La LAMPE sous le LIT
Et il leur dit : »Est-ce que la lampe vient pour qu’on la mette sous le boisseau-modios ou sous le lit ? N’est-ce pas pour qu’on la mette sur le lampadaire ? Car rien n’est secret-kruptos que pour être manifesté; et rien n’est caché-à-l’écart, qui ne devienne apparent. Si quelqu’un a des oreilles pour entendre, qu’il entende ! » Il leur dit : » Regardez-blepein ce que vous écoutez-akouein. C’est la mesure dont vous mesurez qui vous mesurera, et il en sera rajouté pour vous. Car celui qui a, on lui donnera, et celui qui n’a pas, même ce qu’il a lui sera enlevé. »
(Mc 04/21-25 = P 087)
Théorie :
1 Et il leur dit : »Est-ce que la lampe vient pour qu’on la mette sous le boisseau-modios ou sous le lit ? « Que désigne la lampe ? » Jésus lui-même et ensuite ses disciples. Il vient car il a une mission de messianité, c’est-à-dire qu’il a été désigné pour transmettre la doctrine sacrée, la parole de Dieu. Les disciples, à sa suite, devront devenir des lampes (Vous êtes la lumière du monde : Mt 05/14 = P 170). Le symbole de la lampe implique que le monde humain est par nature ténébreux, comme le dit la Bhagavad Gita : Ce monde de ténèbres…(BG 08/09). Et ceci d’autant plus que nous sommes dans le kali-yuga (âge sombre), le quatrième et dernière âge de la présente humanité.
2 Sans la Révélation, que symbolise la lumière de la lampe, l’humain est spirituellement aveugle. La modernité se définit précisément comme le refus de la Transcendance, soit d’une intelligence supérieure à l’humain et qui serait l’origine de l’humain. Ce refus implique celui de la Révélation, qui est ce par quoi le divin se donne à être connu par l’humain. La passion technologique de la modernité n’est qu’une conséquence : l’homme, qui a en lui le concept d’évolution et de progrès, prétend les mener avec son seul cerveau. Il refuse à la fois le recours à la Transcendance, par la Révélation, et le recours à l’Immanence, par la plongée méditative jusqu’à la trace du divin en son cœur (BG 10/20).
3 La lampe n’est pas lumineuse par elle-même, comme le feu ou le soleil. Elle doit être allumée par un feu préalable (la Tradition qui transmet la Révélation, et non la tradition des hommes : Mc 07/08 = P 114). La lampe sacrifie de sa matière (la mèche) et de sa vie (l’huile de messianité) pour entretenir la lumière. Ainsi Personne ne devient un yogi sans le renoncement à soi-même (BG 06/02). Qui veut en effet sauver sa vie la perdra, mais qui perdra sa vie à cause de moi la trouvera (Mt 16/25 = P 123). Cette compréhension ésotérique s’oppose à la conception religieuse d’un Jésus Dieu de naissance selon le mythe lucanien de la conception virginale pris à la lettre.
4 Le récipient en terre de la lampe doit se vider de son ego, comme Jésus l’a fait pendant son ascèse secrète jusqu’à ses trente ans et le jeûne des quarante jours au désert, pour recevoir l’huile de messianité qui le fait vecteur de la science sacrée, transmetteur de la Parole de Dieu. Le symbole de la Vierge ne désigne pas la mère biologique de Jésus -malgré ses indéniables mérites-, mais la qualité de l’âme vidée de l’ego et capable, par là-même, de recevoir l’esprit-pneuma en plénitude (évangile selon Philippe 17). Chaque méditant, homme ou femme, doit travailler à la fécondation virginale de son âme par l’Esprit.
5 …pour qu’on la mette sous le boisseau ? Le boisseau est une mesure de produits secs, grains ou farine, utilisé dans le commerce d’alimentation. Il symbolise ce qu’on nomme aujourd’hui consumérisme. Placer la lampe sous le boisseau c’est faire passer la quête spirituelle après les soucis de la consommation. Ce symbole est parallèle aux épines dans la parabole des Semailles : Et il y en a d’autres qui sont semés dans les épines ; ce sont ceux qui ont entendu la Parole, mais les soucis de l’ère, la séduction de la richesse et les autres convoitises les pénètrent et étouffent la Parole, qui demeure sans fruit (Mc 04/19 = P 086). Dans la modernité, les athées détruisent la lampe et les partisans de la laïcité la mettent sous le boisseau.
