme, lorsqu’il s’attache uniquement aux objets des sens, en oubliant qu’ils ne sont que la manifestation, le symbole, le reflet transitoire du Principe divin, qui seul est véritablement.
5 Aie recours au yoga et redresse-toi ! (BG 04/42). Le yoga, reliant l’homme avec le principe divin, libère de l’ignorance, établit la connaissance de notre véritable identité et libère l’homme de l’illusion d’être séparé des autres êtres et surtout du principe divin.
6 … redresse-toi ! conclut Krishna, ce qui n’est pas sans évoquer la parole de Jésus : Quand cela (les signes de la fin du cycle) commencera d’arriver, redressez-vous et relevez la tête, parce que votre délivrance est proche (Lc 21/28 = P 248).
Pratique :
Pratique I : Celui qui, par le yoga de l’union divine, s’est détaché des œuvres…Dans Le détachement des œuvres par le yoga fut exposé que le yoga est l’union de la conscience individuelle humaine avec la Conscience divine pure. L’homme profane est tout occupé par ses œuvres, en vue d’en consommer les fruits. De ce fait, il s’enferme dans le monde mortel et se condamne à la course indéfinie du samsara (la ronde des naissances et des morts). Le yogi qui s’unit à la conscience divine sort par là-même de l’illusion cosmique. C’est ainsi qu’il s’est détaché des œuvres. Il n’agit dans une œuvre prescrite que parce qu’elle doit l’être et sans attachement, ni désir pour le fruit…(BG 18/09).
Pratique II : …dont les doutes ont été tranchés par la conscience de sa véritable identité…dans La véritable identité de l’humain fut expliqué que l’homme n’est né ni du hasard (matérialisme), ni tiré du néant par Dieu (Christianisme), car Cet univers entier est pénétré par moi, sous ma forme non-manifestée. Tous les êtres demeurent en moi… (BG 09/04). Par conséquent, l’identité de l’homme est divine ; connaître Dieu et se connaître soi-même devient une seule et même chose. Telle est la conscience de sa véritable identité. Jésus dit semblablement : Je vous le dis aussi, je suis le principe-arkhê (Jn 08/25 = P 146). Il ne dit pas cela pour se vanter auprès du disciple, comme un dieu en quête de dévots, mais pour entraîner le disciple à le comprendre aussi.
Pratique III : … cet homme maître de lui-même, ô conquérant des richesses, les actions ne sauraient l’enchaîner…dans La liberté de l’homme conscient de son identité il fut dit : Au sens profane, la maîtrise de soi est importante pour réussir dans le monde. Au sens spirituel, la maîtrise de soi consiste à n’avoir plus d’objectifs purement humains, c’est-à-dire issus de l’ego seul. Pour la Gita, comme pour l’Évangile, la richesse n’est pas en soi un obstacle à la spiritualité ; c’est l’attachement à la richesse (même modeste) qui en est un. Le détachement des richesses périssables n’est pas, en soi, une garantie de spiritualité ; c’est seulement un moyen généralement utile, voire nécessaire pour certains, pour se mieux attacher aux richesses spirituelles. … les actions ne sauraient l’enchaîner. Les actions n’enchaînent que l’homme qui s’attache à leurs fruits, c’est-à-dire qui agit par intérêt de l’ego. L’homme maître de lui-même, au sens vu précédemment, n’agit pas pour les fruits, mais uniquement pour le maintien de l’ordre universel (BG 03/20).
Pratique IV : Avec l’épée de la connaissance, tranche donc ce doute quant à la nature du Soi…Dans L’épée de la connaissance fut exposé que le Soi-atman est au divin ce que le rayon du soleil est au soleil (Ishwara, Dieu). Le Soi est du soleil ; c’est Dieu enfoui dans le cœur de l’humain transitoire. Sache que la connaissance sattvique (pure) est celle par laquelle on perçoit la réalité indestructible dans tous les êtres, l’indivisible dans ce qui est divisé (BG 18/20). Il faut des qualités chevaleresques et guerrières pour oser trancher la montagne des doutes qui font que l’humain se croit séparé de Dieu, autre que Lui. Jésus dit pour cela : je ne suis pas venu apporter la paix, mais le glaive (Mt 10/34 = P 180). L’humain religieux prend son dualisme pour de l’humilité ; alors qu’il faut être un monument d’orgueil pour se poser comme étant en dehors de Dieu, qui est tout.
Pratique V : …doute né de l’ignorance qui a surgi en ton cœur…Dans D’où vient l’ignorance spirituelle ? fut expliqué que le religieux dira : « Elle vient du diable ». Pourtant, métaphysiquement, toute manifestation création implique une dualité. La manifestation est le passage de l’Être absolu à la multiplicité infinie des êtres particuliers et transitoires. Pour qu’il y ait manifestation, il faut qu’il y ait un moi qui se perçoive comme distinct du monde et des autres ego. Alors d’où vient l’ignorance ? Elle vient du cœur de l’homme, lorsqu’il s’attache uniquement aux objets des sens, en oubliant qu’ils ne sont que la manifestation, le symbole, le reflet transitoire du Principe divin, qui seul est véritablement. Dire : « Je suis Dieu », en tant qu’ego, c’est folie. Dire : « Je ne suis pas Dieu », en tant qu’humain, c’est orgueil. La sagesse, c’est « Je ne suis rien qui ne soit Dieu ». La réalisation, c’est : « Je suis ».
La VÉRITABLE IDENTITÉ de l’HUMAIN (BG 04/41-42)