La TRADITION SPIRITUELLE ININTERROMPUE
Le Bienheureux dit : « Ce yoga éternel, je l’ai enseigné à Vivasvat (le Dieu Soleil) ; Vivasvat l’a communiqué à Manu (le père de l’humanité) et Manu l’a transmis à Ikshvaku.
C’est grâce à cette tradition ininterrompue, de maître à disciple, que les sages royaux (les Rishis) l’ont connue. Mais, au fil du temps cette doctrine du yoga s’est perdue.
C’est ce même antique yoga (l’art de communier avec l’Absolu) que je t’ai enseigné aujourd’hui. Je t’ai traité en fidèle et en ami. Ainsi tu peux en percer le mystère sublime.
(BG 04/01-03)
Théorie :
1 Le Bienheureux dit : Ce qualificatif est le plus fréquent parmi ceux qui désignent Krishna. Il implique que celui qui médite son enseignement doit mériter ce titre, et ceci dès à présent, dans notre monde mortel. …l’être incarné vit heureux…(BG 05/13). Le mot Bhagavad Gita signifie ‘le chant’ ‘Gita’, du ‘Bienheureux’ ‘Bhagavad’.
2 Ce yoga éternel. Comme tant d’autres mots du vocabulaire spirituel, le mot éternel est piégé. Il signifie ‘hors de toute durée, donc du temps, dans la parfaite simultanéité de Dieu’. Le sens moderne en fait un synonyme de perpétuel, qui signifie ‘très long temps, sans début et sans fin’. Ici, il convient de comprendre éternel dans son véritable sens. Cela entraine deux conséquences. Premièrement, le yoga mène à la conscience de l’Éternel et à la fusion en Lui. Deuxièmement : l’enseignement du yoga, contrairement aux lois coutumières ou aux enseignements religieux, est valable à toute époque. En effet, les religions, comme les civilisations, se succèdent, mais la spiritualité consiste toujours à réintégrer le Principe divin.
Pour l’Inde, la vérité d’un enseignement est attestée par son immuabilité. Jésus, de même, fait méthodiquement référence à l’ancienne Thora de sa tradition. Le goût de la modernité pour l’éphémère (BG 16/10) et la nouveauté est un signe révélateur de son inspiration.
3 Je l’ai enseigné à Vivasvat (le Dieu Soleil) : Vivasvat signifie le ‘lumineux’. Le soleil produit la lumière et se trouve donc à l’origine du monde (Gn 01/03). La Gita ne retient d’ailleurs que cet aspect : Krishna a enseigné à l’origine du monde. D’où la question que posera bientôt Arjuna : « Comment as-tu pu enseigner alors que tu n’étais pas né ? » Jésus fait une déclaration très proche : Je clamerai des choses cachées depuis la fondation du monde (Mt 13/35 = P 092), ce qui implique en quelque mystérieuse façon, sa présence lors de la fondation du monde. L’Évangile de Philippe confirme ce point, lorsque Jésus déclare : La vérité est partout semée, elle existe dès l’origine, quelques-uns la voient au moment des semailles, peu nombreux la voient encore au moment de la moisson (Ph 14). Soit dit en passant, cet enseignement cadre assez mal avec l’adhésion de nombre de chrétiens (y compris le pape Jean-Paul II) à la théorie évolutionniste darwinienne.
4 Vivasvat l’a communiqué à Manu (le père de l’humanité) et Manu l’a transmis à Ikshvaku. Vivasvat est le père du Manu de l’actuelle humanité, qui se nomme donc Vivasvata. Après chaque destruction périodique de l’univers, un Manu le réengendre. Un grand cycle cosmique, nommé kalpa (BG 09/07) comprend 14 manvantaras, développements d’une humanité, chacun généré par un Manu. Il est souvent question du Dharma dans la BG, les ‘lois de Manu’ sont l’exposé du Dharma, leur auteur est le premier Manu de notre kalpa, nommé Svayambhu, ‘le fils de l’auto-engendré’ soit de Brahman. Notre manvantara et donc notre Manu est le septième du kalpa actuel.
