L’ÊTRE INCARNÉ dans la CITÉ aux NEUF PORTES
Renonçant mentalement à toutes les actions et parfaitement maître de lui,
l’être incarné vit heureux dans la cité aux neufs portes,
sans agir ni faire agir (le corps et les sens)
(BG 05/13)
Théorie :
Maîtrise de soi et concentration sur le Soi
1 Renonçant mentalement à toutes les actions…L’expression peut sembler curieuse, mais la Gita tient compte du fait que personne, pas même un instant, n’est réellement et intérieurement sans agir…qu’il le veuille ou non…(BG 03/05). Il s’agit là seulement de renoncer aux actions volontaires, celles qui sont alimentées par les désirs que fabrique le mental.
2 …parfaitement maître de lui…Le maître de l’homme profane est son ego. Il pense en termes de ‘moi et le monde’, ‘moi et les autres’. Il s’identifie à ses sensations et aux pensées qui en résultent et cherche à maîtriser le monde alentour pour satisfaire ses désirs. La Gita revient souvent sur la question de la maîtrise de soi, c’est-à-dire de l’ego (reste maître de toi-même : BG 02/45 ; Qui tient ses sens en son pouvoir est vraiment confirmé en sagesse : BG 02/61). Il s’agit d’un retournement de ce que l’on veut maîtriser : non pas le monde pour satisfaire le soi-ego, mais l’ego pour dégager le Soi-atman. Cette opération se retrouve dans l’Évangile, sous le nom de metanoia (P 015 et 038). Le chemin spirituel se résume à deux points essentiels : la maîtrise de soi et la concentration sur l’atman puis sur Brahman. Le premier point conditionne le second.
Le mystère de l’être incarné
1 … l’être incarné… désigne l’atman, le rayon divin qui maintient l’humain dans l’existence et le relie à son principe. L’expression se révèle riche de sens. Elle distingue la forme (corps-mental), représentée par incarné, et le fond, l’être. On retrouve la différence de perspective avec les religions abrahamiques, pour qui l’être présentement humain sera toujours humain, avec un corps humain, qui se prolongera sans fin ainsi au paradis ou en enfer. Du moins en est-il ainsi dans leur exotérisme.
2 Alors que l’expression l’être incarné, pour désigner l’atman, suggère qu’il ne se confond pas avec le corps, mais qu’il habite transitoirement le corps. Le saint pape Jean-Paul II a dit : « Je n’ai pas un corps ; je suis un corps ». Le Yogi déclare : « Je suis enfermé dans un corps et mon objectif est de m’en libérer. » La Bhagavad Gita décrit le Yogi comme celui qui a la claire vision des maux qu’apportent la naissance, la maladie, la douleur, la vieillesse, la mort… (BG 13/08). Il existe une analogie certaine entre la doctrine yogique et ce que l’on connaît comme le Catharisme médiéval en Occident. Il convient cependant d’être prudent, car on ne connaît les Cathares que par l’Église qui les a massacrés.
3 Une bonne compréhension amènerait à écrire l’Être incarné et non l’être incarné. En effet la Gita déclare : Quand l’intelligent arrive à comprendre que la foule des existences particulières trouve sa source en un être unique, il devient Brahman (BG 13/30). Car en réalité, c’est l’Être, c’est-à-dire l’Unique, Dieu, qui se manifeste en s’incarnant en une multitude d’êtres transitoires.
La cité aux neufs portes ; où sont les femmes ?
1 …la cité aux neufs portes…Il s’agit du corps, les portes étant les yeux, les oreilles, les narines, la bouche, le rectum et le méat urinaire. On note que l’anatomie ainsi décrite est masculine, puisqu’il manque l’ouverture vaginale de la femme. La tentation de la révolte féministe se présente alors arguant que toutes ces sciences anciennes furent mises au point par des hommes, pour des hommes, au mépris de leurs épouses.
