ACTION SAINTE et DÉTACHEMENT ONT MÊME BUT
Seuls les esprits puérils, et non le sage, opposent la spéculation (samkhya) et la maîtrise de soi (yoga de l’action : karma yoga) comme s’il s’agissait de deux choses distinctes. Celui qui est fermement établi dans l’un des deux obtient le fruit des deux (BG 05/04).
L’état atteint par les adeptes spéculatifs de la connaissance (samkhya) l’est aussi par les praticiens de la maîtrise de soi (karma yogis). Celui qui voit le samkhya et le yoga comme identiques voit juste. (BG 05/05)
Mais le renoncement, ô guerrier aux bras puissants, est difficile à atteindre sans le yoga (de l’action). L’homme harmonisé par le yoga, et devenu contemplatif, atteint rapidement Brahman. (BG 05/06)
Théorie :
Deux voies indispensables pour un seul but
1 Seuls les esprits puérils, et non le sage, opposent la spéculation (samkhya) et la maîtrise de soi (yoga de l’action : karma yoga) comme s’il s’agissait de deux choses distinctes. Celui qui est fermement établi dans l’un des deux obtient le fruit des deux (BG 05/04). Tout ce qui a été dit dans le commentaire des trois précédents sutras permet de comprendre celui-ci. Reste seulement à expliquer le polémique et curieux qualificatif d’esprits puérils. Comme déjà vu, Vyasa, l’auteur de la Bhagavad Gita, est un diplomate, un unificateur, un synthétiseur des différentes tendances de la culture védique qui, de son temps, cédaient à la tentation de se conduire en rivales. Vyasa en vient presque à comparer ces disputatios (conflits théologiques au Moyen-âge) à des disputes de cours d’école.
2 Celui qui est fermement établi dans l’un des deux obtient le fruit des deux. (BG 05/04). Krishna reprend ici : Le renoncement à l’action et le yoga de l’action mènent tous deux à la félicité suprême (BG 05/02) ; il élargit simplement le sujet.
3 Celui qui est fermement établi dans l’un des deux : cette formule laisserait presque entendre que l’on peut pratiquer l’une des deux voies en excluant complètement l’autre. En fait Krishna va bientôt montrer (sutra 6) que ces deux voies constituent deux étapes d’un même chemin. Sauf certains virtuoses de la spiritualité, nés pour la méditation, la plupart des hommes commencent par privilégier le karma-yoga, pour passer ensuite, graduellement, à la contemplation méditative.
4 L’état atteint par les adeptes spéculatifs de la Connaissance (Samkhya) l’est aussi par les praticiens de la maîtrise de soi (karma yogis) (BG 05/05). Les disciples de Vyasa, et ceux d’aujourd’hui sans doute aussi, doivent avoir du mal à s’extraire de la vision conflictuelle des deux voies, car il dit pour la troisième fois presque la même chose. Il est vrai que l’enseignement est l’art de dire la même chose sans se répéter jamais.
5 Cependant, il détaille ici un peu plus la nature spécifique de chacune de ces voies. Le Samkhya, qui signifie littéralement ‘dénombrement’, est une voie de connaissance en mode spéculatif. On retrouve ici un thème qui a beaucoup travaillé l’Éducation Nationale française lorsque l’État s’est substitué par force à l’Église pour l’enseignement devenu obligatoire. Cela visait théoriquement à éviter l’endoctrinement religieux mais a abouti, comme il était largement prévisible, à un endoctrinement athée et antireligieux, qui n’a rien à lui envier en matière de bourrage de crâne.
6 On opposait alors les ‘intellectuels’, supposés plus intelligents, aux ‘manuels’, présentés comme d’une classe inférieure. Il fallait que chacun fasse des études pour ne pas être ravalé parmi les manuels. C’était oublier que les mains des manuels sont dirigées par le même cerveau que celles des intellectuels quand ils écrivent ou parlent, ce qui constitue leur principale occupation. Un fond de vrai, cependant, consiste en ceci qu’une fois qu’il a les bases de sa pratique, le manuel fonctionne grâce à une seconde nature quasi instinctive, ne sollicitant qu’assez peu son cerveau. Alors que l’intellectuel passe sa vie professionnelle à se confronter à des problèmes toujours nouveaux, si bien qu’effectivement il fait plus travailler son cerveau que le manuel (il est plus cérébral).
