Le CIEL des BRAVES

Bhagavad Gita 02/38 Commentaire Théorique et Méditation Opérative

Le CIEL des BRAVES

Ou bien, tué, tu accéderas au ciel ;

Ou bien, victorieux, tu régneras sur la terre.

Redresse toi donc… résolu à combattre

(BG 02/37)

Théorie :

1        Arjuna, le héros de la Bhagavad Gita, doit lutter contre des adversaires qu’il sait malfaisants, mais qui sont ses parents, aussi est-il tenté de laisser régner l’injustice pour ménager ses attachements familiaux. Il ressemble à Louis XVI, un brave homme, mais non-violent par faiblesse, alors qu’il aurait dû trancher parmi les siens, pour la justice de tous. Krishna, le gourou d’Arjuna, refuse de laisser dominer les attachements charnels sur la justice pour tous. Or le chevalier Arjuna a pour raison d’être de défendre la justice. Dans sa fonction sociale, Arjuna doit être sans attachement individuel, sinon il entrerait dans une logique mafieuse ou pour le moins népotiste.

2        Krishna présente deux arguments positifs pour justifier d’agir avec une justice éventuellement tranchante. Premier argument : tué, tu accéderas au ciel. Un occidental contemporain pensera aussitôt aux ‘fous de Dieu’ islamiques perpétrant un attentat en y sacrifiant leur vie. Mais, s’il a de la culture, il y rajoutera les kamikazes japonais de la deuxième guerre mondiale, et les neuf croisades chrétiennes contre l’islam. Universelle est l’idée que le guerrier qui meurt au combat, dans une juste bataille, va au ciel, de même d’ailleurs que la femme qui meurt en couches. Il n’est que les matérialistes actuels pour considérer qu’aucune valeur ne surpasse celle de leur vie mortelle. Ce qui revient à dire qu’ils seraient prêts à trahir n’importe qui pour sauver leur peau.

3        Deuxième argument de Krishna : victorieux, tu régneras sur la terre. Il ne s’agit pas de justifier une guerre de conquête, mais de promouvoir le règne de la justice dont le chevalier Arjuna est le garant, fût-ce au prix de sa vie.

4        Ces deux arguments valent pour tous. Même si la fonction sociale d’un être ne se fait pas au péril de sa vie, toute situation nécessite de sacrifier quelque chose. L’homme ordinaire n’a que seize heures de veille et pas le don d’ubiquité. Le ciel n’est pas à proportion du prestige de la situation sociale, mais en rapport avec la perfection dans l’exécution  du sva-dharma, de la vocation propre. L’Evangile comme la Gita sont unanimes sur ce point aussi.

5        Le règne d’un roi présente d’indéniables avantages humains, normalement proportionnés au fait qu’il expose sa vie à la défense de la justice. Un membre du tiers-état (vaïshya, la caste gérante de l’économie) jouit de moins de privilèges et assume moins de risques. Le coin de terre sur lequel il régnera est plus modeste, mais la joie et même le plaisir ne sont pas proportionnés à la quantité, contrairement à ce que pensent les consuméristes.

Pratique :

1        Jésus voit une femme voûtée depuis 18 ans, il lui impose les mains, elle se redresse. Il dit à ses disciples relevez la tête. La Gita enjoint à tout vivant courageux redresse-toi, résolu à combattre. L’humain fuit dans la rêverie parce qu’il trouve le monde trop dur et trop risqué. Avec l’invention de l’usine à rêves cinématographique, l’homme contemporain surconsomme du virtuel qu’il n’a même plus à imaginer. Il vit couché comme le rêveur nocturne.

2        L’entraînement à ne point trop s’adosser, à se tenir debout sans s’appuyer quelque part, à garder un ‘port de tête’ et non un ‘tombé de tête en avant’ comme les bêtes, constitue une première étape, hatha-yogique.

3        Dans notre siècle où il est de si bon ton d’être ‘de gauche’, l’homme spirituel s’entraîne à demeurer droit et à agir droitement. Même le roseau, si souple, qui résistera à la tempête mieux que le chêne, se redressera dès qu’il le pourra. Le disciple constatera à l’usage qu’il lui est difficile d’agir bassement quand il se tient droit.

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