2 L’ésotérisme propose une autre explication : Simon Pierre leur dit : « Que Myriam sorte de parmi nous, car les femmes ne sont pas dignes de la vie ». Jésus dit : « Voici, moi je vais la guider afin de la faire mâle, en sorte qu’elle devienne elle aussi un esprit vivant semblable à vous les mâles, car toute femme qui se fera mâle entrera dans le Royaume des cieux. » (Évangile selon Thomas 114). La Gita enseigne de même : Ceux qui, par l’œil de la connaissance, perçoivent la distinction entre le ‘Champ’ (Matière, corps) et le ‘Connaisseur du Champ’ (Idée, Conscience), et comment on se libère de la prakriti (Nature), et des êtres, ceux-là atteignent le but suprême (BG 13/34). Or la prakriti (Yin en taoïsme chinois) est ce qui domine chez la femme. C’est en s’orientant intérieurement vers le Yang (le Connaisseur du champ, soit le Purusha en mode yogique) que la femme peut accéder à la libération, moksha. Cela est vrai aussi dans la vie intérieure de l’homme, qui comprend du yang et du yin, du purusha et de la prakriti ; mais la difficulté est plus grande pour la femme chez qui le yin domine. Voilà pourquoi la référence symbolique du corps propre à contenir l’être incarné qui pourra être heureux et ensuite libéré est représentée par la cité aux neufs portes, soit un corps masculin.
3 La frontière est souvent délicate entre ce qui est profond et ce qui est creux. Cette masculinisation spirituelle de la femme yogi ne doit pas s’accompagner par une masculinisation de son corps et de son comportement. Il s’agit d’une mutation intérieure. Le monde moderne, qui présente fréquemment des aspects ésotériques, mais inversés en mode parodique, fait l’apologie de l’homme homosexuel et de la femme masculine compétiteuse de l’homme. La Gita précise : Le jugement tamasique (anti spirituel) est plongé dans les ténèbres ; il prend l’adharma (l’injuste) pour le dharma (le juste), et voit toutes choses à l’envers (BG 18/32). Pour le Yogi contemporain, la modernité est utilement exemplaire, mais en mode inversé.
La possibilité du bonheur sur terre par la spiritualité
1 …l’être incarné vit heureux dans la cité aux neufs portes, sans agir ni faire agir (le corps et les sens). L’homme profane recherche le bonheur. Pour ce faire il cherche à jouir des sens et du mental. Mais il devient ainsi l’esclave du moi-ego et demeure prisonnier du corps, et du samsara qui brasse les corps au rythme des naissances et des morts. Le Yogi ne méprise pas le bonheur. En ce sens il se distingue de certaines formes ascétiques, fréquentes en Christianisme crucicentré, mais présentes aussi en Orient et que la Gita critique nettement (Les hommes qui pratiquent de terribles austérités, non conformes aux Écritures… : BG 17/05 ; L’ascèse inspirée par de folles illusions, que l’on pratique en se torturant soi-même… : BG 17/19). Le Yogi sait que ce n’est pas en cherchant le bonheur qu’on le trouve : Que le bonheur ne soit pas l’objet de tes pensées ; reste maître de toi-même (BG 02/45). C’est en se concentrant sur l’atman, le Soi, que le bonheur vient par surcroît.
2 Il est notable de constater que Jésus enseigne exactement la même chose, bien que dans un autre langage qu’on appellera ensuite chrétien : En vérité, je vous le dis, nul n’aura laissé maison, ou champs, mère, père, femme, frères, sœurs, enfants à cause du Royaume de Dieu, à cause de moi, de mon nom, à cause de l’Évangile, qui ne reçoive le centuple dès maintenant, au temps présent, en maisons, champs, mères, frères, sœurs, enfants (P 218). Et aussi : Jésus dit à ses disciples : Ne vous inquiétez pas pour votre vie de ce que vous mangerez, ni pour votre corps de quoi vous le vêtirez. La vie n’est-elle pas plus que la nourriture, et le corps plus que le vêtement ? Regardez les oiseaux du ciel, les corbeaux : ils ne sèment, ni ne moissonnent, ni ne recueillent en des greniers, et votre Père céleste les nourrit ! Ne valez-vous pas plus qu’eux ? (P 176).