7 Mais ce conflit est spirituellement insensé car la spiritualité n’est ni manuelle ni mentale ; elle est cordiale. Les prétendus intellectuels sont en fait des cérébraux. Comme le cerveau fonctionne en mode duel, contrairement à l’esprit-pneuma, on peut être fort cérébral et aucunement spirituel. Or il est notable que Krishna parle ici des adeptes spéculatifs de la connaissance (samkhya) et la spéculation est toujours cérébrale, même quand il s’agit de spéculer sur un thème spirituel. La contemplation purement intuitive et sans mouvement mental, c’est autre chose.
8 Faisant pendant au samkhya, Krishna évoque ensuite les praticiens de la maîtrise de soi (karma yogis). Ici la pratique domine et non la théorie. Elle se déploie dans la maîtrise de soi, c’est-à-dire l’habileté physique (dont parle la Gita en 12/16), le contrôle des émotions, des peurs, des passions (BG 02/56). La complémentarité des deux voies ressort alors nettement. On aboutit à l’idéal éducatif selon Rabelais : ‘un esprit sain dans un corps sain’, ‘mens sana in corpore sano.’
9 Krishna a déjà précisé que la maîtrise de soi, même parfaite, ne garantit pas la spiritualité : Celui qui retient ses sens et ses organes d’action, et reste assis se tenant coi, mais dont le mental s’attache encore aux objets des sens, n’est qu’un simulateur, victime d’une compréhension erronée (BG 03/06). Peut-on dire la même chose des adeptes spéculatifs de la connaissance ? Oui et non. Non d’abord, parce que, pour exposer de façon cohérente et logique une doctrine spirituelle, il convient que l’intuition cordiale soit connectée à elle. Le cerveau ne peut pas bien parler de spiritualité si le cœur en est dépourvu. Ainsi Jésus déclare : L’homme bon, de son bon trésor tire de bonnes choses ; et l’homme mauvais, de son mauvais trésor en tire de mauvaises. Car la bouche parle du trop plein du cœur (P 073). Cependant, bien penser et bien parler est une chose, agir en conséquence en est une autre, et c’est là que l’on retrouve les praticiens de la maîtrise de soi. Jésus le précise aussi en reprochant aux chefs religieux juifs : À vous aussi, les légistes, malheur, parce que vous chargez les gens de fardeaux impossibles à porter et vous-mêmes ne touchez pas à ces fardeaux d’un seul de vos doigts ! (P 171).
10 En conclusion, ces deux voies sont des voies, non des buts. Dans la méditation yogique (dhyana), il n’est plus question de pratique, ni de spéculation, mais d’identification : nombreux sont venus se fondre en moi, trouvant en moi leur refuge, identifiés à moi, purifiés au feu de la connaissance (BG 04/10).
La réalisation rapide du contemplatif
1 Celui qui voit le samkhya et le yoga comme identiques voit juste (BG 05/05). Krishna dit identiques et non pas égaux, car ce sont bien deux voies. La vision juste consiste, comme dit Jésus, à juger de l’arbre à ses fruits (P 073).
2 Mais le renoncement, ô guerrier aux bras puissants, est difficile à atteindre sans le Yoga (de l’action) (BG 05/06). Le guerrier aux bras puissants est, par définition, un homme d’action, mais non pour autant un yogi dans l’action (karma yogi). Il faudrait pour cela que l’action soit dénuée de visées et de réactions individuelles, ce qui n’est pas le cas d’Arjuna, qui se soucie tellement des siens qu’il en oublie les autres (BG 01/27…)
3 Le renoncement est difficile à atteindre sans le yoga (de l’action). Sauf pour quelques virtuoses de la spiritualité, chose rare à notre époque de fin de cycle d’humanité et surtout en Occident, terre du couchant.
4 L’homme harmonisé par le Yoga, et devenu contemplatif, atteint rapidement Brahman (BG 05/06). Ici la boucle est bouclée, car on retrouve le samnyasin étranger à l’aversion et au désir, qui s’affranchit aisément de la servitude (de l’existence mortelle) (BG 05/03).
