L’IDENTITÉ SPIRITUELLE

L’IDENTITÉ SPIRITUELLE

Bhagavad Gita 02/54-55 Commentaire Théorique et Méditation Opérative

L’IDENTITÉ SPIRITUELLE

L’IDENTITÉ SPIRITUELLE

Arjuna : «Ô prince… quelles sont les caractéristiques d’un homme

ferme dans la sagesse et ferme dans la contemplation ?

Quelle est sa façon de parler, de s’assoir, de marcher ? »

Le Bienheureux : «…Quand il renonce à tous les désirs créés par le mental,

satisfait dans le Soi et par le Soi,

alors c’est qu’il a pleinement conscience de son identité spirituelle. »

 (BG 02/54-55)

Théorie :

1        L’apprenti disciple Arjuna demande à son maître Krishna ce qui caractérise un homme spirituel. Il aimerait le reconnaître à son style oratoire ou gestuel… pourquoi pas à sa soutane ou son turban ! Le Bienheureux, qui n’est autre que Krishna, répond sur le plan spirituel, par conséquent supra-sensoriel. Un dialogue de sourd s’installe donc, comme on en voit tant entre Jésus et ses disciples (Mc 08/15). Premier point de l’enseignement : Les caractéristiques de l’homme spirituel, est de n’en pas avoir. Autrement dit, la spiritualité ne tient pas à un costume, une posture, une allure physique, pas plus qu’à un langage culturel particulier.

2        La spiritualité inspire mille formes possibles selon le contexte et les matériaux humains et naturels à disposition (BG 04/11, 06/31). Aucune forme culturelle ou cultuelle n’en a le monopole. Tel est le problème du Catholicisme romain, qui doit cesser d’être romain, dès qu’il quitte l’Italie, s’il veut continuer d’être ‘catholique’, c’est-à-dire ‘universel’. Lorsque des Jésuites ont tenté, en Chine ou en Amérique du sud, d’élaborer un christianisme catholique local, Rome les a détruits. Tel est aussi le problème du Dalaï-Lama, tentant d’exporter le bouddhisme tibétain si dépendant des conditions très particulières de son pays natal.

3        Deuxième point de l’enseignement : il renonce à tous les désirs créés par le mental. Il ne s’agit pas des désirs naturels de manger, boire, dormir, se laver etc., mais des désirs artificiels que le mental, influencé par autrui et par sa propre imagination, peut fabriquer par milliers chaque jour. A noter que le monde moderne, avec sa publicité omniprésente et ses moyens de propagande, se révèle comme une colossale entreprise d’anti méditation. Cela devrait permettre aux gens qui ont des yeux pour voir d’identifier, par sa nature, l’origine du dit monde.

4        Le principe d’une société marchande est de fabriquer du désir, qui deviendra pulsion d’achat. Celui d’une voie spirituelle est de consumer les désirs des choses périssables dans le désir de l’Unique impérissable. Sisyphe, d’après la mythologie grecque, fut condamné à rouler un rocher jusqu’en haut d’une montagne, à le laisser dévaler ensuite et à recommencer, indéfiniment. Le rocher qui roule est le plaisir consumériste (ex : le matérialiste qui glisse en ski alpin) ; le rocher qu’on pousse est le labeur mercenaire du travailleur pour l’argent. Le yogi n’a pas l’âme mercenaire. Arrivé en haut de la montagne, il ne joue pas à dévaler la pente ; il médite (BG 06/08).

5        L’homme profane (et aussi le chrétien) se dit : « Je suis un corps-mental », le yogi pense : « Je suis  le Soi (l’atman), qui transmigre de corps-mental en corps-mental (BG 05/08 et 02/13). » Son corps étant normalement nourri et reposé, délié par le hatha-yoga, le yogi s’entraîne à trouver la plénitude dans le Soi. Le Soi est riche à profusion, pour qui a trouvé les clés de sa propre intériorité (BG 07/19). Alors ce n’est même plus que le yogi renonce à ses désirs ; c’est qu’il en a de plus hauts, qui laissent les précédents comme des fleurs fanées sur le chemin (BG 02/59) : satisfait dans le Soi et par le Soi.

6        Un homme qui ne sait pas qui il est, au mieux est amnésique, au pire fou. Or l’homme profane, et même l’homme seulement religieux dualiste, ne sait pas réellement qui il est. Ainsi qu’un chaton qui croit en voir un autre dans son reflet sur un miroir, il prie un Dieu qu’il croit être un autre et même ‘le Tout Autre’ (BG 09/15). Les biens les plus précieux d’un homme sont ses identités : sa religion, sa langue, sa culture, son corps, son savoir-faire, ses amis. Mais tout cela est périssable. Ses identités ne sont que les reflets transitoires de son identité spirituelle : ‘Tu es le Soi, un rayon du soleil de Brahman.’ Il n’est de vie sans ombre que là.

Pratique :

1        Comme disent les Français, ‘L’habit’, qu’il soit un titre ou un costume, ‘ne fait pas le moine’. Même si ‘L’habit fait le moine’ comme l’affirment d’autres peuples, au sens où il y a toujours des naïfs pour s’en tenir à l’apparence. Cherchons donc l’Esprit dans la spiritualité, non dans l’apparence des spirituels. Comme l’expose humoristiquement Blaise Pascal : « Si un prédicateur évoque les mystères de Dieu, il se trouvera toujours quelqu’un pour estimer qu’il a le nez trop long. »

2        Une chose dont on ignore l’existence ne suscite aucun désir. L’information est remplie d’inutilités qui ne servent qu’à nous faire saliver sur les mets qu’on ne pourra jamais déguster. Tachons de cultiver les graines essentielles sans surinformation. La culture profane est l’arbre qui cache la forêt du Soi. Ne craignons pas de lâcher, pour un temps ou pour toujours, ce qui nous sera retiré. Notre mental, s’il n’est pas en permanence relié au cœur de l’être, est une machine à nous détourner de notre véritable identité. Rien n’est plus précieux que notre identité spirituelle.

S’abonner
Notification pour
0 Commentaires
Le plus ancien
Le plus récent Le plus populaire

L’IDENTITÉ SPIRITUELLE