6 … pour qu’on la mette sous le lit. Le lit remplit deux fonctions : dormir et faire l’amour. La lampe sous le lit désigne la paresse vis-à-vis du travail spirituel, ou la luxure (qui n’est pas l’érotisme en soi mais sa version obsessionnelle, addictive et sans amour). Le disciple spirituel n’est pas une page vierge ; il est influencé par le monde dans lequel il vit et qu’il doit sans cesse situer par rapport à l’enseignement qu’il reçoit. La modernité est un lit, par l’omniprésence d’un érotisme marchand et par l’incessante invitation à la facilité, au confort, à l’agréable. Le lit est le lieu le plus confortable de la maison.
7 N’est-ce pas pour qu’on la mette sur le lampadaire ? L’aveuglement de son public est si grand que la question du maître semble naïve. Car rien n’est secret-kruptos que pour être manifesté. Kruptos, secret, donne aussi ‘crypte’ et ‘crypté’ ; le symbolisme et le parabolisme de l’Évangile forment un langage crypté. La chrétienté moderne ne le comprend que très superficiellement ; elle s’imagine que Jésus parlait ainsi parce que le peuple était naïf, illettré et avait besoin d’images candides et mémorielles. Ce n’est pas faux, mais les symboles cryptés s’adressent aussi, et même surtout, aux ésotéristes, ce que les chrétiens modernes nient le plus souvent : J’ouvrirai la bouche pour dire des paraboles, je clamerai des choses cachées depuis la fondation du monde (Mt 13/35 = P 092).
8 Rien n’est secret-kruptos que pour être manifesté. Comme souvent, Jésus provoque et feint l’absurde : « Quelle étrange idée de rendre une chose secrète quand on veut la manifester ? Il serait plus logique d’en faire la propagande ! » Là se cache un mystère : le secret initiatique (contrairement au secret technologique et au secret militaire) n’est pas un moyen de cacher, c’est un moyen de transmission. Tous les hommes n’ont pas les mêmes qualités de compréhension spirituelle (parabole des talents : Mt 25/15 = P 227). Un enseignement profond, transmis à n’importe qui, sera déformé par le plus grand nombre et la somme des déformations l’occultera à ceux-là-mêmes qui pourraient le comprendre. Le transmetteur du sacré doit à la fois proposer à tous et ne pas donner des perles aux pourceaux (Mt 07/06 = P 071). Le langage révélé-secret des symboles et des paraboles en est le moyen. En fin de cycle, un maître trouve peu de disciples qualifiés. Par des paraboles, dont la forme littéraire intéresse le peuple et dont le contenu moral retient l’attention des prêtres, le maître transmet des mystères à certains qui ont des oreilles pour entendre spirituellement (Lc 13/35 = P 133) et qui vivront peut-être des générations après lui.
9 …et rien n’est caché-à-l’écart, qui ne devienne apparent. Ici le secret ne semble pas relever de l’oralité mais de la vue. Plusieurs scènes d’Évangile appartiennent à cette catégorie. Voici que surviennent des mages du Levant…Après quoi, avertis en songe de ne point retourner chez Hérode, ils se retirent dans leur substance-primordiale-khôra, par un autre chemin (Mt 02/01 et 11 = P 011). Jésus lui-même semble apparaître ou disparaître quand il veut. Après qu’il ait marché sur les eaux : L’ayant trouvé de l’autre côté de la mer, ils lui dirent : »Rabbi, quand es-tu arrivé ici ? » (Jn 06/25 = P 109). Quand ses compatriotes veulent le tuer : Mais lui, passant au milieu d’eux, va son chemin… (Jn 04/30 = P 100). En lisant ce verset, il est difficile de ne pas penser aux découvertes, faites au XX° siècle, des manuscrits de la Mer Morte ou de Nag Hammadi en Égypte. Plusieurs évangiles, écrits par des membres des Douze (Thomas, Philippe, Judas, Marie Madeleine), cachés lors des persécutions infligées par l’Église romaine naissante, sont réapparus ‘par hasard’. Vu l’étonnante affinité de leurs enseignements avec le non-dualisme hindou, comment ne pas considérer cela comme un miracle voulu par l’inspirateur de ces enseignements ?