5 Reconnaissons qu’un petit doute se lève dans la conscience face aux promesses de Krishna : ceux dont les pensées sont centrées sur moi, en vérité, avant longtemps, je les sauverai de l’océan de la transmigration et de la mort (samsara) (BG 12/07). À toi qui ne discutes pas en vain, je vais délivrer le plus grand secret, la plus profonde connaissance alliée à sa réalisation, et, connaissant cela, tu seras délivré des souffrances de la vie (BG 09/01). Que je sois ton unique refuge. Je t’affranchirai de tous les maux (BG 18/66). Rapidement… avant longtemps…. Je t’affranchirai de tous les maux…Il y a dans la conscience un petit diable qui déclare : « Trop beau pour être exact, une vraie publicité ! »
6 Ce diable dit la même chose à propos de Jésus : Si quelqu’un dit à cette montagne : »Soulève-toi et jette-toi dans la mer », et s’il n’hésite pas dans son cœur, mais croit que ce qu’il dit va arriver, cela lui sera accordé (P 235) et aussi : tout ce que vous demandez en priant, croyez que vous l’avez déjà reçu, et cela vous sera accordé (P 235). En somme, on atteint là un point essentiel, que la Gita n’a pas encore beaucoup abordé, mais qui reviendra souvent : celui du doute. Dans le Christianisme exotérique, le doute est considéré comme normal, et même comme une preuve d’humilité ; dans le yoga non-dualiste, comme chez le Christ, pas de salut dans le doute. Il faudra donc distinguer un peu mieux la croyance de la foi vivante et réellement salvatrice.
Pratique :
Pratique I : L’état atteint par les adeptes spéculatifs de la connaissance (samkhya) l’est aussi par les praticiens de la maîtrise de soi (karma yogis). Dans Deux voies indispensables pour un seul but fut exposé qu’on a tendance, en France spécialement, à considérer les ‘intellectuels’ plus intelligents que les ‘manuels’, présentés comme d’une classe inférieure. Mais ce conflit est spirituellement insensé car la spiritualité n’est ni manuelle ni mentale ; elle est cordiale. Les prétendus intellectuels sont en fait des cérébraux. On peut être fort cérébral et aucunement spirituel, car le cerveau fonctionne en mode duel, non l’esprit-pneuma. La contemplation purement intuitive et supra-mentale, c’est autre chose. En conclusion, ces deux voies sont des voies, non des buts. Dans la méditation-dhyana, il n’est plus question de pratique, ni de spéculation, mais d’identification : nombreux sont venus se fondre en moi, trouvant en moi leur refuge, identifiés à moi, purifiés au feu de la connaissance (BG 04/10).
Pratique II : Le renoncement est difficile à atteindre sans le Yoga (de l’action). L’homme harmonisé par le Yoga, et devenu contemplatif, atteint rapidement Brahman. Dans La réalisation rapide du contemplatif : Reconnaissons qu’un petit doute se lève dans la conscience face aux promesses de Krishna : ceux dont les pensées sont centrées sur moi, en vérité, avant longtemps, je les sauverai de l’océan de la transmigration et de la mort (samsara) (BG 12/07). À toi qui ne discutes pas en vain, je vais délivrer le plus grand secret, la plus profonde connaissance alliée à sa réalisation, et, connaissant cela, tu seras délivré des souffrances de la vie (BG 09/01). Que je sois ton unique refuge. Je t’affranchirai de tous les maux (BG 18/66). Rapidement… avant longtemps…. Je t’affranchirai de tous les maux…Il y a dans la conscience un petit diable qui déclare : « Trop beau pour être exact, une vraie publicité ! » Ce diable dit la même chose à propos de Jésus : Si quelqu’un dit à cette montagne : »Soulève-toi et jette-toi dans la mer », et s’il n’hésite pas dans son cœur, mais croit que ce qu’il dit va arriver, cela lui sera accordé (P 235) et aussi : tout ce que vous demandez en priant, croyez que vous l’avez déjà reçu, et cela vous sera accordé (P 235). En somme, on atteint là un point essentiel, que la Gita n’a pas encore beaucoup abordé, mais qui reviendra souvent : celui du doute. Dans le Christianisme exotérique le doute est considéré comme normal, et même comme une preuve d’humilité, dans le yoga non-dualiste, comme chez le Christ, pas de salut dans le doute ; il faudra donc distinguer un peu mieux la croyance de la foi vivante et réellement salvatrice.
