CONVERSION et METANOIA

CONVERSION et METANOIA

Mt 03/06 (Péricope 016 Synopse Lagrange) Commentaire Théorique et Méditation Opérative

CONVERSION et METANOIA

CONVERSION et METANOIA

Faites donc un fruit digne de la conversion-metanoïa.

(P 016 = Mt 03/08) 

Théorie :

1        Le prophète ascétique Jean le Baptiste annonce Jésus en proclamant : Faites donc un fruit digne de la conversion-metanoïa. Ce mot est souvent traduit par ‘repentir’, ce qui signifie ‘remonter la pente’ après une glissade et une chute ; avec le sous-entendu de reprendre le chemin de la vertu après s’être adonné au vice. On est donc clairement dans une perspective dualiste : passer du mal au bien. L’un est damnant, l’autre salutaire.

2        Cette formule sera reprise littéralement par Jésus : convertissez-vous-metanoein et croyez en la bonne-annonce-euangelion (évangile) (Mc 01/15). La traduction de metanoïa par ‘conversion’ est ambivalente. En christianisme, on entend par conversion le fait de changer de croyance religieuse, ou de passer d’un point de vue athée à une croyance religieuse ou, mieux, de passer de n’importe quoi d’autre vers le christianisme, conçu comme la vraie ou du moins la meilleure religion. Si Jésus avait voulu cela, il ne serait pas demeuré juif jusqu’à son dernier souffle.

3        Mais ‘conversion’ a un sens en géométrie et aussi en sport dans l’art du ski et cela consiste à opérer un retournement sur place, à 180°. Ce sens, et lui seul, intéresse véritablement la spiritualité. Méta-noïa est formé de la préposition méta, qui signifie ‘dépasser’, ‘aller au-delà’ ; il s’agit de passer du regard obnubilé par le mortel au regard concentré sur l’immortel.

4     On divise ainsi l’œuvre d’Aristote en ‘la physique’, ce qui signifiait pour les grecs tout ce qui concerne l’étude du monde cosmique, et la ‘méta-physique’, ce qui ne relève pas des perceptions sensorielles, mais de l’intuition intellectuelle pure ; la notion de l’absolu, de l’infini, par exemple. Noïa signifie ‘percevoir, penser’, et précisément ‘penser à partir de ce que l’on perçoit sensoriellement’.

Pratique :

1        En ce dernier sens la métanoïa s’identifie à dhyana, la méditation yogique hindoue, qui est un état de conscience supra sensoriel et supra mental, dans lequel la conscience ne s’attache ni aux perceptions sensorielles, ni aux cogitations, remémorations ou imaginations du mental.

2        La plus grande certitude de l’humain est que tout ce qui est sensoriel et mental périra. L’attitude profane consiste à se cramponner pathétiquement à ce tout périssable. La métanoïa est comparable au premier envol d’un jeune oiseau, qui lâche les objets solides pour découvrir sa vraie nature d’être céleste. Le méditant lâche tout ce qui lui semble mentalement et sentimentalement consistant et découvre, s’il en a le courage et la persévérance, que, dans ce vide apparent dans lequel il plonge, se trouve la plénitude-pleroma. Et que cette plénitude englobe et déborde immensément l’ego qu’il croyait être.

3        La métanoïa consiste à passer de l’identification au corps-mental égotique à l’identification à l’être incarné qui habite transitoirement le corps-mental et que le yoga nomme atman. Ce changement de perspective est radical, quand il est réalisé sans retour. Après la métanoïa, l’être, qui progressait ou régressait, emprunte radicalement une autre voie, celle de la libération-moksha. Jésus l’évoque lorsqu’il dit : Le Père et moi, nous sommes un (Jn 10/30 = P 185).

         

 

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