10 Regardez-blepein ce que vous écoutez-akouein. Le plus souvent, les traducteurs maquillent le texte tant ils le trouvent incompréhensible ! Certains s’écoutent parler, d’autres n’écoutent pas ce qu’ils disent, mais qui donc peut regarder ce qu’il écoute ? Ici, le secret se cache dans le sens littéral et non dessous. Un magnétophone ou un perroquet répètent sans comprendre ; beaucoup, parmi le peu qui mémorise les Écritures, les imitent. Toutes les traditions pratiquent la mémorisation des Écritures mais, chez les juifs et sans doute aussi les musulmans, la mémoire doit demeurer strictement auditive. En effet, par crainte de l’idolâtrie, ces traditions interdisent toute représentation dessinée ou sculptée d’êtres vivants (Ex 20). Les images mentales elles-mêmes semblent suspectes. Or, faire des images mentales et les localiser constitue le plus puissant moyen de mémorisation. De plus, Jésus, dans les paraboles et dans ses œuvres décrites par le texte, déploie un vaste ensemble d’images, fixes ou mobiles. Dans ce verset se cache la méthode même de mémorisation enseignée par Jésus, en étroit rapport avec son type d’enseignement. Et, encore une fois, cela correspond aux pratiques spirituelles de l’Orient. Enfin, lorsqu’on visualise un propos, il y a souvent une erreur ou un aspect intriguant qui, littéralement, ‘saute aux yeux’, ce qui rend plus intelligente cette méthode de mémorisation.
11 C’est la mesure dont vous mesurez qui vous mesurera : strict parallèle de la loi métaphysique des ‘actions et réactions concordantes’ et de la loi hindoue du karma. Et il en sera rajouté pour vous : Car ‘Lorsque le disciple fait un pas vers Dieu, Il en fait mille vers lui’. Celui qui a, on lui donnera, et celui qui n’a pas, même ce qu’il a lui sera enlevé. Ce passage, qui se trouve dans un autre contexte chez un autre évangéliste, a déjà été commenté. Ces décalages sont fréquents et proviennent du fait, reconnu clairement par Luc (Lc 01/03 = P 002), que les évangélistes n’ont pas écrit une histoire suivie, mais composé un récit en le ponctuant de logos, de paroles de Jésus, que la tradition a retenues sans ordre. La religion se veut historique alors que l’enseignement, surtout ésotérique, est essentiellement a-temporel, puisque méta-physique.
Pratique :
1 Pratique I : Jésus n’interdit ni la consommation (boisseau) ni le lit et tout ce qu’on peut y vivre, mais la lampe doit éclairer le boisseau et le lit et non être occultée par eux. Dans la Genèse d’ailleurs, Isaac, croyant dormir avec Rachel, se réveille avec Léa (Gn 29) et ensuite Iehouda, croyant fréquenter une prostituée, féconde sa belle-fille Tamar (Gn 38). Faire l’amour dans le noir réserve de mauvaises surprises. Sans prendre la chose à la lettre, le fait d’éclairer spirituellement l’érotisme par l’amour, et le sommeil par la prière du soir, autant que la consommation par le bénédicité constitue un moyen d’intégrer l’humain dans le divin.
2 Pratique II : La lampe sur le lampadaire signifie non seulement que l’on voit plus clair dans les événements du monde en s’inspirant de la lumière de l’enseignement spirituel, mais aussi que nous sommes responsables d’éclairer le prochain qui pénètre (dans la pièce) comme dit Matthieu.
3 Pratique III : L’écoute aveugle n’est pas de mise, ni la soumission passive aux interprétations cléricales le plus souvent moralisantes. Donc le jeu du secret et de la révélation implique que le disciple doit être un chercheur de sens, tant pour l’Écriture que pour la vie.