ACTION SAINTE et DÉTACHEMENT ONT MÊME BUT (BG 05/04 à 06)
ACTION SAINTE et DÉTACHEMENT ONT MÊME BUT (BG 05/04 à 06)
ACTION SAINTE et DÉTACHEMENT ONT MÊME BUT
Seuls les esprits puérils, et non le sage, opposent la spéculation (samkhya) et la maîtrise de soi (yoga de l’action : karma yoga) comme s’il s’agissait de deux choses distinctes. Celui qui est fermement établi dans l’un des deux obtient le fruit des deux (BG 05/04).
L’état atteint par les adeptes spéculatifs de la connaissance (samkhya) l’est aussi par les praticiens de la maîtrise de soi (karma yogis). Celui qui voit le samkhya et le yoga comme identiques voit juste. (BG 05/05)
Mais le renoncement, ô guerrier aux bras puissants, est difficile à atteindre sans le yoga (de l’action). L’homme harmonisé par le yoga, et devenu contemplatif, atteint rapidement Brahman. (BG 05/06)
Théorie :
Deux voies indispensables pour un seul but
1 Seuls les esprits puérils, et non le sage, opposent la spéculation (samkhya) et la maîtrise de soi (yoga de l’action : karma yoga) comme s’il s’agissait de deux choses distinctes. Celui qui est fermement établi dans l’un des deux obtient le fruit des deux (BG 05/04). Tout ce qui a été dit dans le commentaire des trois précédents sutras permet de comprendre celui-ci. Reste seulement à expliquer le polémique et curieux qualificatif d’esprits puérils. Comme déjà vu, Vyasa, l’auteur de la Bhagavad Gita, est un diplomate, un unificateur, un synthétiseur des différentes tendances de la culture védique qui, de son temps, cédaient à la tentation de se conduire en rivales. Vyasa en vient presque à comparer ces disputatios (conflits théologiques au Moyen-âge) à des disputes de cours d’école.
2 Celui qui est fermement établi dans l’un des deux obtient le fruit des deux. (BG 05/04). Krishna reprend ici : Le renoncement à l’action et le yoga de l’action mènent tous deux à la félicité suprême (BG 05/02) ; il élargit simplement le sujet.
3 Celui qui est fermement établi dans l’un des deux : cette formule laisserait presque entendre que l’on peut pratiquer l’une des deux voies en excluant complètement l’autre. En fait Krishna va bientôt montrer (sutra 6) que ces deux voies constituent deux étapes d’un même chemin. Sauf certains virtuoses de la spiritualité, nés pour la méditation, la plupart des hommes commencent par privilégier le karma-yoga, pour passer ensuite, graduellement, à la contemplation méditative.
4 L’état atteint par les adeptes spéculatifs de la Connaissance (Samkhya) l’est aussi par les praticiens de la maîtrise de soi (karma yogis) (BG 05/05). Les disciples de Vyasa, et ceux d’aujourd’hui sans doute aussi, doivent avoir du mal à s’extraire de la vision conflictuelle des deux voies, car il dit pour la troisième fois presque la même chose. Il est vrai que l’enseignement est l’art de dire la même chose sans se répéter jamais.
5 Cependant, il détaille ici un peu plus la nature spécifique de chacune de ces voies. Le Samkhya, qui signifie littéralement ‘dénombrement’, est une voie de connaissance en mode spéculatif. On retrouve ici un thème qui a beaucoup travaillé l’Éducation Nationale française lorsque l’État s’est substitué par force à l’Église pour l’enseignement devenu obligatoire. Cela visait théoriquement à éviter l’endoctrinement religieux mais a abouti, comme il était largement prévisible, à un endoctrinement athée et antireligieux, qui n’a rien à lui envier en matière de bourrage de crâne.
6 On opposait alors les ‘intellectuels’, supposés plus intelligents, aux ‘manuels’, présentés comme d’une classe inférieure. Il fallait que chacun fasse des études pour ne pas être ravalé parmi les manuels. C’était oublier que les mains des manuels sont dirigées par le même cerveau que celles des intellectuels quand ils écrivent ou parlent, ce qui constitue leur principale occupation. Un fond de vrai, cependant, consiste en ceci qu’une fois qu’il a les bases de sa pratique, le manuel fonctionne grâce à une seconde nature quasi instinctive, ne sollicitant qu’assez peu son cerveau. Alors que l’intellectuel passe sa vie professionnelle à se confronter à des problèmes toujours nouveaux, si bien qu’effectivement il fait plus travailler son cerveau que le manuel (il est plus cérébral).