Le mystère de ‘l’enveloppe faite de béatitude’
1 Le sutra termine en insistant sans agir ni faire agir (le corps et les sens). L’expérience profane conduit l’homme à conclure que le bonheur suppose toujours une action : manger, écouter de la musique, se parfumer, contempler un paysage, caresser un corps aimé. L’homme croit que c’est la jouissance sensorielle qui est la cause bonheur. Or cela est faux et voilà pourquoi la Gita précise que l’être incarné vit heureux… sans agir ni faire agir (le corps et les sens).
2 Comment cela se peut-il ? La théorie des Koshas (des enveloppes de la constitution humaine) en distingue cinq : ana (nourriture, le corps matériel), prana (énergie), mano (mental), jnana (intellect) et ananda (béatitude). Ce qui signifie qu’au plus profond de la nature proprement humaine, l’âme n’est que béatitude. Mais l’homme profane n’a pas accès à cette béatitude, car l’agitation de son corps et la frénésie de son mental brouillent pourrait-on dire les ondes de la béatitude. Alors que fait-il ? Il recourt à un plaisir sensoriel, qui occulte pour un temps ses peurs, ses impatiences, ses doutes et crée une sorte de trou dans le voile de son mal-être, trou qui lui permet d’accéder provisoirement à la béatitude et c’est cela qui le rend transitoirement heureux. Il ne comprend pas que la sensation agréable ne fait que trouer l’écran occultant l’enveloppe faite de béatitude (ananda maya kosha) et que cette enveloppe peut être atteinte en plénitude, sans passer par les sens, ni par l’activité mentale ou physique. Cela s’appelle la méditation-dhyana.
3 En somme, le jouisseur se contente de miettes de béatitude alors que la sagesse et la spiritualité lui en offriraient la plénitude. On comprend alors : L’être inconscient de son identité spirituelle ne peut ni maîtriser son mental, ni méditer. Qui ne médite pas ne connaîtra pas la sérénité ; sans elle, d’où lui viendrait le bonheur ? (BG 02/66). Il s’agit alors du bonheur durable et non des miettes de bonheur. Alors s’éclaire le paradoxe du bonheur dans la Bhagavad Gita (et dans toutes les voies spirituelles authentiques) : on commence par se défier du bonheur : Que le bonheur ne soit pas l’objet de tes pensées (BG 02/45) et on conclut dans le dernier sutra de la BG par : Là où est Krishna, le maître de tous les yogis…règne le bonheur…Telle est mon inébranlable conviction (BG 18/78).
Pratique :
Pratique I : Maîtrise de soi et concentration sur le Soi…parfaitement maître de lui…Le maître de l’homme profane est son ego. Il pense en termes de ‘moi et le monde’, ‘moi et les autres’. Il s’identifie à ses sensations et aux pensées qui en résultent et cherche à maîtriser le monde alentour pour satisfaire les désirs. La Gita revient souvent sur la question de la maîtrise de soi, c’est-à-dire de l’ego. Il s’agit d’un retournement de ce que l’on veut maîtriser : non pas le monde pour satisfaire le soi-ego, mais l’ego pour dégager le Soi-atman. Cette opération se retrouve dans l’Évangile, sous le nom de metanoia (P 015 et 038). Le chemin spirituel se résume à deux points essentiels : la maîtrise de soi et la concentration sur l’atman puis sur Brahman. Le premier point conditionne le second.