5 Selon l’adage métaphysique, ‘L’infini ne se répète jamais’, par conséquent, de même que chaque individu est spécifique, chaque humanité l’est aussi. C’est pourquoi il y a un législateur spécifique pour chaque humanité, le Manu de l’humanité en question. Les Manus (les pères de l’humanité), dotés de pouvoirs comme moi, naquirent de mon esprit. Et d’eux sont nées toutes les créatures de ce monde (BG 10/06). Ainsi parle-t-on des ‘Lois de Manu’ en Inde traditionnelle, comme des Lois de Moïse en judéo-christianisme. Le Manu primordial a transmis son autorité à son successeur de façon continue comme le suggère la formule royale française : ‘Le roi est mort, vive le roi’. On ne précise pas lequel, car les rois sont mortels, non la royauté.
6 C’est grâce à cette tradition ininterrompue, de maître à disciple, que les sages royaux (les Rishis) l’ont connue. À l’époque où la Bhagavad Gita a été écrite (il y a à peu près deux millénaires), après, comme toujours, une très longue maturation de tradition orale, les rishis représentaient les anciens enseignants de la tradition spirituelle, dont la Gita se proposa de reformuler les principes : Ces sujets ont déjà été traités par des rishis, en des hymnes védiques variés, et aussi dans les ‘aphorismes sur le Brahman’ (Vedanta-sutra), bien argumenté et sans équivoque (BG 13/04).
7 La question de la tradition ininterrompue, est fondamentale. Un vivant peut générer un vivant ; un mort ne le peut pas. Si une tradition meurt, ce n’est jamais sans raisons ; sa mort est toujours le châtiment de sa perversion. Le monde moderne -défini comme refusant toute transcendance- remplit une fonction précise à la fin d’un cycle d’humanité. Il amène au grand jour, pour un temps court, toutes les possibilités erronées et destructrices que les époques antérieures, plus spirituelles, avaient maintenues sous clé. C’est ainsi que la révolution de 1789 accoucha, avec Bonaparte et sa campagne d’Egypte, d’un formidable essor non seulement de l’égyptologie mais de l’archéologie en général.
8 Les pseudo spiritualités s’engagèrent dans la brèche et l’on voit refleurir maintenant des rites prétendus égyptiens, esséniens, incas, aztèques, toltèques etc. Les influences de ces cadavres religieux sont aussi peu propices à la spiritualité vivante que possible. De ce point de vue, le christianisme est actuellement l’une des rares traditions continument transmises depuis son origine, avec ce gros bémol qu’il s’est fortement exotérisé et même modernisé. Et la plus ancienne tradition vivante, continue de maître à disciple, et possédant un enseignement spirituel complet est actuellement l’hindouisme, bien qu’il subisse, lui aussi, les assauts du temps de la fin. En réalité il n’y a que deux groupes de traditions vivantes actuellement : les trois abrahamiques (judaïsme, christianisme, islam) et les deux orientales (hindouisme et bouddhisme).
9 Les sages royaux sont des nobles kshatrya, même caste qu’Arjuna, qui ont accédé au monde des dieux par l’ascèse après leur mort, ce qui n’est pas sans évoquer la parole du Christ : J’ai dit : vous êtes des dieux (Jn 10/34 = P 185).
10 Mais, au fil du temps cette doctrine du yoga s’est perdue. Les religions naissent et meurent ; on connait aujourd’hui quantité de religions mortes et on en voit quelques-unes en cours de dégénérescence. Mais, si toute spiritualité disparaissait, l’humanité arriverait à sa fin, par faute de reliement avec le Principe. Le phénomène de création entraîne un éloignement du Principe, qui ne fait que s’accentuer au cours du temps. D’où l’aspect de ‘grande faucheuse’ du temps mortel, qui vaut pour les humains, les civilisations et les humanités.
11 Certaines religions dégénèrent plus rapidement que d’autres ; celles qui sont basées sur l’affectivité, plutôt que sur une doctrine métaphysique. Le fait que la doctrine puisse se perdre, et nécessite une nouvelle révélation, comme celle de Krishna ou du Christ, n’empêche pas les exceptions possibles : Certains perçoivent le Soi par eux-mêmes, par la méditation de leur propre Soi (BG 13/24).