7 Mais ce conflit est spirituellement insensé car la spiritualité n’est ni manuelle ni mentale ; elle est cordiale. Les prétendus intellectuels sont en fait des cérébraux. Comme le cerveau fonctionne en mode duel, contrairement à l’esprit-pneuma, on peut être fort cérébral et aucunement spirituel. Or il est notable que Krishna parle ici des adeptes spéculatifs de la connaissance (samkhya) et la spéculation est toujours cérébrale, même quand il s’agit de spéculer sur un thème spirituel. La contemplation purement intuitive et sans mouvement mental, c’est autre chose.
8 Faisant pendant au samkhya, Krishna évoque ensuite les praticiens de la maîtrise de soi (karma yogis). Ici la pratique domine et non la théorie. Elle se déploie dans la maîtrise de soi, c’est-à-dire l’habileté physique (dont parle la Gita en 12/16), le contrôle des émotions, des peurs, des passions (BG 02/56). La complémentarité des deux voies ressort alors nettement. On aboutit à l’idéal éducatif selon Rabelais : ‘un esprit sain dans un corps sain’, ‘mens sana in corpore sano.’
9 Krishna a déjà précisé que la maîtrise de soi, même parfaite, ne garantit pas la spiritualité : Celui qui retient ses sens et ses organes d’action, et reste assis se tenant coi, mais dont le mental s’attache encore aux objets des sens, n’est qu’un simulateur, victime d’une compréhension erronée (BG 03/06). Peut-on dire la même chose des adeptes spéculatifs de la connaissance ? Oui et non. Non d’abord, parce que, pour exposer de façon cohérente et logique une doctrine spirituelle, il convient que l’intuition cordiale soit connectée à elle. Le cerveau ne peut pas bien parler de spiritualité si le cœur en est dépourvu. Ainsi Jésus déclare : L’homme bon, de son bon trésor tire de bonnes choses ; et l’homme mauvais, de son mauvais trésor en tire de mauvaises. Car la bouche parle du trop plein du cœur (P 073). Cependant, bien penser et bien parler est une chose, agir en conséquence en est une autre, et c’est là que l’on retrouve les praticiens de la maîtrise de soi. Jésus le précise aussi en reprochant aux chefs religieux juifs : À vous aussi, les légistes, malheur, parce que vous chargez les gens de fardeaux impossibles à porter et vous-mêmes ne touchez pas à ces fardeaux d’un seul de vos doigts ! (P 171).
10 En conclusion, ces deux voies sont des voies, non des buts. Dans la méditation yogique (dhyana), il n’est plus question de pratique, ni de spéculation, mais d’identification : nombreux sont venus se fondre en moi, trouvant en moi leur refuge, identifiés à moi, purifiés au feu de la connaissance (BG 04/10).
La réalisation rapide du contemplatif
1 Celui qui voit le samkhya et le yoga comme identiques voit juste (BG 05/05). Krishna dit identiques et non pas égaux, car ce sont bien deux voies. La vision juste consiste, comme dit Jésus, à juger de l’arbre à ses fruits (P 073).
2 Mais le renoncement, ô guerrier aux bras puissants, est difficile à atteindre sans le Yoga (de l’action) (BG 05/06). Le guerrier aux bras puissants est, par définition, un homme d’action, mais non pour autant un yogi dans l’action (karma yogi). Il faudrait pour cela que l’action soit dénuée de visées et de réactions individuelles, ce qui n’est pas le cas d’Arjuna, qui se soucie tellement des siens qu’il en oublie les autres (BG 01/27…)
3 Le renoncement est difficile à atteindre sans le yoga (de l’action). Sauf pour quelques virtuoses de la spiritualité, chose rare à notre époque de fin de cycle d’humanité et surtout en Occident, terre du couchant.
4 L’homme harmonisé par le Yoga, et devenu contemplatif, atteint rapidement Brahman (BG 05/06). Ici la boucle est bouclée, car on retrouve le samnyasin étranger à l’aversion et au désir, qui s’affranchit aisément de la servitude (de l’existence mortelle) (BG 05/03).