Pratique II : Le mystère de l’être incarné L’expression l’être incarné, pour désigner l’atman, suggère qu’il ne se confond pas avec le corps, mais qu’il habite transitoirement le corps. La Bhagavad Gita décrit le Yogi comme celui qui a la claire vision des maux qu’apportent la naissance, la maladie, la douleur, la vieillesse, la mort… (BG 13/08). Une bonne compréhension amènerait à écrire l’Être incarné et non l’être incarné. En effet la Gita déclare : Quand l’intelligent arrive à comprendre que la foule des existences particulières trouve sa source en un être unique, il devient Brahman (BG 13/30). Car en réalité, c’est l’Être, c’est-à-dire l’Unique, Dieu, qui se manifeste en s’incarnant en une multitude d’êtres transitoires. Telle est notre véritable identité.
Pratique III : La cité aux neufs portes ; où sont les femmes ? la cité aux neufs portes…Il s’agit du corps, les portes étant les yeux, les oreilles, les narines, la bouche, le rectum et le méat urinaire. On note que l’anatomie ainsi décrite est masculine, puisqu’il manque l’ouverture vaginale de la femme. Jésus déclare : je vais guider Marie Madeleine afin de la faire mâle, en sorte qu’elle devienne elle aussi un esprit vivant semblable à vous les mâles, car toute femme qui se fera mâle entrera dans le Royaume des cieux. » (Évangile selon Thomas 114). C’est en s’orientant intérieurement vers le Yang (qui est nativement minoritaire chez elle) que la femme peut accéder à la libération, moksha. Voilà pourquoi la référence symbolique du corps propre à contenir l’être incarné qui pourra être heureux et ensuite libéré est représentée par la cité aux neufs portes, soit un corps masculin. Mais cela ne doit pas se faire parodiquement en mode virago. La femme pleinement femme doit épouser intérieurement, et si possible extérieurement, l’homme pleinement homme.
Pratique IV : La possibilité du bonheur sur terre par la spiritualité …l’être incarné vit heureux dans la cité aux neufs portes. L’homme profane recherche le bonheur. Pour ce faire il cherche à jouir des sens et du mental. Mais il devient ainsi l’esclave du moi-ego et demeure prisonnier du corps et du samsara, qui brasse les corps au rythme des naissances et des morts. Le Yogi sait que ce n’est pas en cherchant le bonheur qu’on le trouve. C’est en se concentrant sur l’atman, le Soi, que le bonheur vient par surcroît. Jésus enseigne exactement la même chose : Ne vous inquiétez pas pour votre vie de ce que vous mangerez, ni pour votre corps de quoi vous le vêtirez. La vie n’est-elle pas plus que la nourriture, et le corps plus que le vêtement ? Regardez les oiseaux du ciel, les corbeaux : ils ne sèment, ni ne moissonnent, ni ne recueillent en des greniers, et votre Père céleste les nourrit ! Ne valez-vous pas plus qu’eux ? (P 176).
Pratique V : Le mystère de l’enveloppe faite de béatitude L’expérience profane conduit l’homme à conclure que le bonheur suppose toujours une action : manger, écouter de la musique, se parfumer, contempler un paysage, caresser un corps aimé. L’homme croit que c’est la jouissance sensorielle qui est la cause bonheur. Or cela est faux. Au plus profond de la nature proprement humaine l’âme n’est que béatitude, mais l’homme profane n’a pas accès à cette béatitude, car l’agitation de son corps et la frénésie de son mental brouillent pourrait-on dire les ondes de la béatitude. Or la béatitude peut être atteinte en plénitude, sans passer par les sens, ni par l’activité mentale ou physique. Cela s’appelle la méditation-dhyana. Le jouisseur se contente de miettes de béatitude, alors que la sagesse et la spiritualité lui en offriraient la plénitude. Le dernier sutra de la BG déclare : Là où est Krishna, le maître de tous les yogis…règne le bonheur…Telle est mon inébranlable conviction (BG 18/78).