La LAMPE sous le LIT
La LAMPE sous le LIT
La LAMPE sous le LIT
Et il leur dit : »Est-ce que la lampe vient pour qu’on la mette sous le boisseau-modios ou sous le lit ? N’est-ce pas pour qu’on la mette sur le lampadaire ? Car rien n’est secret-kruptos que pour être manifesté; et rien n’est caché-à-l’écart, qui ne devienne apparent. Si quelqu’un a des oreilles pour entendre, qu’il entende ! » Il leur dit : » Regardez-blepein ce que vous écoutez-akouein. C’est la mesure dont vous mesurez qui vous mesurera, et il en sera rajouté pour vous. Car celui qui a, on lui donnera, et celui qui n’a pas, même ce qu’il a lui sera enlevé. »
(Mc 04/21-25 = P 087)
Théorie :
1 Et il leur dit : »Est-ce que la lampe vient pour qu’on la mette sous le boisseau-modios ou sous le lit ? « Que désigne la lampe ? » Jésus lui-même et ensuite ses disciples. Il vient car il a une mission de messianité, c’est-à-dire qu’il a été désigné pour transmettre la doctrine sacrée, la parole de Dieu. Les disciples, à sa suite, devront devenir des lampes (Vous êtes la lumière du monde : Mt 05/14 = P 170). Le symbole de la lampe implique que le monde humain est par nature ténébreux, comme le dit la Bhagavad Gita : Ce monde de ténèbres…(BG 08/09). Et ceci d’autant plus que nous sommes dans le kali-yuga (âge sombre), le quatrième et dernière âge de la présente humanité.
2 Sans la Révélation, que symbolise la lumière de la lampe, l’humain est spirituellement aveugle. La modernité se définit précisément comme le refus de la Transcendance, soit d’une intelligence supérieure à l’humain et qui serait l’origine de l’humain. Ce refus implique celui de la Révélation, qui est ce par quoi le divin se donne à être connu par l’humain. La passion technologique de la modernité n’est qu’une conséquence : l’homme, qui a en lui le concept d’évolution et de progrès, prétend les mener avec son seul cerveau. Il refuse à la fois le recours à la Transcendance, par la Révélation, et le recours à l’Immanence, par la plongée méditative jusqu’à la trace du divin en son cœur (BG 10/20).
3 La lampe n’est pas lumineuse par elle-même, comme le feu ou le soleil. Elle doit être allumée par un feu préalable (la Tradition qui transmet la Révélation, et non la tradition des hommes : Mc 07/08 = P 114). La lampe sacrifie de sa matière (la mèche) et de sa vie (l’huile de messianité) pour entretenir la lumière. Ainsi Personne ne devient un yogi sans le renoncement à soi-même (BG 06/02). Qui veut en effet sauver sa vie la perdra, mais qui perdra sa vie à cause de moi la trouvera (Mt 16/25 = P 123). Cette compréhension ésotérique s’oppose à la conception religieuse d’un Jésus Dieu de naissance selon le mythe lucanien de la conception virginale pris à la lettre.
4 Le récipient en terre de la lampe doit se vider de son ego, comme Jésus l’a fait pendant son ascèse secrète jusqu’à ses trente ans et le jeûne des quarante jours au désert, pour recevoir l’huile de messianité qui le fait vecteur de la science sacrée, transmetteur de la Parole de Dieu. Le symbole de la Vierge ne désigne pas la mère biologique de Jésus -malgré ses indéniables mérites-, mais la qualité de l’âme vidée de l’ego et capable, par là-même, de recevoir l’esprit-pneuma en plénitude (évangile selon Philippe 17). Chaque méditant, homme ou femme, doit travailler à la fécondation virginale de son âme par l’Esprit.
5 …pour qu’on la mette sous le boisseau ? Le boisseau est une mesure de produits secs, grains ou farine, utilisé dans le commerce d’alimentation. Il symbolise ce qu’on nomme aujourd’hui consumérisme. Placer la lampe sous le boisseau c’est faire passer la quête spirituelle après les soucis de la consommation. Ce symbole est parallèle aux épines dans la parabole des Semailles : Et il y en a d’autres qui sont semés dans les épines ; ce sont ceux qui ont entendu la Parole, mais les soucis de l’ère, la séduction de la richesse et les autres convoitises les pénètrent et étouffent la Parole, qui demeure sans fruit (Mc 04/19 = P 086). Dans la modernité, les athées détruisent la lampe et les partisans de la laïcité la mettent sous le boisseau.