5 Reconnaissons qu’un petit doute se lève dans la conscience face aux promesses de Krishna : ceux dont les pensées sont centrées sur moi, en vérité, avant longtemps, je les sauverai de l’océan de la transmigration et de la mort (samsara) (BG 12/07). À toi qui ne discutes pas en vain, je vais délivrer le plus grand secret, la plus profonde connaissance alliée à sa réalisation, et, connaissant cela, tu seras délivré des souffrances de la vie (BG 09/01). Que je sois ton unique refuge. Je t’affranchirai de tous les maux (BG 18/66). Rapidement… avant longtemps…. Je t’affranchirai de tous les maux…Il y a dans la conscience un petit diable qui déclare : « Trop beau pour être exact, une vraie publicité ! »
6 Ce diable dit la même chose à propos de Jésus : Si quelqu’un dit à cette montagne : »Soulève-toi et jette-toi dans la mer », et s’il n’hésite pas dans son cœur, mais croit que ce qu’il dit va arriver, cela lui sera accordé (P 235) et aussi : tout ce que vous demandez en priant, croyez que vous l’avez déjà reçu, et cela vous sera accordé (P 235). En somme, on atteint là un point essentiel, que la Gita n’a pas encore beaucoup abordé, mais qui reviendra souvent : celui du doute. Dans le Christianisme exotérique, le doute est considéré comme normal, et même comme une preuve d’humilité ; dans le yoga non-dualiste, comme chez le Christ, pas de salut dans le doute. Il faudra donc distinguer un peu mieux la croyance de la foi vivante et réellement salvatrice.
Pratique :
Pratique I : L’état atteint par les adeptes spéculatifs de la connaissance (samkhya) l’est aussi par les praticiens de la maîtrise de soi (karma yogis). Dans Deux voies indispensables pour un seul but fut exposé qu’on a tendance, en France spécialement, à considérer les ‘intellectuels’ plus intelligents que les ‘manuels’, présentés comme d’une classe inférieure. Mais ce conflit est spirituellement insensé car la spiritualité n’est ni manuelle ni mentale ; elle est cordiale. Les prétendus intellectuels sont en fait des cérébraux. On peut être fort cérébral et aucunement spirituel, car le cerveau fonctionne en mode duel, non l’esprit-pneuma. La contemplation purement intuitive et supra-mentale, c’est autre chose. En conclusion, ces deux voies sont des voies, non des buts. Dans la méditation-dhyana, il n’est plus question de pratique, ni de spéculation, mais d’identification : nombreux sont venus se fondre en moi, trouvant en moi leur refuge, identifiés à moi, purifiés au feu de la connaissance (BG 04/10).
Pratique II : Le renoncement est difficile à atteindre sans le Yoga (de l’action). L’homme harmonisé par le Yoga, et devenu contemplatif, atteint rapidement Brahman. Dans La réalisation rapide du contemplatif : Reconnaissons qu’un petit doute se lève dans la conscience face aux promesses de Krishna : ceux dont les pensées sont centrées sur moi, en vérité, avant longtemps, je les sauverai de l’océan de la transmigration et de la mort (samsara) (BG 12/07). À toi qui ne discutes pas en vain, je vais délivrer le plus grand secret, la plus profonde connaissance alliée à sa réalisation, et, connaissant cela, tu seras délivré des souffrances de la vie (BG 09/01). Que je sois ton unique refuge. Je t’affranchirai de tous les maux (BG 18/66). Rapidement… avant longtemps…. Je t’affranchirai de tous les maux…Il y a dans la conscience un petit diable qui déclare : « Trop beau pour être exact, une vraie publicité ! » Ce diable dit la même chose à propos de Jésus : Si quelqu’un dit à cette montagne : »Soulève-toi et jette-toi dans la mer », et s’il n’hésite pas dans son cœur, mais croit que ce qu’il dit va arriver, cela lui sera accordé (P 235) et aussi : tout ce que vous demandez en priant, croyez que vous l’avez déjà reçu, et cela vous sera accordé (P 235). En somme, on atteint là un point essentiel, que la Gita n’a pas encore beaucoup abordé, mais qui reviendra souvent : celui du doute. Dans le Christianisme exotérique le doute est considéré comme normal, et même comme une preuve d’humilité, dans le yoga non-dualiste, comme chez le Christ, pas de salut dans le doute ; il faudra donc distinguer un peu mieux la croyance de la foi vivante et réellement salvatrice.
ACTION SAINTE et DÉTACHEMENT ONT MÊME BUT (BG 05/04 à 06)