ÉCRITURES SACRÉES et MÉDITATION-DHYANA

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Bhagavad Gita 02/53 Commentaire Théorique et Méditation Opérative

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Lorsque ton intellect, rendu perplexe

par ce que tu auras entendu (les Védas),

se fixera, inébranlable et ferme, dans la contemplation,

alors tu atteindras la réalisation spirituelle.

(BG 02/53)

Théorie :

1        Les Védas désignent l’ensemble de la doctrine sacrée hindoue antique. La Bhagavad Gita en constitue une synthèse, fixée par écrit il y a environ deux millénaires (BG 13/04). La BG présente souvent les Écritures, donc elle-même, comme un passage obligé de la spiritualité (BG 04/28) aussi bien que de l’action (BG 16/24). Jésus procède de même vis-à-vis de la Torah et de son propre enseignement. Mais voici que Krishna envisage ici que l’on puisse être perplexe en considérant certains enseignements sacrés ! Jésus fait de même, à propos du shabbat et de la haine des ennemis, etc.. Serait-il de bon ton d’avoir l’esprit critique vis-à-vis du sacré ?

2        Les puristes de la tradition assimilent rapidement l’esprit critique au blasphème, et ce dans toutes les cultures. L’exotérisme religieux s’accommode fort bien d’une foi médiocrement intelligente, sans trop se soucier qu’elle conduit rapidement à l’idolâtrie. En Catholicisme, la papaulâtrie par exemple. Rien de tel chez les vrais maîtres (BG 18/16, Mc 08/17). Le langage humain est fait pour les choses humaines, donc mortelles ; il ne peut exprimer qu’indirectement, symboliquement, les choses de l’Esprit. Seul l’intelligent peut comprendre au second degré l’enseignement de Jésus et seul l’initié aux concepts métaphysiques et cosmologiques de l’Inde peut saisir la Gita.

3        Nombre de notions supra-logiques peuvent apparaître illogiques en lecture littérale. L’intellect est donc parfois rendu perplexe. Les mystères ne s’offrent pas à celui qui croit les Écritures comme il croyait au Père Noël (BG 04/03). Un guide en interprétation des symboles, et même en spiritualités comparées, s’avère donc indispensable (BG 17/14). Ensuite, quand ce guide est trouvé et que le travail d’assimilation personnelle est accompli, l’état spirituel n’est pas assuré, mais seulement l’acquisition de la doctrine, de la théorie. C’est un passage obligé, important, et dont le résultat transmigre avec l’atman (BG 06/45 et 16/22).

4        Reste à accomplir l’intégration méditative de l’enseignement. Beaucoup transposent l’adoration de la technique, propre à l’homme moderne, dans le domaine spirituel. Ils se figurent qu’avec les bonnes techniques de méditation, ils atteindront mécaniquement la ‘libération’ (BG 02/43). C’est mettre ‘la charrue avant les bœufs’. D’autres se perdent dans les livres et ne méditent pas ; leur cerveau est adéquatement cultivé, non encore leur cœur ou leurs sens.

5        L’humain est pauvre en instinct, potentiellement riche en culture. Autant la compréhension doctrinale nécessite transmission, comme tout ce qui est humain, autant la méditation est un tour du monde à la voile, en solitaire, sans média, ni assistance. Inébranlable et ferme signifie que le méditant n’a plus besoin de groupes, de stages, de vidéo, de floklore extérieur. Les mots d’ordre sont solitude (BG 06/09, 18/52) et fermeté de caractère dans la pratique (BG 02/54, 08/08).

6        Tu atteindras la réalisation spirituelle dit Krishna. A la condition seule que s’adjoigne à la théorie lumineuse et à la pratique inébranlable une foi implacable. Non pas une foi en un énoncé dogmatique, mais une foi dans le fait que le Soi (le rayon immortel qui transmigre) réside au cœur de chaque humain et qu’il est réalisable. Avec l’épée de la connaissance, tranche donc ce doute quant à la nature du Soi, doute né de l’ignorance qui réside en ton cœur (BG 04/42).

Pratique :

1        Krishna, en maître méthodique, hiérarchise les pratiques. Premièrement : les Védas. En fait ils sont d’accès très difficile et c’est précisément pourquoi la Bhagavad Gita a été écrite. Donc, d’abord, lecture régulière de la BG. Lorsque l’imprégnation de l’enseignement est tel que l’on commence à percevoir d’apparentes contradictions (en particulier entre le yoga de la connaissance et le yoga dans l’action), alors il importe, sans abandonner la Gita, de pratiquer la méditation-dhyana.

2        La Gita donnera de nombreuses et précises indications quant aux techniques de méditation. Mais, en même temps, elle se défie du technocratisme spirituel. Il n’est essentiellement qu’une technique : stabiliser le mental et demeurer en présence de l’Unique ; jusqu’à ce qu’il n’y ait plus le méditant et l’Unique, mais seulement l’Unique. Un symbole résume tout. Le soleil (Brahman) se reflète sur l’eau d’un lac (la conscience individuelle mentale, chitta) et son image éclate en mille points lumineux instables (les pensées, manas). Laisser se calmer le vent (les passions et désirs), jusqu’à transformer le lac en un pur miroir (immobilité du mental). Alors, le cercle solaire reconstitué symbolise l’Unique, dans lequel la conscience s’absorbe. En cela consiste la contemplation.

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