L’ÊTRE INCARNÉ dans la CITÉ aux NEUF PORTES (BG 05/13)
L’ÊTRE INCARNÉ dans la CITÉ aux NEUF PORTES (BG 05/13)
L’ÊTRE INCARNÉ dans la CITÉ aux NEUF PORTES
Renonçant mentalement à toutes les actions et parfaitement maître de lui,
l’être incarné vit heureux dans la cité aux neufs portes,
sans agir ni faire agir (le corps et les sens)
(BG 05/13)
Théorie :
Maîtrise de soi et concentration sur le Soi
1 Renonçant mentalement à toutes les actions…L’expression peut sembler curieuse, mais la Gita tient compte du fait que personne, pas même un instant, n’est réellement et intérieurement sans agir…qu’il le veuille ou non…(BG 03/05). Il s’agit là seulement de renoncer aux actions volontaires, celles qui sont alimentées par les désirs que fabrique le mental.
2 …parfaitement maître de lui…Le maître de l’homme profane est son ego. Il pense en termes de ‘moi et le monde’, ‘moi et les autres’. Il s’identifie à ses sensations et aux pensées qui en résultent et cherche à maîtriser le monde alentour pour satisfaire ses désirs. La Gita revient souvent sur la question de la maîtrise de soi, c’est-à-dire de l’ego (reste maître de toi-même : BG 02/45 ; Qui tient ses sens en son pouvoir est vraiment confirmé en sagesse : BG 02/61). Il s’agit d’un retournement de ce que l’on veut maîtriser : non pas le monde pour satisfaire le soi-ego, mais l’ego pour dégager le Soi-atman. Cette opération se retrouve dans l’Évangile, sous le nom de metanoia (P 015 et 038). Le chemin spirituel se résume à deux points essentiels : la maîtrise de soi et la concentration sur l’atman puis sur Brahman. Le premier point conditionne le second.
Le mystère de l’être incarné
1 … l’être incarné… désigne l’atman, le rayon divin qui maintient l’humain dans l’existence et le relie à son principe. L’expression se révèle riche de sens. Elle distingue la forme (corps-mental), représentée par incarné, et le fond, l’être. On retrouve la différence de perspective avec les religions abrahamiques, pour qui l’être présentement humain sera toujours humain, avec un corps humain, qui se prolongera sans fin ainsi au paradis ou en enfer. Du moins en est-il ainsi dans leur exotérisme.
2 Alors que l’expression l’être incarné, pour désigner l’atman, suggère qu’il ne se confond pas avec le corps, mais qu’il habite transitoirement le corps. Le saint pape Jean-Paul II a dit : « Je n’ai pas un corps ; je suis un corps ». Le Yogi déclare : « Je suis enfermé dans un corps et mon objectif est de m’en libérer. » La Bhagavad Gita décrit le Yogi comme celui qui a la claire vision des maux qu’apportent la naissance, la maladie, la douleur, la vieillesse, la mort… (BG 13/08). Il existe une analogie certaine entre la doctrine yogique et ce que l’on connaît comme le Catharisme médiéval en Occident. Il convient cependant d’être prudent, car on ne connaît les Cathares que par l’Église qui les a massacrés.
3 Une bonne compréhension amènerait à écrire l’Être incarné et non l’être incarné. En effet la Gita déclare : Quand l’intelligent arrive à comprendre que la foule des existences particulières trouve sa source en un être unique, il devient Brahman (BG 13/30). Car en réalité, c’est l’Être, c’est-à-dire l’Unique, Dieu, qui se manifeste en s’incarnant en une multitude d’êtres transitoires.
La cité aux neufs portes ; où sont les femmes ?
1 …la cité aux neufs portes…Il s’agit du corps, les portes étant les yeux, les oreilles, les narines, la bouche, le rectum et le méat urinaire. On note que l’anatomie ainsi décrite est masculine, puisqu’il manque l’ouverture vaginale de la femme. La tentation de la révolte féministe se présente alors arguant que toutes ces sciences anciennes furent mises au point par des hommes, pour des hommes, au mépris de leurs épouses.