12 C’est ce même antique yoga (l’art de communier avec l’Absolu) que je t’ai enseigné aujourd’hui. Disant cela, Krishna se présente comme un restaurateur d’humanité et de religion, ce qu’il développera ensuite. Il montre par là que le yoga authentique ne dépend ni du lieu, ni du temps, contrairement aux cultures et même aux religions. Il s’agit toujours de communiquer et de communier avec l’Absolu.
13 Je t’ai traité en fidèle et en ami. Krishna joue ici sur plusieurs registres comme fait aussi Jésus : Je ne vous appelle plus esclave-doulos, car l’esclave ne sait pas ce que fait son maître ; mais je vous appelle amis-philos, parce que tout ce que j’ai entendu de mon Père, je vous l’ai fait connaître (Jn 15/15 = P 264).
14 Ainsi s’instaure une hiérarchie de relation entre le maître et le disciple, jusqu’au moment où le premier peut dire : « Je ne suis plus ton maître, puisque tu as bu et que tu t’es enivré à la source bouillonnante d’où moi-même je jaillis… » (évangile selon Thomas 013). En Occident, un professeur de yoga échange son enseignement contre un paiement. Les clients, une fois payée la cotisation, ne lui doivent rien de plus. On pourrait presque parler d’une prostitution de tradition spirituelle, car l’engagement affectif fait partie du cheminement du disciple. La transmission, dans le style ‘Je sème à tout vent’, si elle convient à notre époque déstructurée, n’en supprime pas moins quasi complètement la dimension humaine.
15 Ainsi tu peux en percer le mystère sublime. Sublime, car l’enseignement d’un Jésus ou d’un Krishna n’a pas pour seul objectif de vivre moralement dans un monde humain mortel, ni même de réintégrer plus ou moins longuement quelque paradis (BG 09/21). L’état que le Maître destine à ses disciples est véritablement transcendant par rapport à la vie humaine. Mystère, parce que les enseignements explicites de la religion qui se fait porteuse de cet enseignement ne peuvent le décrire, faute d’adéquation du langage humain à ces sujets. Tu peux, car Krishna, comme Jésus, initie ses disciples, par la ‘seconde naissance’ (BG 01/07) et rend active ce qui n’était qu’une potentialité de l’humain. En percer, car la seconde naissance rituelle et la transmission livresque de l’enseignement ne suffisent pas et restent lettre morte sans une volonté, une ascèse, une discipline. Cette dernière, comme le nom l’indique, fait la différence entre un croyant et un disciple.
Pratique :
Pratique I : Se méfier du ‘tout nouveau tout beau’, que ce soit pour les modes ou les technologies. Se méfier aussi de certaines traditions, qui se présentent comme éternelles et n’ont que quelques siècles ; les traditions des hommes comme dit Jésus (Vous mettez de côté le commandement de Dieu pour vous attacher à la tradition des hommes : Mc 07/08 = P 114). Seules les Écritures sacrées des traditions vivantes (et attention aux traductions !) sont dignes de confiance (et les auteurs qui s’appuient vraiment et complètement sur les dites Écritures).
Pratique II : Force est de reconnaître que la continuité indispensable est problématique dans la tradition chrétienne. Douze apôtres qui ne donnent que deux évangélistes, c’est maigre. Surtout quand on connaît, comme aujourd’hui plusieurs évangiles d’apôtres classés hérétiques par l’Église officielle (Thomas, Philippe, Judas, Marie de Magdala). Du point de vue ésotérique, cela aussi justifie le recours à la Bhagavad Gita, pour un chrétien.
Pratique III : Premièrement, la spiritualité est un mystère. Ce n’est pas une chose accessible au grand jour, même dans une église. Deuxièmement : ce mystère, si sublime soit-il est fait pour être percé, ce qui implique audace, ténacité, virilité spirituelle. Arjuna est un chevalier, seul un guerrier de sa trempe peut percer le mystère.