6 … pour qu’on la mette sous le lit. Le lit remplit deux fonctions : dormir et faire l’amour. La lampe sous le lit désigne la paresse vis-à-vis du travail spirituel, ou la luxure (qui n’est pas l’érotisme en soi mais sa version obsessionnelle, addictive et sans amour). Le disciple spirituel n’est pas une page vierge ; il est influencé par le monde dans lequel il vit et qu’il doit sans cesse situer par rapport à l’enseignement qu’il reçoit. La modernité est un lit, par l’omniprésence d’un érotisme marchand et par l’incessante invitation à la facilité, au confort, à l’agréable. Le lit est le lieu le plus confortable de la maison.
7 N’est-ce pas pour qu’on la mette sur le lampadaire ? L’aveuglement de son public est si grand que la question du maître semble naïve. Car rien n’est secret-kruptos que pour être manifesté. Kruptos, secret, donne aussi ‘crypte’ et ‘crypté’ ; le symbolisme et le parabolisme de l’Évangile forment un langage crypté. La chrétienté moderne ne le comprend que très superficiellement ; elle s’imagine que Jésus parlait ainsi parce que le peuple était naïf, illettré et avait besoin d’images candides et mémorielles. Ce n’est pas faux, mais les symboles cryptés s’adressent aussi, et même surtout, aux ésotéristes, ce que les chrétiens modernes nient le plus souvent : J’ouvrirai la bouche pour dire des paraboles, je clamerai des choses cachées depuis la fondation du monde (Mt 13/35 = P 092).
8 Rien n’est secret-kruptos que pour être manifesté. Comme souvent, Jésus provoque et feint l’absurde : « Quelle étrange idée de rendre une chose secrète quand on veut la manifester ? Il serait plus logique d’en faire la propagande ! » Là se cache un mystère : le secret initiatique (contrairement au secret technologique et au secret militaire) n’est pas un moyen de cacher, c’est un moyen de transmission. Tous les hommes n’ont pas les mêmes qualités de compréhension spirituelle (parabole des talents : Mt 25/15 = P 227). Un enseignement profond, transmis à n’importe qui, sera déformé par le plus grand nombre et la somme des déformations l’occultera à ceux-là-mêmes qui pourraient le comprendre. Le transmetteur du sacré doit à la fois proposer à tous et ne pas donner des perles aux pourceaux (Mt 07/06 = P 071). Le langage révélé-secret des symboles et des paraboles en est le moyen. En fin de cycle, un maître trouve peu de disciples qualifiés. Par des paraboles, dont la forme littéraire intéresse le peuple et dont le contenu moral retient l’attention des prêtres, le maître transmet des mystères à certains qui ont des oreilles pour entendre spirituellement (Lc 13/35 = P 133) et qui vivront peut-être des générations après lui.
9 …et rien n’est caché-à-l’écart, qui ne devienne apparent. Ici le secret ne semble pas relever de l’oralité mais de la vue. Plusieurs scènes d’Évangile appartiennent à cette catégorie. Voici que surviennent des mages du Levant…Après quoi, avertis en songe de ne point retourner chez Hérode, ils se retirent dans leur substance-primordiale-khôra, par un autre chemin (Mt 02/01 et 11 = P 011). Jésus lui-même semble apparaître ou disparaître quand il veut. Après qu’il ait marché sur les eaux : L’ayant trouvé de l’autre côté de la mer, ils lui dirent : »Rabbi, quand es-tu arrivé ici ? » (Jn 06/25 = P 109). Quand ses compatriotes veulent le tuer : Mais lui, passant au milieu d’eux, va son chemin… (Jn 04/30 = P 100). En lisant ce verset, il est difficile de ne pas penser aux découvertes, faites au XX° siècle, des manuscrits de la Mer Morte ou de Nag Hammadi en Égypte. Plusieurs évangiles, écrits par des membres des Douze (Thomas, Philippe, Judas, Marie Madeleine), cachés lors des persécutions infligées par l’Église romaine naissante, sont réapparus ‘par hasard’. Vu l’étonnante affinité de leurs enseignements avec le non-dualisme hindou, comment ne pas considérer cela comme un miracle voulu par l’inspirateur de ces enseignements ?
