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Bhagavad Gita 02/40 Commentaire Théorique et Méditation Opérative

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Pour celui qui s’avance sur cette voie du yoga, aucun effort n’est perdu.

Aucun mal ne peut en résulter.

Même une très modeste pratique permet d’éviter de grandes peurs.

(BG 02/40)

Théorie :

1        Krishna, le maître spirituel, le guru d’Arjuna, lui enseigne d’abord la théorie philosophique (Samkhya) et maintenant la pratique réalisatrice (Yoga). Pour le motiver à la pratique, il lui sert ce sutra (verset), qui est une vraie réclame, presque une publicité. Ce passage dans la Bhagavad Gita étonne et fait sourire. Il n’est guère de publicité qui ne soit mensongère par quelque côté : qu’en est-il ici ?

2        Krishna affirme que le yoga ne fait que du bien et aucun mal. Le propos est métaphysiquement scabreux. Jésus dit au ‘Jeune homme riche’, un juif parfait au regard de la Loi de Moïse : « Seul l’Unique-monos est bon. » Ce qui, d’ailleurs, contredit la théorie chrétienne de la perfection native de Jésus, puisque cela prouve qu’il ne prétend pas à l’absolue bonté. Et Jésus a métaphysiquement raison, puisque, dans la création-manifestation du monde duel, il ne saurait y avoir de lumière sans ombre, de bien sans mal.

3        La Gita elle-même l’affirme : toutes les œuvres sont enveloppées par le mal, comme le feu par la fumée (BG 18/48). Or la voie du yoga constitue une œuvre, une action, du moins jusqu’au point ultime de la méditation fusionnelle dans l’Un. Voyons en détail. Contrairement au ‘hatha-yoga laïque de bien-être psycho-physique’ servi à tous les coins de rue en Occident, un yogi oriental, même débutant, est imprégné de la transcendance divine, au-dessus du monde mortel, et de l’immanence de ce divin, au cœur de sa propre conscience. Alors, et alors seulement, le moindre effort yogique ne sera pas perdu.

4          Aucun mal ne peut en résulter, quant au progrès spirituel, bien qu’une posture du lotus-padmasana abordée un peu violemment puisse endommager un genou. Mais l’essentiel n’est pas physique : Même une très modeste pratique permet d’éviter de grandes peurs. Tout vivant conscient est attristé ou apeuré par la mort, même les animaux qui en souffrent comme nous. Or le samkhya-yoga, par la théorie de la transmigration-samsara, fait comprendre que la naissance et la mort rythment la vie, celle-ci étant sans terme. La plus grande des peurs se trouve donc exorcisée.

5          Et bien d’autres peurs à sa suite, car le méditant comprend vite que l’humain souffre cent fois plus de ses supputations inquiètes sur l’avenir que des souffrances objectives présentement vécues.

Pratique :

1        Le point essentiel en yoga n’est pas la quantité de pratique mais, premièrement, l’orientation spirituelle dans la pratique, fut-elle de s’étirer les ischio-jambiers. Deuxièmement, la régularité de la pratique.

2        Il est fréquent, en ‘yoga occidental’, d’entendre dire que ‘La pratique est tout’. C’est passer d’un extrême à l’autre. Autant dire que, dans un pèlerinage, ‘marcher est tout’, même sans savoir dans quelle direction. La pratique est seconde par rapport à la théorie-doctrine spirituelle, mais, pour qui possède suffisamment la théorie, la pratique devient première.

3        Krishna fournit un parfait critère de l’authenticité du yoga vécu. Plus on progresse en yoga, moins on a peur, moins on est stressé, inquiet, soucieux et coléreux, car la colère s’enracine toujours dans la peur. La foi, au sens d’une conscience du transcendant, représente l’orientation yogique même de la conscience. Si le transcendant est en moi et si je l’honore, de quoi aurais-je peur ?

 

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