La TRADITION SPIRITUELLE ININTERROMPUE
La TRADITION SPIRITUELLE ININTERROMPUE
La TRADITION SPIRITUELLE ININTERROMPUE
Le Bienheureux dit : « Ce yoga éternel, je l’ai enseigné à Vivasvat (le Dieu Soleil) ; Vivasvat l’a communiqué à Manu (le père de l’humanité) et Manu l’a transmis à Ikshvaku.
C’est grâce à cette tradition ininterrompue, de maître à disciple, que les sages royaux (les Rishis) l’ont connue. Mais, au fil du temps cette doctrine du yoga s’est perdue.
C’est ce même antique yoga (l’art de communier avec l’Absolu) que je t’ai enseigné aujourd’hui. Je t’ai traité en fidèle et en ami. Ainsi tu peux en percer le mystère sublime.
(BG 04/01-03)
Théorie :
1 Le Bienheureux dit : Ce qualificatif est le plus fréquent parmi ceux qui désignent Krishna. Il implique que celui qui médite son enseignement doit mériter ce titre, et ceci dès à présent, dans notre monde mortel. …l’être incarné vit heureux…(BG 05/13). Le mot Bhagavad Gita signifie ‘le chant’ ‘Gita’, du ‘Bienheureux’ ‘Bhagavad’.
2 Ce yoga éternel. Comme tant d’autres mots du vocabulaire spirituel, le mot éternel est piégé. Il signifie ‘hors de toute durée, donc du temps, dans la parfaite simultanéité de Dieu’. Le sens moderne en fait un synonyme de perpétuel, qui signifie ‘très long temps, sans début et sans fin’. Ici, il convient de comprendre éternel dans son véritable sens. Cela entraine deux conséquences. Premièrement, le yoga mène à la conscience de l’Éternel et à la fusion en Lui. Deuxièmement : l’enseignement du yoga, contrairement aux lois coutumières ou aux enseignements religieux, est valable à toute époque. En effet, les religions, comme les civilisations, se succèdent, mais la spiritualité consiste toujours à réintégrer le Principe divin.
Pour l’Inde, la vérité d’un enseignement est attestée par son immuabilité. Jésus, de même, fait méthodiquement référence à l’ancienne Thora de sa tradition. Le goût de la modernité pour l’éphémère (BG 16/10) et la nouveauté est un signe révélateur de son inspiration.
3 Je l’ai enseigné à Vivasvat (le Dieu Soleil) : Vivasvat signifie le ‘lumineux’. Le soleil produit la lumière et se trouve donc à l’origine du monde (Gn 01/03). La Gita ne retient d’ailleurs que cet aspect : Krishna a enseigné à l’origine du monde. D’où la question que posera bientôt Arjuna : « Comment as-tu pu enseigner alors que tu n’étais pas né ? » Jésus fait une déclaration très proche : Je clamerai des choses cachées depuis la fondation du monde (Mt 13/35 = P 092), ce qui implique en quelque mystérieuse façon, sa présence lors de la fondation du monde. L’Évangile de Philippe confirme ce point, lorsque Jésus déclare : La vérité est partout semée, elle existe dès l’origine, quelques-uns la voient au moment des semailles, peu nombreux la voient encore au moment de la moisson (Ph 14). Soit dit en passant, cet enseignement cadre assez mal avec l’adhésion de nombre de chrétiens (y compris le pape Jean-Paul II) à la théorie évolutionniste darwinienne.
4 Vivasvat l’a communiqué à Manu (le père de l’humanité) et Manu l’a transmis à Ikshvaku. Vivasvat est le père du Manu de l’actuelle humanité, qui se nomme donc Vivasvata. Après chaque destruction périodique de l’univers, un Manu le réengendre. Un grand cycle cosmique, nommé kalpa (BG 09/07) comprend 14 manvantaras, développements d’une humanité, chacun généré par un Manu. Il est souvent question du Dharma dans la BG, les ‘lois de Manu’ sont l’exposé du Dharma, leur auteur est le premier Manu de notre kalpa, nommé Svayambhu, ‘le fils de l’auto-engendré’ soit de Brahman. Notre manvantara et donc notre Manu est le septième du kalpa actuel.