10 Regardez-blepein ce que vous écoutez-akouein. Le plus souvent, les traducteurs maquillent le texte tant ils le trouvent incompréhensible ! Certains s’écoutent parler, d’autres n’écoutent pas ce qu’ils disent, mais qui donc peut regarder ce qu’il écoute ? Ici, le secret se cache dans le sens littéral et non dessous. Un magnétophone ou un perroquet répètent sans comprendre ; beaucoup, parmi le peu qui mémorise les Écritures, les imitent. Toutes les traditions pratiquent la mémorisation des Écritures mais, chez les juifs et sans doute aussi les musulmans, la mémoire doit demeurer strictement auditive. En effet, par crainte de l’idolâtrie, ces traditions interdisent toute représentation dessinée ou sculptée d’êtres vivants (Ex 20). Les images mentales elles-mêmes semblent suspectes. Or, faire des images mentales et les localiser constitue le plus puissant moyen de mémorisation. De plus, Jésus, dans les paraboles et dans ses œuvres décrites par le texte, déploie un vaste ensemble d’images, fixes ou mobiles. Dans ce verset se cache la méthode même de mémorisation enseignée par Jésus, en étroit rapport avec son type d’enseignement. Et, encore une fois, cela correspond aux pratiques spirituelles de l’Orient. Enfin, lorsqu’on visualise un propos, il y a souvent une erreur ou un aspect intriguant qui, littéralement, ‘saute aux yeux’, ce qui rend plus intelligente cette méthode de mémorisation.
11 C’est la mesure dont vous mesurez qui vous mesurera : strict parallèle de la loi métaphysique des ‘actions et réactions concordantes’ et de la loi hindoue du karma. Et il en sera rajouté pour vous : Car ‘Lorsque le disciple fait un pas vers Dieu, Il en fait mille vers lui’. Celui qui a, on lui donnera, et celui qui n’a pas, même ce qu’il a lui sera enlevé. Ce passage, qui se trouve dans un autre contexte chez un autre évangéliste, a déjà été commenté. Ces décalages sont fréquents et proviennent du fait, reconnu clairement par Luc (Lc 01/03 = P 002), que les évangélistes n’ont pas écrit une histoire suivie, mais composé un récit en le ponctuant de logos, de paroles de Jésus, que la tradition a retenues sans ordre. La religion se veut historique alors que l’enseignement, surtout ésotérique, est essentiellement a-temporel, puisque méta-physique.
Pratique :
1 Pratique I : Jésus n’interdit ni la consommation (boisseau) ni le lit et tout ce qu’on peut y vivre, mais la lampe doit éclairer le boisseau et le lit et non être occultée par eux. Dans la Genèse d’ailleurs, Isaac, croyant dormir avec Rachel, se réveille avec Léa (Gn 29) et ensuite Iehouda, croyant fréquenter une prostituée, féconde sa belle-fille Tamar (Gn 38). Faire l’amour dans le noir réserve de mauvaises surprises. Sans prendre la chose à la lettre, le fait d’éclairer spirituellement l’érotisme par l’amour, et le sommeil par la prière du soir, autant que la consommation par le bénédicité constitue un moyen d’intégrer l’humain dans le divin.
2 Pratique II : La lampe sur le lampadaire signifie non seulement que l’on voit plus clair dans les événements du monde en s’inspirant de la lumière de l’enseignement spirituel, mais aussi que nous sommes responsables d’éclairer le prochain qui pénètre (dans la pièce) comme dit Matthieu.
3 Pratique III : L’écoute aveugle n’est pas de mise, ni la soumission passive aux interprétations cléricales le plus souvent moralisantes. Donc le jeu du secret et de la révélation implique que le disciple doit être un chercheur de sens, tant pour l’Écriture que pour la vie.
La LAMPE sous le LIT