2 L’ésotérisme propose une autre explication : Simon Pierre leur dit : « Que Myriam sorte de parmi nous, car les femmes ne sont pas dignes de la vie ». Jésus dit : « Voici, moi je vais la guider afin de la faire mâle, en sorte qu’elle devienne elle aussi un esprit vivant semblable à vous les mâles, car toute femme qui se fera mâle entrera dans le Royaume des cieux. » (Évangile selon Thomas 114). La Gita enseigne de même : Ceux qui, par l’œil de la connaissance, perçoivent la distinction entre le ‘Champ’ (Matière, corps) et le ‘Connaisseur du Champ’ (Idée, Conscience), et comment on se libère de la prakriti (Nature), et des êtres, ceux-là atteignent le but suprême (BG 13/34). Or la prakriti (Yin en taoïsme chinois) est ce qui domine chez la femme. C’est en s’orientant intérieurement vers le Yang (le Connaisseur du champ, soit le Purusha en mode yogique) que la femme peut accéder à la libération, moksha. Cela est vrai aussi dans la vie intérieure de l’homme, qui comprend du yang et du yin, du purusha et de la prakriti ; mais la difficulté est plus grande pour la femme chez qui le yin domine. Voilà pourquoi la référence symbolique du corps propre à contenir l’être incarné qui pourra être heureux et ensuite libéré est représentée par la cité aux neufs portes, soit un corps masculin.
3 La frontière est souvent délicate entre ce qui est profond et ce qui est creux. Cette masculinisation spirituelle de la femme yogi ne doit pas s’accompagner par une masculinisation de son corps et de son comportement. Il s’agit d’une mutation intérieure. Le monde moderne, qui présente fréquemment des aspects ésotériques, mais inversés en mode parodique, fait l’apologie de l’homme homosexuel et de la femme masculine compétiteuse de l’homme. La Gita précise : Le jugement tamasique (anti spirituel) est plongé dans les ténèbres ; il prend l’adharma (l’injuste) pour le dharma (le juste), et voit toutes choses à l’envers (BG 18/32). Pour le Yogi contemporain, la modernité est utilement exemplaire, mais en mode inversé.
La possibilité du bonheur sur terre par la spiritualité
1 …l’être incarné vit heureux dans la cité aux neufs portes, sans agir ni faire agir (le corps et les sens). L’homme profane recherche le bonheur. Pour ce faire il cherche à jouir des sens et du mental. Mais il devient ainsi l’esclave du moi-ego et demeure prisonnier du corps, et du samsara qui brasse les corps au rythme des naissances et des morts. Le Yogi ne méprise pas le bonheur. En ce sens il se distingue de certaines formes ascétiques, fréquentes en Christianisme crucicentré, mais présentes aussi en Orient et que la Gita critique nettement (Les hommes qui pratiquent de terribles austérités, non conformes aux Écritures… : BG 17/05 ; L’ascèse inspirée par de folles illusions, que l’on pratique en se torturant soi-même… : BG 17/19). Le Yogi sait que ce n’est pas en cherchant le bonheur qu’on le trouve : Que le bonheur ne soit pas l’objet de tes pensées ; reste maître de toi-même (BG 02/45). C’est en se concentrant sur l’atman, le Soi, que le bonheur vient par surcroît.
2 Il est notable de constater que Jésus enseigne exactement la même chose, bien que dans un autre langage qu’on appellera ensuite chrétien : En vérité, je vous le dis, nul n’aura laissé maison, ou champs, mère, père, femme, frères, sœurs, enfants à cause du Royaume de Dieu, à cause de moi, de mon nom, à cause de l’Évangile, qui ne reçoive le centuple dès maintenant, au temps présent, en maisons, champs, mères, frères, sœurs, enfants (P 218). Et aussi : Jésus dit à ses disciples : Ne vous inquiétez pas pour votre vie de ce que vous mangerez, ni pour votre corps de quoi vous le vêtirez. La vie n’est-elle pas plus que la nourriture, et le corps plus que le vêtement ? Regardez les oiseaux du ciel, les corbeaux : ils ne sèment, ni ne moissonnent, ni ne recueillent en des greniers, et votre Père céleste les nourrit ! Ne valez-vous pas plus qu’eux ? (P 176).