5 Selon l’adage métaphysique, ‘L’infini ne se répète jamais’, par conséquent, de même que chaque individu est spécifique, chaque humanité l’est aussi. C’est pourquoi il y a un législateur spécifique pour chaque humanité, le Manu de l’humanité en question. Les Manus (les pères de l’humanité), dotés de pouvoirs comme moi, naquirent de mon esprit. Et d’eux sont nées toutes les créatures de ce monde (BG 10/06). Ainsi parle-t-on des ‘Lois de Manu’ en Inde traditionnelle, comme des Lois de Moïse en judéo-christianisme. Le Manu primordial a transmis son autorité à son successeur de façon continue comme le suggère la formule royale française : ‘Le roi est mort, vive le roi’. On ne précise pas lequel, car les rois sont mortels, non la royauté.
6 C’est grâce à cette tradition ininterrompue, de maître à disciple, que les sages royaux (les Rishis) l’ont connue. À l’époque où la Bhagavad Gita a été écrite (il y a à peu près deux millénaires), après, comme toujours, une très longue maturation de tradition orale, les rishis représentaient les anciens enseignants de la tradition spirituelle, dont la Gita se proposa de reformuler les principes : Ces sujets ont déjà été traités par des rishis, en des hymnes védiques variés, et aussi dans les ‘aphorismes sur le Brahman’ (Vedanta-sutra), bien argumenté et sans équivoque (BG 13/04).
7 La question de la tradition ininterrompue, est fondamentale. Un vivant peut générer un vivant ; un mort ne le peut pas. Si une tradition meurt, ce n’est jamais sans raisons ; sa mort est toujours le châtiment de sa perversion. Le monde moderne -défini comme refusant toute transcendance- remplit une fonction précise à la fin d’un cycle d’humanité. Il amène au grand jour, pour un temps court, toutes les possibilités erronées et destructrices que les époques antérieures, plus spirituelles, avaient maintenues sous clé. C’est ainsi que la révolution de 1789 accoucha, avec Bonaparte et sa campagne d’Egypte, d’un formidable essor non seulement de l’égyptologie mais de l’archéologie en général.
8 Les pseudo spiritualités s’engagèrent dans la brèche et l’on voit refleurir maintenant des rites prétendus égyptiens, esséniens, incas, aztèques, toltèques etc. Les influences de ces cadavres religieux sont aussi peu propices à la spiritualité vivante que possible. De ce point de vue, le christianisme est actuellement l’une des rares traditions continument transmises depuis son origine, avec ce gros bémol qu’il s’est fortement exotérisé et même modernisé. Et la plus ancienne tradition vivante, continue de maître à disciple, et possédant un enseignement spirituel complet est actuellement l’hindouisme, bien qu’il subisse, lui aussi, les assauts du temps de la fin. En réalité il n’y a que deux groupes de traditions vivantes actuellement : les trois abrahamiques (judaïsme, christianisme, islam) et les deux orientales (hindouisme et bouddhisme).
9 Les sages royaux sont des nobles kshatrya, même caste qu’Arjuna, qui ont accédé au monde des dieux par l’ascèse après leur mort, ce qui n’est pas sans évoquer la parole du Christ : J’ai dit : vous êtes des dieux (Jn 10/34 = P 185).
10 Mais, au fil du temps cette doctrine du yoga s’est perdue. Les religions naissent et meurent ; on connait aujourd’hui quantité de religions mortes et on en voit quelques-unes en cours de dégénérescence. Mais, si toute spiritualité disparaissait, l’humanité arriverait à sa fin, par faute de reliement avec le Principe. Le phénomène de création entraîne un éloignement du Principe, qui ne fait que s’accentuer au cours du temps. D’où l’aspect de ‘grande faucheuse’ du temps mortel, qui vaut pour les humains, les civilisations et les humanités.
11 Certaines religions dégénèrent plus rapidement que d’autres ; celles qui sont basées sur l’affectivité, plutôt que sur une doctrine métaphysique. Le fait que la doctrine puisse se perdre, et nécessite une nouvelle révélation, comme celle de Krishna ou du Christ, n’empêche pas les exceptions possibles : Certains perçoivent le Soi par eux-mêmes, par la méditation de leur propre Soi (BG 13/24).
