MÉDITATION HYPOCRITE

MÉDITATION HYPOCRITE

BG 03/06 Commentaire Théorique et Méditation Opérative

MÉDITATION HYPOCRITE

MÉDITATION HYPOCRITE

Celui qui retient ses sens et ses organes d’action,

et reste assis se tenant coi,

mais dont le mental s’attache encore aux objets des sens,

 n’est qu’un simulateur,

 victime d’une compréhension erronée

(BG 03/06)

Théorie :

1        En méditation yogique véritable on ne jouit de rien (BG 02/68) : ni d’un parfum, ni d’une saveur, ni d’un doux contact, ni d’une musique, ni d’un paysage. Les sens sont retenus. De plus on ne fait rien (BG 08/08) : ni marcher, ni éliminer, ni copuler, ni parler, ni accomplir des gestes. Les organes d’action sont déconnectés. Si l’on se contente d’être assis à ne rien faire, vu de l’extérieur, on donne l’impression de méditer. Cependant un observateur expert remarquerait les mouvements oculaires qui accompagnent toujours les processus de pensée (BG 06/13).

2        …mais dont le mental s’attache encore aux objets des sens. Ce sutra semble évoquer  l’homme moderne que l’on peut décrire comme un ‘sensuel extracorporel’. Effondré comme un végétal mou devant sa télévision, seuls ses yeux le relient au monde physique, et encore en mode hypnotique, ne bougeant ni à droite ni à gauche et n’accommodant qu’une fois par heure. Ses tympans vibrent, mais l’oreille ne participe pas à un dialogue ; non communicante elle est hypnotiquement ensemencée.

3        L’homme vit alors, dit-on, dans un ‘monde virtuel’, qui n’a de vertueux que la racine et non le sens. Il ne crée même pas son monde imaginaire, comme dans l’exemple du sutra ; il téte ectoplasmiquement le rêve et l’imagination d’un autre. On découvre une fois encore, au fil des sutras de la Gita ou des versets de  l’Évangile, que le monde contemporain, loin d’être le fruit hasardeux de découvertes technologiques ou d’idéaux sociopolitiques, est méthodiquement construit, par une main invisible, à rebours des grandes voies spirituelles de l’humanité.

4        La spiritualité est supra-corporelle ; la modernité présente l’illusion d’une telle caractéristique, d’où le succès du mot ‘dématérialisé’ (comme si un ‘data center’ n’était pas matériel). Rien de plus facile que de prendre la parodie d’un idéal antique pour un progrès par rapport à cet idéal. Contrairement à ce qui arrivait et arrive toujours en Orient, aujourd’hui, sauf dans un cours de yoga, on n’obtient pas considération en imitant la méditation. Il est cependant important de remarquer que la norme médiatique actuelle place l’homme précisément dans la situation fausse décrite par ce sutra.

5        Notablement, Krishna, ici, ne s’attarde pas sur l’hypocrisie du faux méditant. Il le décrit comme victime d’une compréhension erronée. Krishna invite ainsi le lecteur à ne pas se placer dans le jugement, mais dans la connaissance (Jn 03/17 = P 031). Une victime est toujours l’esclave d’un abuseur. Qui est l’abuseur ?

6        C’est le mental, outil principal du ‘diable’, dès lors qu’il n’est pas le merveilleux instrument de l’Esprit-pneuma-atman. De tous les règnes vivants du monde terrestre, le mental humain est la plus grande merveille, sauf que ‘la corruption du meilleur est la pire’. L’homme est ‘l’animal mental’. Le yoga décrit le mental de l’homme profane comme ‘fou, furieux, piqué par un scorpion’ et la Gita précise les pensées sont innombrables et sans fin (BG 02/41) chez l’homme qui n’est pas yogi. Le yoga procède à  la conversion, au retournement, du mental vers le ciel spirituel.

Pratique :

1        L’humain s’obnubile constamment par l’espace-temps, virtuellement en rêve ou physiquement en action. En méditation, il ne convient pas de retenir ses sens et ses organes d’action, mais de les laisser au repos, en équilibre (BG 06/13). Le succès de l’opération n’est qu’accessoirement une question de mécanique physiologique ou d’énergie vitale. Tout dépend de ce à quoi le mental se consacre. Soit il reprend, en mode virtuel, ce dont le corps se prive. Soit il entre, dans le sens technique du terme, en méta-physique, dans l’exploration de ce qui, dans l’homme, n’est pas soumis à l’empire de l’espace-temps.

2        A part dans le sommeil profond, la dimension métaphysique apparaît à l’homme comme un néant. Mais, s’il pratiquait avec persévérance, il constaterait que le mental n’est pas si impossible à maîtriser qu’il le semblait (BG 06/35). Ensuite, il découvrirait un calme, une sérénité, assurément bonne, mais dans laquelle beaucoup se complaisent, ne recherchant que l’effet relaxant de la méditation-dhyana, et se limitant en fait à la concentration-dharana. Alors, c’est déjà supra-mental, sans être encore spirituel. On ne saurait vraiment méditer sans autre but que l’Unique (BG 13/34  et 18/55 ; Mc 10/18 = P 216).

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