Le mystère de ‘l’enveloppe faite de béatitude’
1 Le sutra termine en insistant sans agir ni faire agir (le corps et les sens). L’expérience profane conduit l’homme à conclure que le bonheur suppose toujours une action : manger, écouter de la musique, se parfumer, contempler un paysage, caresser un corps aimé. L’homme croit que c’est la jouissance sensorielle qui est la cause bonheur. Or cela est faux et voilà pourquoi la Gita précise que l’être incarné vit heureux… sans agir ni faire agir (le corps et les sens).
2 Comment cela se peut-il ? La théorie des Koshas (des enveloppes de la constitution humaine) en distingue cinq : ana (nourriture, le corps matériel), prana (énergie), mano (mental), jnana (intellect) et ananda (béatitude). Ce qui signifie qu’au plus profond de la nature proprement humaine, l’âme n’est que béatitude. Mais l’homme profane n’a pas accès à cette béatitude, car l’agitation de son corps et la frénésie de son mental brouillent pourrait-on dire les ondes de la béatitude. Alors que fait-il ? Il recourt à un plaisir sensoriel, qui occulte pour un temps ses peurs, ses impatiences, ses doutes et crée une sorte de trou dans le voile de son mal-être, trou qui lui permet d’accéder provisoirement à la béatitude et c’est cela qui le rend transitoirement heureux. Il ne comprend pas que la sensation agréable ne fait que trouer l’écran occultant l’enveloppe faite de béatitude (ananda maya kosha) et que cette enveloppe peut être atteinte en plénitude, sans passer par les sens, ni par l’activité mentale ou physique. Cela s’appelle la méditation-dhyana.
3 En somme, le jouisseur se contente de miettes de béatitude alors que la sagesse et la spiritualité lui en offriraient la plénitude. On comprend alors : L’être inconscient de son identité spirituelle ne peut ni maîtriser son mental, ni méditer. Qui ne médite pas ne connaîtra pas la sérénité ; sans elle, d’où lui viendrait le bonheur ? (BG 02/66). Il s’agit alors du bonheur durable et non des miettes de bonheur. Alors s’éclaire le paradoxe du bonheur dans la Bhagavad Gita (et dans toutes les voies spirituelles authentiques) : on commence par se défier du bonheur : Que le bonheur ne soit pas l’objet de tes pensées (BG 02/45) et on conclut dans le dernier sutra de la BG par : Là où est Krishna, le maître de tous les yogis…règne le bonheur…Telle est mon inébranlable conviction (BG 18/78).
Pratique :
Pratique I : Maîtrise de soi et concentration sur le Soi…parfaitement maître de lui…Le maître de l’homme profane est son ego. Il pense en termes de ‘moi et le monde’, ‘moi et les autres’. Il s’identifie à ses sensations et aux pensées qui en résultent et cherche à maîtriser le monde alentour pour satisfaire les désirs. La Gita revient souvent sur la question de la maîtrise de soi, c’est-à-dire de l’ego. Il s’agit d’un retournement de ce que l’on veut maîtriser : non pas le monde pour satisfaire le soi-ego, mais l’ego pour dégager le Soi-atman. Cette opération se retrouve dans l’Évangile, sous le nom de metanoia (P 015 et 038). Le chemin spirituel se résume à deux points essentiels : la maîtrise de soi et la concentration sur l’atman puis sur Brahman. Le premier point conditionne le second.