12 C’est ce même antique yoga (l’art de communier avec l’Absolu) que je t’ai enseigné aujourd’hui. Disant cela, Krishna se présente comme un restaurateur d’humanité et de religion, ce qu’il développera ensuite. Il montre par là que le yoga authentique ne dépend ni du lieu, ni du temps, contrairement aux cultures et même aux religions. Il s’agit toujours de communiquer et de communier avec l’Absolu.
13 Je t’ai traité en fidèle et en ami. Krishna joue ici sur plusieurs registres comme fait aussi Jésus : Je ne vous appelle plus esclave-doulos, car l’esclave ne sait pas ce que fait son maître ; mais je vous appelle amis-philos, parce que tout ce que j’ai entendu de mon Père, je vous l’ai fait connaître (Jn 15/15 = P 264).
14 Ainsi s’instaure une hiérarchie de relation entre le maître et le disciple, jusqu’au moment où le premier peut dire : « Je ne suis plus ton maître, puisque tu as bu et que tu t’es enivré à la source bouillonnante d’où moi-même je jaillis… » (évangile selon Thomas 013). En Occident, un professeur de yoga échange son enseignement contre un paiement. Les clients, une fois payée la cotisation, ne lui doivent rien de plus. On pourrait presque parler d’une prostitution de tradition spirituelle, car l’engagement affectif fait partie du cheminement du disciple. La transmission, dans le style ‘Je sème à tout vent’, si elle convient à notre époque déstructurée, n’en supprime pas moins quasi complètement la dimension humaine.
15 Ainsi tu peux en percer le mystère sublime. Sublime, car l’enseignement d’un Jésus ou d’un Krishna n’a pas pour seul objectif de vivre moralement dans un monde humain mortel, ni même de réintégrer plus ou moins longuement quelque paradis (BG 09/21). L’état que le Maître destine à ses disciples est véritablement transcendant par rapport à la vie humaine. Mystère, parce que les enseignements explicites de la religion qui se fait porteuse de cet enseignement ne peuvent le décrire, faute d’adéquation du langage humain à ces sujets. Tu peux, car Krishna, comme Jésus, initie ses disciples, par la ‘seconde naissance’ (BG 01/07) et rend active ce qui n’était qu’une potentialité de l’humain. En percer, car la seconde naissance rituelle et la transmission livresque de l’enseignement ne suffisent pas et restent lettre morte sans une volonté, une ascèse, une discipline. Cette dernière, comme le nom l’indique, fait la différence entre un croyant et un disciple.
Pratique :
Pratique I : Se méfier du ‘tout nouveau tout beau’, que ce soit pour les modes ou les technologies. Se méfier aussi de certaines traditions, qui se présentent comme éternelles et n’ont que quelques siècles ; les traditions des hommes comme dit Jésus (Vous mettez de côté le commandement de Dieu pour vous attacher à la tradition des hommes : Mc 07/08 = P 114). Seules les Écritures sacrées des traditions vivantes (et attention aux traductions !) sont dignes de confiance (et les auteurs qui s’appuient vraiment et complètement sur les dites Écritures).
Pratique II : Force est de reconnaître que la continuité indispensable est problématique dans la tradition chrétienne. Douze apôtres qui ne donnent que deux évangélistes, c’est maigre. Surtout quand on connaît, comme aujourd’hui plusieurs évangiles d’apôtres classés hérétiques par l’Église officielle (Thomas, Philippe, Judas, Marie de Magdala). Du point de vue ésotérique, cela aussi justifie le recours à la Bhagavad Gita, pour un chrétien.
Pratique III : Premièrement, la spiritualité est un mystère. Ce n’est pas une chose accessible au grand jour, même dans une église. Deuxièmement : ce mystère, si sublime soit-il est fait pour être percé, ce qui implique audace, ténacité, virilité spirituelle. Arjuna est un chevalier, seul un guerrier de sa trempe peut percer le mystère.
La TRADITION SPIRITUELLE ININTERROMPUE