Pratique II : Le mystère de l’être incarné L’expression l’être incarné, pour désigner l’atman, suggère qu’il ne se confond pas avec le corps, mais qu’il habite transitoirement le corps. La Bhagavad Gita décrit le Yogi comme celui qui a la claire vision des maux qu’apportent la naissance, la maladie, la douleur, la vieillesse, la mort… (BG 13/08). Une bonne compréhension amènerait à écrire l’Être incarné et non l’être incarné. En effet la Gita déclare : Quand l’intelligent arrive à comprendre que la foule des existences particulières trouve sa source en un être unique, il devient Brahman (BG 13/30). Car en réalité, c’est l’Être, c’est-à-dire l’Unique, Dieu, qui se manifeste en s’incarnant en une multitude d’êtres transitoires. Telle est notre véritable identité.
Pratique III : La cité aux neufs portes ; où sont les femmes ? la cité aux neufs portes…Il s’agit du corps, les portes étant les yeux, les oreilles, les narines, la bouche, le rectum et le méat urinaire. On note que l’anatomie ainsi décrite est masculine, puisqu’il manque l’ouverture vaginale de la femme. Jésus déclare : je vais guider Marie Madeleine afin de la faire mâle, en sorte qu’elle devienne elle aussi un esprit vivant semblable à vous les mâles, car toute femme qui se fera mâle entrera dans le Royaume des cieux. » (Évangile selon Thomas 114). C’est en s’orientant intérieurement vers le Yang (qui est nativement minoritaire chez elle) que la femme peut accéder à la libération, moksha. Voilà pourquoi la référence symbolique du corps propre à contenir l’être incarné qui pourra être heureux et ensuite libéré est représentée par la cité aux neufs portes, soit un corps masculin. Mais cela ne doit pas se faire parodiquement en mode virago. La femme pleinement femme doit épouser intérieurement, et si possible extérieurement, l’homme pleinement homme.
Pratique IV : La possibilité du bonheur sur terre par la spiritualité …l’être incarné vit heureux dans la cité aux neufs portes. L’homme profane recherche le bonheur. Pour ce faire il cherche à jouir des sens et du mental. Mais il devient ainsi l’esclave du moi-ego et demeure prisonnier du corps et du samsara, qui brasse les corps au rythme des naissances et des morts. Le Yogi sait que ce n’est pas en cherchant le bonheur qu’on le trouve. C’est en se concentrant sur l’atman, le Soi, que le bonheur vient par surcroît. Jésus enseigne exactement la même chose : Ne vous inquiétez pas pour votre vie de ce que vous mangerez, ni pour votre corps de quoi vous le vêtirez. La vie n’est-elle pas plus que la nourriture, et le corps plus que le vêtement ? Regardez les oiseaux du ciel, les corbeaux : ils ne sèment, ni ne moissonnent, ni ne recueillent en des greniers, et votre Père céleste les nourrit ! Ne valez-vous pas plus qu’eux ? (P 176).
Pratique V : Le mystère de l’enveloppe faite de béatitude L’expérience profane conduit l’homme à conclure que le bonheur suppose toujours une action : manger, écouter de la musique, se parfumer, contempler un paysage, caresser un corps aimé. L’homme croit que c’est la jouissance sensorielle qui est la cause bonheur. Or cela est faux. Au plus profond de la nature proprement humaine l’âme n’est que béatitude, mais l’homme profane n’a pas accès à cette béatitude, car l’agitation de son corps et la frénésie de son mental brouillent pourrait-on dire les ondes de la béatitude. Or la béatitude peut être atteinte en plénitude, sans passer par les sens, ni par l’activité mentale ou physique. Cela s’appelle la méditation-dhyana. Le jouisseur se contente de miettes de béatitude, alors que la sagesse et la spiritualité lui en offriraient la plénitude. Le dernier sutra de la BG déclare : Là où est Krishna, le maître de tous les yogis…règne le bonheur…Telle est mon inébranlable conviction (BG 18/78).
L’ÊTRE INCARNÉ dans la CITÉ aux NEUF PORTES (BG 05/13)